|
Christian Lapointe, en entrevue, disait qu’il voyait surgir, au fil du travail sur Anky ou la fuite/ Opéra du désordre, un monstre. Spectacle vu lors de sa création hier soir, on comprend mieux son expression. Il s’agit bien là d’un monstre, par sa singularité, son intensité, son exigence; par son texte éclaté, dense, son refus de toute concession narrative; par son traitement, visuellement magnifique, et sur le plan sonore, souvent déroutant, agressant, même, entre voix (intérieures?) obsédantes, se taisant parfois brusquement, et stridence du monde extérieur.
Expérience d’abord sensorielle, Anky… se laisse saisir par bribes, livrant parcimonieusement quelques pièces de casse-tête au spectateur patient, curieux, qui cède et se laisse emporter par le flot de paroles, d’images. On en ressort intrigué, plus qu’à l’entrée, peut-être, secoué, un peu moulu; habité par des voix, des visions évoquées par cette incantation lyrique, avec la sensation bizarre, au retour dans le monde, d’être écorché par le bruit, la lumière. Faudrait y retourner, pour cette envie de se laisser bousculer, rouler dans le torrent.
Pas de doute : c’est du chaos de notre monde qu’est né cet Opéra du désordre.
Par la suite, quelques images de La Marea, sur Cartier, à compléter ce soir. Assimiler Anky ou la fuite occupe largement toute une soirée.
|