Radu Lupu est précédé d'une renommée sans faille. Les seules critiques que l'on ose parfois lui adressé n'ont rien à voir avec la musique. Tout au plus soulignera-t-on parfois son caractère peu enclin à composer avec les normes en vigueur dans le monde du spectacle. Pourtant, il n'est pas nécessaire pour autant de se prosterner sans limites devant son talent, lui qui le fait d'ailleurs fort peu devant le public.
S'il est incontestable que Radu Lupu possède une maîtrise quasi parfaite du clavier et qu'il est un de ces pianistes qui possèdent une personnalité musicale qui le distingue nettement, tout comme les grands du piano auxquels on le compare souvent, les Marta Arguerich ou les Murray Perahia de ce monde, il n'est pas acquis pour autant que ce style plaise à tous et à tout coup. Ceux qui aiment Glen Gould seront probablement dans le camp de ceux qui l'admirent sans défection, mais tous les autres qui reprochent à Glen Gould de réinventer les compositions de ceux qu'il interprète, seront peut-être d'un autre avis. Radu Lupu ne va pas comme Gould à se spécialiser jusquà ce point qui le ferait apparaître comme l'interprète et le compositeur d'un seule musique, celle de Bach en l'occurence, mais il demeure qu'il les recompose dans ce monde bien particulier qui est le sien.
Ma critique est biaisée d'autant plus que les oeuvres de Debussy ne sont pas parmi celles que j'apprécie le plus. Ce compositeur m'a toujours semblé superficiel et ne serait-ce de l'aura qui en fit un exemple d'une certaine modernité, il n'aurait sans doute pas la place qu'il occupe présentement dans le répertoire. Heureusement qu'il y avait aussi du Shubert au programme de Radu Lupu. Il nous a au moins permis d'entendre avec cette oeuvre ce que peut signifier la subtilité quand elle ne met pas de côté la profondeur.