|
Le temps est incertain; il pleut souvent ces jours-ci : je sais. Mais que cela ne vous fasse pas rater un petit bijou qui se joue cet été à Québec : La Cerisaie [visite libre], production du Théâtre des Fonds de Tiroirs. La pièce de Tchékhov, en effet revisitée par Véronique Côté et Frédéric Dubois, qui signent adaptation et mise en scène, offre un moment d’une grande beauté, à la fois prenante, magique et festive.
Au terme de deux années d’exploration de l’œuvre de Tchékhov, le TFT livre ici un spectacle d’une grande maturité, qui témoigne d’une compréhension approfondie de l’univers de l’auteur. Retravaillant la structure, Côté et Dubois nous offrent une Cerisaie réorganisée : à partir d’un grand bal, donné en fait à l’Acte 3 dans la version originale, on nous présente le reste de la pièce sous forme de souvenirs, de retours en arrière. Se concentrant sur l’essentiel, ce choix éclaire brillamment les enjeux de la pièce, et le parcours au terme duquel la Cerisaie sera vendue pour dettes. Il révèle du même coup la frivolité passée, alors qu’il était encore temps d’agir, tout en soulignant de façon magistrale les regrets et la mélancolie, se mélangeant ici aux sourires et à la légèreté, ainsi qu’à la désinvolture dans laquelle on tente de fuir le chagrin. Plus que jamais, on navigue ici entre le rire et les larmes si présents chez Tchékhov, essence de la vie elle-même.
Au travail d’adaptation réussi s’ajoute une mise en scène sensible, basée sur l’alternance entre les tonalités, et une direction d’acteurs tout en finesse. Les comédiens (Sylvio-Manuel Arriola, Véronique Aubut, Serge Bonin, Marie-Hélène Gendreau, Jean Guy, Maryse Lapierre, Kevin McCoy, Véronika Makdissi-Warren, Réjean Vallée), tous sans exception, sont magnifiques, et émeuvent alors même qu’ils font sourire; on les croirait sortis, à l’instant, de la plume de Tchékhov lui-même.
Dernière qualité, et non la moindre : le lieu choisi. La pièce est présentée en plein air, au Parc Notre-Dame-de-Grâce, enclave à la beauté mystérieuse blottie contre la falaise, exploitée avec talent et donnant à la pièce une dimension magique, appuyant tous les discours sur la Cerisaie par une image concrète, celle de la couronne d’arbres surplombant acteurs et public, et ménageant les surprises, chaque fois différentes, du jeu en plein air. Courez voir ce spectacle : sa qualité vaut bien une petite ondée.
//Le spectacle commence à 18h30; rendez-vous au Parc Lucien-Borne à 18h00. On joue malgré la pluie, sauf en cas de déluge… Jusqu’au 16 août.
|