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Stéphane Chénier
Stéphane Chénier
July 2005 - Messages
31 juillet 2005, 12:35
" Les confitures de coings "
En tant que lecteur nous risquons de nous sentir perdu par ce récit changeant de temps de verbe plus que rapidement. À l'intérieur d'un même paragraphe, Ferron, assez fréquemment, saute du passé au présent. Alors nous, nous demandons dans quel lieu se trouve le narrateur: Dans la réalité ou bien dans le rêve ? Il va de soi que ce jeu est calculé par l'auteur. Dites-vous lorsque le temps de verbe change pour le présent de l'indicatif nous plongeons dans le rêve du narrateur ( le récit est au " Je " ). La réalité semble être le rêve vécu au temps présent et la " vraie réalité " ne ferait qu'appartenir au passé. Comme si tout était à construire à partir de nos désirs, de nos rêves. En 1965 pour la première fois " LA NUIT " parut. En 1972 " LA NUIT " sortit sous le titre de: " LES CONFITURES DE COINGS ". À la suite des événements d'Octobre '70, Ferron voulait que l'attention se porte sur le poison. De plus, la version de 1972 comportait de nombreux changements car celui qui servit de modèle pour son héros de Frank Archibald ( de son vrai nom Frank Scott, juriste de l'Université Mc Gill ), prit position en faveur de la Loi " Des Mesures de Guerre ".
26 juillet 2005, 11:45
Ennui
Jeudi le 21 juillet, je me suis rendu au " théâtre de la verdure " pour voir et entendre cet artiste. J'aime beaucoup son interprétation d'Évangéline. Le " théâtre " était bondé pour cette soirée s'inscrivant dans l'évènement voulant souligner le 250 ièmes anniversaire de la déportation des acadiens. Avec un peu de retard voilà que l'on annonce Marie-Jo Thério. La foule dans un élan d'enthousiasme, et de politesse pour certains spectateurs, applaudit. Marie-Jo entre en scène en sautant comme une petite fille heureuse d'avoir le jouet si longtemps désiré. La chaleur est supportable, malgré leur nature les bancs de fer sont confortables. Marie-Jo débute par une chanson au rythme lent et triste. Je n'avais aucune attente. Après quelques chansons servit avec la même saveur, plusieurs dizaine de personnes commencent à fuir les lieux. Mais moi je persévère. Faut donner la chance à l'artiste. Et " Évangéline " ne nous a pas encore été servie. Deux ou trois chansons après le départ des impatients, Marie-Joe nous offre une chanson entraînante sur un rythme jazzé. Plus personne ne quitte. Enfin me dis-je, la soirée est lancée! Je suis content, en plus le soleil décline et un vent frais se lève. Elle termine cette chanson, enchaîne avec un truc lent mais tellement lent que je pourrais prendre le temps de me rendre au stand des mets cajuns en faire toute la file et d'aller au petit coin. Je lui donne une dernière chance. Elle ne la saisit pas. Je me lève. Dérange des jambes et des pieds. Je fous le camp en me promettant d'aller à la recherche d'une autre interprète d'Évangéline.
26 juillet 2005, 2:30
" On ne peut corriger les hommes qu'en les faisant voir tels qu'ils sont. " - Beaumarchais 1732-1799
" Owning Mahowny " relate l'histoire vraie d'un fraudeur ayant détourné 10 millions deux cent mille dollars d'une banque torontoise. Dan Mahowny ( interprété par Philip Seymour Hoffman ) reçoit une promotion. Il devient directeur-adjoint pour la dite banque de Toronto. Son nouveau poste lui confèrera une liberté d'accès aux dossiers confidentiels des clients, ainsi qu'à leur compte. En guise d'introduction, le film veut nous montrer que la banque est sécuritaire pour qui fait affaire avec elle: Multiples caméras de surveillance et gardiens de sécurité à chaque entrée. Sachant la suite, nous dirons qu'avec ces images le réalisateur a voulu faire preuve de cynisme, car l'ennemi ne provient pas nécessairement de l'extérieur, il peut être issu de l'intérieur. Dan Mahowny sera l'ennemi de la banque ( malgré qu'il ourdira un plan, en compagnie de ses autres associés banquiers, pour permettre à cette dernière de gagner quelques millions ) et simultanément Mahowny sera son propre ennemi. Sa forte dépendance au jeu lui fera risquer de tout perdre: Emploi, vie de couple et amis. Ce film est aussi prétexte à critique: Critique de la fourberie des patrons des temples du hasard; et critique de l'univers des hautes sphères des banques: Les deux rusant pour soutirer le maximum d'argent à leur clientèle. Avec " Owning Mahowny " le réalisateur Richard Kwietniowski ne nous entraîne pas dans les mêmes méandres tragiques que Dostoïevski avec " Le Joueur " réalisé par Claude Autant-Lara, oh non! car ici on assiste à un dénouement plutôt positif. Le psychologue ( incarné par Eric Fink ) amènera Mahowny à se voir tel qu'il est et pour lui ce sera un nouveau départ.
23 juillet 2005, 11:37
Le rêve américain et l'euthanasie volontaire: Du méchant et du bon.
Un vieil entraîneur de boxe se fait avoir par un de ses fringants poulains qui décide de changer de coach. Pourtant le coach, Frankie Dunn ( incarné par Clint Eastwwood ), s'était profondément investitpour faire de ce boxeur un futur champion. Après ce malheur, le personnage d'Eastwwod perd de sa fierté et avance sur le chemin du défaitisme. Il continue de se rendre au travail, mais sans trop y croire, et entre dans une routine ennuyante. Par moment, il pense à sa fille à laquelle il envoie des lettres, mais qui lui sont sans cesse retournées. Entre en scène une femme d'une trentaine d'année ( Maggie Fitzgerald interprétée par Hilary Swank ), un peu rustaude, qui veut réaliser un de ses vieux rêves. Elle s'inscrit à l'école de boxe, demande à se faire entraîner par Eastwwood; c'est lui qu'elle veut et personne d'autres. Car elle sait qu'il est le meilleur entraîneur. Il refuse sans cesse, mais elle s'acharne et s'acharne sans jamais démordre. La relation qu'il n'a jamais eue avec sa fille, il l'aura avec cette boxeuse, et même bien au-delà de ses espérances. Plus avant dans le film sera abordé le thème de l'euthanasie volontaire. Maggie Fitzgerald se retrouve à l'hôpital et Frankie Dunn la veille. Les scènes sont très touchantes et par moment, à cause de l'âpreté de sa famille, presque révoltantes. Je dis presque car j'ai trouvé un peu trop clichés ces scènes: Une famille pauvre, inculte, n'en voulant qu'à la fortune nouvellement acquise par Maggie. Cette famille nous est dépeinte à coups de traits beaucoup trop grossiers, sans aucune subtilité. Il y a quelque chose ici du film d'Ettore Scola " Affreux, sales et méchants " mais sans aucun trait d'ironie mordante. Et ce qui agace encore plus dans ce film est le thème du rêve américain: La serveuse qui ne part de rien, n'ayant presque pas d'éducation et qui malgré l'adversité atteindra son rêve en l'occurrence devenir une championne de boxe, riche et reconnue par la société tout entière.
22 juillet 2005, 10:25
La patience
Jeudi le 21 juillet, je me suis rendu au " théâtre de la verdure " pour voir et entendre cet artiste. J'aime beaucoup son interprétation d'Évangéline. Le " théâtre " était bondé pour cette soirée s'inscrivant dans l'évènement voulant souligner le 250 ièmes anniversaire de la déportation des acadiens. Avec un peu de retard voilà que l'on annonce Marie-Jo Thério. La foule dans un élan d'enthousiasme, et de politesse pour certains spectateurs, applaudit. Marie-Jo entre en scène en sautant comme une petite fille heureuse d'avoir le jouet si longtemps désiré. La chaleur est supportable, malgré leur nature les bancs de fer sont confortables. Marie-Jo débute par une chanson au rythme lent et triste. Je n'avais aucune attente. Après quelques chansons servit avec la même saveur, plusieurs dizaine de personnes commencent à fuir les lieux. Mais moi je persévère. Faut donner la chance à l'artiste. Et Évangéline ne nous a pas encore été servi. Deux ou trois chansons après le départ des impatients, Marie-Joe nous offre une chanson entraînante sur un rythme jazzé. Plus personne ne quitte. Enfin me dis-je, la soirée est lancée! Je suis content, en plus le soleil décline et un vent frais se lève. Elle termine cette chanson, enchaîne avec un truc lent mais tellement lent que je pourrais prendre le temps de me rendre au stand des mets cajuns, faire toute la file et d'aller au petit coin. Je lui donne une dernière chance. Elle ne la saisit pas. Je me lève. Dérange des jambes et des pieds. Je fous le camp en me promettant de chercher une autre interprète d'Évangéline.
22 juillet 2005, 2:20
Un modèle de fascisme. Point de vue d'un intervenant politisé.
Dans ce film on peut observer l'idéologie fasciste transposée dans les rapports de couple et ce dans toute sa splendeur. Aucun respect de l'individu, torture psychologique, enfermement de la personne, aucune chance de pouvoir défendre son point de vue. Ce qui compte c'est que l'homme ou la femme puisse laisser libre cours à son sadisme. Le personnage d'Helen Buday humiliera littéralement son mari avec l'aide de son indécent voisin. Le sentiment d'extrême vengeance de cette femme n'est pas justifié. On n'y croit pas. De toute façon, l'extrême vengeance ne devrait être justifiable à aucun moment. Même si Steve n'est pas tout à fait innocent, il est exagéré de voir Alexandra le réduire en bouillie. Aucune femme ne se retrouve dans Alexandra. Pourquoi dit-on de Rolf de Heer qu'il comprend bien les femmes? En tout cas, avec " Le projet d'Alexandra ", il ne fait que mettre en scène un fantasme sadique féminin, et ce n'est pas l'ensemble des femmes qui partagent ce fantasme.
20 juillet 2005, 6:01
Tout de même intéressant
Dans cette version de « Dark Water », originellement du japonais Hideo Nakata ( d'après un roman de Kôji Suzuki ), Salles a pour sa part privilégié l'angle réaliste humain, dosé d'une certaine critique sociale. Une jeune femme ( Dahlia joué par Jennifer Connelly ) en instance de divorce, se bat pour la garde de sa fille. Pauvre elle n'a pas le choix d'aller habiter un immeuble sordide. L'endroit aurait franchement besoin d'être repeint, on voit des tags dans tous les couloirs, l'ascenseur fonctionne la moitié du temps, et dans son appartement, situé au neuvième étage, le plafond de la chambre d'elle et sa fille laisse échapper des gouttes d'eau trouble. Tout cela pour la modique somme de 900 dollars par mois et ça c'est le prix le plus abordable. Trop peu souvent dans ce type de film un réalisateur se permet de mettre en scène des gens vivant des problématiques sociales près de nous. Avec John C. Reilly ( il incarne ici un rôle de mielleux manipulateur ) Salles nous montre un gestionnaire qui n'a qu'une idée en tête: trouver au plus vite des locataires pour les appartements restant à louer, et pour ce qui est du service après location il s'en contrefiche. Cliché ? Mais cliché réaliste: combien d'entre-nous on déjà rencontré de ces ignobles individus. Pour ce qui est du personnage de Veeck ( interprété par Pete Postlethwaite ) je me demande s'il était nécessaire à l'intrigue. On sent qu'il est au courant du drame s'étant déroulé à l'appartement au-dessus de Dahlia et qu'il se tait, mais on se demande ce qui motive son choix. Ariel Gade est vraiment très bonne dans le rôle de la fille de Dahlia. Son jeu au moment où son bras est prit de mouvements syncopés est excellent. Avec ce film il ne faut pas s'attendre des moments intenses de frayeur, voyez plutôt la version d'Hideo Nakata. Salles n'a pas voulu copier Nakata, son but était de faire différent en appuyant sur un peu de frayeur certe mais surtout en nous montrant des personnages et situations crédibles
20 juillet 2005, 3:38
Déception et frustration
Ce film est d'une durée de deux heures. Les trois quarts nous sommes maintenus à notre chaise grâce à l'espoir de comprendre pourquoi cet individu a commis ces crimes atroces. Mais c'est tout à fait raté: On ne comprend pas. Sans être d'accord ( à moins d'être tout à fait psychopathe ou près de l'être ), un comportement extrême peut être compris. L'auteure doit elle-même s'être perdue dans le labyrinthe des étranges synapses de Jean-Claude Romand. Dans la dernière demi-heure de " L'adversaire " on assiste à ces crimes. Garcia nous épargne les images sanglantes, et une chance qu'à ce niveau elle nous ménage. Car mes pauvres nerfs ont trouvé ces dernières scènes loin d'être endurables. Il y a une chose dans ce film qui est complètement ratée, cela débute par la scène où Daniel Auteuil vient apprendre à son beau-père qu'il n'a pas l'argent. Ce dernier a un accident mortel. Puis plus jamais l'on n'entend parler du beau-père. Pas de funérailles; pas de retour dans lequel on pourrait voir sa femme et ses enfants le pleurer tout au moins. Nous ne sommes qu'à environ trente minutes du début du film et l'on n'entend plus parler. Daniel Auteuil joue très bien; on comprend que son personnage est très renfermé, qu'il veut faire plaisir à sa famille, qu'il veut s'élever socialement, qu'il veut maintenir son standing érigé sur des mensonges et de l'escroquerie ( L'argent est volé aux proches mais faut faire un effort pour l'apprendre ). Et Garcia nous fait comprendre que ce mythomane-psychopathe au lieu de tout perdre car son jeu risque d'être dévoilé, est poussé du plus profond de ses entrailles à éliminer sa famille. Sa famille est importante pour lui; elle est le centre de son univers. Mais c'est aussi à cause d'un membre de sa famille qu'il risque de tout perdre; ce membre doute et son doute le pousse à chercher des réponses. " L'adversaire " aurait pu être un bon film. Dommages... oui au pluriel, car le film est également escamoté.
18 juillet 2005, 2:31
Le sentiment sado-masochiste
À la gare, un quinquagénaire ( personnage de Mathieu Faber) est rattrapé par une jeune femme ( Conchita ). Après avoir été témoins de la scène où celui-ci renverse un seau d'eau sur la tête de Conchita, les occupants de son compartiment lui demandent de leur fournir des explications. Ses occupants sont une femme accompagnée de sa fille d'environ une douzaine d'années, un magistrat et un nain exerçant le métier de psychologue. Mathieu s'assoit et raconte ce qui l'a mené à poser un tel geste: Flash-back et retours au présent s'entrecroisent. Dans " Cet obscur objet du désir " est abordé le thème du sado-masochisme à la manière de Luis Buñuel : Les avances de l'homme sont sans cesse repoussées par une jeune fille qui sait se servir de son comportement manipulateur et sadique. L'homme sait mais n'y peut rien car il se sent bien seulement quand il se retrouve en sa présence. Ici le personnage de Faber se complaît dans le masochisme. En résultera un moment de forte violence mais ce ne sera que pour un court instant. L'histoire se déroule sur fond d'attentats terroristes qui pour Faber ne semblent avoir aucune importance. Buñuel semble nous dire que les riches ne veulent pas être concernés par ce qui se déroule à l'extérieur d'eux. Or à la fin du film on voit que l'extérieur les rattrape. Comme en début de film la jeune fille pauvre réussit à le rattrapé, on assiste ici à une sorte de mise en abîme, par contre cette fois-ci les deux personnages principaux seront ensemble et l'absurdité de leurs valeurs les perdra.
16 juillet 2005, 4:09
La tortueuse route du pardon
Malgré que ce film soit d'origine américaine, il s'inscrit très bien dans le fantasme masculin québécois. Le fantasme de la majorité de ceux ayant été blessé par l'absence du père. Comment régler nos vieux fantômes si la figure paternelle ne se présente plus jamais? Dans " Around the Bend" Jason depuis l'âge de deux ans a été élevé par son grand-père, un archéologue ( maintenant à la retraite ) aimant déterré les vieilles choses du passé. Jason a aujourd'hui trente-deux ans, il a un fils d'une dizaine d'année, et il s'occupe de Henry son grand-père ( c'est maintenant à son tour; leur culture familiale le demande ) Se sachant à la veille de mourir Henry veut que toute sa " tribu " soit enfin réunie. À sa mort, ils seront engagés dans un rituel enchâssé dans les dernières volontés d'Henri. Et la partie du road movie débute: la plus importante partie de l'histoire. Sur la route, père, fils et grand-père feront connaissance et les deux plus vieux seront obligés d'aller à la rencontre de leur propre personnalité et pour ce faire de creuser: d'où l'inscription de " DIG " sur la Wesfalia. On parlera de sexualité ( Zack y compris ), on se démontrera de la violence, on dansera car on est une " tribu " malgré les rituels contemporains qui lui sont propres. Côté technique: dans l'intro on assiste à un lent travelling en plan rapproché sur un jouet symbolisant le petit garçon, puis la caméra glisse jusqu'à un dinosaure en plasticine représentant autant l'arrière-petit-fils que le métier de l'arrière-grand-père, et la caméra continuant sa course nous montre un téléphone cellulaire qui est un outil de travail de Jason et le travelling s'arrête sur Jason devant l'ordinateur. Quelle belle technique pour nous parler du trait caractéristique de chacun des personnages principaux de l'intro.
15 juillet 2005, 1:07
Communication à sens unique
Premier long métrage réalisé par Scorsese " Who's That Knocking at My Door " raconte l'histoire de la rencontre, jusqu'à leur séparation, entre J.R. ( Harvey Keitel ) et Girl ( Zina Bethune ). Séparation qui amènera J.R. sur la voie de la rédemption. Le film a pris cinq ans avant de pouvoir être montré sur les écrans. Au bout du compte il fût accepté grâce à l'ajout d'une scène dans laquelle on voit plusieurs femmes s'ébattre sexuellement, l'une à la suite de l'autre, avec Harvey Keitel. On disait à Scorsese que s'il n'incluait pas une scène de ce genre personne ne voudrait de ce film, car l'intrigue n'était aucunement intéressante. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque les États-Unis étaient embourbés en pleine guerre au Vietnam depuis officiellement le 7 février 1965, et que l'arrivée du sexe au cinéma américain était la bienvenue pour occuper l'esprit de la jeunesse américaine et celle des militaires. Pourtant en omettant cette scène, l'histoire se tient tout de même bien: J.R. et ses copains sont des gueulards plus que des mafieux. Ils pensent faire peur à tout le monde, et ils le croient dur comme fer, mais ce ne sont que des frimeurs. J.R. et Girl nouent une liaison. Elle périclitera jusqu'à mourir à cause du machisme de J.R. : Girl avouera à J.R. qu'elle s'est fait violer avant de le connaître. Ce dernier ne la croit pas: dans sa tête de macho les femmes ne peuvent se faire violer; aucun homme ne pourrait forcer une femme à coucher avec lui. Si elle couche avec le "supposé" agresseur, c'est qu'elle le veut. Keitel joue très bien le personnage de l'homme qui a de la difficulté à exprimer ses émotions profondes. Il reste superficiel en exprimant ses goûts cinématographiques pour les westerns. Il ne se soucie aucunement des goûts de Girl. C'est lui qui compte et pas elle. Il ne la comprend pas. Il finit par la perdre et c'est tant pis pour lui, et tant mieux pour Girl.
14 juillet 2005, 6:48
Différent mais de qualité
Dans cette version de « Dark Water », originellement du japonais Hideo Nakata ( d'après un roman de Kôji Suzuki ), Salles a pour sa part privilégié l'angle réaliste humain, dosé d'une certaine critique sociale. Une jeune femme ( Dahlia joué par Jennifer Connelly ) en instance de divorce, se bat pour la garde de sa fille. Pauvre elle n'a pas le choix d'aller habiter un immeuble sordide. L'endroit aurait franchement besoin d'être repeint, on voit des tags dans tous les couloirs, l'ascenseur fonctionne la moitié du temps, et dans son appartement, situé au neuvième étage, le plafond de la chambre d'elle et sa fille laisse échapper des gouttes d'eau trouble. Tout cela pour la modique somme de 900 dollars par mois. Trop peu souvent dans ce type de film un réalisateur met en scène des gens vivant des problématiques sociales d'actualité. Avec John C. Reilly ( il incarne ici un rôle de mielleux manipulateur ) Salles nous montre un gestionnaire qui n'a qu'une idée en tête: trouver au plus vite des locataires pour les appartements restant à louer, et pour ce qui est du service après location il s'en contrefiche. Cliché ? Mais cliché réaliste: combien d'entre-nous on déjà rencontré de ces ignobles individus. En ce qui concerne le personnage de Veeck ( interprété par Pete Postlethwaite ) je me demande s'il était nécessaire à l'intrigue. On sent qu'il est au courant du drame s'étant déroulé à l'appartement au-dessus de Dahlia et qu'il se tait, mais on se demande ce qui motive son choix. Peut-être n'était-il prétexte que pour nous amener sur de fausses pistes. Ariel Gade est vraiment très bonne dans le rôle de la fille de Dahlia. Son jeu au moment où sa main est prise de mouvements syncopés est excellent. Pour ceux s'attendant à ce que ce film leur procure des moments intenses de frayeur, voyez plutôt la version d'Hideo Nakata. Salles n'a pas voulu copier Nakata, son but était de faire différent en appuyant sur d'autres cordes.
12 juillet 2005, 1:15
Sentiment et beauté
Au fil de ce recueil de nouvelles, majoritairement, Lisa Moore nous entraîne sur de multiples chemins de la déception amoureuse vécue au féminin. Mais également elle nous parle d'une figure paternelle touchante dans " Oursin ": " Il avait mis le canot vert au lac avant le lever du soleil, l'eau était si calme que la truite, en bondissant, l'avait fait sursauter. Il avait prélevé du zeste de citron et acheté des tiges de persil pour garnir le poisson. Mais en passant la porte-moustiquaire, il avait laissé tomber l'assiette. Des échardes de porcelaine recouvraient la truite. Ma mère me l'a raconté plus tard. Elle dit qu'il en a pleuré. Pendant longtemps, j'ai associé les larmes de mon père à sa mort plutôt qu'à ma maladie. Je me souvenais non pas de moi, mais de lui et de l'infirmière me disant qu'il allait mourir avant le matin. En passant la porte-moustiquaire, il avait dû comprendre qu'il me quitterait, la douleur que ce serait, l'irréparable, et le choc avait fait tomber l'assiette de ses mains. " Les titres de ses différentes nouvelles agissent comme un thème. Lisa Moore est un modèle de rigueur pour les nouvellistes, mais aussi de beauté de style tout en simplicité ( pour ceux et celles voulant suivre cette voie ) Rarement lisons-nous des nouvelles mettant en évidence le climat glacial de l'hiver. Cette auteure terre-neuvienne le fait dans un style à la fois réaliste et romantique ( pensons à " Dents de sagesse et " Ingrid attrape des flocons de neige avec la langue " ) Quand nous lisons ces nouvelles, nous pouvons nous rappeler plusieurs nouvelles de Russell Banks: Même étrangeté dans les rapports entre l'homme et l'homme ou de la nature avec l'homme, mais, répétons-le, au féminin. Les seules choses que je lui reproche se trouvent dans " Mamelon du paradis " et " Granulaire " : La première pour citer Marx hors-contexte, par la bouche de Marie, et la deuxième pour son début salace enserrant la gorge de la suite de la nouvelle.
10 juillet 2005, 2:05
Coups durs
La " Cité de Dieu " est un film nous dépeignant la réalité des favelas brésiliennes: Aucun confort domestique, partout on voit la pauvreté extrême: Pauvreté économique mais aussi pauvreté dans toutes les facettes de la vie. Les rues sont en terre battue, les êtres humains vivent dans ces bidonvilles comme des animaux aux aguets de la moindre proie pourrant les stimuler à être autre que de simples victimes d'un système qui ne veut pas d'eux. Il est justement question de cela: ne pas être des victimes. Mais les groupes de gens mis en scène par Kátia Lund et Fernando Meirelles choisissent mal l'option qui positivement pourrait s'offrir à eux. Au lieu de penser unité pour la justice, ils pensent unité pour le contrôle de la Cité. Cet état de fait nous amène sous tension ( très bien rendu par les réalisateurs et les acteurs ) et nous sentons que des drames insupportables nous attendent. Effectivement les combines et les histoires d'amour aboutiront à un mur. Seul point positif ( si on peut le qualifier ainsi ) le personnage de Fusée trouvera un emploi dont il a toujours rêvé. Ce dernier s'en sortira en devenant photographe pour la presse à sensation. Pour ce qui concerne la technique du récit. Nous n'avons pas droit à une structure linéaire mais plutôt à une construction faisant de multiples retours en arrière. Cette approche ne perd pas le téléspectateur, il donne l'information nous permettant de comprendre le tempérament des personnages. Misère psychologique: les réalisateurs ne nous montrent qu'à forte majorité des comportements criminels ( ils n'ont voulu être que sombres ), sauf pour Fusée seul personnage persévérant à être la fleur de macadam, un peu opportuniste cette fleur mais à défaut de bons modèles... Donc, quand on est méchant on reste méchant, quand on est bon on reste bon ( " Manu tombeur " lui passera de bon à méchant. Mais l'inverse ne fait pas partie du scénario ), les années passant n'y changeant rien.
5 juillet 2005, 1:54
L'Oie de Cravan(t)
"La beauté a tout son temps. Et je sais qu'en cet éclair ne réside qu'un seul de tes visages, que demain, au suivant, tes cheveux seront très longs ou tes yeux de cuir mouillé. Je sais qu'ensemble dans la nuit orageuse nous boîterons côte à côte sur deux chemins éloignés qui se tiennent par la main." - Benoît Chaput On dit de Benoit Chaput qu'il est le poète québécois le plus près du surréalisme. Voilà une quinzaine d'année, il partait pour la Belgique en compagnie de sa petite amie. Son désir était mût par son immense intérêt pour la poésie surréaliste belge. Peu après son arrivée, il rencontre la femme de Louis Scutenaire, Irène Hamoir. Ces deux figures sont des jalons vivants du type de poésie auquel il voue une si grande passion. Benoit Chaput aime la poésie animalière. Il a publié dix numéros de la Revue des animaux et le Démon. L'appellation L'Oie de Cravan est inspirée par un bestiaire du Moyen-Âge. Les oies de Cravan(t) (Louis Scutenaire en a enlevé le "t" ) naissaient du mât pourrit des bateaux échoués. On pense que c'est une allusion à Arthur Cravan le poète-boxeur disparu en mer en 1919.
Stéphane Chénier
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