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J'adore jouer au tennis et regarder les matchs à la télé. Lorsque Justin Henin est en finale, j'ai le souffle qui se met sur pause à chacun de ses amortis et je m'évanouis toujours un peu s'il y a tie-breaker. De la pièce d'à côté, mon mari peut entendre mes «iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiih» et mes «hooooooonnnnnn» et suivre le match à distance.
Pourtant, au tennis, il suffit qu'un joueur dise «zut alors!» pour que l'arbitre lui serve un avertissement. Un tennisman ferait une «bine» à son adversaire qu'il serait expulsé et renié par tout le milieu; mais l'idée ne lui vient même pas. De plus, les rares joueurs qui reçoivent des avertissements se doutent bien qu'ils perdent chaque fois un peu de mon estime puisque lors des entrevues d'après-match, ils s'empressent de complimenter leur adversaire et de lui témoigner leur admiration. Ils savent que c'est ainsi qu'ils regagnent mon coeur.
De nombreuses fois par match les joueurs se font pourtant «voler» des points à cause des mauvaises décisions des juges de lignes. Un jour, le joueur ayant lancé le plus de «zut alors!» de toute l'histoire du tennis en avait marre de se faire répondre «tut, tut, tut!» par l'arbitre et il devint commentateur. C'est alors qu'un système qui permet de revoir à la loupe et au ralenti l'impact de la balle sur le sol fut créé et nommé en son honneur. Depuis ce jour, lorsqu'on voit la reprise instantanée d'un coup, on sait pertinemment si le joueur s'est fait «voler» mais, le cas échéant, personne n'en fait un plat puisque ça arrivera tantôt à l'adversaire aussi. Ne nous vient pas à l'idée de crier «pourri le juge de ligne!» ou de souhaiter péter la gueule de l'athlète qui vient d'éliminer notre joueur préféré. On se dépêche de retourner pratiquer notre revers en vue de la prochaine rencontre.
Je ne connais rien au hockey, mais si vous me permettez une opinion, je crois que si Patrick Roy et ses confrères e-mailaient John McEnroe de temps en temps pour lui demander conseil, ils ne pourraient qu'en sortir vainqueurs. Je vous entends, vous monsieur derrière le banc des punitions, qui me dites : «oui, mais le hockey est un sport de contacts». L'est aussi le football. Pourtant, je n'ai jamais lu de manchettes au sujet d'une bataille à coups de poings initiée par un joueur de football; d'un double-meurtre au couteau oui, mais d'une bataille à coups de poings, ah ça non, jamais.
Évidemment, bien que Patrick Roy ait déjà été arrêté pour violence conjugale, loin de moi l'idée de faire un rapprochement entre lui et O.J. Simpson, rien à voir, Patrick Roy a un père lui (duh!) et on le connaît en plus (pff!). Mais quand je vous entends, madame la lectrice de nouvelles, répliquer à votre invité : «on ne peut tout de même pas renier l'athlète qu'il est, ses exploits sportifs et ce qu'il a fait pour le hockey, n'est-ce pas?», je ne peux m'empêcher de songer que vous seriez très triste si vous deviez vous résoudre un jour à lui tracer, dans la vraie vie, cette ligne qu'on ne peut franchir sans se faire siffler et que le jeu ne s'arrête. Et je n'aime pas vous voir triste.
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