Mon mari a toujours eu un problème de jeu, c'est-à-dire qu'il ne gagne jamais rien. Lorsqu'il se fait offrir des coupons de tirage à remplir, il me demande s'il peut inscrire mon nom à la place du sien. Comme si le hasard n'avait pas d'yeux pour voir à travers ce subterfuge.
Par contre depuis quelques temps, le vent semble tourner. Cette semaine, coup de fil, il gagne un voyage à Cuba pour lequel il n'a qu'à fournir son numéro de carte de crédit, afin de payer les taxes bien sûr. Puis, sur internet cette fois, on l'avise qu'il a gagné un gros lot en Angleterre pour lequel on lui demande à nouveau son numéro de carte de crédit afin de payer les impôts rattachés à la loterie gagnée par les étrangers. Et comme si ça ne suffisait pas à le convaincre de sa réconciliation avec la chance, on lui écrit qu'il a été sélectionné pour un formidable job pour lequel il n'a pas appliqué mais qui semble très prisé. Aussi - et c'est là que ça devient drôlement intéressant - la fille héritière d'un négociant de café empoisonné récemment par ses associés à Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, offre à mon mari 20% des 25 millions d'euros que son père a déposé pour elle dans un compte avant sa mort, s'il l'aide à débloquer les fonds en lui fournissant par courriel les informations sur notre compte bancaire pour qu'elle puisse demander d'y transférer les 25 millions d'euros. La pauvre (mais pas pour longtemps) ne devait pas savoir vers qui se tourner et, coup de bol pour nous, a dû choisir au hasard l'adresse courriel de mon mari. Elle lui demande de traiter cette affaire avec subtilité et confidentialité. Je vous prierais donc de ne pas répéter le contenu de ce billet à quiconque, mais je ne pouvais garder ça pour moi. Vous vous rendez compte? 20% de 25 millions d'euros!
Ne soyez pas surpris si je vous écris mon prochain billet des Barbades ou des îles Caïmans. La preuve que j'avais raison de répéter à mon mari de toujours garder confiance en la chance et surtout en la race humaine!