Avec ce récit ramené d'un théâtre de l'Histoire qui lui en rappelle un autre auquel lui et sa famille ont réussi à s'échapper, l'auteur donne la parole à ceux qui n'en ont plus ou qui se croient incapables d'en formuler une qui donne un sens exact à ce qu'ils ont vécu, celui qu'ont emporté dans la mort leurs compagnons d'infortune coupés à la machette dans les marais ou dans la forêt au cours des chasses au gibier Tutsi par des hordes de chasseurs Hutus fanatisés.
Il est difficile pour le lecteur d'entendre ces révélations, tantôt croyant qu'il est en face du personnage d'un roman, tantôt en présence d'un témoin gênant pour toutes les instances, qu'il s'agisse de celles d'un ex tueur ou de celles d'un rescapé. D'ailleurs, ce malaise, l'auteur l'a ressenti au travers des témoignages de ceux qu'il a rencontré pour faire ce récit. Ceux qui parlent, souvent trop au goût des autres qui se taisent, sont considérés comme étant soit intéressés par l'obtention d'un pardon sans faille, soit obnubilés par leurs propres déclarations.
Bien qu'il ait donné la parole aux rescapés dans un premier ouvrage et aux tueurs dans un second et qu'il n'ait trahi ni les uns ni les autres, il est clair qu'avec ce troisième ouvrage sur la question du génocide rwnandais, l'auteur se sente plus près des rescapés, ceux qui malgré qu'ils aient vu leur sort tourner à l'avantage des leurs n'en conservent pas moins des blessures plus profondes que ceux qui furent leurs bourreaux.
Nous gardons quand même au terme de ce récit l'impression que l'auteur n'a pas trahi ceux qui se sont confiés à lui, peu importe leur camp d'alors.