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Lecture publique, mode d'emploi
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Lecture de poésie dans un bar.
Les gens se tiennent debout, bière à la main. Le poète se présente, lit un premier poème. Fin du texte. Il faut applaudir. Chacun regarde autour de soi, cherche un endroit où déposer sa bière, dépose sa bière, applaudit, reprend sa bière. Second poème, la chorégraphie se répète. Écouter poème, déposer bouteille, applaudir, reprendre bouteille.
En cas de rafale de haikus, on se munira d'un tube d'antiphlogistine.
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Tube cathodique (2)
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Parlant de placement de produits, Stéphane Dompierre (oui, lui) me signale que Pascale Navarro a déjà écrit un article sur la question. J'ignorais l'existence de ce texte. Pour ma défense, j'étais hors du pays en septembre 2001.
Quoi? Comment dites-vous? Google? Qu'est-ce que c'est que ça - une marque de chouigne gomme?
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Ni l'okapi, ni le zouave
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Voilà donc, après plusieurs années de marathon solitaire sur les terres du roman, que l'on m'invite à écrire une chronique hebdomadaire. Qu'est-ce à dire? Qu'est-ce qu'un écrivain vient faire dans cette galère? La chronique constitue-t-elle seulement un genre littéraire? La question est épineuse. On hésite à y répondre. Selon le point de vue, diverses réponses sembleront évidentes (rien n'est plus variable que l'évidence). Pour certains, la littérature se reconnaît au support employé. Seules certaines matières nobles parviennent à se qualifier: le livre (si possible cousu), le papier glacé, le marbre, le disque (vinyle ou compact), la lucite. Sont disqualifiés d'entrée de jeu: la napkin, le cahier de notes, le mur de béton (ou de briques), le sac de chips et la paume de la main. Quant aux périodiques, ils flottent dans les limbes. On s'en méfie. À l'évidence, le papier journal n'appartient pas à la catégorie des supports consensuels. (Inutile de rappeler que la grande invention du vingtième siècle, le livre de poche, doit tout au papier journal; les arguments n'ont rien à voir dans cette histoire.) Peu importe son support, la littérature demeure essentiellement indéfinissable. On ne peut en dire qu'une chose: elle implique une perte de contrôle. Lorsque vous écrivez un texte littéraire, il doit être impossible de prédire avec exactitude où ce texte vous mènera, comment il sera interprété, quelles en seront les conséquences. Le texte littéraire est une boîte de conserve sans étiquette ni date de péremption. Ouvrez à vos propres risques. Cela me semble, jusqu'à présent, une description assez fidèle de cette chronique. ooo Bref, ni le support ni la forme ne m'indisposent. Pour tout dire, la chronique sur papier journal ferait plutôt mon affaire. Lorsqu'on songe à tous les grands noms qui s'y sont frottés - qu'il suffise de nommer Mark Twain -, tout snobisme s'efface et on se sent, soudain, soi-même, passablement inapte à prendre le relais. Des amis lettrés, médiatiques et carnivores m'ont récemment invité à souper. Apprenant que j'allais me commettre dans des pages hebdomadaires, ils ont d'abord crié de joie, puis d'anxiété (redoutant que cette production ne nuise à mes romans), avant de finalement me demander si j'avais au moins lu Alexandre Vialatte. Je connaissais son nom, sans plus, aussi me fit-on jurer de lire ce grand maître, ce modèle de tous, ce père de la chronique moderne. Premier constat: Vialatte n'infeste pas nos librairies. Dans l'une d'entre elles, généralement bien fournie, j'ai fait patate. Il m'a fallu recourir à des expédients exotiques pour acquérir un des volumes de cette oeuvre immense constituée de quelque 900 chroniques publiées sur 20 ans, dans le journal auvergnat La Montagne (titre qui constitue un sacré programme en soi). Ce Vialatte était une drôle de bête, pas d'erreur. Un génie, sans le moindre doute. Un homme en symbiose avec la langue française (remarquez, nous n'avons aucune idée des relations qu'il entretenait avec la langue; on sait seulement que le résultat est exceptionnel). Mais Vialatte est avant tout un inclassable: contrairement à ce que mes amis m'ont annoncé, il n'est pas le père de la chronique moderne - ou alors la chronique a subi entre-temps de graves mutations génétiques. Vialatte se situe en marge de tout, véritable écrivain orbital. Son humour ne ressemble à rien. Sa façon de raconter une histoire défie les lois du genre. Aucun sujet ne le rebute, ni l'okapi, ni le zouave. Nous avançons, de page en page, dans un monde autonome et déstabilisant: le continent Vialatte. Moi qui entretenais une vision passablement claire de la chronique, j'erre désormais (et vous aussi, par la force des choses) dans un paysage imprécis, sans frontières exactes. Soyons donc rassurés: nous nous trouvons au moins dans les limites de la littérature.
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Épinettes, industrie lourde, sous-financement
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Patrick Lemay s'interroge : « ça ne fait pas chier les auteurs, les bibliothèques? »
Plusieurs auteurs, plusieurs réponses.
En ce qui me concerne, je suis en faveur des bibliothèques. Pour d'innombrables raisons. D'abord, les épinettes se font rares, il convient de maximiser l'utilisation du livre. La bibliothèque est l'un des instruments les plus élégants, efficaces et modernes que l'humanité se soit donné pour partager le savoir. L'imprimerie, à côté, ressemble à de l'industrie lourde.
Donc, les bibliothèques : oui. En tant qu'auteur, j'estime toutefois qu'un programme de compensation devrait exister pour l'utilisation publique des livres. Un tel programme existe déjà, mais il est sous financé depuis le début.
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Tube cathodique, livre, publicité
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La semaine sans télé est de retour. Une idée profondément enracinée dans nos têtes veut que la télévision soit l'antéchrist du livre, et qu'en luttant contre le tube cathodique on encouragerait la lecture.
Les sportifs, les amoureux de la nature et les philatélistes tiennent sans doute le même discours. Sur le site d'Adbusters, on affirme qu'il s'agit en réalité de protester contre la publicité. Chacun ses manies.
Ce qui me fait songer : connaît-on des cas de placement de produit dans les romans?
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900 km plus tard
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Je reviens d'Ontario avec une grippe musculaire bien poivrée. Mes jointures clignotent comme des tubes fluorescents.
Entre deux périodes de coma, je suis tombé sur une brève prédisant, exemple du iPod à l'appui, un chambardement numérique dans le monde du livre. On entend parler du fameux livre électronique depuis des années - mais personne n'a jamais vraiment expliqué l'utilité d'un tel gadget (hormis pour quelques utilisateurs spécialisés).
Encore et toujours l'obsession pour le support.
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Au sens propre
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(Brève réponse à Martin Laflamme au sujet du billet Mauvaise science et bonne fiction.)
Non, il ne s'agissait pas d'ironie : je trouvais vraiment le débat intéressant. J'estime beaucoup le regard que certains scientifiques portent sur la culture. Ce sont des gens habitués à la rigueur, à la précision. Ça ne les empêche pas de se tromper, comme tout le monde - mais être intéressant et avoir raison sont deux choses fort différentes.
J'ajouterai que l'un des meilleurs lecteurs qu'il m'ait été donné de rencontrer est neurobiologiste. J'ignore s'il lit toujours autant (70 heures par semaine dans un laboratoire universitaire, ça vous mine le temps libre) mais il était, à l'époque, un grand dévoreur de bouquins, exigeant et curieux, un véritable modèle.
Lui, il ne devait pas laisser beaucoup de livres inachevés.
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Un après-midi dans le grenier
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Il y a des moments où j'envie Ivan Quinn - ce Johnny Cash oublié du golfe Saint-Laurent.
Quinn composait des ballades country sur des thèmes maritimes, qu'il chantait d'une voix éraillée. Il n'a jamais vraiment fait carrière, mais dans la microscopique épicerie insulaire qu'il opérait, sa vieille Fender gardait le fort, plantée au milieu de la place dans un garde-à-vous perpétuel. Sur demande, il vous poussait quelques chansons et vous vendait une boite de soupe Campbell. De la porte de son épicerie, on voyait, je vous jure, des centaines de kilomètres d'eau salée, des îles, des noyés, du vent, le cimetière de l'île - l'un des paysages les plus époustouflants du monde.
Il n'est pas vraiment important de savoir si j'aurais été plus heureux dans la peau de Ivan Quinn. L'important, c'est d'avoir un petit Ivan Quinn personnel, planqué quelque part dans le grenier, avec qui on peut aller fumer le cigarillo de temps en temps.
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Ouvroir de comparaisons potentielles
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À force de répondre aux mêmes questions, il arrive parfois que l'on s'écarte des réponses habituelles.
On me demandait pour la centième fois, la semaine dernière, quels auteurs m'avaient influencé. Il faut dire que je ne réponds jamais tout à fait la même chose - à cette question comme aux autres. Peu importe. Je parlais d'écrivains lorsqu'une soudaine, irrépressible et improbable parenté s'est imposée entre Georges Perec et Douglas Coupland.
Perec, Coupland. Suis-je le seul à voir là une indubitable filiation?
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Inadaptation
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De l'autre côté de la rue, ce matin, quatre gaillards démontent un mur de brique.
Rien de plus agaçant, pour un écrivain, que de voir des gars de la construction démonter un mur de l'autre côté de la rue. Pas que ça vous perturbe l'air ambiant - on finit par se durcir la couenne, dans ce métier -, mais disons que ça vous réaligne le sens de la vie. Tandis que vous êtes assis à votre clavier à construire des trucs flous et intangibles, eux déplacent la matière, concassent du mortier, plient de l'acier à main nu en lâchant des sacres magnifiques.
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Mauvaise science et bonne fiction
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Yanick Villedieu animait hier, dans le cadre des Années lumière, un débat public sur la science fiction. On y parlait notamment de mauvaise science et de bonne fiction. Il est assez intéressant, je dois dire, d'entendre parler littérature par des gens qui manipulent d'ordinaire les algorithmes et les tubes eppendorf.
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Taïaut
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Nicolas Langelier déclare la guerre au mot « bouquin ».
MàJ : « Pas question que je me range de votre côté pour lui déclarer la guerre », annonce Sylvain Cadieux. Mon titre, je l'avoue, portait à confusion. J'aime bien le mot bouquin, moi aussi, et je n'ai pas envie qu'on le retire de la circulation. J'abonde toutefois dans le sens de Langelier : on utilise souvent ce mot à tort et à travers, sans égard au niveau de langage.
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Perdu d'avance
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Les livres s'empilent autour de moi. On en trouve sur le plancher, sous le lit, dans les sacs à dos, sur la table de la cuisine, entre les coussins du divan. Ils se rassemblent ici à un rythme presque épidémique. En fait, il n'y en a pas tant que ça, mais ils s'accumulent tout de même plus vite que je ne parviens à les lire. C'est une partie perdue d'avance.
Parfois, j'ai envie d'arrêter ma lecture en plein milieu d'un chapitre et de ranger le livre pour en prendre un autre plus intéressant. Il semble naturel, lorsqu'on lutte en permanence contre le retard, de ne pas perdre son temps avec un ouvrage qui ne nous plaît pas. Pourtant, je me permets assez rarement d'interrompre ma lecture. À partir du moment où je me donnerai cette liberté, on trouvera plus de livres non terminés que de livre non lus, dans cette maison.
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