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Hotel Modern, avec La Grande Guerre, joué en Première nord-américaine hier soir, présente un spectacle au pouvoir d’évocation puissant. À partir de lettres, de journaux de soldats au front lors de la Guerre 14-18, les créateurs de ce spectacle nous font voir un peu de cette guerre, de l’intérieur. Au fil de ces témoignages devenant trame narrative, ils recréent villages, tranchées, bombardements, passage des saisons, avec des objets, des figurines, qu’ils filment. Le résultat est projeté à mesure sur grand écran, comme un film d’animation dont on voit en même temps la création et le déroulement.
L’effet de ces miniatures est étonnamment percutant. Qui eût cru qu’un peu de terre, du persil, de la fumée, de l’eau et du feu, des figurines pouvaient bouleverser à ce point? Avec les images, les odeurs, le son – travail impressionnant du musicien et bruiteur, qui fait à peu près tout sur place! -, ce spectacle, par moments, donne l’impression de vivre la guerre en direct. On a beau savoir que ce sont des objets, on est quand même happé par les images, et par le texte qui, lui, n’a rien de fictif.
À côté des visions poignantes, la surprise, la curiosité devant le travail fascinant des interprètes, agençant, filmant, courant parfois entre les différents « plateaux » de tournage où se joue leur théâtre d’objets. Toujours entre ces deux mondes, on se laisse prendre par l’émotion, et on reste ébloui de l’ingéniosité de cette création.
Image frappante : sur la ligne de feu, de grosses mains bousculent les personnages qui, l’un après l’autre, disparaissent; d’autres reviennent, subissent le même sort. Dans ce monde miniature, évoquant un événement majeur du XXe siècle, l’humain apparaît le jouet de puissances qui le dépassent, et se soucient bien peu de son existence. Éloquent.
Lundi soir, c’était la deuxième soirée de « Théâtre à lire », cette fois avec Carole Fréchette : présentation très personnelle de son parcours d’écrivaine, ponctuée de lectures d’extraits de ses pièces. Avec, en primeur, un texte inédit, très beau, joué en ce moment à la Comédie-française. Souhaitons que ce type de rencontres reviennent, même hors Carrefour, à Québec!
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