Elle a disparue. Il était 2h22 du matin, vendredi le 13 juin 2008. C'était la dernière fois qu'on l'avait vue, sur la rue du Mont-Royal, à l'angle de Marquette, cigarette aux lèvres et bière à la main. Ça avait été une soirée étrange, depuis l'apéro à la maison jusqu'au plancher de danse, tout ce que nous avons fait a été de chercher une soirée, boire de l'alcool et crier. Et la soirée se terminé en queue de poisson, comme si les événements avaient eu lieu pour une raison bien précise. Me rappeler que l'on doit faire attention ce à quoi l'on tient.
Tout a commencé à la maison, ou plutôt à l'appartement de la rue De Champlain, lorsque les amis arrivent l'un après l'autre avec la ferme intention de festoyer la nuit durant. Impatients, les copains me forcent à me doucher puis à m'empresser de m'habiller. Nous attendions une amie. Nous l'avons rejoint sur De Maisonneuve, en direction de l'ouest, sur le chemin du club sur le boulevard Saint-Laurent. En route, nous avons eu l'occasion d'arrêter au bar sur Saint-Denis, plantés comme des bambous tellement la terrasse était pleine de gens. Ensuite nous nous sommes décidés à boire de la bière du dépanneur directement sur la rue Ontario, sur les marches d'une entrée d'appartement. Un alcoolo, Alain, à l'improviste, à l'intérieur, à l'instant, se joint à nous. Il était drôle, il nous a suivi toute la soirée.
Une fois au club de la Main, le dégoût nous monte au nez et quittons aussitôt arrivés vers le salon sur Mont-Royal, où l'atmosphère est chaleureuse et accueillante. De la téquila, de la bière et quelques clés puis le tour était joué. La fête était de la partie. Pour une fois, nous avons quitté les lieux de bonne heure. Sur la route du retour, nous avons croisé un ami qui venait tout juste de se procurer une voiture de collection. Impressionnée, je m'assied à l'intérieur. En sortant, mon pendentif s'accroche et brise. Je perds par le fait même le médaillon de la Vierge que j'avais reçu de ma mère, après un accident de vélo de l'année dernière. J'avais été gâtée par la vie de ne pas quitter ce monde. Ce médaillon avait une signification symbolique importante pour moi et du coup je devint triste et renfermée. Je m'en voulais de l'avoir porté, ce médaillon. Faut croire que l'on doit faire attention ce à quoi l'on tient.
La réaction de mon entourage par rapport à mes grimaces me lançai sur une piste de réflexion. Ils ne comprenaient pas pourquoi un si petit bijou égaré me rendit si triste. Complètement repliée sur moi-même, je pris une autre direction, sans avertir, puis disparue dans l'ombre d'une petite rue nord-sud, Marquette. J'avais besoin d'être seule.
C'est que l'amour inconditionnel de nos parents a un effet percutant sur notre façon de gérer les émotions, d'interpréter les événements de la vie et d'être en relation avec nous-même et autrui. Ce sont de petits instants comme ceux-ci qui me rappellent la différence entre ceux qui ont une sécurité affective et ceux qui n'en n'ont pas. Ces instants me rappellent aussi que mon rapport à la famille ne concerne nul autre que moi. Et cet incident particulier me rappelle que je dois téléphoner à ma mère et lui dire que je l'aime, avant que je ne la perde.