L'alternative du dilemme qui est le nôtre est tout entier résumé dans cet article de Jérôme Minière. Ou bien nous nous décidons à créer nous-mêmes les paramètres fondamentaux de notre identité, ou bien nous laissons aux circonstances le soin de régler ce problème à notre place.
Dans le premier cas, celui où nous prendrions nous-mêmes la décision d'aller de l'avant, il est clair que ce choix d'une identité qui serait le propre de la majorité des Québécois passera par le fait de se donner un pays souverain au sein duquel la langue française serait la langue officielle. D'ailleurs, même en atteignant cet objectif de se donner un pays propre, il serait encore difficile de faire triompher la primauté de la langue française. Des Français et pas forcément parmi des imbéciles, croient que leur propre langue est menacée en France. Même si l'on peut raisonnablement estimer que leurs craintes sont exagérées, le fait que des grandes corporations françaises imposent l'anglais comme langue de travail chez elles fait réfléchir. De toutes manières, l'anglais y ferait-il des progrès notoires, d'ici à ce que cette langue se transforme dans le sens de l'anglicisation que craignent certains prendra tellement de temps qu'entre temps l'anglais se sera lui-même transformé à un point tel qu'il sera aussi différent de l'anglais actuel que l'italien, berceau du latin, l'est du latin classique. Par contre, en ce qui nous concerne, nous les Québécois, nous n'avons pas les moyens d'attendre aussi longtemps. C'est maintenant qu'il faut agir.
Par ailleurs, il est clair que dans l'esprit de ceux qui ont mis la Commission Bouchard-Taylor sur pied, c'est la seconde partie de l'alternative qu'ils retiennent, celle de nous faire patienter encore un moment en nous permettant d'exprimer le trop-plein, jusqu'à ce que les circonstances nous soient à ce point défavorables linguistiquement parlant, qu'il faudra bien en conclure que nous sommes devenus des immigrants dans notre propre pays et que c'est l'anglais qui doit devenir notre seule langue officielle. Pourtant, que ceux qui jouent ce petit jeu machiavélique, à commencer par les autorités gouvernementales, ne se réjouissent pas trop vite. Les Irlandais parlent bien l'anglais en Irlande, mais ne vous avisez pas de les considérer comme des Anglais, les Gallois non plus d'ailleurs et les Écossais, pas trop non plus...