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Stéphane Chénier
Stéphane Chénier
July 2008 - Messages
10 juillet 2008, 1:39
Keane

Un homme atteint de schizophrénie paranoïde est à la recherche de sa fillette enlevée voilà six mois. Dans sa quête, il est seul; personne, ni aucun organisme pour l'aider. Pourquoi Kerrigan a-t-il choisi de laisser son personnage ( qui est de surcroit si fragile ) vivant un drame si terrible, seul face à lui-même? Habituellement, lorsqu'une disparition d'enfant survient la communauté est sensible à l'évènement et elle s'organise pour les recherches. Nous pourrions croire que tout ceci est dans la tête de Keane, qu'il n'a pas perdu sa fille, et même qu'il n'a pas d'enfant, mais les découpures de journaux, qu'il trimballe avec lui, nous démontrent le contraire : sa fillette a bel et bien été enlevée. Alors pourquoi le réalisateur ne nous montre que des gens n'étant pas intéressés par le drame vécu par son personnage principal? Serait-ce un prétexte pour nous démontrer, par un système de cause à effets, la déchéance engendrée par le soi-disant « je-m'en-foutisme » des gens? Pour essayer de comprendre ce film, nous n'avons, malheureusement, pas le choix de nous poser des tas de questions.

 

Dans la première partie du film, nous suivons Keane dans sa désespérance extrême ( très bien interprété par Damian Lewis ) et sa déchéance. Mais Keane n'abandonne pas. Il se parle, ressassant les moindres détails du moment de l'enlèvement de sa fille ( Sophie. D'ailleurs, jamais présente à l'écran ) et spéculant sur les différentes possibilités pouvant avoir été adoptées par le kidnappeur.

 

La deuxième partie est la rencontre entre Keane et Lynn; une femme avec sa fille en transit depuis plusieurs semaines, logeant au même hôtel que lui. L'enfant de Lynn est du même âge que la fillette de Keane. Ne connaissant Keane que depuis quelques jours, peut-être deux, Lynn lui demande de garder sa fille pour une journée. Bizarre. Qui demanderait à un pur étranger de garder son enfant pendant toute une journée? Kerrigan nous montre qu'elle veut régler certaines choses avec son mari, mais le problème est que tout spectateur intelligent juge irresponsable un tel comportement. Nous avons l'impression que Kerrigan a voulu se débarrasser facilement du personnage de Lynn, pour focaliser notre attention sur la relation entre Kira ( la fillette de Lynn ) et Keane. Il aurait dû prendre son temps pour trouver une idée plus brillante. Et si cela a été coupé au montage, il aurait été préférable de reprendre la prise.

 

Les plus belles scènes, selon moi, et il y en a plusieurs, sont celles entre Keane et Kira: Il s'occupe d'elle comme un vrai père de famille: va la chercher à l'école, il l'aide pour ses devoirs, la supervise pendant sa douche, lui donne à manger ( fast-food mais quand-même), il lui apprendra même le patin à glace. Toutes ces marques de non-négligence, Kira le lui rendra bien: lorsqu'il décompense à la salle de bowling à cause de son épisode de schizophrénie paranoïde, elle ira le réconforter.

 


8 juillet 2008, 12:59
La faute à Fidel

Au tout début, certains pourraient croire que leur regard suivra, jusqu'à la conclusion du film de Julie Gavras, une petite fille égoïste et surtout égocentrique. Mais non. Le personnage évoluera pour en devenir attachant.

Anna est une enfant d'environ dix ans, au caractère réveillé. Elle aime agir sur son entourage et donner son point de vue. En font foi l'enseignement des bonnes manières à la table qu'elle prodigue aux autres enfants lors du mariage d'Isabelle, ainsi que ses prises de parole contre son père, sa mère, sa grand-mère et la religieuse à l'école.

Comme je le disais, au tout début Anna ne pense qu'à elle. Elle est en réaction contre tout ce qui vient bousculer sa routine et son confort. Mais ce n'est pas une enfant qui garde tout en dedans, mais plutôt elle est de celles qui explosent à l'extérieur. Heureusement, car ses parents peuvent connaître l'origine de ses désaccords, pour ensuite essayer de l'éduquer. Et, Anna, suite à un doux échange avec sa mère, en viendra à vouloir aider ses parents à économiser. Elle prendra l'initiative d'éteindre les lumières « jusqu'à temps qu'il fasse noir», fermer la chaudière, voler de l'argent à ses camarades pour « payer les factures». Toutes ces ' initiatives ' lui vaudront des réprimandes, surtout le vol, mais au moins elle prend action pour aider; avec la compréhension de son âge et de son vécu.

L'idée essentielle qui se dégage de ' La faute à Fidel ' est de travailler à aider les autres. Où d'autres ont abandonné et sombré dans le pessimisme ( scène du grand-père après la mort de Charles de Gaulle: « Maintenant tout est fini.» ) les autres sont tristes ( scène du père à l'annonce de la mort de Salvator Allende ) mais ne s'épanchent pas.

Avec le film de Julie Gavras ' La faute à Fidel ' nous voyons donc une enfant qui s'habitue à une nouvelle vie, et que les parents militants ne sont pas dépeins comme des sans-coeur, mais comme des êtres aimants.


4 juillet 2008, 3:08
Le violon

Film témoin de la résistance paysanne mexicaine, « Le violon» nous entraîne dans la vie de trois générations masculines ( mais où la femme compte tout autant ): le grand-père, le père et le fils.

Tourné entièrement en noir et blanc, ce choix attire nos regards sur les émotions communiquées par les personnages. Le film de Vargas s'ouvre sur une scène de torture perpétrée par les militaires gouvernementaux: Coup au visage, brûlures de cigarette et viol en série. Cette scène est un symbole littéral enduré par tout humain qui ose s'insurger et s'organiser contre la dictature néo-libérale.

Un des moments touchant et nécessaire du film survient au moment où le grand-père répond patiemment, autour du feu, aux nombreuses questions de son petit-fils. Pour cela il se sert de la forme de la légende. Moment touchant, car il prend le temps d'expliquer, nous qui ne le prenons que rarement. Nécessaire, car il explique avec des mots et des images pour que l'enfant comprenne ce qui est en jeux pour les paysans pauvres.

Et que dire de la fin? Dire que l'enfant continue la lutte serait un cliché. Or cela est vrai. Par contre et en plus, dans cette poursuite de la lutte, l'enfant a appris du maître et le dépassera. Pour preuve, les paroles du vieux chant mis à jour, qu'il interprète à son tour, sont imprégnées d'une conscience politique supérieure. Annonçant des lendemains qui chanteront.


Stéphane Chénier
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