Réaction à un brillant discours de Michael Ignatieff devant l’Economic Club de Toronto
C'est évident que le discours de Michael Ignatieff est brillant. Néanmoins il ne fait, d'une certaine façon, qu'articuler d'une manière intelligible un genre de résumé de la pensée confuse de la sagesse populaire qui n'arrive pas à s'exprimer toujours clairement mais qui n'en pense pas moins assez lucidement. Depuis le début de cette campagne électorale l'électorat se divise en deux, ce qui de mémoire ne me rappelle rien d'autre. Il y a ceux qui ne détestent pas trop Stephen Harper et ceux qui pourraient difficilement le détester davantage. Il n'y a plus vraiment de partis politiques dans cette campagne, il y a plutôt les partisans de Stephen Harper d'un côté et ceux qui lui botteraient le derrière de l'autre.
Avant même le début de cette campagne électorale la "populace" s'était déjà fait une idée de qui était ce bizarre bonhomme Harper, toujours coiffé et vêtu de façon tellement impeccable que cela devient rapidement suspect et inquiétant, un peu comme les envahisseurs dans cette vieille série télévisée du même nom. En temps normal Stephen Harper frapperait à votre porte et vous vous cacheriez dans le racoin le plus secret de votre domicile afin de ne jamais risquer d'être tenté de lui ouvrir votre porte. On peut le percevoir comme le vendeur de l'aspirateur le plus Hi-Tech, le plus cher et le moins performant de l'univers, ou comme le contenant le plus envoûtant d'un "Alien" affamé. L'image pourtant la plus vraisemblable qui frappe mon imagination est celle de ces étranges individus, presque des humanoïdes glacials et glaçants, qui viennent vous murmurer à l'oreille que vous êtes un genre d'élu supérieur qui a attiré l'attention de certains guides cosmiques venus vous révéler le secret absolu le mieux gardé de l'univers et vous invitant, moyennant une immolation métaphysique rituelle en 13 étapes, à rejoindre la Grande Fraternité Universelle de Ceux qui Savent des Affaires que les Autres ne Pourront Jamais Savoir.
Dans la sagesse populaire les perceptions sont beaucoup plus simples mais oh combien non moins lucides. Certains perçoivent chez ce bonhomme rien de moins que St-Ephen en personne, le saint patron du monde ordinaire, des petites gens simples, des citoyens moyens, la lumière aveuglante à suivre aveuglément. Les autres trouvent que le bonhomme a l'air simplement pas catholique, une sorte de Belzébuth venu tromper le simple monde, ceux qui n'ont pas de coiffure en plastique moulé. Ces visions simplettes ont été critiquées au départ par les grands observateurs de la scène politique. Ils ont tenté de nous faire croire que Stephen Harper, celui qui n'aime pas les olympiques, qui n'aime pas les arts et la culture, qui n'aime pas les gens qui ne partagent pas ses valeurs strictes, pouvait être un personnage fréquentable. À mesure que l'échéance approche les divergences s'accentuent, le mot d'ordre devient "n'importe qui sauf Harper". Stephen Harper révèle peu à peu sa véritable personnalité. Tous semblent se retrancher radicalement dans l'un des deux camps possibles, celui de St-Ephen ou celui du vendeur d'un produit mystère dont on devine intuitivement qu'on désire absolument s'en passer, comme par exemple un beau beigne fourré à la mélamine-formaldéhyde ou à la confiture de sable bitumineux.
C'est assez curieux tout cela. Alors qu'hier il n'y avait que les simples d'esprit qui s'inquiétaient au sujet de Stephen Harper il semble que maintenant certains analystes ou chroniqueurs sérieux commencent également à percevoir le danger que représente Monsieur Harper.
Quand un type aussi brillant que Monsieur Ignatieff s'attarde à dépeindre en détails le caractère très inquiétant de Monsieur Harper, je me dis alors que Monsieur Harper est très certainement un type, disons, très inquiétant.
Je ne suis pourtant pas un fan de Monsieur Ignatieff ni même un partisan du PLC. Je suis plutôt d'avis qu'au Québec il n'y a qu'une seule façon de "bloquer" Harper et, par souci d'impartialité, je ne mentionnerai pas laquelle.
Pour finir je conseillerais à Monsieur Dion de prendre un chapeau, d'y mettre deux noms sur deux bouts de papiers différents, de piger l'un des deux noms et de laisser à celui dont le nom est pigé le soin de désigner le successeur immédiat de Monsieur Dion. Vous avez compris que les deux noms inscrits sur les deux papiers seraient ceux de Michael Ignatieff et de Bob Rae. Vous pensez que ce serait ridicule de changer de chef en pleine course? Moi je pense que lorsqu'on perd la guerre et qu'on risque même de détruire à jamais son armée (son parti), changer de général est sans doute la chose la moins ridicule que l'on puisse faire avant qu'il ne soit trop tard. Monsieur Dion n'a qu'à s'inventer une maladie sérieuse pour justifier son retrait. Il doit bien avoir un ami médecin. Dans le feu de l'action plus personne n'en parlerait encore après 12 heures et Monsieur Dion pourrait revenir complètement guéri, dans l'honneur, dans 3 mois, sous un tonnerre d'applaudissements. C'est tellement facile ces temps-ci d'attraper la listériose, la maladie du hamburger, le virus du Nil Occidental, la méningite ou une quelconque infection nosocomiale. Monsieur Dion n'aurait qu'à aller faire campagne quelques minutes dans un hôpital. C'est pas difficile alors de dire qu'on a attrapé la C Difficile, même si c'est pas vrai. Il me semble que ce n'est pas difficile pour un politicien de mentir. Ça fait partie de sa formation, ou du moins ça devrait en faire partie.