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April 2006 - Messages
27 avril 2006, 12:00
Taper sur le système
Naïvement, j'ai toujours cru que l'économie devait être au service de l'homme. C'est une invention humaine, après tout. Comme la brosse à dents, qui n'a toujours rendu que de loyaux services.

Or, il me semble que l'économie actuelle, de confession néolibérale, est "antihumaine" à plusieurs égards.

Je ne suis pas un expert, mais j'ai tout de même du mal à m'émouvoir devant une "science" qui maintient une partie du monde dans le Moyen-Âge, alors qu'une autre partie consomme au point de s'autodétruire.

J'ai aussi de la difficulté à concevoir qu'un bougre qui se fait exploser à Bagdad peut influer sur le cours du pétrole, ce qui a pour conséquence d'augmenter le prix de mes kiwis.

Et je m'interroge sur la pertinence de la théorie économique de la productivité. Celle-ci veut que la production soit liée à la quantité de travail, aux investissements et aux ressources naturelles. Ainsi, cette théorie admet qu'il est possible d'augmenter indéfiniment la productivité, et ce, en réduisant tout aussi indéfiniment les ressources naturelles. Il y a certainement des subtilités qui m'échappent dans cette équation. Car le gros bon sens m'a toujours fait croire que les ressources naturelles n'étaient pas infinies. Enfin, j'ai probablement tort.

Le philosophe Francis Fukuyama affirmait sans rire que la chute du mur de Berlin signifiait la "fin de l'Histoire". Tout simplement parce que le système économique et politique néolibéral venait de perdre son plus sérieux rival (le socialisme). Or, le système capitaliste est si bien rodé qu'aucun autre ne pourra jamais le remplacer. Vraiment?

Suis-je le seul à croire que cette créature économique néolibérale est en train de se retourner contre son créateur, l'homme?

Prenez l'Argentine. Le gouvernement de Carlos Menem, en se pliant aux règles du Fonds monétaire international, a fait sombrer ce pays riche d'Amérique du Sud dans une crise économique sans précédent. En 2001, le patelin de Mafalda déclarait faillite.

En une nuit, 40 milliards $ US ont quitté l'Argentine par camion. Dans un bruyant concert de casseroles, des milliers de manifestants ont investi les rues pour dénoncer la corruption des élus et le blocage de leurs économies. Des centaines d'entreprises ont fermé leurs portes, mettant des marées de travailleurs en chômage.

En 2001, le système économique argentin s'est retourné contre les Argentins. Et après?

Dans le documentaire La Prise, l'auteure de No Logo, Naomi Klein, et le réalisateur Avi Lewis racontent comment des chômeurs ont fait naître un nouveau modèle, le coopératisme, sur les cendres de leur vieux système économique.

Car plutôt que de se croiser les bras, ces travailleurs ont pris possession des usines abandonnées. Ils ont fait fonctionner les machines, ont remis la production en marche et ont organisé des entreprises plus démocratiques. Leur slogan: "occuper, résister, produire".

Ce faisant, ils ont jeté les bases d'une nouvelle structure économique basée sur le système coopératif. Cette structure, croient-ils, répond mieux aux besoins de la majorité.

Sauf qu'un nouveau modèle ne se bâtit pas en un après-midi. C'est long, c'est dur et c'est parfois décourageant. À la fin du film, les patrons reviennent prendre possession de leurs usines. Il y aura toujours des résistances. Mais à force de taper sur le système, on finira bien par lui donner une forme plus humaine.

La Prise, à Canal D, le dimanche 30 avril, 19h.

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WWW

Sur le site PixelPress.org, un photoreportage pour souligner le 20e anniversaire de Tchernobyl. Depuis 1999, le photographe Robert Knoth et la journaliste Antoinette de Jong documentent les impacts de la catastrophe nucléaire sur les habitants de quatre régions touchées. Les photographies de gens déformés sont percutantes. Le pire, c'est que ces populations auront à voisiner la radioactivité pour des millénaires encore. www.pixelpress.org


TÉLÉ

Le réalisateur d'À hauteur d'homme, Jean-Claude Labrecque, présente ce documentaire portant sur l'isolement de certaines communautés de la Basse-Côte-Nord. Trois cultures (amérindienne, anglophone et francophone) dont le destin dépend du bateau ravitailleur Nordik Express. Touchant. Le Chemin d'eau de la Basse-Côte-Nord, à Télé-Québec, le jeudi 27 avril, 21h.

RADIO

Espace Musique nous offre une grande soirée blues, le vendredi 28 avril, à 20h. Animé par Dan Behrman et enregistré au Spectrum de Montréal en mars dernier, ce concert présentera des prestations de quatre artistes canadiens qui incarnent quatre visages du blues.

20 avril 2006, 12:00
La bonne nouvelle Dow Chemical
Tenez, dans une dépêche de l'AFP datée du 31 mars dernier, je suis tombé sur une bonne nouvelle. Le géant américain du produit chimique Dow Chemical aurait ouvert la porte à un éventuel nettoyage "humanitaire" du site de l'usine Union Carbide, à Bhopal. Une première.

Contexte. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, une fuite accidentelle de gaz toxique provenant de l'usine de pesticides Union Carbide à Bhopal (Inde) tuait au moins 3000 personnes et des dizaines de milliers d'autres au cours des années suivantes. Une hécatombe.

Dow Chemical (devenu propriétaire d'Union Carbide en 2001) a toujours sorti la même cassette dans ce dossier: Dow n'a rien à voir avec cette catastrophe, c'est au gouvernement indien (redevenu propriétaire de l'usine) de nettoyer les dégâts.

Les survivants de Bhopal ne voient pas la chose du même oeil. Pour son documentaire Ceux qui n'en meurent pas laissent toute espérance, le réalisateur Robert Cornellier est allé rencontrer certains d'entre eux. À Bhopal, il a tourné des images de l'usine où, encore aujourd'hui, des centaines de sacs de pesticides portant la mention "Poison" moisissent et contaminent la nappe phréatique de la ville, empoisonnant les gens du coin. Depuis 22 ans, les victimes demandent qu'on nettoie le gâchis.

Loin de moi l'idée d'entrer dans le débat à savoir si Dow Chemical est, oui ou non, responsable de Bhopal. Une chose est sûre toutefois: Bhopal est une tache sur l'image de bon citoyen corporatif de la multinationale.

Surtout que Dow paie déjà cher pour son image. L'entreprise a récemment donné 9,4 millions $ à l'organisme américain Habitat for Humanity. Et l'an dernier, le géant a étendu 5 millions $ pour aider l'Asie du Sud-Est à se relever du tsunami.

Je ne suis pas un expert en image, mais j'ai comme la vague impression que ce serait payant pour Dow Chemical d'aller donner un coup de balai à Bhopal. Qu'elle soit responsable ou non de la catastrophe n'a aucune importance; je parle d'image, d'apparences. J'imagine tout de suite les grands titres des journaux: "22 ans après Bhopal, Dow Chemical passe l'éponge" ou encore "Bhopal: Dow fournit le savon". Une pub qui vaut de l'or.

Et qui plus est, ça aiderait ceux qui crèvent à Bhopal chaque année des suites de la tragédie.

Mais en attendant que cette dépêche de l'AFP se concrétise, il ne nous reste que la révolte. Et à ce sujet, je vous suggère le documentaire Ceux qui n'en meurent pas laissent toute espérance qui porte sur les survivants de Bhopal, mais aussi sur ceux de Tchernobyl et de la catastrophe de l'Exxon Valdez. À Télé-Québec, le lundi 24 avril, 21h.

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TÉLÉ

L'oeuvre de Richard Desjardins décortiquée dans une série radiophonique en quatre épisodes narrés par Monique Giroux
Il y a 20 ans, le réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, crachant dans le ciel l'équivalent, en matières radioactives, de 200 Hiroshima. À l'époque, des enfants du Bélarus, victimes de la radioactivité, étaient venus se réfugier pendant six semaines dans des familles canadiennes. Des années plus tard, deux de ces familles d'accueil débarquent au Bélarus pour retrouver leurs jeunes protégés. Ces derniers sont devenus adultes et vivent toujours dans des zones contaminées. Rencontres émouvantes. Les Enfants de Tchernobyl, à RDI, le lundi 24 avril, 20h.

RADIO

L'oeuvre de Richard Desjardins décortiquée dans une série radiophonique en quatre épisodes narrés par Monique Giroux. Enquête sur l'artiste, sa jeunesse, ses premières créations. Des témoignages d'amis, d'admirateurs. À entendre, une version désopilante pour la France de la chanson Tu m'aimes-tu. Richard Desjardins, l'homme libre, à la Première Chaîne du 24 au 27 avril, 14h.

MAGAZINE

Le magazine LIRE consacre un numéro hors série au célèbre Petit Prince.
Il y a 60 ans paraissait à Paris le célèbre conte d'Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince (il est paru trois ans plus tôt à New York). Depuis, chaque jour, 3500 exemplaires du livre sont achetés dans le monde. Pour souligner l'événement, le magazine LIRE consacre un numéro hors série au célèbre blondinet (et à son créateur). Des esquisses inédites de Saint-Exupéry, un dossier fouillé sur l'origine du livre, des anecdotes méconnues. De plus, neuf dessinateurs (dont Uderzo) interprètent Le Petit Prince à leur manière. Vraiment, un objet de collection.

WWW

Un espace de réflexion autour du livre La Révolte du pronétariat, de Joël de Rosnay. Le Web, les blogues, les sites collaboratifs, la baladodiffusion donnent au peuple les clés de la communication de masse. Information is power, dit-on. Imaginez la révolution lorsqu'on découvre que c'est le peuple qui, désormais, détient l'information. (www.pronetariat.com)


13 avril 2006, 12:00
L'agriculture qui tue
J'ai du mal avec l'expression "agriculture conventionnelle". On s'en sert pour parler de l'agriculture industrialisée, enrichie aux OGM, aux pesticides chimiques, aux hormones de croissance. L'agriculture qui carbure à la spéculation sur les quotas, aux politiques productivistes, à la concurrence sur les marchés mondiaux. Une agriculture qui n'a rien à voir avec l'agriculture finalement.

Le problème, c'est qu'en lui apposant l'étiquette "conventionnelle", on donne à cette forme d'agriculture des allures de normalité. Conventionnel, cela signifie "conforme à la morale sociale". En deux mots, c'est gentil d'être conventionnel.

Appelons un chat un chat. Plutôt qu'agriculture conventionnelle, je propose une appellation, à mon sens, plus fidèle à la réalité: agriculture qui tue.

C'est moins jovial, j'en conviens. Mais c'est tout de même ce qu'elle fait. La méga-agriculture industrialo-intégrée tue l'équilibre des écosystèmes, tue la fertilité des terres agricoles. Elle tue parfois même des gens (souvenons-nous de Walkerton et de la vache folle).

Cette agriculture tue aussi les paysans. Ces rustiques hurluberlus qui, pendant des millénaires, ont compris qu'on n'exploite pas la terre, mais qu'on s'en fait une alliée. Ces pittoresques campagnards qui ont pigé il y a belle lurette que cette terre avait ses limites, ses susceptibilités.

Dans son documentaire Pas de pays sans paysans, la réalisatrice Ève Lamont est allée à la rencontre de ces trop rares paysans qui refusent l'agriculture qui tue. Ils ont contourné les règles établies. Et malgré les difficultés du système en place, malgré ces multinationales qui leur mettent sans cesse des bâtons dans les roues, ils se sont mis au bio. Par principe, mais aussi par simple logique.

Les témoignages de ces paysans du Québec, de la France, du Vermont et de l'Ouest canadien nous réconcilient avec le concept même de l'agriculture: une précieuse collaboration entre l'homme et la nature.

Grâce aux combats que mènent actuellement ces cultivateurs, on cessera peut-être de considérer l'agriculture biologique comme une bibitte en marge de l'autre agriculture. Celle qui tue.

Un jour, peut-être même donnera-t-on à l'agriculture biologique le titre qui lui revient vraiment: agriculture conventionnelle.

Pas de pays sans paysans, à Télé-Québec, le jeudi 13 avril, 21 h

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TÉLÉ

Dans la même veine que l'agriculture qui tue, un documentaire - pas très bien réalisé, mais néanmoins instructif - portant sur les poulaillers du monde, nids de la fameuse grippe aviaire. Les scènes tournées à l'intérieur des usines monstres où sont engraissés, abattus et dépecés des millions de poulets donnent la chair de vous-savez-quoi. Sauve qui peut... les poulets, à TV5, le mercredi 19 avril, 20 h 30

WWW

Il y a deux ans, une petite animation en ligne, The Meatrix, s'inspirait de la trame du film La Matrice pour exposer la "réalité" que camoufle l'industrie de la viande. Des millions d'internautes ont vu le clip mettant en vedette le boeuf Moopheus et le porc élu, Leo. Ceux-ci sont de retour dans The Meatrix II: Revolting. Cette fois, c'est de l'envers des produits laitiers qu'il s'agit. www.meatrix2.com

RADIO

Ce qu'il fait bon se balader en t-shirt et faire de la motoneige sur l'eau sous le soleil de l'Arctique! Ce coin nordique qui se réchauffe à une vitesse folle est le "canari de la planète". On s'en sert pour mesurer les conséquences des changements climatiques. Il y a quelque temps, la journaliste Chantal Lavigne s'est rendue au Nunavik pour constater l'ampleur des dégâts. Le reportage radio qu'elle en a fait pour la Première chaîne - diffusé l'automne dernier - vient de gagner un prestigieux Peabody Award, le plus ancien prix médias d'Amérique du Nord. La radio de Radio-Canada rediffuse donc cet excellent reportage à Dimanche magazine, le dimanche 16 avril, entre 10 h et midi. On peut aussi l'écouter sur le Web. www.radio-canada.ca/dimanchemag

MAGAZINE

La Nouvelle Revue d'Histoire (mars-avril 2006) propose un dossier fouillé sur le cinéma et l'histoire. Comment le 7e art s'est-il approprié l'histoire? Jusqu'où les cinéastes peuvent-ils faire entorse aux faits réels pour les besoins de la dramatisation? Aussi, 70 films historiques incontournables, parmi lesquels on n'a pas cru bon inclure Gandhi ou Schindler's List. Deux films qui m'apparaissent tout de même plus incontournables que Gladiator ou Excalibur. Enfin...

6 avril 2006, 12:00
Poubelle, tu m'inspires!
J'avais beaucoup aimé la première saison de cette série (Les artisans du rebut global). Je l'avoue, j'ai été moins fidèle aux citadins...

Pourquoi? Pas parce que l'émission était diffusée en même temps que L'auberge du chien noir. Peut-être parce que la charge symbolique était moins forte. Admettons-le, entre faire naître de rien une maison sur une colline et rénover une vieille bâtisse, il y a un monde.

N'empêche, l'inspiration était là. Et c'est le point fort de cette série. Après chaque épisode, j'avais le goût, moi aussi, de me bricoler des tablettes avec des panneaux de signalisation, de transformer de vieux journaux en papier peint. Et l'idée de ce plancher fait de rondelles de hockey me trotte dans la tête depuis que les citadins l'ont expérimentée avec succès.

Après chaque épisode, j'avais le goût de passer à l'action. Cette émission insufflait la créativité plus que n'importe quel magazine "déco tendance" commandité par Réno Machin. Cette série était d'autre part drôlement plus inspirante que le Fric Show qui, malgré sa qualité, ne fait toujours qu'exacerber le sentiment de cynisme ambiant. Et j'en ai ras le bol du cynisme.

Les Citadins n'étaient ni de gauche, ni de droite. Cette émission s'inscrivait plutôt dans un champ idéologique que l'on nomme le "gros bon sens". On y parlait d'isolation écologique et de récupération de bouts de bois. Rien de bien intello, mais c'est sur ces détails que le simple citoyen a le plus de pouvoir. Et si chaque citoyen prenait les rênes du tout petit pouvoir qu'il a, imaginez ce qui pourrait être fait...

Les citadins du rebut global, à Télé-Québec, le lundi 10 avril, 20 h.

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MAG

Il y a deux semaines, le député (et grand philosophe) André Arthur disait aux Francs-tireurs qu'il n'était pas sûr si les changements climatiques étaient "une si mauvaise chose pour les gens de Québec". Québec est sur une autre planète, voyez-vous. Néanmoins, si le sort du monde (hors Québec) intéresse un tant soit peu M. Arthur, je lui suggère la dernière édition (avril/mai) du magazine "scientifique-cool" Seed. Il y a là-dedans un état de la planète vachement bien ficelé. Et malheureusement inquiétant.

WWW

Lancé il y a un mois, le site Presse-toi à gauche veut être l'organe médiatique de la gauche québécoise. Un tabloïd internet où l'on questionne, commente, décortique la gauche en marche. Un débat est lancé sur le site: les gens de gauche devraient-ils voter pour le parti Québec Solidaire aux prochaines élections, et ainsi risquer de diviser le vote, ce qui pourrait donner la victoire au PLQ? J'en conviens, ce n'est pas le site le plus objectif du Commonwealth. www.pressegauche.org

TÉLÉ

À Séries+ depuis mardi dernier, une excellente série dramatique qui nous plonge dans l'univers sordide des esclaves sexuelles. L'histoire est fictive, mais le problème est bien réel. Trafic sexuel, Séries+, les mardis à 21 h.