Depuis leur progression de
l'étiquette Fat Possum à celle de Nonesuch, Black Keys a fait du chemin. Son
son, sale et caractéristique, prend de l'ampleur et c'est en s'éloignant des
sentiers battus du simple blues poisseux que le duo risque... et y gagne.
INSERT CD – PLAY
L'album démarre en trombe
avec All You Ever Wanted qui fait le pont entre l'oeuvre globale précédente du
groupe et ce qui reste à venir, puis garde une vitesse constante avec I Got
Mine. Un voyage s’amorce…en ligne droite. Strange Times. Le moteur surchauffe
et la fumée s'échappe. Outre le brûlé, on sent que le Attack de Attack &
Release a sa raison d'être à partir de maintenant. Un coup de vent et Psychotic
Girl qui permet un moment de détente en admirant le paysage, vaguement flou,
très désertique, lorsque Lies retentit au soleil couchant. L'horizon tremble et
le tableau de bord aussi; le moteur ne fait plus aucun bruit. Juste la voix
d'Auerbach et sa guitare, puis l'amertume de Carney sur ses batteries.
Mélancolie qui s'étire vaguement sur la première partie de Remember When, mais
s'échappe dès l’amorce de la seconde. Plaintes dans la nuit sur rythme dansant.
Un vent de nouveauté, comme à l'entrée d'un village inconnu, avec flûte sur
Same Old Thing qui ralentit le périple avant So He Won't Break et Oceans &
Streams; purs moments de grâce. Les raisons de notre départ. Points culminants
qui marqueront toute l'aventure. Alors que nous comprenons justement pourquoi
ce voyage a lieu, la boucle se boucle en douceur sur la mélodie déjà
nostalgique du retour à la réalité: Things Ain't Like They Used To Be. Presque
un adieu.
STOP - EJECT CD
En entier,
le périple est jouissif. Toujours sur les routes du blues, mais avec, cette
fois, la pédale au fond lorsque vient le temps de faire quelques détours vers
les chemins cahoteux du rock de désert aux tendances western comme le fait les
Allman Brothers avec Midnight Rider, par exemple, ou d’autres chemins qui
paraissent moins sûrs tels les recoins soul qui côtoient ceux rock garage. Et
bien qu’ils osent même toucher à la flûte traversière en ombrage à Ian Anderson,
le duo ne s’éloigne jamais assez de sa route première pour attirer les regards
méfiants. Ils restent sur le droit chemin, d’un bout à l’autre de Attack &
Release.