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Un blogue sur les coulisses de la télé, sur les dessous de la presse écrite, sur l'envers d'Internet, sur les arcanes de la radio. Bref, un blogue sur les médias. Signé Steve Proulx.
December 2007 - Messages
31 décembre 2007, 9:57
On a vendu Ciné-Cadeau

Vous le savez peut-être, depuis deux ou trois ans, la célèbre émission des fêtes de Télé-Québec, Ciné-Cadeau, a été rebaptisée "Ciné-Cadeau McDonald's".

Ce n'est pas en l'honneur de John A. MacDonald, père de la Confédération et ancien premier ministre du Canada. C'est plutôt parce que l'émission qui nous présente les mêmes films d'Astérix depuis 25 ans est désormais commanditée par les restaurants McDonald's.

Je compatis avec Télé-Québec, une chaîne qui vivote depuis presque 40 ans avec  un éternel manque de fonds. Mais faire commanditer une émission pour enfants -en allant jusqu'à en changer le nom- par le géant mondial du fast-food, je trouve cela indigne d'une télévision publique.

On a déjà le Centre Bell, le Forum Pepsi, le Stade Saputo, la Coupe Rogers, l'International des Feux Loto-Québec à La Ronde, Ma Maison RONA, le monde du sport Gillette et Le hockey Subway des Canadiens à RDS et j'en passe.

C'est l'intrusion des marques dans notre quotidien, dans l'espace public, dans les lieux que nous fréquentons, dans les émissions que nous aimons. Et on ne parle plus simplement d'annonceurs qui achètent de l'espace publicitaire, on parle de marques qui achètent le nom d'un événement, d'un lieu, d'une émission de télévision.

Pas nouveau, direz-vous. Il ne faudrait pas non plus penser que c'est normal. C'est un déchet culturel, comme l'a écrit Claude Cossette dans son livre.

C'est le "murmure marchand", comme l'écrivait Jacques Godbout, qui ne se tait jamais. Un bruit de fond permanent.

Et cela m'indigne encore plus lorsque c'est dans l'esprit des enfants que l'on cherche à tatouer des marques à jamais. Ciné-Cadeau, c'est le festival annuel du film pour enfants à Télé-Québec. Il est honteux, particulièrement de la part d'une télévision publique, d'avoir vendu ce nom à un vendeur de malbouffe.

Remarquez, on regarde ailleurs et on se console un peu.

Aux États-Unis, McDonald's va jusqu'à commanditer les bulletins de notes des élèves du primaire, en promettant un Joyeux Festin aux écoliers qui auront eu de bons résultats... Le mioche a un A en éducation physique? On le récompense par un hamburger, une frite et un Coke...

 Lire aussi:

-Les enfants trouvent que la bouffe a meilleur goût lorsqu'elle vient avec un logo de Mcdo.

-Ronald McDonald, le jeu vidéo.

 


29 décembre 2007, 1:31
Les 7 clips de 2007

La planète Youtube a été riche en moments mémorables, voire historiques, cette année. Voici ma liste des 7 clips vidéo de l'année. Clips importants, futiles, touchants, choquants, ridicules et inspirants...

1. Les images d'Ingrid Betancourt, otage des FARC depuis cinq ans, saisissent le monde. Visiblement à bout de force, mais toujours vivante, ces images ont précipité les efforts pour sauver l'ex-sénatrice franco-colombienne, ainsi que les autres otages.

2. La mort filmée du polonais Robert Dziekanski, "tasé" par des agents de la GRC à l'aéroport de Vancouver, choque le pays d'un océan à l'autre et plonge le fameux Taser dans une nouvelle controverse.

3. Après une question sur son divorce, le plus "américain" des présidents français Nicolas Sarkozy quitte le plateau de l'émission 60 Minutes.

4. La journaliste de la chaîne MSNBC Mika Brzezinski refuse de présenter une -autre- nouvelle portant sur Paris Hilton. Elle ira même jusqu'à brûler et chiffonner ses feuilles en ondes. Bravo! Un grand moment de journalisme!

5. Au sommet de Montebello cet été, qui réunissait les dirigeants des trois pays d'Amérique du Nord, des policiers se déguisent en manifestants et cherchent le trouble. Un grand moment pour les forces de l'ordre!

6. La téléréalité offre parfois des moments -vraiment- touchants. À l'émission britannique "Britain's Got Talent", un vendeur de cellulaires à l'air de rien se présente pour chanter de l'opéra. On ne s'attend à rien. Et on obtient tout le contraire...

7. Ah oui... Comment oublier ce député australien surpris à manger sa cire d'oreilles?


24 décembre 2007, 11:31
Faits marquants et moins marquants...

Les 10 faits marquants de la télévision en 2007, selon Richard Therrien du Soleil...

1. Controverse au 3950
2. Mulroney au Banquier
3. Patrice Roy a vu la mort
4. Enquête sur Geneviève Jeanson
5. Rigueur, rigueur, rigueur pour les élections
6. Quebecor au far west
7. Téléromans et séries, bonheurs et déceptions
8. Rumeurs sans Esther et Benoît
9. La guerre du dimanche soir
10. TQS au bord de la faillite

...Et 5 faits moins marquants de la télévision en 2007, selon Steve Proulx du Voir...

1. Les conseils pratiques de Jean La-La Tremblay

2. Les universitaires de la commission Bouchard-Taylor

3. La chasse aux talibans, avec Richard Latendresse

4. L'équation de Paul Piché expliquée à Tout le monde en parle

5. Le défilé de bikinis à Loft Story

Joyeux Noël à tous! 


21 décembre 2007, 1:28
Le retour de Roger Moquin

Roger MoquinVous souvenez-vous de Roger Moquin? Ce bonhomme pas de dents et aux grandes oreilles que Les Bleus Poudre ont rendu célèbre. Cette curiosité télévisuelle surtout connue pour avoir ajouté le "coucouroucuicui" au jargon québécois. Roger Moquin, quoi...

J'avais entendu une rumeur selon laquelle le monsieur était décédé. Pas du tout. "Il est bien vivant", vient de me confirmer Jacques Chevalier Longueuil.

Même qu'il effectue un retour sur le Web, avec une nouveau clip vidéo: une publicité pour Cotonnelle...

Qui est derrière ce site? J'ai entendu d'autres rumeurs, mais cette fois je les tais!


20 décembre 2007, 8:24
Dans le dernier Urbania...

Urbania, le plus iconoclaste des magazines québécois vient de livrer sa dernière édition. Le thème: Célébrité.

En couverture, je retrouve Robert Wilkinson, ce curieux personnage qui avait accepté -alors que j'étais encore rédac'chef du magazine- de se faire tatouer Stéphane Dion sur le crâne.

Il a aimé l'expérience et, aujourd'hui, Bob se fait tatouer des logos sur le crâne. Il a déjà les logos de TQS, Rock Détente, CKMF, Le Journal de Montréal, McDo, la SAQ, Céline, Audiogram, Corus...

Aussi dans ce numéro -qui s'avère drôlement plus intéressant que le dernier qui portait sur Montréal- des articles à faire rougir tous les Lundi, La Semaine et 7 Jours de ce monde... Par exemple...

  • On apprend que Daniel Do, le Passe-Midi dans les nouveaux Passe-Partout, est devenu chanteur style latinos...
  • On a un portrait d'Ariane Moffat en bedaine qui me fait fantasmer...
  • Une autopsie du rapport de l'homme à la célébrité qui assume la portion sérieuse du numéro.
  • Une rencontre en BD avec l'auteur le plus lu de la planète.
  • Des interviews éclair avec une fan finie des p'tits Simard, avec Stéphane de Normétal, avec une sosie de Céline... 

19 décembre 2007, 2:59
L'année des boursouflures
Si je devais résumer la dernière année médiatique en un mot, je choisirais celui-ci: boursouflure.

Une boursouflure, par définition, est une chose "gonflée de façon disgracieuse".

Or, on a bien boursouflé en 2007. Effet de la concurrence entre les médias, on a "spinné" la nouvelle, comme on dit dans le métier. On a fait beaucoup de millage avec peu de carburant.

Boursouflure dès janvier, avec l'arrestation de Myriam Bédard, scrutée à la minute près. "Rien ne justifiait une telle débauche d'information", écrivait Gil Courtemanche dans Le Devoir à propos de ce "triste fait divers transformé en événement national".

Le ton de l'année était donné.

Boursouflure lorsque les médias en général, et ceux d'un empire en particulier, ont décidé de faire des recherches pour retrouver la petite Cédrika le feuilleton de l'été. Un cirque, rien de moins, qui est allé jusqu'à rendre suspects tous les propriétaires de fourgonnettes Ford Aerostar rouges équipées d'un marchepied. Tout ça pour rien. "On a peut-être gratté le bobo un peu trop", a admis le patron de l'information de Radio-Canada, Alain Saulnier, au dernier congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Boursouflure en novembre, alors que l'aéroport PET recevait de la grosse visite. Et j'ai nommé l'Airbus A380. L'hélicoptère TVA était là pour saisir l'arrivée de l'oiseau. À l'intérieur, l'impayable Paul Larocque s'affairait à nous décrire les microdétails de l'appareil. "Un peu plus et on nous montrait les sacs à vomi!" l'a si bien observé Infoman...

Que cette opération publicitaire soit au menu du bulletin de nouvelles n'est pas un problème en soi. Mais qu'elle atterrisse en 8e place des principaux événements médiatiques de 2007, selon Influence, il y a une marge.

Toutes ces boursouflures n'arrivent cependant pas à la cheville du thème de l'année: les accommodements raisonnables. Pus capable.

A-t-on suffisamment boursouflé autour de la commission Bouchard-Taylor, de "l'attente raisonnable de manger du jambon à la cabane à sucre", du port du hijab aux glissades d'eau ou au taekwondo?

Le sondage Léger Marketing pour Le Journal de Montréal, qui nous a appris que 59 % des Québécois se disaient racistes, s'est hissé au 7e rang des plus grosses nouvelles de l'année!

Surtout, je m'en voudrais de ne pas parler de ma boursouflure préférée de 2007, celle que j'aime pour son cachet rustique: Hérouxville.

Pour une journaliste de La Presse qui découvre, l'œil amusé, le curieux "code de vie" voté par les élus d'une obscure municipalité de la Mauricie, combien ont boursouflé la nouvelle?

Combien de chroniqueurs, de grossistes en humeur, de tribuns téléphoniques, d'ersatz du maire d'Huntingdon, de blogueurs anonymes et de comiques de tout acabit ont ajouté leur pelletée de terre au monticule d'Hérouxville, jusqu'à en faire une montagne?

Dans sa dernière livraison, le magazine du journalisme québécois -Trente- décerne au traitement déraisonnable des accommodements raisonnables la palme de la nouvelle gonflable de l'année.

De son côté, la firme Influence souligne dans son bilan de 2007: "Si on analyse le traitement médiatique accordé [aux accommodements], on réalise que l'affaire a pris des proportions démesurées eu égard à son importance réelle."

Boursouflures.

Puisqu'il me reste encore quelques millilitres de naïveté, j'aimerais former un souhait pour 2008. J'aimerais que les ballounes se dégonflent.

J'aimerais que les médias, conscients du rôle central qu'ils jouent dans la société, développent une allergie aux boursouflures.

Boursoufler une information insolite, un fait divers ou une psychose sociale, c'est faire du mauvais travail. C'est tromper le public, purement et simplement, en le poussant à regarder le doigt, alors que celui-ci montre la maison qui brûle.

Misère, voilà que je fais de la poésie... Vivement que l'année finisse!

TÉLÉ /

Juste à temps pour Noël, ARTV offre un beau cadeau aux grands enfants. Chaque jour, un épisode d'une vieille émission jeunesse pas éducative pour deux sous de Radio-Canada (c'est Richard Martineau qui va être content): Le Pirate Maboule, Sol et Gobelet, La Ribouldingue, Picolo, La Boîte à surprise, Bobino, Fanfreluche et j'en passe. La Boîte à souvenirs, à ARTV, du lundi au vendredi, 18 h. Dès le 24 décembre.

Ceci ma dernière chronique de 2007. De retour le 10 janvier. Mes meilleurs voeux!


19 décembre 2007, 9:10
TQS: Ce qu'en disent certains...

Quelques commentaires glanés ça et là à propos de TQS et de ses récents déboires financiers. Une belle démonstration d'un glissement de sujet...

Jean-Luc Mongrain, infoentertainer:

"La situation actuelle, ce n'est pas juste le lot de TQS, affirme Jean-Luc Mongrain. C'est le lot de la télévision généraliste au grand complet. Étant le plus petit des trois réseaux (derrière Radio-Canada et TVA), c'est nous qui subissons avant tout le monde."


La direction de TQS:

"[...] la stratégie d’antenne de la Société Radio-Canada (SRC) qui se comporte comme un acteur commercial et non comme une télévision d’État ainsi que l’avis de désaffiliation signifié à TQS par la SRC pour Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières, après une association de 50 ans, ont contribué à la décision prise par le conseil d’administration de TQS."



Michel Dumais (MédiaBiz):

"On peut convenir que l'avis de désaffiliation de la SRC pour les stations de Saguenay, de Sherbrooke et de Trois-Rivières prive TQS de revenus importants. Mais encore là, est-il normal qu'une station de télévision compte sur ses compétiteurs pour survivre?"


Radio-Canada:

"Radio-Canada ne s’estime [...] aucunement responsable de la précarité de ce réseau."


Richard Martineau:

"[...]  Trouvez-vous que la télé de Radio-Canada respecte le mandat d'une télévision publique en diffusant des séries comme Les Têtes à claques, Les Boys, des quiz et Le Match des Étoiles, l'émission de danse animée par Normand Brathwaite?"

Rappaz:

"J'ai envie de ne pas faire dans les nuances, consciemment, et de dire : "La télé, c'est de la merde. TQS (ou un autre) est en faillite ? Ben bon pou' toué !""



18 décembre 2007, 4:12
L'avenir (particulièrement noir) du Mouton noir...

C'est ce que ça sentait depuis quelques mois. Et c'est tombé ce matin.

Le réseau TQS s'est placé sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

C'est la faillite qui guette le Mouton Noir.

Qu'adviendra-t-il? TQS atteindra-t-elle sa 22e année d'existence? Qui pourrait sauver le réseau? Qui investirait, aujourd'hui, dans une chaîne généraliste? Personne n'en parle, mais les 25 millions de $ que devra investir TQS dans la technologie haute définition sont-ils une épine dans le pied du réseau déjà déficitaire? Cette nouvelle donnera-t-elle au CRTC une raison de plus pour donner aux chaînes généralistes -dont TQS- les redevances des câblos qu'ils réclament depuis longtemps?

En attendant d'en savoir plus, un petit texte de Michel Dumais sur le sujet...

 


18 décembre 2007, 8:14
Regardez Bruni, oubliez Kadhafi

Que penser de l'idylle entre Carla Bruni et Nicolas Sarkozy?

Ce sociologue interviewé par l'Express pense que Sarkozy vient de créer une "unité de bruit médiatique" qui permettra au président français de faire oublier la visite controversée de Kadhafi (voir le texte de Libération).


Il met sa vie privée en scène tout en maniant habilement ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Il renoue avec la success story de l’homme qui a souffert, à qui on n’a jamais fait de cadeaux… Il donne une cohérence entre le discours, l’idéologie et l’homme. Ce qui lui permet de détourner le débat jusqu’à la "trêve des confiseurs"…

12 décembre 2007, 6:18
La plume dans la bulle
La BD nous a donné plusieurs grands journalistes. À commencer par Tintin, bien sûr. Le reporter belge aussi vif que sa houppe est inébranlable, nanti d'un budget de voyages apparemment sans fond, a démasqué les gredins aux quatre coins du globe et jusque sur la Lune. À côté de lui, Fantasio, du journal Spirou, a l'air d'un échotier de province. Remarquez, son sort aurait peut-être été plus heureux s'il n'avait pas eu Gaston Lagaffe dans les pattes...

De ce côté-ci de l'Atlantique, Superman a, en tant que Clark Kent, un poste tout à fait enviable au Daily Planet. On pourrait en dire autant de Peter Parker, jeune photographe du Daily Bugle et accessoirement Spider-Man.

Le journalisme est le théâtre parfait pour les aventures outre-mer, les frotti-frotta avec le monde interlope et les enquêtes palpitantes où la vérité triomphe toujours du Mal. Voilà pourquoi, sans doute, le journaliste a si bien servi la BD.

En revanche, plus rarement voit-on la BD servir le journalisme. Mais ça se fait.

"Dans un monde où Photoshop permet au photographe de mentir, on peut autoriser les artistes à retourner à leur fonction initiale: des reporters", a déjà dit Art Spiegelman. Ce dessinateur a publié Maüs, un roman graphique sur l'Holocauste, moult fois acclamé.

Le 9e art se marie fort bien à celui de rapporter les faits.

Joe Sacco, dessinateur américain et journaliste de profession, est le plus connu des journalistes-bédéistes. Son album Palestine, grand reportage dessiné publié en 1996, demeure l'œuvre incontournable d'un genre en éclosion que l'on nomme le reportage dessiné, ou comix reportage.

Et voilà qu'un petit éditeur montréalais, Cumulus Press, vient de publier EXTRACTION!, un album (en anglais) qui célèbre le comix reportage. Je l'ai avalé tout rond.

EXTRACTION! regroupe quatre histoires à bulles d'une vingtaine de pages chacune. Quatre reportages qui explorent chacun un côté pervers de l'industrie minière canadienne.

On nous emmène d'abord dans des villages guatémaltèques qui souffrent de la présence de mines d'or appartenant à des mégagroupes canadiens. On fait ensuite le tour du dossier de la prospection d'uranium à Mont-Laurier. On se téléporte en Inde, là où les "gens les plus malchanceux du monde" ont la vie dévastée par les mines de bauxite (l'ingrédient de base de l'aluminium). L'album se conclut par un topo graphique drôlement documenté sur les sables bitumeux de l'Alberta.

Que ceux qui croient encore que la BD n'est qu'un truc pour enfants se ravisent. Il y a dans les phylactères d'EXTRACTION! du solide journalisme d'enquête.

Le reportage dessiné est un style journalistique en soi, qui mériterait d'être exploré, étudié, encouragé. Il y a décidément quelque chose de fascinant dans cette forme de communication où les faits réels sont portés par le dessin, qui est à la base une interprétation artistique.

Il semble y avoir dans le comix reportage un mariage improbable entre la raison et l'art, entre le rationnel et l'émotif.

C'est peut-être ce qui explique pourquoi la plupart des reportages dessinés font dans le journalisme engagé. Et EXTRACTION! ne fait pas figure d'exception. Il y a une prise de position du journaliste autant qu'une prise du crayon du dessinateur.

N'empêche, le reportage dessiné a de l'avenir. J'aimerais en voir plus. Surtout qu'au Québec, nous avons des bédéistes de talent qui ne demandent qu'une tribune.

J'ose une suggestion. Pourquoi nos quotidiens ne laisseraient-ils pas un peu de place au reportage dessiné? Alors que les éditeurs de journaux se creusent les méninges pour tenter de survivre et de se réinventer dans un monde d'Internet, de CNN et de quotidiens gratuits, voilà peut-être une petite idée...

Qu'on balance les strips poussiéreux de Charlie Brown et qu'on envoie Ferdinand chez le bonhomme. Qu'on libère de l'espace pour quelque chose d'original.

Qu'on nous montre l'Afghanistan, le système de santé ou la commission Bouchard-Taylor en bande dessinée! On y verrait peut-être autre chose...

EXTRACTION!, chez Cumulus Press, 2007, 128 pages

www.cumuluspress.com ooo

TELÉ /

Philippe Lambillon se fait appeler l'Indiana Jones de la télé. Chaque semaine, il nous transporte dans ses aventures aussi curieuses que fascinantes. Ce dimanche: le sort des enfants esclaves d'Haïti. Aussi, une rencontre avec un sans-abri de São Paulo qui, en fouillant dans les ordures, a réussi à récupérer plus de 10 000 livres, lesquels composent la collection de la bibliothèque d'un squat de 25 étages. Les carnets du bourlingueur, à TV5, le dimanche 16 décembre, 17h30.


12 décembre 2007, 4:44
Rétablir l'image des Lavigueur

Je viens de voir les deux premiers épisodes de la série Les Lavigueur - La vraie histoire.

J'avais peur, mais c'est en fin de compte excellent. J'ai même versé une micro-larme au premier épisode. Et croyez-moi je ne suis pas un brailleux. Pierre Verville, dans le rôle de Jean-Guy Lavigueur, est parfait. On oublie l'imitateur. Bref, c'est vendu!

Cette série, c'est bien sûr la dramatisation du destin à la fois féerique et tragique d'une famille d'à côté de chez moi, qui se retrouve avec un gros lot de 7 millions. C'est surtout l'histoire de petites gens pris du jour au lendemain dans un cirque médiatique qui n'a pas fait pas dans la pudeur.

On a ridiculisé ces gens sur la place publique, on a rit d'eux, on a même utilisé leur nom dans la traduction d'un film néerlandais pourri, Les Lavigueur déménagent.


Pour le patron des programmes de Radio-Canada, Mario Clément, cette série est "l'occasion de régler une injustice" commises par "certains médias" envers la famille Lavigueur.

Enfin, vous verrez par vous-même.

En attendant, voici le reportage original annonçant le gros lot des Lavigueur, diffusé à Radio-Canada en 1986.

Pendant que j'y suis, un mystère demeure. William Murphy, l'homme qui a retrouvé le billet gagnant et permis aux Lavigueur de réclamer leur lot, a complètement disparu. Cet homme a tout de même hérité d'un chèque de 1,2 million de dollars. Selon les rumeurs, il serait déménagé en Alberta... Si quelqu'un a des indices sur lui, j'aimerais bien savoir ce que ce bon samaritain a fait de son million.


12 décembre 2007, 4:20
Comment mangez-vous votre télé?

television-au-lit.jpgUn récent sondage Angus Reid pour Samsung Electronics Canada nous décrit les habitudes télévisuelles des Canadiens. Sept points saillants.

1. 58% des foyers Canadiens possèdent un téléviseur dans la chambre à coucher, 16% en ont un dans la chambre des enfants, un autre 16% dans le bureau à domicile et 9% dans la cuisine.

2. Les Québécois sont les Canadiens les plus susceptibles d'avoir un téléviseur dans la cuisine (15%).

3. 36% des Canadiens préfèrent les nouvelles aux séries dramatiques (24%).

4. Les résidents de la Colombie-Britannique sont les plus téléphages au pays. 19% visionnent plus de 19 heures de télé par semaine.

5. Les Albertains sont les plus friands de télé-réalité (11%).

6. Les Ontariens sont les moins téléphages. 34% allèguent regarder la télé moins de 7 heures par semaine.

7. Les résidents des provinces de l’Atlantique ont plus de chance (64%) de se retrouver au lit avec la zapette.

L’étude a été réalisée les 16 et 17 octobre 2007 auprès de 1 266 adultes canadiens. La marge d’erreur est de +/- 2.75 %, 19 fois sur 20.


5 décembre 2007, 6:28
Plus besoin de présentation
Il y en a qui se démènent toute une vie pour décrocher un titre. Docteur en quelque chose, président de telle compagnie, ministre de tel ministère, médaillé d'or dans telle discipline, chroniqueur de tel hebdomadaire culturel.

Dans notre société, on est quelqu'un lorsqu'on porte un titre qui a de la carrure.

Toutefois, et c'est pour le moins paradoxal, le pinacle de la distinction sociale vient lorsque le quelqu'un peut "se passer de présentation". Plus de titre, que le nom.

Prenez Pierre Bourgault. Au cours des dernières années de sa vie, il n'avait plus besoin de présentation. Pierre Bourgault était Pierre Bourgault, même qu'il était plus souvent qu'à son tour Bourgault tout court.

Et c'est son seul nom, et non pas quelque titre à gogo, qui l'autorisait à disserter sur tous les sujets ou à peu près. Et il en profitait, le Bourgault, aussi bien sur les ondes de Radio-Canada, à l'émission Indicatif Présent, que dans sa chronique du Journal de Montréal.

Remarquez, cet homme politique, écrivain, journaliste, comédien; cet "allumeur de consciences, professeur de liberté, tribun exceptionnel, indépendantiste de choc et pourfendeur d'idées", comme l'a dépeint René Homier-Roy à ses funérailles, n'était absolument pas présentable.

D'une part, se risquer à lui coller une seule étiquette aurait été réducteur. D'autre part, défiler la liste des titres qu'il pouvait revendiquer en toute légitimité était un exercice plutôt longuet. On a opté pour la simplicité. Bourgault? Pas besoin de présentation.

Puisque je suis fort jeune, c'est le Bourgault sans présentation que j'ai connu.

J'avais un peu entendu parler de lui. Comme ça. Rien d'officiel. Il faut dire que je conservais un souvenir assez flou de ses grandes années en politique. C'est peut-être dû au fait que mes parents n'étaient encore à cette époque que des préadolescents. J'écoutais de temps en temps, d'une oreille distraite, ses "tranches de vie" à Indicatif Présent. Il m'avait même fait rigoler, une fois, en racontant comment il avait adopté un kangourou en plein cœur du Plateau-Mont-Royal!

Mais bon, hormis deux ou trois anecdotes comiques et quelques bribes biographiques, j'en connaissais somme toute assez peu sur Pierre Bourgault. Et puisqu'il n'avait pas besoin de présentation, la situation avait peu de chances de s'améliorer. Résultat: je n'ai vraiment constaté l'ampleur du personnage que le jour de son décès, le 16 juin 2003. Un peu tard.

Sa disparition, hypermédiatisée, a forcé les rappels obligatoires des grands pans de sa vie. Tout à coup, Bourgault a eu droit à de vraies présentations. Et je ne pense pas me tromper en disant que bien des jeunes ont, tout comme moi, découvert l'homme qu'il a été le jour où il a cessé d'être.

Je me suis même mis à l'aimer, ce Bourgault. Amour posthume, mais amour tout de même.

J'ai aimé sa pensée libre. J'ai cherché ses écrits polémiques. En tant que journaliste, j'ai endossé son principe de "subjectivité honnête", qu'il proposait comme solution de rechange à l'utopique objectivité.

Plus de quatre ans après sa disparition, on sent encore le besoin de nous le présenter, ce libertaire jusqu'au bout de la cigarette.

Jean-François Nadeau a lancé au début de l'automne une biographie (Bourgault, Lux Éditeur) qui prouve qu'à travers la conscience d'un seul homme on peut résumer celle d'une époque.

Et cette semaine, Télé-Québec diffuse un documentaire sur sa vie. Le projet aura pris sept ans à aboutir.

Il a commencé par le désir de Bourgault, en 2000, de tourner une série sur lui-même. Il avait alors approché Franco Nuovo pour l'aider. À sa mort, trois ans plus tard, le projet a été compromis. Manuel Foglia, le fils de l'autre, finira par le reprendre et le signer. Cela donne un documentaire de 90 minutes, Paroles et liberté. Un survol de la vie de Bourgault. Un condensé de sa pensée complexe. Mais surtout, le triomphe d'un homme qui a, plus que tout, incarné la prise de parole. Un homme qui s'est servi de sa voix et du poids des mots pour défendre, en célébrant, la langue de chez nous...

Paroles et liberté - Bourgault, à Télé-Québec.

Mercredi 12 décembre, 20 h. ooo

TELE /

Pour souligner la 100e de Viens voir les comédiens, ces grandes entrevues avec nos plus grands de la scène, du cinéma et de la télévision menées par René Homier-Roy, ARTV propose une émission spéciale de deux heures. Au menu, les meilleures confessions de ceux qui sont passés à cette table en cinq ans. Roy Dupuis, Rémy Girard, Claude Meunier, Marc Labrèche, Denise Filiatrault, et j'en passe... La 100e de Viens voir les comédiens, à ARTV, le samedi 8 décembre, 20 h.