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Angle mort
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Le blogue de Steve Proulx. Jetez-y un oeil de temps en temps. C'est plus prudent.
3 mars 2010, 2:25
La république verte

J'aime le cerveau de Vladimir.

Notre première rencontre remonte à six ans. Déjà! Je l'avais interviewé pour un article sur le transhumanisme. En gros, ce mouvement veut repousser les limites de l'humain grâce à la technologie.

Pour le transhumaniste, les handicaps, la maladie, voire la mort sont des réalités inutiles que la science devrait chercher à éradiquer.

Bref, Vladimir de Thézier était à l'époque responsable du chapitre montréalais de l'Association transhumaniste mondiale. Mon article ne lui avait pas plu. Sur Internet, il n'a pas hésité à me traiter de néo-luddite.

Vladimir est le genre de personne qui peut vous traiter de néo-luddite.

Or, que vous sachiez ou non ce qu'est un néo-luddite n'a aucune importance dans le cadre du sujet d'aujourd'hui.

De toute façon, l'eau a coulé sous les ponts. Vladimir n'est plus transhumaniste et je suis certainement moins néo-luddite qu'auparavant.

Cela dit, j'aime le cerveau de Vladimir.

Parce qu'il est curieux, qu'il cherche, fouille, doute. Il s'intéresse au changement social, aux dérives du capitalisme, à la déroute de la gauche depuis la chute du mur de Berlin ainsi qu'à moult sujets que l'on n'aborde généralement pas dans les pages du magazine Clin d'œil.

Pour toutes ces raisons, Vladimir est quelqu'un avec qui il fait bon refaire le monde autour d'une bière.

Je l'ai revu la semaine dernière. Ce Québécois d'origine haïtienne a maintenant 34 ans. Il bosse dans une boîte de Web, mais bizoune en aparté des projets de documentaires. Mais surtout, il a un rêve pour le Québec.

Je dois admettre qu'en l'invitant à ce bar, j'avais un agenda caché. Celui d'utiliser cet humble espace médiatique pour répandre des idées politiques émergentes. Que je sois d'accord ou pas avec ces idées n'a aucune importance. Si, d'aventure, elles pouvaient allumer quelques cyniques de la politique... Voilà mon unique ambition.

Toujours est-il que Vladimir a un rêve pour le Québec.

Celui qui se présente comme un "orphelin de Bouchard" (expression de Josée Legault pour décrire les souverainistes déçus par le virage conservateur de Lucien Bouchard) reconnaît que le mouvement indépendantiste piétine.

Mais Vladimir est aussi un bright green ("vert brillant"). Cette appellation, inventée par le futurologue américain Alex Steffen, définit les environnementalistes qui rejettent la pensée individualiste voulant que la planète puisse être sauvée par les "petits gestes" de tout un chacun.

"Les bright greens préfèrent se concentrer à développer et promouvoir les innovations sociales et technologiques qui nous mettront sur la voie du développement durable", dit Vladimir.

C'est donc à partir de ces deux pôles idéologiques qu'il en est venu au rêve suivant: "Et si on faisait une souveraineté verte?"

"Malgré le fait que la promotion de la culture et de la langue française doit demeurer au cœur du discours souverainiste québécois, dit-il, je crois qu'on doit accorder une plus grande place aux environnementalistes pour qu'ils puissent réarticuler ce discours et donner naissance à un mouvement vert souverain."

Pour lui, l'environnementalisme est "le seul système de valeurs qui peut transcender les différences linguistiques, culturelles, sociales et économiques qui divisent les Québécois".

Les syndicats, alliés naturels du PQ, "suscitent le scepticisme de bon nombre de Québécois", explique Vladimir. Pour recruter de nouveaux adhérents à la cause indépendantiste, il faut miser sur ce qui unit le plus de Québécois.

Grosso modo, Vladimir rêve d'une république québécoise... verte.

Ce qu'est au juste une république verte, cela reste à voir. On pourrait en débattre. Disons seulement qu'il s'agit d'un pays démocratique qui enchâsserait le développement durable dans sa constitution.

Vladimir de Thézier n'a pas de parti à représenter, ni l'ambition de se lancer en politique. Il souhaite plutôt créer un mouvement de masse qui pourrait convaincre le Parti québécois, Québec solidaire, le Bloc québécois et le Parti vert de s'unir autour de la même cause.

Pour lui, adapter le discours souverainiste aux valeurs écolos est la meilleure façon de rendre le projet de pays réalisable, n'en déplaise à Lucien Bouchard.

Verra-t-on, un jour, un président français se présenter au balcon de l'Hôtel de Ville pour scander: "Vive le Québec... vert"?


2 mars 2010, 1:58
Cinécruche: à pleurer

Connaissez-vous le blogue Cinécruche?

Les critiques de films qu'on y trouve sont tirées des commentaires savoureux laissés par les internautes sur Internet.

C'est ahurissant de lire l'avalanche de conneries que les gens peuvent écrire!

Un petit exemple, à propos du dernier Rambo

"Le niveau de violence de ce film est vivifiant. C'est comme prendre une bonne douche de brutalité sadique le matin pour se mettre en forme. J'apprécie davantage la vie depuis que j'ai vu ce film. Bravo."
- d_noury
 
Quelqu'un sort d'un film d'une violence extrême et "apprécie davantage la vie". Tellement qu'il l'écrit!
Il faut quand même avoir les boulons lousses quelque part dans le ciboulot.
 
Cinécruche, c'est lorsque la majorité silencieuse se transforme en critique de films. Honnêtement, ça fait peur!
 

 


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24 février 2010, 2:58
Le gros bon sens

Samedi soir, vers minuit. Incapable de fermer l'œil. J'ai l'esprit chicoté.

Le dénombrement d'ovins n'ayant pas été concluant, je décide d'exporter l'objet de mes insomnies vers l'autre moitié du matelas.

- Chérie, tu te rappelles c'était quoi la note d'espoir à la fin du show de Guy Nantel?

- Mmmmgggrrrmmmbll...

Pour résumer, ma mie ne s'en souvenait pas non plus.

C'est fâcheux parce qu'on avait vu son spectacle seulement trois jours auparavant. Son dernier. Au Saint-Denis 2. Intitulé La Réforme Nantel.

Ma critique toute prête à copier-coller au dos de son futur DVD se lirait comme suit: "Deux heures d'humour noir qui fait rire jaune! - Steve Proulx, Voir"

Nantel malmène la société québécoise au grand complet ainsi que dans le détail en s'intéressant aux vieux bonshommes qui nous gouvernent, aux accommodements divers, au capitalisme, à l'éducation, etc.

L'efficacité avec laquelle il nourrit le cynisme ambiant est telle qu'à la fin de sa comédie on n'a tout simplement plus faim pour la "note d'espoir".

Oui, car un show d'humour qui se respecte se termine généralement par un petit moment sérieux. Un instant où l'amuseur public tente de tirer un sens plus ou moins profond des drôleries qu'il vient de débiter.

Toujours est-il que j'avais oublié le moment sérieux de Nantel.

Alors, tant qu'à ne pas dormir, je me suis levé et j'ai envoyé un courriel à ce dernier afin de lui demander s'il aurait l'amabilité de me re-briefer à propos de sa note d'espoir (en échange d'une belle critique à copier-coller pour son DVD).

Il m'a aimablement répondu le lendemain, signant par le fait même un point final à mes troubles du sommeil.

Sans dévoiler de "punch", l'issue du spectacle dont je vous parle depuis une demi-chronique est une sorte d'appel à l'abandon des vieux "débats niaiseux". "J'm'en fous pas mal, du pays ou de la province, dit-il. Des bleus ou des rouges, des de souche ou des immigrants. Me semble juste que ce qu'on devrait tous avoir en commun ici, c'est le gros bon sens."

Bien sûr, le "gros bon sens" n'est pas exactement ce qu'on pourrait appeler un projet de société. C'est surtout un terme qui peut vouloir dire n'importe quoi. Mais Guy Nantel n'est aussi qu'un humoriste.

Il a toutefois mis le doigt sur ZE BIG bobo de notre société distincte: la polarisation qui bloque tout.

Exemple récent: Lucien Bouchard déclare ne plus croire l'indépendance du Québec réalisable. Et c'est reparti pour une semaine de ping-pong.

Depuis plus d'une décennie, la question nationale me fait penser à Virginie. Beaucoup de personnages, beaucoup de dialogues, beaucoup de drames, et malgré tout un sentiment général de redondance.

Après quarante ans de ce débat stérile, on en est venu au Québec à ne plus avoir de véritable projet commun.

Car la souveraineté n'est pas un projet commun. C'est un rêve partagé par un certain nombre de personnes et pourfendu par un certain nombre d'autres. Et depuis quatre décennies, le premier camp cherche vainement à convaincre l'autre de la légitimité de son projet (et vice-versa).

Du coup, on n'a pas avancé d'un pouce. Le Québec est divisé en groupes qui boquent.

Assez Nostradamus merci, le penseur politique Alexis de Tocqueville écrivait voilà presque deux siècles qu'une société n'ayant pas de "finalité commune" se transformerait en une sorte de "despotisme doux où les citoyens se laisseraient gouverner tout en se repliant sur eux-mêmes".

La référence vient d'un petit bouquin paru récemment, Des jeunes et l'avenir du Québec (Éditions Les Malins), de Paul St-Pierre Plamondon. L'auteur, trentenaire, est un des membres fondateurs de l'organisme Génération d'idées, qui veut responsabiliser la génération Y vis-à-vis des enjeux qui attendent le Québec.

Au printemps dernier, il s'est payé un tour de la province pour prendre le pouls des jeunes de 20 à 35 ans. Son livre est la synthèse de cela.

J'en retiens cette idée: pour débloquer le cynisme actuel envers la chose politique, pour sortir de ce "despotisme doux", il est urgent de se doter d'un nouveau projet de société.

Et cela commence par la dépolarisation des débats. Au lieu de mettre l'accent sur ce qui divise la société québécoise, on devrait redémarrer le Québec à partir de nos "convictions partagées".

"Les gens dits de droite auraient intérêt à parler aux gens dits de gauche, écrit Paul St-Pierre Plamondon, parce qu'ils découvriraient que dans certains cas, ils disent la même chose." Même chose avec les fédéralistes et les souverainistes.

C'est ce que Guy Nantel nomme le "gros bon sens". C'est ce que Lucien Bouchard appelle "le tremplin de notre nouveau départ".

Et c'est ce qui reste à trouver.


17 février 2010, 11:38
Le diplôme, ce mal-aimé

40 % des Canadiens anglophones de 18 à 24 ans croient qu'un diplôme universitaire est nécessaire pour mener "une vie fructueuse", selon un sondage de l'Association d'études canadiennes.

Chez les jeunes francophones, c'est deux fois moins.

Au Québec, on a du mal à faire l'équation entre "succès dans sa vie" et "succès dans ses études".

En 2005, le rapport Gervais sur le financement de l'éducation évoquait d'autres études confirmant ce fait.

Par exemple, un sondage mené en 2003 par Ipsos-Reid montrait que 83 % des Canadiens des autres provinces trouvent important "d'acquérir les habiletés permettant de fréquenter un collège ou une université". Au Québec, 53 % des gens partagent cet avis.

De façon générale, les jeunes Québécois sont moins attirés par les études universitaires que leurs semblables ailleurs au pays. Et les parents québécois sont ceux qui épargnent le moins en vue des études postsecondaires de leur progéniture.

Oui, le Québec est une société distincte. Notre différence est saisissante lorsqu'on compare l'importance que l'on accorde à l'éducation par rapport au reste du Canada.

Qu'on s'étonne maintenant qu'un jeune Québécois sur trois fête ses 20 ans sans posséder ne serait-ce qu'un diplôme d'études secondaires! C'est le cas actuellement.

Lorsqu'elle n'est pas en train d'accorder de la "flexibilité" aux écoles juives orthodoxes, la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne cherche des moyens d'améliorer la persévérance scolaire. Elle s'est d'ailleurs engagée à atteindre l'objectif suggéré par le récent rapport Ménard: augmenter à 80 % d'ici 2020 le taux de diplomation des jeunes Québécois de moins de 20 ans.

L'objectif est louable. Or, pour l'atteindre, la ministre devra débarrasser la psyché québécoise de cette idée tenace, et j'ai nommé le mépris de l'éducation. Ou, si vous préférez, cette opinion - hélas répandue - voulant que la scolarité, le savoir, le diplôme soient autant de choses inutiles à "une vie fructueuse".

D'où vient ce mépris de l'éducation?

Peut-être un peu de la culture consumériste. Après toutes ces années à nous vendre l'idée du bonheur instantané grâce à la consommation, la société de consommation a peut-être affaibli nos aptitudes à se projeter en avant, à imaginer pour soi un avenir qui va au-delà de son prochain chèque de paie.

Pourquoi un jeune s'userait-il le cul sur les bancs d'école quand sa jobine chez McDo suffit à faire le plein d'essence et ainsi à satisfaire (temporairement) son besoin immédiat de liberté?

Ce mépris de l'éducation relève peut-être aussi d'une sorte de mythe commun voulant que la réussite soit une chose plus liée à l'alignement des astres qu'aux diplômes.

Ce ne sont pas les diplômes qui font gagner des millions aux joueurs de hockey. L'ex-échassier et patron du Cirque du Soleil n'a pas eu besoin d'études supérieures pour devenir astronaute. Céline Dion n'a pas appris à chanter à l'université. On lui a tout de même décerné un doctorat.

Pour tout dire, on trouve peu d'érudits parmi nos modèles populaires de réussite. On trouve par contre beaucoup de gens talentueux, plusieurs circonstances extraordinaires et même une pincée de magie.

La culture québécoise en général et celle des jeunes en particulier gagneraient à emprunter au reste du Canada son pragmatisme par rapport à l'éducation.

Parce qu'un diplôme, ça ne change pas le monde, sauf que...

D'abord, c'est payant. Et pas qu'un tout petit peu.

Au pays, selon Statistique Canada (2007), un travailleur sans diplôme gagne 18 862 $ par an en moyenne. En revanche, le détenteur d'un diplôme collégial gagne un salaire annuel de 31 264 $, alors que l'universitaire moyen s'en tire avec 53 664 $.

Résumons: cinq petites années de plus à l'école peuvent se traduire par plus de 34 000 $ de plus sur son chèque de paie à la fin de l'année. Peu de gratteux sont aussi généreux.

Ensuite, un diplôme, c'est la santé.

Selon Santé Canada, les personnes qui n'ont pas complété leurs études secondaires ont deux fois plus de risques d'avoir une mauvaise santé. Ils sont aussi une fois et demie plus susceptibles d'être obèses que les diplômés. La faible scolarité serait en outre liée à des taux plus élevés de démence et même, selon certaines études, à une plus courte longévité.

80 % des jeunes Québécois francophones pensent qu'un diplôme universitaire n'est pas garant d'une "vie fructueuse". Certains se contentent de leur "petit pain", d'autres croient faussement que le succès est une chose qui tombe du ciel.

La lutte au décrochage commence par la destruction du mépris de l'éducation. Ce qui me rappelle qu'il faudra bien un jour que je termine mon bac.


17 février 2010, 11:17
La Joute, maintenant...

Grosse semaine. Désolé d'être aussi discret: ça me sort par les oreilles.

Par contre, une petite note: je serai l'un des trois débatteurs à l'émission La Joute ce vendredi, contre François-Étienne Paré et Christopher Hall.

Si jamais il vous venait à l'esprit de m'encourager, j'ai besoin de vos votes!

On peut même assister à l'émission en studio:

Quand? Le 19 février 2010
À quelle heure? Heure d'arrivée 19 h 15
Où? À Télé-Québec, au 1000 Fullum à Montréal

Pour réserver vos places vous devez communiquer avec Public Plus...
(450) 464-4757 / 1 866-732-4961
info@publicplus.ca

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10 février 2010, 5:11
Comment fabriquer une bibliothèque

Quels livres les jeunes devraient-ils lire à l'école? Dernièrement, une série de textes publiés dans La Presse a relancé le débat.

Au Québec, les profs sont à peu près libres de choisir les bouquins qu'ils feront lire à leurs élèves. Seules contraintes: être de genres et d'auteurs différents (la moitié doivent être québécois) et coûter moins de 10 $.

Autrement, aucune exigence particulière concernant la valeur culturelle dudit ouvrage. Twilight ou Germinal, c'est du pareil au même.

Bref, quels livres proposer?

D'un côté, il y a ces enseignants qui croient toujours que l'école doit mettre de grandes œuvres entre les mains de la génération texto (ci-après nommée "l'avenir du Québec").

De l'autre, il y a ceux qui pensent que l'école doit transmettre le "plaisir de lire" à l'avenir du Québec, quitte à lui faire étudier les romans pop de l'heure.

Car c'est bien connu, l'effort supplémentaire qu'exige le classique de la littérature est susceptible de traumatiser l'apprenant dans son cheminement pédagogique.

Derrière cette idée se cache un effet pervers de cette réforme de l'éducation tant critiquée. Celle qui, dans son obsession de vouloir faire réussir tout le monde, a fait perdre son sens au mot "effort".

Réglons une chose: ce n'est pas le rôle de l'école d'initier l'avenir du Québec au plaisir de la lecture.

Dans sa chambre à coucher, mon neveu de deux ans possède trois meubles: un lit en forme d'automobile, une commode pour ses vêtements et une gigantesque bibliothèque. Celle-ci est garnie d'une centaine de livres à peu près tous acquis pour quelques sous au Village des Valeurs.

Mon neveu a la chance d'avoir des parents qui, dès sa naissance, ont compris que le goût de lire se développe tôt, et dans l'intimité d'une chambre à coucher. Des parents qui savent que l'amour du livre se cristallise un peu plus chaque soir lors du rituel de l'histoire avant le dodo.

Ce sont les parents qui contaminent leurs enfants en installant des bibliothèques IKEA dans leur espace intime. Et c'est là que naît le "plaisir de lire".

L'ennui, c'est qu'un Québécois sur deux ne lirait jamais de livres. Cela explique probablement pourquoi l'école s'est peu à peu sentie obligée d'allumer des passions.

Or, malgré toute sa bonne volonté, l'école ne réussira pas à inciter l'avenir du Québec à lire s'il ne s'agit pas, au départ, d'une valeur familiale.

En abandonnant son ambition (vaine) de "plaire" aux jeunes, le milieu scolaire pourra donc mieux reposer la question: quels livres faire lire?

Des experts ont lancé l'idée d'un programme de lecture commun au Québec. Parce que l'école doit bâtir une "identité commune", avance-t-on.

L'avenir du Québec, d'Amos à Matane, devrait donc se farcir le même lot d'œuvres que le gouvernement aura sélectionnées pour lui.

Euh... Non.

D'abord, en rayant le choix des lectures de la description de tâches de l'enseignant, on contribuerait à dévaloriser encore davantage son rôle. Déjà que la réforme l'a presque réduit à un simple rouage d'un système pédago-idéologique...

Ensuite, demander aux profs de passer à leurs élèves des ouvrages préapprouvés par d'obscures instances pédagogiques, c'est leur retirer l'occasion d'ouvrir un dialogue riche entre eux et l'avenir du Québec.

L'enseignant est un humain, un adulte, un sage (pas tous, mais bon...) qui passe dans la vie des jeunes comme une étoile filante. Et qui laisse des traces.

Le livre peut devenir pour le prof un moyen de laisser sa marque.

Un lecteur de mon blogue racontait il y a quelques mois l'histoire de son prof de français: "Il s'appelait M. Gibelleau. Une journée par mois, il débarquait avec une pile de livres et nous racontait comment ceux-ci l'avaient remué, l'avaient touché, sans jamais nous faire sentir autrement que des amis à qui il parlait à cœur ouvert..."

Tous les profs devraient être des M. Gibelleau.

Au lieu d'imposer des lectures obligatoires, l'école devrait encourager l'enseignant à révéler des extraits de sa bibliothèque personnelle à l'avenir du Québec.

On possède tous une bibliothèque personnelle. Si le meuble et les premiers livres qu'on y met sont fournis par les parents, au fil des années, cette bibliothèque s'enrichit. On y accumule des bouquins qui nous ressemblent, qui nous ont inspirés.

On y conserve aussi des livres qu'on nous aura transmis, comme autant d'héritages de ceux qui seront passés dans nos vies.

Le rôle de l'enseignant est ni de plaire ni de divertir. Il représente dans la courte existence de ses élèves une forme d'autorité intellectuelle. Ce rôle est significatif.

Pourquoi, dans ce cas, devrait-il faire lire autre chose que des œuvres qui l'ont marqué, lui?

L'origine du débat dans La Presse


5 février 2010, 11:02
Le choix d'un titre

Une amie d'un ami a trouvé cet excellent livre jeunesse à la bibliothèque de son quartier. Ce n'est pas une blague.

La morale de cette histoire: avant de baptiser un personnage, une petite recherche sur Google s'impose histoire d'éviter quelques impairs à l'exportation.

 

 


3 février 2010, 2:00
Ceci n'est pas une révolution

L'industrie de l'électronique a la "révolution" facile.

Tel bidule lance "une nouvelle ère" tandis qu'un autre repousse les limites du possible ou nous offre carrément "le futur... aujourd'hui".

La semaine dernière, le gourou de la secte Apple, Steve Jobs, a présenté l'iPad à ses fidèles. Impossible de ne pas en avoir entendu parler.

La démesure médiatique autour du truc a même fait dire au Wall Street Journal: "La dernière fois qu'on a vu un tel engouement autour d'une tablette, les dix commandements étaient écrits dessus." C'est à peine exagéré.

L'iPad est un écran tactile, à mi-chemin entre l'iPhone et l'ordinateur portable. Il permet de naviguer sur le Web, de regarder des films, d'écouter de la musique. Dans sa version de base, l'objet sacré se vendra 500 $ US.

Pour Apple, il s'agit de rien de moins qu'un appareil "magique et révolutionnaire".

Bon. Encore une révolution.

En plus, l'iPad peut lire des livres et des journaux électroniques. Plusieurs croient qu'il pourrait donc "révolutionner" l'industrie du livre, un peu comme l'iPod a révolutionné l'industrie du disque.

Bon. Le livre électronique, maintenant... Parlons-en. S'il y a une euphorie à laquelle je n'adhère pas, c'est bien celle-là.

Mais de quelle révolution parle-t-on?

L'iPod, mais aussi la boutique virtuelle iTunes d'Apple, ont en effet transformé l'industrie du disque.

Désormais, le mélomane peut se déplacer avec des heures de musique en poche. Et iTunes vend des chansons à la pièce, et non seulement en format "album". Voilà un changement de taille qui, tranquillement, transforme l'industrie du "disque" en une industrie de la "musique". Et c'est très bien ainsi.

Or, les enjeux dans le domaine du livre sont très différents.

Primo, les livres sont vendus "à la pièce" depuis toujours. On n'est pas forcé d'acheter toute l'œuvre d'Agatha Christie si seul Dix Petits Nègres nous intéresse.

Deuzio, dans la mesure où rares sont les gens qui lisent 100 livres simultanément, l'utilité de traîner avec soi une bibliothèque complète reste à être démontrée.

Et puis, le livre électronique ne transforme pas radicalement ce qu'est le livre.

L'invention de la presse par Gutenberg (vers 1450) a permis d'accélérer la diffusion des savoirs, de propager des idées, de créer une culture de masse. Selon certains historiens, l'invention a marqué la fin du Moyen Âge. Voilà ce qu'on appelle une révolution.

Les appareils de lecture de livres électroniques, tels le Kindle d'Amazon ou l'iPad, cherchent encore à imiter l'expérience de l'utilisateur du livre imprimé. Les textes sur l'écran se lisent presque aussi bien que sur papier, dit-on. Seul avantage du livre électronique: la possibilité de lire dans le noir.

On ne lancera pas une révolution pour si peu.

Le livre électronique n'est pas non plus susceptible d'engendrer, subitement, une nouvelle génération de lecteurs.

Se mettra-t-on à lire davantage à cause du gadget?

Qui, aujourd'hui, est à ce point rebuté par le livre imprimé, au point d'attendre qu'un appareil plus commode soit mis en marché pour, enfin, s'adonner au plaisir de la lecture?

On dit du livre électronique qu'il démocratise le livre, car les titres sont moins coûteux (ce qui compense le coût de l'appareil).

Ceux qui sont préoccupés par ce genre de considérations budgétaires seront certainement ravis d'apprendre qu'il est possible d'avoir accès, gratuitement, à des milliers de livres imprimés grâce à des lieux que l'on nomme "bibliothèques publiques".

Le livre électronique rendra aussi disponibles, prétend-on, des livres rares ou introuvables. Il permettra aussi à des auteurs inconnus de pouvoir être publiés sans passer par une maison d'édition.

Seulement, grâce à Amazon.com ou AbeBooks.com, il est aujourd'hui beaucoup moins difficile que jadis de trouver des livres introuvables. Et les auteurs qui s'autopublient s'autolisent aussi le plus souvent. Car, parmi les millions de titres existants, ils risquent fort de susciter l'indifférence générale.

Alors, de quelle révolution parle-t-on?

Tout au plus, le livre électronique nous permet de "consommer" sur un support plus coûteux, moins durable et plus fragile un objet qui a réussi à traverser cinq siècles sans présenter de bogues majeurs.

Le livre, cet objet grâce auquel on s'évade ou on s'éduque, connaîtra sans doute une révolution un de ces quatre. Par exemple, on inventera une puce cérébrale qui nous permettra de "lire" tout Agatha Christie en 0,4 seconde. Là, on parlera d'une vraie de vraie révolution.

En attendant, en ce qui concerne l'iPad et compagnie, parlons de "bidules" et laissons les révolutions tranquilles.


2 février 2010, 5:01
Demain: les tremblements
Plogue rapide: demain, le 3 février, de 17h à 20h au Shoot Studio (6330, rue St-Hubert, #300) aura lieu l’événement Les tremblements, un encan silencieux pour venir en aide à Haïti.

Une vingtaine de photographes montréalais, parmi les meilleurs, ont décidé de mettre en vente quelques-unes de leurs oeuvres.

Les détails ici...

2 février 2010, 4:43
Le Journal de Twitter

MC Gilles, notamment chroniqueur à Infoman et montreur de curiosités musicales, s’est récemment posé la question : « Et si Twitter était un média traditionnel? ».

L'idée s'est matérialisée. Depuis quelques semaines, il présente sur son blogue des unes du Journal de Twitter, entièrement gossées à partir de ce que certaines personnalités écrivent sur le célèbre site de microbloguage.

L’exercice est révélateur.

Exemple : ces propos de David LaHaye : « Twitter, c’est bien beau... Mais il faut pisser de temps en temps!!! »

Sur Twitter, ça passe. Mais prenons la phrase hors contexte, publions-la à la une d’un journal avec un portrait pleine page de M. LaHaye... La déclaration fesse d’une toute autre manière...

Le médium, c’est le message, disait l’autre.

 

 


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1 février 2010, 4:47
À quand un rat sur la rue Frontenac?

J’ai trouvé aujourd’hui sur le site de Harper’s un chiffre étonnant.

285 rats gonflables géants ont été achetés aux États-Unis pour protester contre des entreprises antisyndicales.

Depuis plusieurs années, des syndicats installent des rats gonflables devant les locaux de leur employeur pour protester contre le recours aux briseurs de grève, ou plus généralement contre des pratiques antisyndicales.

Dommage que cette mode ne soit pas répandue au Québec. Il me semble qu’un rat de douze pieds de haut sur la rue Frontenac, au bout de l’avenue Mont-Royal... Ça ferait joli dans le décor!


28 janvier 2010, 4:22
Pierre-Karl Quichotte

Le chroniqueur Michel David, dans Le Devoir, réagit à la récente sortie antisyndicale du patron de Quebecor, Pierre-Karl Péladeau.

Et c'est pas très gentil.

[...] En 1993, il avait fallu que son père manifeste publiquement son impatience pour [que Pierre-Karl] se décide enfin à régler le conflit avec les pressiers et les typographes du Journal de Montréal, qui avaient aussi été mis en lock-out. Le déblocage avait été immédiat. Malheureusement, il n'y a plus personne pour le raisonner et lui expliquer qu'il va à contre-courant de l'évolution de la société québécoise.

La semaine dernière à Lévis, les propos de M. Péladeau ont été réprouvés de façon quasi unanime. Tous ces patrons qui doivent aussi négocier des conventions collectives semblaient sincèrement se demander de quoi il parlait. C'est tout juste si on ne lui a pas suggéré de consulter un psychologue.

[...]

La réaction du premier ministre Charest à l'invitation de la Fédération professionnelle des journalistes, qui le pressait d'intervenir dans le conflit au Journal de Montréal, était très claire: «Il y a une paix dans le milieu du travail et dans les relations de travail que nous encourageons.» Autrement dit, le Québec n'a pas besoin d'un dinosaure échappé de la préhistoire.


28 janvier 2010, 4:14
L'iPad d'Hitler

Le mème qui m'a fait rire aujourd'hui.

 


28 janvier 2010, 4:11
Haïti, 16 jours plus tard

Patrick Déry, sur le blogue du Trente, remarque que les médias commencent à tourner la page sur Haïti...

[...] Ce matin, Radio-Canada ouvrait son Radiojournal de 8h avec le discours de l’état de l’Union, suivi de la conférence sur l’Afghanistan, à Londres. Haïti arrivait troisième.

La une de La Presse fait aussi la belle part à Obama, et est coiffée de Steve Jobs avec son nouveau iPad. Haïti n’est plus qu’une nouvelle parmi tant d’autres. C’est aussi le cas pour la première page du Devoir. Le Journal de Montréal a de son côté relégué les nouvelles sur Haïti à l’intérieur pour un deuxième jour de suite, de même que Métro. [...]

 


27 janvier 2010, 2:52
L'art de faire croire

Ce n'est pas pour rien que les bons auteurs font leur possible pour échafauder des intrigues qui se tiennent, pour accoucher de personnages plausibles, pour tisser des dialogues intelligents. C'est parce que la fiction, c'est l'art de faire croire.

Et ce n'est pas une petite affaire, car le public que nous sommes décroche vite et n'a pas de patience pour les histoires qui ne collent pas. Du coup, les fabricants de fiction ont intérêt à se creuser le coco.

Parlons de Mirador, cette série mercreditement diffusée sur les ondes de Radio-Canada. Elle nous plonge dans le ventre d'une firme de relations publiques qui, chaque épisode, doit gérer un gros scandale bien gras.

Jusqu'ici, on a eu droit à des histoires de cul, de drogue, de magouilles politiques, relatées dans un canevas parfaitement prévisible. Quelques personnages de la série ne sont que des stéréotypes d'humains qui n'existent que dans les mauvaises fictions. En deux mots, l'inventivité de Mirador frise le degré zéro.

Des ténors et au moins trois sopranos de l'industrie des relations publiques ont critiqué l'irréalisme de la série. Ils ont déploré l'association faite entre "scandale" et "relations publiques". D'autant plus qu'au Québec, aucun cabinet de relations publiques n'a à gérer de scandales toutes les semaines. Et lorsque ça arrive, aucun n'emploie la façon Mirador.

Mirador est une fiction, certes, mais une fiction trop mal inspirée pour qu'on y croie, pour qu'on y accroche. En tout cas, en ce qui me concerne.

C'est à se demander si les auteurs ont vraiment pris la peine d'étudier un tant soit peu le monde des relations publiques. À voir ce qu'ils ont pondu, j'en doute.

Pourtant, le travail de l'expert en relations publiques ressemble à celui de l'auteur de fiction: il fait croire. Dans son cas, l'idée est de faire croire aux journalistes que l'intérêt de son client est d'intérêt public. S'il réussit, alors on parlera de son client dans les médias, ce qui accroîtra sa notoriété. Et ça, c'est le but de l'opération.

Seulement, embarquer un journaliste dans ses histoires n'est pas de la tarte en cette époque saturée d'informations. Pour attirer l'attention médiatique, il faut plus qu'un communiqué et quelques "you-hou".

Du coup, l'expert en relations publiques trouve des astuces toujours plus inventives pour appâter ses journalistes.

L'an dernier, la firme Morrow Communications a inventé trois blogueurs. Ces soi-disant jeunes ont partagé sur Facebook et ailleurs sur le Net leur amour du vélo, confondant tout le monde, avant qu'on découvre qu'ils n'existaient que pour promouvoir l'arrivée du BIXI.

En 2008, un bureau du tourisme australien a réussi à faire parler d'une obscure île, Hamilton Island, en lançant une offre d'emploi originale: The Best Job in The World. 34 000 candidats ont postulé pour devenir "gardien" de cette île paradisiaque, conférant à cette destination-soleil une visibilité monstre.

Depuis six ans, la papetière Kruger organise un défilé de mode au profit du cancer du sein où des designers sont invités à concevoir une robe à partir de feuilles de papier hygiénique Cashmere.

Au printemps 2007, une firme de RP ayant pour mandat de mousser la notoriété de la version française d'eBay Canada a eu l'idée de mettre aux enchères trois objets tirés de la webtélé Les Têtes à claques, dont le célèbre épluche-patates Willy Waller. L'argent amassé devait être versé à l'hôpital Sainte-Justine. Selon Simon Falardeau, le relationniste qui a orchestré cette campagne, les trois objets ont été acquis par une famille fortunée au coût d'environ 15 000 $.

Pour eBay Canada, en revanche, les retombées de cette campagne ont totalisé dix articles dans le Journal de Montréal, 24 mentions aux bulletins de nouvelles de LCN. En tout, on a dénombré plus de 61 millions d'occasions où la marque eBay aura pu être vue ou entendue dans les médias québécois (une mention dans le Journal de Montréal donne environ un million d'occasions, parce que lu par environ un million de lecteurs).

L'industrie des relations publiques ne ressemble pas à celle griffonnée dans Mirador. Par contre, elle cache des histoires délirantes de blogueurs fantômes, de robes en papier cul, d'emplois dignes d'un conte de fées et d'épluche-patates à 15 000 $.

Imaginez la série déjantée qu'on aurait pu faire sur l'univers des RP avec des histoires pareilles. Une série qui, contrairement à Mirador, aurait eu le mérite d'explorer avec plus de justesse l'univers des RP.

En plus, on y aurait cru.


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