Ce roman est construit à la manière de nouvelles que l'auteur aurait refondues au sein d'un même creuset, celui de son identité plurielle à partir de laquelle, il développe des pans entiers de son histoire personnelle et familiale, laquelle plonge d'ailleurs elle-même dans le creuset de l'Histoire récente de notre monde alors que cette famille se trouva écartelée entre des factions antagonistes qui la départageaient. En clair, le narrateur nous fait le récit de celui qui allait devenir l'auteur de ce roman parce que la confession d'une telle identité qui était la sienne ne peut pas être faite à quiconque si ce n'est qu'en empruntant le parcours d'un récit romanesque.
Issu d'une mère allemande et d'un père danois, le narrateur se retrouve partout pourchassé par les insultes et les mauvais traitements qu'il doit subir de la part de ceux qui, parce que sa mère est allemande et qu'ils l'associent au nazisme, le traitent de cochon d'Allemand. L'absurde de cette situation découle du fait que sa mère fut au contraire associée à des Allemands qui périrent assassinés justement parce qu'ils combattirent de l'intérieur le régime hitlérien. Son premier mari, celui qu'elle connut avant de rencontrer le père de Knud, mourut pendu à un crochet de boucher. Cette méprise détonne d'autant plus que ceux qui le firent souffrir sa vie durant tant qu'il résida dans cette ville du Danemark étaient eux-mêmes des gens qui auraient plutôt été du côté des assassins de son premier mari.
Si le sujet du roman est déjà peu banal, le traitement qui en est fait ne l'est pas lui non plus. La structure du récit met en effet en parallèle des pans de la vie du narrateur qui se recoupent et qui composent le portrait d'ensemble comme autant de petites nouvelles accolées les unes aux autres. Le passé de l'auteur en tant qu'agent publicitaire n'est peut-être pas étranger à ce résultat puisque ces fragments sont comme autant de spots de la vie du narrateur et de celle de sa famille en tant qu'acteurs d'un produit qui est sa conscience identitaire pulvérisée par des éclats de grenades lancées par tout un chacun.