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July 2006 - Messages
27 juillet 2006, 12:00
Chronique kamikaze
Troisième et dernière chronique en provenance de Saint-Armand. Le temps file à une vitesse folle: aussitôt ce texte ficelé, je file peigner le gazon, débonder le pluviomètre, astiquer les tomates - activités obscures et quotidiennes du rat des champs.

Au fond, je ne vous ai pas vraiment raconté mon séjour à la campagne. Je me suis surtout intéressé aux nombreuses télécommandes de la maison (six, au dernier recensement). À peine si j'ai glissé quelques mots sur les colibris et les cigales - identiques, il faut dire, à ceux que l'on observe dans ma ruelle montréalaise.

Pour la couleur locale, on repassera.

J'aurais pu vous parler de mes voisins, tiens, qui habitent juste au bout du chemin. À la lisière de leur terrain, deux pancartes vous souhaitent la bienvenue: Attention au chien et Beware of the Dog. Pour faire bonne mesure, une troisième pancarte insiste: Nos chiens peuvent atteindre la clôture en 10 secondes - et vous?

Les voisins ne possèdent plus de chiens depuis quelques années. Pourquoi s'embarrasser d'une paire de rottweilers lorsque les pancartes suffisent à la tâche? En revanche, ils ont une caméra de surveillance. Je vais finir par me méfier de la campagne.

Mais ne vous fiez pas à cette abrupte entrée en matière: mes voisins sont des gens charmants. Ils m'ont rendu visite, dès le premier soir, en revenant de leur promenade. Ils tenaient à s'assurer que je ne manquais de rien.

Monsieur est courtaud, musculeux et retraité. Il travaillait jadis dans les ateliers de la NASA et se consacre désormais à une roseraie vaste comme trois pâtés de maisons. Madame son épouse, une Norvégienne hilare et anglophone, le surplombe d'une bonne tête.

Avec ces quelques bribes d'informations, on pourrait vous tricoter tout un roman.

Récit surréaliste: des dogues imaginaires rôdent dans une roseraie. Dans la maison vit une Scandinave démesurée, qui n'a pas mis les pieds dehors depuis 1981. La caméra constitue son unique contact avec le monde extérieur. Dans le hangar, son époux tente de recréer un lanceur Saturne 4 à partir d'objets glanés dans les poubelles du voisinage. L'histoire se termine sur un décollage spectaculaire.

Analyse sociale: on suit la vie quotidienne d'un couple charmant. Ils reçoivent leurs amis dans la roseraie, avec du thé et des scones. Ils font du bénévolat, surveillent leur taux de cholestérol, lisent le Sélection du Reader's Digest. Le dimanche après-midi, ils se bercent sur la véranda, la carabine posée sur les genoux, et ils attendent les touristes montréalais de pied ferme.

Thriller historique: nous sommes en pleine guerre froide, un mécanicien de la NASA rencontre une hôtesse de l'air originaire d'Oslo. Rebondissements divers sur fond d'actualité internationale. Ils se cachent finalement dans une roseraie avec abri atomique intégré, à une distance suspecte de la frontière américaine.

Vous voyez le bateau que j'aurais pu vous monter à partir de trois fois rien?

Mais l'extrapolation, si divertissante soit-elle, comporte des dangers. Malheur à vous si le récit tombe sous les yeux de ceux qui l'ont inspiré! Un portrait un peu rugueux de la faune locale pourra se retourner contre vous, surtout si la faune s'appelle Bob et qu'elle travaille comme videur au bar-salon truck stop Le 135.

Remarquez qu'un portrait dithyrambique n'y changerait rien: Bob pourrait croire que "dithyrambique" est une insulte sophistiquée.

Dans tous les cas, vous écrivez à vos risques et périls.

On devient prudent, avec les années. On comprend que l'écriture est un pétard: il vaut mieux se trouver à bonne distance du point d'impact au moment de la détonation. Le jouet n'explose pas toujours, mais croyez-moi: vous ne tenez pas à jouer les kamikazes.

Bref, je me réfugie à Montréal dès demain matin. Pour les représailles, prière de vous adresser à la rédaction.

20 juillet 2006, 12:00
Harry Potter et vinaigrette
Je vous narrais, la semaine dernière, ma victoire morale contre la télévision par satellite. Libéré de l'emprise télévisuelle, je comptais abattre une montagne de travail - humble bûcheron dans la forêt des mots, tronçonnant les paragraphes d'une main allègre.

C'est par pure coïncidence, je vous jure, que j'ai jeté un coup d'oeil au télé-horaire qui traînait encore sur la table. Histoire de voir ce que j'allais manquer, vous comprenez? De bien jauger l'ampleur de ma vertu.

J'ai appris qu'à 20 h 30 on diffuserait Sometimes a Great Notion, un film de Paul Newman tiré du roman de Ken Kesey. Drame social, États-Unis, 1971, coté 3.

Si vous êtes un peu attentifs - je n'en présume pas -, vous vous souviendrez que je me suis justement acheté une copie de Sometimes a Great Notion il y a deux semaines, lors d'une virée dans le ghetto McGill.

Sacrée coïncidence. Le genre de coïncidence susceptible de corrompre ma vertu.

Misère.

Évidemment, il y a un hic - car sans hic, pas de chronique. La littérature repose tout entière sur le pépin et l'éraflure.

Je vous le donne en mille: je n'ai pas eu le temps de lire Sometimes a Great Notion. Or, je suis pointilleux là-dessus, je me fais un point d'honneur de lire un livre avant de visionner sa version cinématographique.

Singulière manie, direz-vous. De toute manière, on risque toujours d'être déçu. Déçu par le roman si on visionne d'abord le film, déçu par le film après voir aimé le roman. L'ordre de la déception importe-t-il vraiment?

Il y a des cas où l'on n'est déçu ni par l'un, ni par l'autre. Tenez, allez donc relouer Vol au-dessus d'un nid de coucou (pour rester du côté de monsieur Kesey). Et lisez aussi le bouquin. Dans l'ordre qui vous plaira. Des heures de plaisir.

Je réalise à l'instant que mon exemple date d'au-dessus de 30 ans. Ça ne vous énerve pas, vous, cette impression que tout était meilleur jadis?

Prenez Harry Potter. Un véritable phénomène littéraire, en plein milieu d'une époque où les phénomènes littéraires se raréfient. Partout en Occident, des centaines de milliers de jeunes - que l'on croyait plutôt portés sur le GameCube - dévorent soudain des briques épaisses comme ça. Mieux: ils attendent la suite avec des poussées de fièvre, des tremblements, des éruptions cutanées.

La suite? Elle est prévisible. On produit le film sans même attendre le dernier tome (il faut profiter de la vague). Ça donne le ragoût habituel: un produit dérivé, un objet commercial hypertrophié, plus gros que son prétexte, qui finit par l'absorber.

Ce qui m'exaspère vraiment, ce n'est pas la qualité des adaptations (ni pire ni meilleure, dans l'ensemble), mais leur mise en marché. Ça débute de plus en plus tôt, bien avant la sortie en salle ou en DVD. En fait, dès qu'un bouquin fait jaser, on discute de son adaptation.

Forcément, on en vient à croire que le cinéma représente l'aboutissement naturel du roman. Comme si le livre, en somme, constituait un médium assez primitif, et qu'une histoire ne pouvait atteindre son plein développement que grâce au cinéma.

C'est nouveau, cette subtile condescendance, ou bien elle sévissait depuis un bout de temps déjà? Je compte sur vous pour me le dire: je ne suis là que depuis 1972.

Bref, ma décision est prise: je vais regarder Sometimes a Great Notion sans avoir lu le roman.

À l'évidence, je ne crains pas d'être déçu. J'ai un faible pour Paul Newman. Ce type aborde le produit dérivé sans la moindre ambiguïté: il vend de la vinaigrette italienne. C'est pour la bonne cause, nous dit-on. Ceux qui n'aiment pas la vinaigrette ne perdent rien à revoir ses films.

Bon, vous m'excuserez, je dois aller récupérer les télécommandes que j'ai enterrées au fond du jardin la semaine dernière.

17 juillet 2006, 1:57
Voilà
Après quelque 37 mois de chroniques en ligne (étalées sur 8 ans, 6 pays et 5 sites Web), j'ai décidé de débloguer pour de bon. Mon horaire est le premier facteur en cause. Les projets se multiplient, j'ai de la difficulté à dire non, mes textes prennent du retard. J'ai tendance à m'éparpiller, en somme, et quand on s'éparpille, on se perd. En outre, j'ai découvert qu'écrire un blogue thématique pour un périodique se rapproche davantage du journalisme que je ne l'aurais cru. Or, je ne suis pas journaliste, et j'admire trop ces athlètes de l'information pour prétendre me mêler de leur boulot. À ce propos, profitez-en pour visiter un voisin dont j'estime le travail. (Ah non, il est en vacance lui aussi. Peu importe, vous le retrouverez dans deux semaines.) Cela dit, je continuerai de signer ma chaotique chronique, qui me fournit ma ration hebdomadaire de stress et de contrainte. Le dosage idéal. Merci de m'avoir accompagné, ici ou ailleurs, et bonne canicule!
13 juillet 2006, 12:00
Drame champêtre en deux actes (et prolongation)
Cette chronique vous provient du fin fond de l'Estrie, au coeur d'un boisé de frênes situé à un jet de pierre de la frontière du Vermont. On m'a en effet confié un chalet pour trois semaines. Un endroit admirable, infesté d'oiseaux et de diptères exotiques. On n'y entend que des pics-bois et des cigales, la pluie sur les feuilles, le tonnerre sur la rive ouest du lac Champlain. De temps à autre retentit une détonation de .22.

On se croirait dans un dessin animé d'Hayao Miyazaki. Sauf pour la détonation de .22, bien sûr.

Il s'agit de l'endroit rêvé pour écrire. On m'assure d'ailleurs qu'un légendaire chroniqueur montréalais aurait vécu plusieurs années dans la région. On le croisait en train d'acheter sa baguette, son litron, son kilo de clous galvanisés. À relire ses chroniques de l'époque, on comprend que l'endroit n'a pas nui à son inspiration.

Bref, depuis deux jours, je travaille, j'arrose les fleurs - elles sont innombrables, affublées de noms exotiques -, je touille le compost, je garnis les mangeoires que des volatiles tapageurs s'empressent de vider, j'éradique les colonies d'abeilles tueuses qui se disputent le dessous du perron. Je dénombre les lucioles et les rainettes. Je hume, je palpe, j'observe.

Comme si cette atmosphère bucolique ne suffisait pas, je dispose d'une cuisine bien équipée, d'une bibliothèque à épices digne d'Alexandrie. Au coucher du soleil, je me mitonne un filet de morue que je dévore dans le jardin. L'orage vient de passer, une lumière de début du monde tombe dans le sous-bois.

Je suis tellement heureux que j'ai l'intention de passer trois semaines nu-pieds. À la Thoreau.

ooo

Seulement voilà, au coeur de ce paradis se trouve une télévision. Pour être plus précis, une télévision satellite. Vous savez, le modèle qui capte trois milliards de chaînes diffusées par quelque hideux lave-vaisselle posté en orbite géostationnaire.

J'ai mis une croix sur la télé il y a plusieurs années. Successivement par snobisme, protestation, manque d'intérêt, pénurie de temps et, désormais, parce que notre récepteur date de la Crise d'octobre, qu'aucun câble coaxial ne le relie au reste du monde et que son tube cathodique est prompt aux tempêtes de neige.

Bref, entre deux virées dans les herbages, je lance un regard méfiant à la télévision de mes hôtes. Je flaire le danger. Je suis ici pour la bonne cause: un manuscrit à réviser, un blogue à nourrir, une douzaine de chapitres à cracher, une nouvelle à écrire, une chronique à rendre chaque lundi matin. Il faudra mitrailler sans relâche.

La télévision, je le sens, je le sais, sera mon pire ennemi.

Après un moment, pourtant, j'ose m'en approcher. Avec précaution. Puis, avec confiance. Il faut connaître son adversaire pour mieux le maîtriser. Je m'empare d'une poignée de télécommandes, pianote au hasard et parviens à syntoniser un signal: la Coupe du monde de football. Allemagne contre Italie. En demi-finale.

Moi qui n'écoute jamais le sport (sauf le base-ball sur le AM, par pure nostalgie), je chois dans le sofa, happé. Bon, bon, bon. Après tout, un petit match ne peut pas nuire au moral des troupes. Yves Thériault lui-même ne lâchait-il pas sa machine à écrire le temps de regarder La Soirée du hockey? On ne peut pas me reprocher de suivre la piste du plus prolifique écrivain de la littérature nationale. Un véritable Hercule du verbe, notre Thériault. Une force de la nature. D'ailleurs, il allait pieds nus en toutes saisons.

Bref, je m'enfile le match de foot d'un bout à l'autre, la joie au coeur, un bol de pinottes sur les genoux. Mon coeur palpite. La victoire italienne se joue au terme de deux prolongations, à la toute dernière minute. Un suspense digne de Dino Buzzati - comme quoi le foot obéit lui aussi à des règles narratives.

Une fois le match terminé, j'éteins l'appareil et prends une grande respiration.

D'un geste assuré, je rafle la collection de télécommandes qui couvrent la table. Je sors de la maison, saisis une bêche au passage et file enterrer mon butin au fond du jardin, derrière les plants de tomates. Un crapaud observe la scène, amusé.

11 juillet 2006, 2:49
En direct du parasol
J'ai effectivement installé l'ordinateur dans le jardin, sous le grand parasol. On entend une cigale, des coups de marteau chez le voisin. Les moineaux se font des manières autour de la mangeoire. Le chat rôde dans les parages (je garde un oeil sur les urubus). Premier constat : les diptères aiment les écrans à cristaux liquides. Mon moniteur est déjà constellés de maringouins écrasés, comme le pare-brise d'une Maserati. (Vu ma vitesse de croisière, ce serait plutôt une Fiat 500.) Environnement Canada annonce de l'orage. Je me demande si je cours des risques d'électrocutions.
11 juillet 2006, 9:51
Estrie, jour 7
Je m'étais juré de travailler comme un dingue. Pas le moral. Me suis rattrapé en jurant de lire comme un dingue. Je suis revenu de Montréal avec une pile de livres comme ça. Sur le dessus, l'Âge des extrêmes, dans lequel je comptais engloutir ma semaine. De quoi se remonter le moral, non? J'ai aussi ramené le vélo. Hier, j'ai failli faire la culbute en percutant une tortue qui traversait la route. Je suis heureux de voir qu'il reste des tortues. Projet de la journée : installer l'ordinateur dans le jardin, travailler les pieds dans le gazon.
7 juillet 2006, 10:59
Tout ça pour dire que...
...ça m'apprendra à jouer les journalistes. Suite au billet d'hier, une amie m'a remis à ma place.
La première version de la Trilogie a été présentée au Théâtre du Trident en 85-86, pas dans un hangar. C'était la version de 3 heures. Peut-être fais-tu allusion à la version de six heures, qui elle a été présentée en 1991 dans un hangar du Vieux-Port (tout neuf ou presque, le hangar, car il s'agissait d'un des édifices construits pour Québec 84).
Bon, d'accord : pour les détails de la création de la Trilogie, j'ai visé un peu au hasard. N'empêche que sur le plan des moyens financiers, ça ne devait tout de même pas être mirobolant. Quant au financement de la Face cachée de la lune, j'ai utilisé le mauvais verbe : Lepage n'a pas autofinancé l'affaire. N'empêche, le budget était réduit. Ça paraissait. Pourtant, c'était un excellent film. (Grâce à la flexibilité qu'offre le tournage en numérique, insiste mon amie.) Pour le reste de l'affaire, je ne m'en mêle plus. Ni philosophiquement, ni politiquement. Je vais prendre ma douche, tiens.
6 juillet 2006, 12:00
L'ouest
Certains après-midi de juin, Montréal ressemble au bassin de l'Amazone. Le ciel se gonfle, la pluie tarde, l'aiguille de l'hygromètre plie et craque comme un insecte sous la semelle. Le ventilateur ne fournit pas à la tâche: il pousse un air gluant, parsemé de méduses. On cherche alors le moindre prétexte pour prendre le large.

C'est ainsi que je me suis retrouvé dans l'ouest de la ville, transpirant et amorphe, muni d'une liste d'adresses dénichées sur Internet: une demi-douzaine de bouquineries anglophones plus ou moins obscures.

Entendons-nous: il s'agissait d'une expédition purement inutilitaire. Je ne comptais surtout pas me procurer des livres. Je possède une alarmante quantité de titres pas encore lus - quelque trois tablettes en tout -, hors de question d'aggraver encore ce retard. Soyons raisonnable. Bref, par mesure de prudence, je ne trainais dans mes poches qu'un cinq dollars fripé.

Après tout, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

ooo

Les bouquineries de l'ouest de la ville exercent une étrange attraction sur moi. J'ai un biais pour la littérature anglo-saxonne en version originale, doublé d'une vive curiosité à l'égard de nos voisins shakespearophones. Nous habitons la même île sans vraiment nous connaître, ça ne vous donne pas envie de sonder la question un brin? Moi, si. J'oserais même parler d'anglophilie, au risque de me faire punaiser sur le mur.

Nos solitudes respectives ont pourtant les parois poreuses: nous vivons en vases communicants, dans une ville bizarrophone (les démographes ne semblent s'entendre ni sur le présent ni sur le futur de notre parlure insulaire). La plupart des libraires de l'ouest maintiennent d'ailleurs une section francophone, si minimale soit-elle, et il est instructif de voir quels titres on y retrouve.

Nos voisins semblent - je ne parviens pas à m'expliquer le phénomène - avoir le chic pour les petites bouquineries pittoresques.

Les plus sympathiques sont coincées dans des locaux vieillots, un peu exigus. Il y flotte une odeur d'années soixante-dix: ça sent le militantisme et la vie de quartier. On y trouve des affiches jaunies de Richard Brautigan. Sur le calorifère en fonte, on a posé une pile de fanzines imprimés sur une photocopieuse de l'université, des invitations pour la lecture de poésie du vendredi soir, un ventilateur qui vibre à pleine puissance. Cohen joue en sourdine. Quelques badauds font courir leur index sur la table des nouveautés. Dans un coin somnole un clochard de génie, un écrivain qui sent le fond de tonne, un chat.

Certaines de ces bouquineries opèrent à rebours du sens commun. Elles ne possèdent pas de site Web, n'ont aucun inventaire informatisé, n'acceptent pas les cartes de débit. Chez S. W. Welch, les libraires semblent réprouver les heures de fermeture précises: j'y bouquine souvent en fin de soirée, un quelconque jour de semaine. Le type au comptoir ne semble jamais pressé d'évincer les badauds.

On ne brusque pas un lecteur, voilà tout.

ooo

Bilan de ma virée caniculaire dans l'ouest: courez visiter la légendaire bouquinerie The Word, sise rue Milton, dans le ghetto McGill. Je ne la connaissais pas et j'en éprouve aujourd'hui une honte cuisante.

The Word appartient à la catégorie des bouquineries où l'on trouve (il existe aussi des bouquineries où l'on cherche, mais il s'agit d'une toute autre histoire): en quelques minutes, j'ai localisé une dizaine de titres que je voulais me procurer depuis des années. Je n'ai même pas eu besoin de les chercher, ils me sont tombés dans la main, comme des fruits mûrs.

Moi qui comptais n'ajouter aucun bouquin à ma pile de lecture, j'ai évidemment flanché: j'ai investi mes cinq dollars sur Sometimes a Great Notion, de Ken Kesey. À classer parmi les provisions pour l'hiver prochain.

5 juillet 2006, 8:47
Pour qui sont ces urubus?
Comme je l'expliquais hier, je suis en Estrie, où l'on m'a prêté un chalet afin que je puisse travailler un brin. Ces brusques accès de mécénat sont des choses qui arrivent, dit-on, lorsque vous êtes écrivain. En fait, il s'agit plutôt d'un échange de bons procédés : on me permet de boucler chapitres et chroniques dans un endroit tranquille. En contrepartie, j'entretiens l'endroit pendant que les propriétaires arpentent l'Italie - ce qui demeure, disons-le, un excellent marché pour les deux parties. On me demande quel est le travail de l'écrivain? Je réponds désormais : empêcher les urubus de ravir le minou.
4 juillet 2006, 12:36
Loin
Désolé pour le silence des derniers jours, je me suis livré au sport national du 1er juillet. Par ailleurs, j'émerge des boîtes juste à temps pour détaler en direction de l'Estrie profonde, d'où vous proviendront mes prochaines interventions. Il faudra cependant patienter quelques jours, car je dois apprendre à maîtriser mon nouvel environnement.