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Éloge du narcissisme
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La résurrection de Jean Leloup ne passera pas sous silence. Entre deux nuages de fumées sur la fantômatique scène du Colisée Pepsi, au creux de la forêt abritant deux immenses totems très imposants, Jean Leloup, le Roi, fait son apparition. ''Old lady wolf can live under the water. Only the wolf can live under the water forever.'' Un jam s'ensuit et s'étire. Le rituel de résurrection. Ça sera un gros spectacle. Très gros. Sur la scène se déguise les fous du Roi en masse: le groupe comprenant le grand manitou des cordes Steve Hill, des choristes, des danseurs indiens ou extraterrestres, des invités spéciaux, lalalère. Le premier contact avec son public adulant se fait après presque 30 minutes de ce jam qui ne finit plus de finir. ''Arrêtez de beugler. (...) Ostie que vous avez pas changés depuis 5 ans.'', nous sort le Roi. Notre conte de fée est assez typique, l'époque contemporaine a fait ses ravages. On aurait de loin préféré se faire dire de manger des gâteaux. Le ton de la soirée est donné: lui non plus n'a pas changé pour peu qu'on sache. Quelques chansons du supposé feu-Leloup s'enchaînent et se ressemblent toutes. L'improvisation est de mise, on sent que dans la forêt et parmi la foule, plusieurs ont du mal à suivre. Le Grand Chef ordonne et exige des arrêts soudains lors des prestations et ce, avec tout le tact dont il sait faire preuve. Leloup, le Grand, a une histoire à raconter, mais la cour s'impatiente. Les gens sont là, pris avec leur trop plein d'énergie, et se meurent d'entendre des chansons, mais non, le Roi, le Grand, le Chef, Sa Majesté Leloup a parlé et à l'entendre, il n'arrêtera pas de sitôt. Suite à une petite guerre opposant la foule qui ne cessaient de huer et le maître de soirée, ce dernier est parvenu à raconter sa fameuse petite histoire. Une métaphore de vieille chienne-loup qui ne se laissera pas tuer aussi facilement. On a compris, Leloup vit toujours, qu'il soit sous sa cape de fourrure ou sous son chapeau d'indien. Après la phase de dépression, la phase de manie. Le Grand Roi semble dès lors avoir compris pour quelle raison nous étions tous là. Son pauvre peuple peut en prendre, mais il a ses limites. ''Ça prend une période d'adaptation, mais on va passer une belle soirée. Inquiétez-vous pas.''. Effectivement, bien que la suite n'aie pas été sans détours ni cascades, elle fut bien moins chaotique. Les pauses se faisaient plus courtes, les discours moins infligeants et cette soirée semblait moins décousue, finalement. Du haut de sa tour, le Roi a tout de même laissé entendre qu'il ferait de sa foule ce dont il a envie. Son micro est son trône et il peut y crier absolument n'importe quoi. Jusqu'à insulter des fans directement et bousiller Le Dôme qui, de toute façon, il ne désirait visiblement pas jouer: ''Je l'savais que vous alliez me demander de jouer ça.''. Un spectacle de Jean Leloup en est un grand, en effet. Un long, aussi; près de 3 heures, dont la moitié était réellement en musique. Le tout s'est déroulé dans le désordre et, fidèle à son habitude, le Chef a sorti son grand jeu afin que le public reste marqué au fer rouge. Celui qui a été capable de rester jusqu'à la fin, du moins. Les premières parties, soit Chinatown et The Stills, ont bien rempli leur mission. Ils font malheureusement de bien pâles copies à l'excentrisme du Chef. Le Colisée Pepsi, par contre, faisait preuve d'une piètre organisation de dernière minute. Un parterre à moitié-vide, que le Roi voyait à moitié-plein, brisait complètement l'ambiance de la soirée. Nul doute qu'à l'extérieur, le rituel aurait pris de plus grandes proportions. Nul doute que la chimie n'aurait pas été la même, que la magie aurait opéré sur tout un chacun. L'arrogance de Leloup aurait peut-être été mieux accueillie et aujourd'hui, on en aurait peut-être moins ras-le-ponpon du Roi Ponpon.
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Les synthés et la nature
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Là où Classics éclate, sonne plastique et convainc les plus rigides d'entre-nous à danser, sauter et crier, LP3 se porte merveilleusement bien en musique d'atmosphère. Ce troisième album de la formation New-Yorkaise Ratatat emprunte toujours quelques influences des mêmes eaux que Boards of Canada, Efterklang époque Tripper et les jeux vidéos, mais s'il n'est pas aussi tempêté que les précédents, il est certainement plus recherché. Mike Stroud et Evan Mast (E*Vax) gardent le meilleur d'eux-mêmes tout en troquant une partie des percussions lo-fi synthés au profit de vrais instruments. Le résultat est toujours entre le rock et l'électro, mais au final, se voit beaucoup plus adoucit et accessible à tous. L'ambiance organique est flagrante sur plusieurs titres dont la world Mi Viejo qui rappelle étrangement Gotan Project et les planantes Flynn et Bruleé, alors que Falcon Jab ou le simple Mirando, par exemple, auraient très bien pu être sur l'un ou l'autre des albums précédents. Le plus important à retenir de ce disque est ce même détail qui allait nous rendre avide de la musique de Ratatat: les rythmes. Ils ne sont jamais réellement surprenants, ils ne laissent jamais une forte impression de nouveauté, mais ils sont exactement ça. Comme avec les classiques du classique, justement, le déroulement est naturel, fluide et s'en tient à être juste, tout simplement. La qualité du dosage, chez Ratatat, c'est la recette du bonheur. Possible que LP3 puisse sembler fade après plusieurs écoutes, mais s'il est celui dont on se lasse le plus rapidement, il est aussi celui auquel on reviendra sans cesse. Ratatat w/ Panther @ Club Soda le 3 octobre 2008 dans le cadre du Pop Montréal.
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Entre les deux, on attends
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Un pied
dans la tombe et l'autre dans le ventre de maman. Entre les deux, on ne sait
pas s'il fait chaud ou froid. Entre les deux, on attends.
La vie est donc
inconfortable.
***
Le fil de
notes relie la dépression au malaise, le deuil et la souffrance à la déception
et la solitude qui envahit toujours. Les envolées lyriques s’y font nombreuses
et frissonnantes, le registre haut perché est fantomatique. Oh God I miss
you. En voix et piano, la mélodie est White Chalk; PJ Harvey en
musique.
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Attaque sans relâche
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Depuis leur progression de
l'étiquette Fat Possum à celle de Nonesuch, Black Keys a fait du chemin. Son
son, sale et caractéristique, prend de l'ampleur et c'est en s'éloignant des
sentiers battus du simple blues poisseux que le duo risque... et y gagne.
INSERT CD – PLAY
L'album démarre en trombe
avec All You Ever Wanted qui fait le pont entre l'oeuvre globale précédente du
groupe et ce qui reste à venir, puis garde une vitesse constante avec I Got
Mine. Un voyage s’amorce…en ligne droite. Strange Times. Le moteur surchauffe
et la fumée s'échappe. Outre le brûlé, on sent que le Attack de Attack &
Release a sa raison d'être à partir de maintenant. Un coup de vent et Psychotic
Girl qui permet un moment de détente en admirant le paysage, vaguement flou,
très désertique, lorsque Lies retentit au soleil couchant. L'horizon tremble et
le tableau de bord aussi; le moteur ne fait plus aucun bruit. Juste la voix
d'Auerbach et sa guitare, puis l'amertume de Carney sur ses batteries.
Mélancolie qui s'étire vaguement sur la première partie de Remember When, mais
s'échappe dès l’amorce de la seconde. Plaintes dans la nuit sur rythme dansant.
Un vent de nouveauté, comme à l'entrée d'un village inconnu, avec flûte sur
Same Old Thing qui ralentit le périple avant So He Won't Break et Oceans &
Streams; purs moments de grâce. Les raisons de notre départ. Points culminants
qui marqueront toute l'aventure. Alors que nous comprenons justement pourquoi
ce voyage a lieu, la boucle se boucle en douceur sur la mélodie déjà
nostalgique du retour à la réalité: Things Ain't Like They Used To Be. Presque
un adieu.
STOP - EJECT CD
En entier,
le périple est jouissif. Toujours sur les routes du blues, mais avec, cette
fois, la pédale au fond lorsque vient le temps de faire quelques détours vers
les chemins cahoteux du rock de désert aux tendances western comme le fait les
Allman Brothers avec Midnight Rider, par exemple, ou d’autres chemins qui
paraissent moins sûrs tels les recoins soul qui côtoient ceux rock garage. Et
bien qu’ils osent même toucher à la flûte traversière en ombrage à Ian Anderson,
le duo ne s’éloigne jamais assez de sa route première pour attirer les regards
méfiants. Ils restent sur le droit chemin, d’un bout à l’autre de Attack &
Release.
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Boîte étrangère
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Avec Taxidermie, Philippe B explore plusieurs facettes musicales qui, jusqu'ici, n'étaient pas de son répertoire habituel. Là où son premier disque éponyme a réussit, celui-ci passe plutôt difficilement. L'ensemble de l'album évolue de façon hésitante entre des poèmes chantés platement, des countrys aux sonorités renfermées et des pop agréablement surprenantes. Plusieurs écoutes sont nécéssaire afin d'apprivoiser le tout nouveau monde de Philippe qui, maintenant, semble vouloir voyager seul. Fini les balades dans lequel l'auditeur accompagnait les textes et les mélodies du chanteur; fini les rythmes entraînants qui ne pouvaient qu'être sentis de l'intérieur. Maintenant, on assiste à la fabrication d'une boîte à surprise que quelqu'un aurait fait pour lui seul: l'emballage est magnifique (L'Harmonie des sphères, Taxidermie), mais l'intérieur est étranger au reste du monde. Certains peuvent apprécier l'un ou l'autre des plaisirs s'y trouvant, mais n'y seront jamais attachés comme si c'était le leur. Entre créer pour soi ou créer uniquement pour les autres, Philippe B ne retrouve plus son équilibre. Heureusement, par contre, qu'on découvre tout de même de vraies perles sur cet album. Comme mentionné précédemment par Francis Hébert, L'Harmonie des sphères, La dérive des continents, La ville est là et Taxidermie sont à souligner. Baptêmes vaudrait aussi le détour pour les oreilles sensibles. Que ce soit pour l'impeccable recherche musicale, le déroutement qu'ils peuvent provoquer, les samples de bateaux voguant ou le Prélude de Debussy, ces titres laissent difficilement indifférent. Le reste sert à remplir la boîte.
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Karkwa est un jardin de givre
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Implantés dans la scène montréalaise francophone depuis maintenant 10 ans, le temps est venu pour Karkwa de convaincre les plus exigeants mélomanes d'entre tous. Bien que leur album précédent, Les tremblements s'immobilisent, ait connu un succès commercial considérable, le quintette n'était pas encore au sommet de son art et c'est avec Le volume du vent qu'on saisiera réellement la qualité des cinq musiciens.
Dans des tons froids, aux couleurs de la pochette, un voyage s'amorce. Le compteur donne la température de départ: il fait -30°C et pourtant, l'air est bon et le vent, juste frisquet. Climat stable jusqu'à la toute fin; sauf peut-être pour un léger réchauffement le temps de Dormir le jour, Le volume du vent n'en reste pas moins chaleureux et accueillant. Chaque pièce camouflant son lot de surprises, chaque pièce étant la suite logique de la précédente et faisant clairement partie d'un tout, l'album en entier a très peu de moments creux et encore moins de faux pas. C'est en oscillant entre plusieurs sonorités, effets et instrumentations afin de mieux expérimenter le côté organique des ambiances polaires que le groupe renverse. Ils trouvent le moyen de créer un univers hivernal, glaçant, dans lequel ce -30°C est des plus agréables.
Sur Le volume du vent, les voix sont traitées avec une si grande minutie qu'elles en sont visiblement considérées comme un instrument à part entière. Elles sont souvent accompagnées (Patrick Watson, Elisabeth Powell, Marie-Pierre Fournier, chorale d'enfants improvisée) et travaillées, mais n'en diluent pas moins les écrits qui, en général, sont paufinés avec soin. Les mélodies planantes enveloppent et accentuent le pouls; d'autant plus que le lexique favorisé est en accord avec l'univers présenté. Respirer, froid et vent sont à la base des textes; tous signés Louis-Jean Cormier excepté Le solstice, adaptation d'un poème de Pierre Nepveu qui, justement, a donné naissance au titre du disque.
À écouter dans le noir, à l'aube de n'importe quelle saison et lorsque nous désirons le temps chaud, froid ou le temps froid, chaud. Éclosion à mi-temps, Karkwa est un jardin de givre dont les fleurs n'ont pas fini d'épater.
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Justice fait sa loi
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- On tourne ce soir un DVD! - Waaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh!!! La foule se lève, obéit à chaque demande de Busy P qui semble ne plus vouloir partir à la fin de son set. Son long set tout en vagues, montant parfois très bien, mais redescendant aussitôt. Son habit du dimanche au Québec n'est pas assez pour le rendre totalement intéressant; son joli minois non plus. Ni son beat pour les jeunes filles qui, à côté de celui pour les garçons, semble sans couleurs. Mais par moments, par courts moments, Busy P nous amuse et joue même avec des samples de Chroméo ''un groupe de chez vous'', afin de gagner notre coeur. Ce n'est pas le coup de foudre, c'est à peine un léger flirt, vient donc le temps pour tous de passer aux choses sérieuses... Le mariage des genres façon Justice assure déjà dans les multiples clubs de Montréal comme d'ailleurs et promet un avenir riche dans le merveilleux monde des synthés. Xavier de Rosnay et Gaspard Augé forment le parfait petit couple dance-electro-house qui saurait remettre sur pieds n'importe quel mélomane assumé. Du haut de leur chapelle garnie de boutons de contrôle et cintrée d'une grande croix illuminée, Justice fait sa loi. Entre les multiples amplis Marshall qui servent d'éclairage, ils manipulent l'immense foule et font rapidement monter l'adrénaline dans chacun des spectateurs avec We Are Your Friends qu'ils presseront jusqu'à la dernière goutte. L'aréna devient une piste de dance, les corps bougent et bougent et malgré la pauvre acoustique du CEPSUM, il est clair que rien ne peut briser ce moment. C'est l'amour. Tout court. Tout comme l'a compris Queens of the Stone Age ou même TV On the Radio, Justice a compris que ce n'est pas les flaflas qui font le spectacle. C'est la bonne musique. C'est jouer avec les émotions d'un public, qu'il soit conquis ou non, et savoir rendre une certaine énergie. Ensuite, c'est aussi la réception de la foule qui fait le show. Et lors du spectacle de Justice, les gens étaient aussi en forme que pouvaient l'être Xavier et Gaspard. C'est aussi ça ''faire sa loi''.
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Toc
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« Libre-échange?


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photo: Rodolfo Martinez / Museo Nacional de Bellas Artes, La Havane
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L'art
cubain est célébré au Musée des beaux-arts: ¡Cuba! Art et histoire de
1868 à nos jours, c'est 400 oeuvres retraçant l'aventure artistique et
sociopolitique de ce pays depuis 150 ans.
La célèbre revue états-unienne Artforum
parle de cette rétrospective sur l'art cubain dans son numéro de
janvier dédié aux 50 expositions à voir à travers le monde (rien de
moins!). Il faut dire que l'art de ce pays est occulté (entre autres à
cause de la guerre froide) depuis bien des années. Il n'y avait pas eu
un événement de cette envergure depuis 1944. Et encore... Le Musée
d'art moderne de New York avait alors monté une expo dédiée seulement
aux peintres cubains modernes. Cette fois-ci, l'art cubain est aussi
présent par des installations, des affiches, des photos et des
sculptures produites depuis 1868. Il y a 64 ans, le célèbre peintre
Wifredo Lam avait refusé de participer à l'événement du MOMA, ne
voulant pas être étiqueté comme peintre régional. Cette fois-ci, à
Montréal au MBA, Lam est présent (malgré lui?) avec une salle entière! En
suivant l'exemple de Lam, certains pourront critiquer (surtout à
l'heure de la mondialisation des esthétiques) cette manière qui
consiste à faire le portrait d'une nation et de son art (serait-ce,
paradoxalement, une façon de le marginaliser?). Mais le fait que Cuba
ait été isolé par le blocus états-unien tout en refusant de tomber dans
l'esthétique du réalisme soviétique (que Castro n'aimait pas) justifie
ce corpus. Voici une expo qui brise un silence inacceptable. Mais elle
aurait dû plus clairement en rompre un autre. Certes, le musée évoque la situation actuelle du régime castriste. Le tableau de Raúl Martínez Nous sommes tous des enfants de la patrie
(avec ses portraits d'hommes) parle, par exemple, de la répression de
l'homosexualité à Cuba. Un panneau explicatif traite aussi, rapidement,
de ce sujet. Néanmoins, j'aurais aimé plus d'information sur la liberté
de création et d'expression de nos jours en ce pays où (faut-il le
rappeler?) des journalistes et des intellectuels sont encore
emprisonnés. La situation est-elle si différente pour les artistes? Une
table ronde pourrait-elle mieux nous informer? J'ose réclamer un tel
événement. Dans les salles sur l'art contemporain (passionnantes), vous
pourrez déjà remarquer comment les artistes cubains actuels savent
utiliser une certaine ambiguïté de contenu, l'ironie, la parodie pour
critiquer la situation politique dans leur pays. Elles montrent (si on
avait besoin d'être convaincu) la vitalité certaine de l'art en ce pays. Soyez
prévenus, néanmoins, que cette expo démarre lentement, les premières
salles sont moyennement emballantes (hormis quelques exceptions, comme
les tableaux de Landaluze). Ces salles ont un intérêt plus historique
qu'artistique. Mais le MBA joue franc jeu. Le titre annonce clairement
qu'il s'agit d'une expo sur l'art et l'histoire de ce pays. De ce point
de vue, il faut souligner la pertinence de la plupart des divers
panneaux explicatifs (il y en a beaucoup, mais c'était nécessaire), qui
retracent bien la guerre d'indépendance de Cuba, la domination
états-unienne... Du point de vue des arts, cela démarre davantage à la
fin de la troisième salle (avec Marcelo Pogolotti) et dans la quatrième
(avec les photos de Constantino Arias). La suite réserve de bonnes
surprises. Jusqu'au 8 juin Au Musée des beaux-arts Voir calendrier Arts visuels À voir si vous aimez / Les liens entre l'art, l'histoire, la société et la politique »
--------------------- J'aimerais simplement souligner le fait que certains tics de journalistes sont apparents et rendent dingues. C'est vraiment difficile de lire un article avec autant de parenthèses... Narrateur, si vous désirez prendre la parole, faites mais ne dérangez plus
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Écrits chiches
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Il est de ces articles dont l'efficience est louche et desquels nous pouvons questionner longuement la pertinence. Certains passeront à l'histoire, traînant le prix citron des écrits débiles aux fesses, alors que d'autres n'auront été qu'inutiles du début à la fin. C'est fort probablement le cas ici: une commande (on l'espère) sur un sujet surexploité du mois de janvier...et le tout tourne en bourrique: Après avoir flambé son argent comme un riche mafioso dans le temps des fêtes et à la folie furieuse des boxing days, le citoyen urbain mâle moyen peut quand même se tremper le biscuit et ce, pour pas cher! Analysons. L'ACCOUTREMENT ''Pour séduire une femme, il faut avoir ZE look.''. Ah bon? Et pour séduire laquelle, femme? C'est ce qui arrive lorsqu'on mélange les généralités aux préjugés superficiels: ça forme de belles phrases molles qui dégoulinent l'une sur l'autre, formant un tas de niaiseries. Publiable, qui plus est. LE TOUR DE TAILLE Après la pression que subissent trop souvent les femmes face à leur apparence physique, voilà que les hommes doivent y goûter aussi. On leur conseille ici de réparer les ''dégâts'' causés par la bonne bouffe du temps des fêtes... C'est une société totalitaire où nous évoluons en tant que drôles de moutons qui nous inculque ce qui est vrai et ne l'est pas, ce qui est beau et ce qui ne l'est pas. La machine s'arrête où? Il faut, un jour, mettre un frein à ce gros (et quand même joli) bourrage de crâne et faute de nos esprits cathodiques, ça commence par les médias. Ça commence ici. LA SORTIE CULTURELLE En s'enfonçant dans les généralités, toutes les femmes adorent les sorties culturelles, mais ce qu'elles préfèrent encore: les hommes ''plein à craquer''. Afin de mettre la superbe poulette blonde rencontrée au gym lors de l'étape anti-gras dans sa poche, l'article stipule de mentir sur ses qualités de passionné d'art, sa générosité, mais surtout, sur son statut social. Pink Floyd chantait Money, maintenant le Voir aussi? Ou était-ce de l'humour pour radins? Dans tout les cas, l'ensemble ne vole pas haut et s'en trouve plutôt choquant. LE MENU Puisque le citoyen urbain mâle moyen se retrouve aussi derrière les comptoirs, notamment celui du Petit Conti, et qu'en plus il est apparemment facilement manipulable, il ne reste qu'à aller graisser notre ''gentil serveur'' pour lui soutirer de la bouffe gratos! À la lecture de ce passage du papier, les employés de la place en question ne peuvent que se sentir bêtes. Si en plus ils n'ont pas le tour de taille qu'il faut...alors là! LE DRINK Moment favori de plusieurs: l'apogée de la soirée! Le moment culminant et jouissif de cette étrange sortie de radin, le summum, l'apothéose de tout ce cinéma! Que faire pour bien s'assurer de tremper son biscuit pour pas cher? Pas de panique: ''Les
jeudis du mois de janvier, l'endroit offre un traitement V.I.P. et des
boissons gratuites aux prénommées Sabrina, Dominique et Andréanne. Il
va sans dire, l'offre est alléchante. Mais si votre jolie créature
s'appelle Cindy, vous êtes décidément dans le pétrin. Question de ne
pas finir la soirée complètement cassé, un seul choix s'offre à vous.
Enfermez Cindy dans les toilettes et choisissez une Sabrina parmi les
dizaines du même nom qui n'attendent que de se faire draguer. Dites-lui
que vous l'aimez d'amour. Elle se soûlera en moins de deux et vous
ramènera chez elle. Si vous êtes chanceux, vous allez découvrir qu'elle
a non seulement le prénom qu'il faut, mais également un compte en
banque bien fourni. Profitez-en, espèce de gratteux!''. Évidemment, couper dans cette citation serait comme la commenter: scandaleux. Passons. Le mandat du Voir, comme celui de tout journaliste qui se respecte, est de rapporter l'information au lectorat. Chose dûe, chose faite. Par contre, bien que ça ne soit pas indiqué noir sur blanc, il est aussi fortement conseillé de ne pas prendre le dit lectorat pour plus débile qu'il l'est en réalité. Beaucoup des propos relevés ci-dessus sont aberrants, dénigrants et crétins, mais le pire reste qu'ils peuvent possiblement devenir salissants pour la personne qui les a écrits ou le journal qui les publies. Longue vie à la liberté d'expression, mais dans quelles conditions?
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Feu ardent
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Premier album dans la langue de Nelligan depuis son tout premier
Vent fou, Jorane réjouit avec des textes tout en finesse et un ton
vaporeux, toujours théâtral. Alors que son bouleversant 16mm était
d'une intensité presque étouffante, Vers à soi voyage, enveloppe,
caresse, en emportant plutôt qu'en terrant. Allant et venant
entre plusieurs registres, explorant les profondeurs de son univers,
Jorane teinte chaque pièce d'un son unique. Le tout est parfois plus
éthéré, parfois plus portant ou vibrant, reste que l'ensemble est
organique et plonge l'auditeur dans un monde irréel où violoncelle et
voix sont rois. Un monde où les sonorités plus classiques côtoient les
touches pop, world et même électro. Électro qui se trouve
notamment sur Le Feu, perle rare aux touches Goa qui n'est pas sans
rappeller l'enivrement de Juno Reactor et la chaleur contagieuse de
l'ambiance festive qui accompagne ce genre de musique. Un périple dans
le monde rave de Jorane. Tout au long de notre voyage dans Vers à
soi, l'atmosphère donne l'impression d'être léger. Flottant,
virevoltant dans les diverses facettes d'une femme intense. D'une
seconde à l'autre, l'univers se transforme du tout au tout et s'il n'y
a qu'un repère, c'est bien notre confort et notre façon de nous fondre
dans chaque recoin de cet album.
Truffé d'émotion et empreint
d'une grande sensibilité, Vers à soi est un album beaucoup plus
lumineux que les précédents, toujours prenant, sans toutefois passer
outre la mélancolie de Jorane qui, justement, lui sied si bien.
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Quand la réalité dépasse la fiction
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Premier film du réalisateur Craig Gillepsie et écrit par Nancy Olivier (Six Feet Under), Lars and the Real Girl a tout pour plaire. Le récit en général et le scénario est habile, la prestation des acteurs est impeccable et la fusion de ces points crée une chimie profonde de malaises, de désespoir et d'ironie. Cocktail de larmes et de rires dont nul ne peut véritablement passer outre.
Lars est un marginal, un inadapté social comme il en existe tant. Que ce soit faute à l'absence d'un parent, au rejets répétitifs accumulés dans l'enfance ou à la peur de vieillir qui le berce depuis toujours, Lars est un homme malheureux qui fuit sans cesse l'univers qui, dans ce cas, l'oppresse. C'est la venue d'une poupée siliconée, dont le visage évoluera tout au long de l'histoire, qui fera basculer non seulement la vie de Lars, mais aussi celle de tous les habitants de ce village. Énième victoire de l'Homme avec la force du matériel.
Chaque acteur est à sa place dans le film et rehausse les qualités prédéfinies des personnages. Particulièrement Ryan Gosling qui anime Lars avec une telle intensité qu'en tant que spectateur, on en vient néanmoins très rapidement à ne faire qu'un avec lui.
Malgré la dérision avec laquelle le sujet est amené et le caractère souvent loufoque de la situation, Lars and the Real Girl est extrêmement profond et nous plonge sans cesse dans une mélancolie propre au protagoniste. Constamment entre les larmes et les rires, entre la réalité et la fiction.
Mais qu'est-ce que la fiction? Qu'est-ce qui est vrai? Et pourquoi est-ce que ce l'est, vrai?
Un peu à la façon de Royal Tenenbaums ou de Running with Scissors, le côté insondable des événements repose directement sur la particularité des gens qui y sont représentés. Ils semblent toujours plus grands que nature, excessivement caricaturaux, mais en fait, ils ne sont que très réalistes puisque la réalité dépassera toujours la fiction.
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Le trouduc et la putain
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Ma première au Rocky Horror Picture Show annuel, ma première au Rialto et ma première en jaretelle et culottes au beau milieu d'une foule d'inconnus; en lieu public, qui plus est. Le Rocky restera mémorable, comment faire autrement?
Ambiance festive dans la magnifique salle de spectacle du Rialto et ce, depuis la ligne d'attente où plusieurs fans en paillettes s'excitaient. Que d'hommes en talons aiguilles, ou presque. Pourtant, à ma connaissance, aucun ne s'est cassé la gueule de la soirée. Étrange. Sous les arches très dramatiques du théâtre, les banquettes forment un demi-cercle ouvert vers la salle. Ultra-kitsh. Sur ces tables, des sacs de plastique qui, en temps venu, laissaient échapper: rouleau de papier Q, riz, fusils à eau (pas de bazooka: interdit), journaux, briquet, tranche de pain, cossin qui fait cric-cric quand on le tourne, etc. Mais surtout, il faut s'armer d'une bonne humeur contagieuse. Ou d'alcool.
Malgré quelques personnes se pointant en déguisement ''civil'' et en tout, relativement peu de gens costumés en personnages du film, malgré l'insistance des tireurs d'eau face à ceux qui avaient oublié leur journal, malgré les chaises coinçées et, surtout, froides pour les fesses des invités qui ont osé, eux, et malgré les inconditionnels finis, bourrés (...d'enthousiasme, s'entend) qui ne se contentent pas de crier haut et fort les meilleurs répliques du film, mais la totalité!...
Oui, malgré tout cela l'éternelle fête annuelle RHPS continuera encore et toujours de conquérir des coeurs puisqu'au fond de chacun de nous se cache un autre ''Moi''...
...en résille.
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Péter plus haut que le trou
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Bien que les Têtes à claques soient 100% pure laine from Quebec, reste que c'est d'un ridicule absolu d'en faire une folie-furieuse au point de foutre leurs gueules sur n'importe quel produit commercial.
Jusqu'où les gens sont-ils prêts à aller pour faire leur cash?
Et quel genre de personne porte les chandails à l'effigie des Têtes... ou boivent leur liqueur?
Pas étonnant que les stations de télévision aient refusé la diffusion de ce genre de sketches. Dire qu'ils doivent même refuser de jolis projets provenant de scénaristes diplômés tenant des perles entre les doigts. Déjà qu'on gaspille temps et argent pour sortir des merdes sans fond, tel Caméra Café, Virginie, 450 Chemin du Golf et compagnie...une chance que le ridicule de tue pas, sinon nous aurions quelques morts qui entraîneraient de gros trous dans les plages horaire de nos principales stations télévisuelles.
Finalement destinés / confinés à leur site Internet, les Têtes à claques jouissaient d'une bonne cote de popularité qui avait pour unique conséquence d'encourager le créateur à remettre ça de plus belle. Mais voilà que les compagnies voient leur gros profits et M. Beaudet aussi: c'est le début d'un raz de marée médiatique assez dégeulasse merci. Le tout ayant pour but de vendre le plus de cochonneries possible en exploitant une idée qui, au départ, n'avait déjà pas grand chose de brillant.
Inciter les gens à la surconsommation usant de ce qui semble être un gros manque de jugement de la part du public, c'est que qu'on appelle l'ambition de toute une vie?
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Bordel à l'Église!
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Au coeur de cette Église imposante aux airs dramatiques, à la lueur des lampions garnissant l'arrière-scène, Patti Smith et son groupe se faisaient poignants.
Entre récits psaumatiques et douces reprises de son répertoire Twelve (notamment Are You Experienced?, Helpless, Soul Kitchen et Smells Like Teen Spirit), la poétesse du rock s'est montrée beaucoup plus sage et contenue que par le passé. Liste de chansons quelque peu prosaïque, bouleversantes dédicaces et djembé constituaient l'essentiel de cette messe spirituelle davantage folk que punk.
Reconnue pour ses opinions politiques tranchées et une forte implication envers celles-ci, Patti Smith a plusieurs fois abordé des questions concernant l'implication de son gouvernement face aux plus récentes guerres, mais jamais elle ne s'est trop emportée. Tout le groupe restait bien calme, bien rangé, enfouissant tant bien que mal leurs racines hippies 6 pieds sous terre... mais il y a de ces instincts qu'on ne peut taire.
En rappel, l'air de rien, on nous sert donc l'infernale Rock 'n' Roll Nigger. Ode à la rébellion aux phrases aussi scabreuses que peut l'être ''Baby was a whore'' ou ''Jesus Christ (...) was a nigger'' prononcé dans une Église. Bras dans les airs et hurlant ''Outside of society!'', la foule est rapidement devenue démente, mais rien n'égalait la rage de Patti Smith qui a brisé, une par une, les cordes de sa guitare en vociférant des insanités. Ce qui restait de la guitare s'est ensuite retrouvé face contre l'amplificateur, produisant un son strident à la limite du supportable qui s'est prolongé durant les longues secondes qu'a pris le groupe pour nous faire leurs adieux, une lueur espiègle vaguant au fond des yeux.
Eux, marchaient vers la coulisse où un homme désappointé les y attendais. Nous, nous n'étions peut-être pas dimanche, mais cette célébration a probablement été des plus révélatrices pour plusieurs, pauvres pêcheurs que nous sommes.
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Dosage et subtilités
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Severance est campé entre deux genres: l'horreur, dans lequel il se démerde bien, et la comédie, dans lequel il excelle. Bien que la violence y soit parfois très morbide, elle a au moins le mérite d'être variée et quelque peu recherchée, ainsi qu'appuyée par un fond d'humour noir qui change complètement le goût du film.
Pour obtenir le meilleur de deux mondes -dans ce cas: de deux genres cinématographiques-, il suffit de maîtriser l'art de bien doser et d'oser prendre le spectateur pour un être bénéficiant d'un minimum d'intelligence. C'est ici que Severance gagne des points. L'humour est parfois absurde, d'autre fois plus songé, reste qu'il est principalement subtil et toujours bien rationné. On est souvent déroutés par nos repères de stéréotypes archétypes propre au genre de films d'épouvante et on pourrait être aussi surpris par les personnages clichés qui sortent un peu du cadre de leur poncif.
Techniquement, on voit bien l'évolution du médium depuis Creep (Christopher Smith, 2004). Aucun superflu pour gâcher notre plaisir, seulement quelques moment grandioses comme une scène de délire toxicomanique et de petits clins d'oeil à Dr. Strangelove de Kubrick; la chanson de générique étant tous deux We'll meet again en plus d'autres allusions au cours du visionnement.
Voulant, comme Grindhouse, faire référence aux genre de films ''slashers'', on est en droit de se demander si la satire était vraiment efficace. Les ''bimbos'', bien que caricaturales à l'os, n'étaient que trop présentes pour ne pas être dérangeantes et trop absentes pour réellement porter ce style de films en dérision. Pareil pour la critique politico-sociale en rapport aux armes: c'est à se demander si le message a bien passé ou s'il a coulé sous le torrent de sang.
Somme toute, une production légère à recommander pour son côté mordant et sadique. Empreint d'humour noir, Severance gagnera à coup sûr le coeur de ceux qui l'ont solide.
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