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Le blogue de Maryse Letarte
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20% de 25 millions d'euros
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Mon mari a toujours eu un problème de jeu, c'est-à-dire qu'il ne gagne jamais rien. Lorsqu'il se fait offrir des coupons de tirage à remplir, il me demande s'il peut inscrire mon nom à la place du sien. Comme si le hasard n'avait pas d'yeux pour voir à travers ce subterfuge.
Par contre depuis quelques temps, le vent semble tourner. Cette semaine, coup de fil, il gagne un voyage à Cuba pour lequel il n'a qu'à fournir son numéro de carte de crédit, afin de payer les taxes bien sûr. Puis, sur internet cette fois, on l'avise qu'il a gagné un gros lot en Angleterre pour lequel on lui demande à nouveau son numéro de carte de crédit afin de payer les impôts rattachés à la loterie gagnée par les étrangers. Et comme si ça ne suffisait pas à le convaincre de sa réconciliation avec la chance, on lui écrit qu'il a été sélectionné pour un formidable job pour lequel il n'a pas appliqué mais qui semble très prisé. Aussi - et c'est là que ça devient drôlement intéressant - la fille héritière d'un négociant de café empoisonné récemment par ses associés à Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, offre à mon mari 20% des 25 millions d'euros que son père a déposé pour elle dans un compte avant sa mort, s'il l'aide à débloquer les fonds en lui fournissant par courriel les informations sur notre compte bancaire pour qu'elle puisse demander d'y transférer les 25 millions d'euros. La pauvre (mais pas pour longtemps) ne devait pas savoir vers qui se tourner et, coup de bol pour nous, a dû choisir au hasard l'adresse courriel de mon mari. Elle lui demande de traiter cette affaire avec subtilité et confidentialité. Je vous prierais donc de ne pas répéter le contenu de ce billet à quiconque, mais je ne pouvais garder ça pour moi. Vous vous rendez compte? 20% de 25 millions d'euros!
Ne soyez pas surpris si je vous écris mon prochain billet des Barbades ou des îles Caïmans. La preuve que j'avais raison de répéter à mon mari de toujours garder confiance en la chance et surtout en la race humaine!
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Date d'expiration SVP?
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Des actuaires américains ont mis au point un logiciel qui vous informe de la date précise à laquelle vous mourrez. Vous remplissez un questionnaire concernant vos habitudes de vie, les sports que vous pratiquez, les routes que vous empruntez, le job que vous faites, vos antécédents familiaux et ainsi de suite. Cet outil, perfectionné depuis maintes années, semble plutôt au point puisque la marge d'erreur observée jusqu'à maintenant est de... bon ok, je vous fais marcher, mais vous comprenez où je veux en venir. Rempliriez-vous ledit questionnaire?
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j'ai cette impression que je vais mourir à la fin de ma vie. Et la fin de ma vie n'est pas maintenant. Et c'est tout ce qui m'importe.
Mais imaginez savoir dès le départ la date à laquelle on va expirer. Peu importe le temps qu'il nous reste, pas sûre qu'on ferait la file aussi souvent; qu'on regarderait un film qu'on a déjà vu parce qu'il n'y a rien d'autre à la télé; qu'on ferait 8 boutiques pour trouver une paire de souliers; qu'on perdrait 4 heures par jour en auto dans le trafic parce qu'on habite St-Chouin-Chouin-de-Bagot et qu'on travaille à Ville St-Laurent; qu'on ferait le jeu des 10 erreurs dans le TV Hebdo; qu'on ferait un boulot qu'on n'aime pas parce que ça paye bien; qu'on lirait les articles sur les 100 meilleurs cosmétiques de l'année et leurs ingrédients respectifs; qu'on gaspillerait des heures à ruminer des regrets.
On compte les dodos avant Noël. On se permet même d'avoir hâte au printemps. Que s'imagine-t-on? Peut-on se permettre d'avoir hâte à quoi que ce soit? On plaint les gens qui sont condamnés. Pourtant, nous le sommes tous. On ignore seulement jusqu'à quand. On préfère garder la surprise pour le grand jour, docteur.
À force d'en savoir plus au sujet de tout, peut-être que dans le futur les gens vivront avec cette réalité. Parions qu'il ne sera plus question de tuer le temps. Ce sera comme lorsqu'on va en vacances au gros prix: chaque jour est important et savouré. On se met sur le mode «émerveillement», mode qui fait passer pour des illuminés ceux qui restent dessus à l'année. Serait-ce eux les plus lucides d'entre nous?
S'il n'y a pas de date d'expiration sur le coupon ou s'il n'y a pas de prix à payer, les choses n'ont pas la même valeur à nos yeux. On est ainsi faits. Il n'y a qu'à voir l'intérêt qu'on s'est soudainement découvert pour les «graminées de fossés» depuis que Botanix a eu la brillante idée de nous les vendre.
Être conscient dès le départ du nombre exact de lustres dont on dispose - peu importe ce nombre - on verrait la vie comme un compte à rebours, c'est-à-dire sous son vrai jour. Ça deviendrait soit totalement invivable ou le contraire: nous n'oublierions plus jamais de vivre. On ne perdrait plus de vue - comme on l'a fait avec les ressources naturelles - que notre vie a une fin qui lui donne sa valeur. Maintenant qu'on a imaginé la possibilité de manquer d'eau, on ferme le robinet pendant qu'on se brosse les dents... et on sourit au miroir.
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La détente
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Je reviens d'un rendez-vous chez l'esthéticienne où je me suis tapée la radio ROCK-DÉTENTE pendant 1 heure. Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu des publicités à ce point irritantes. J'ai compris que la fameuse DÉTENTE dont il est question dans le nom de la station, est celle sur laquelle on a envie d'appuyer après avoir subi la torture de ces ondes trop longtemps.
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