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Marc Audet
31 juillet 2008, 10:11

Bien plus que de la simple autofiction

Ceux qui liront les Années, ce beau roman d'Annie Ernaux, constateront vite à quel point les écrivains échappent aux catégories inventées par des critiques pour tenter de les situer les uns par rapport aux autres. Car avec ce récit romancé, ce n'est pas le Je de l'autofiction qui prend toute la place, mais un moi qui est une synthèse, ou tout au moins le produit synchrone de la durée extérieure historique et sociale et de celle plus intime du je. Elle arrive de ce fait à faire autant un portrait d'époque qu'un récit des événements ayant marqué sa vie. Les marqueurs qu'elle utilise empruntent en effet leur profil autant à la réalité sociale et circonstancielle d'une époque que ceux plus intimes de ses propres photos à des moments pris dans la durée de sa vie personnelle et conservés sur photos. Ce roman est donc autant sociologique que littéraire. Sociologique il l'est par cette façon qu'elle a de nommer les époques et les milieux à l'aide de marqueurs qui font penser aux habitus tels que les définissait Pierre Bourdieu, soit cette trace indélébile dans l'âme qui vous révèlent aux autres avant même d'avoir ouvert la bouche. Littéraire il l'est tout autant par la qualité de sa langue et la beauté des phrases qu'elle enroule autour du lecteur comme autant de volutes en spirales lui faisant sentir toute l'atmosphère qu'elle veut qu'il expérimente. Sur ce plan, même si elle nous indique dans un passage que c'est de Proust que cette démarche se rapprocherait, c'est davantage à George Pérec qu'elle nous fait penser bien que la sienne lui soit propre et tout à fait originale.

Par ailleurs, j'ai été étonné de constater à quel point la transformation de la société française a pu ressembler à celle de la société québécoise. On ne le dit jamais, mais il me semble et je crois que l'on peut s'y fier, que cette transformation telle que la vécue l'auteure du roman est la même que celle qui nous a fait sortir de notre propre noirceur nous québécois. Voilà donc une raison supplémentaire de lire ce roman.

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