Il n'est pas besoin de scruter à la loupe les orientations politiques canadiennes en matière d'environnement, récentes et même passées, pour faire le constat qu'elles sont au service de ceux qui forment l'assise principale de son économie, principalement dans l'Ouest du pays, à savoir les intérêts économiques des grandes pétrolières. C'est en se guidant sur leurs intérêts que les objectifs de Kyoto ont été abandonnés, quitte à les faire passer aux yeux de l'opinion publique canadienne comme étant déraisonnables et irréalistes. Il n'est pas besoin non plus d'être grand clerc pour constater que l'économie canadienne est à la remorque de celle des États-Unis depuis la création de ce pays, même si l'empire britannique l'a d'abord façonnée pour ses propres besoins d'exportation. Il en est résulté une économie qui a abandonné sa propre politique d'industrialisation au profit des intérêts des succursales des grandes industries étrangères qui y ont trouvé un terreau des plus propice à leur insertion. Les décisions qui touchent leurs intérêts, même si elles se prennent au Canada, sont donc souvent soumises à l'arbitrage de la maison-mère. Cette dépendance fait d'ailleurs souvent en sorte que ne sont pas pris en compte les paramètres sociaux et culturels des peuples où s'installent ces succursales des multinationales.
Voilà pour le contexte qui entoure nos plus récentes orientations en matière d'environnement. Mais qu'en est-il des orientations que nous propose tout un chacun pour respecter un environnement qui nous concerne tous ? À ce sujet, les orientations les plus diverses, quand elles ne sont pas complètement contradictoires, nous sont proposées. Il y en a qui pensent que le prix du pétrole et du mazout devrait être poussé vers des sommets tels que seuls les plus riches de la planète y auraient droit. Tant pis pour ceux qui n'en auraient pas les moyens. D'autres encore proposent des carburants de remplacement, quitte à kidnapper des terres cultivables au profit des véhicules de transport et au détriment de l'estomac des plus mal nourris. Des conseils nous viennent aussi de ceux qui voudraient que l'on remplace des sources d'énergies polluantes par d'autres sources d'énergie dont la pollution s'exerce en amont. Que faut-il penser par exemple des conseils voulant que pour se chauffer l'on troque le mazout pour le bois ? La forêt, cette source d'énergie verte, n'est-elle pas déjà lourdement hypothéquée par d'autres usages ?
Bref, pour que nous accordions de la crédibilité à ceux qui luttent pour que notre planète respire mieux, il faudrait que les politiques proposées n'aient pas l'air de vouloir sauver la mise des mieux nantis et d'oublier ceux que ces mesures laisseraient encore plus pantois qu'ils le sont sans elles. Cette lutte pour l'avenir ne peut pas se faire en misant sur des laissés pour compte. Voilà pourquoi les politiques environnementales doivent faire partie d'une vision d'ensemble de la société.