|
|
|
Kerouac est mort, vive Kérouac !
|
|
Qu'on se le dise, avec Vandal Love le roman de D.Y Béchard, nous sommes devant une œuvre peu banale et en face d'un écrivain qui sort nettement de la moyenne, une sorte de géant à sa manière, mais qui aurait fait la synthèse de ces deux univers qu'il y décrit, soit celui tout en rudesse des géants et celui tout en sentiments des nains. Géant, il l'est aussi par son style à nul autre pareil qui ne perd jamais de ses teintes poétiques, même quand il nous plonge au cœur du plus rude réalisme.
Avec son fil conducteur tissé autour de l'histoire d'une famille, il n'est pas étonnant que certains aient vu qu'il fallait faire un rapprochement entre l’œuvre de cet auteur et l'univers du roman célèbre de Gabriel Garcia Marquez, cette saga que décrit "Cent ans de solitude". La pérennité de l'héritage familial et culturel se reflète dans un cas comme dans l'autre par l'atavisme des prénoms de leurs porteurs au fil des générations. Dans l'univers de D.Y Béchard, il s'y ajoute cependant une autre dimension, à la fois culturelle et mystique, qui fait aussi penser à Carlos Fontes. Toutefois, le passé atavique n'y est pas tout aussi sclérosant qu'il l'est dans l'univers de Fontes et parce qu'il plonge autant dans des racines typiquement états-uniennes, il se rapproche plus de l'univers de Faulkner que de celui de fontes. Par certains côtés, cet univers du roman de Béchard me fait également penser à celui de certains romans d'Erskine Caldwell. Bref, nous sommes devant un auteur qui poursuit l’œuvre romanesque universelle des plus grands représentants de cet art sur le continent américain dans toute son étendue.
Mais j'ai déjà souligné sa parenté avec l'univers de Kerouac dans le titre de l'introduction à cet article. Celle-ci est bien réelle tant les personnages n'en finissent pas d'errer de ville en ville. C'est d'ailleurs à ce romancier que font référence deux des personnages de cette saga, Jude et Bart, deux géants qui parcourent eux aussi l'Amérique parce qu'ils sont en quête de leur identité. La quête d'une identité, à la fois personnelle et culturelle, est d'ailleurs le thème central de cette œuvre. Les pères s'y font soit évanescents, soit trop présents, comme s'ils sentaient que leur présence résulte d'une culpabilité en face de leur rôle mal assumé.
Bref, voilà un beau livre qui fera date.
|
|
|
|
Un doigté ouaté
|
|
Radu Lupu est précédé d'une renommée sans faille. Les seules critiques que l'on ose parfois lui adressé n'ont rien à voir avec la musique. Tout au plus soulignera-t-on parfois son caractère peu enclin à composer avec les normes en vigueur dans le monde du spectacle. Pourtant, il n'est pas nécessaire pour autant de se prosterner sans limites devant son talent, lui qui le fait d'ailleurs fort peu devant le public.
S'il est incontestable que Radu Lupu possède une maîtrise quasi parfaite du clavier et qu'il est un de ces pianistes qui possèdent une personnalité musicale qui le distingue nettement, tout comme les grands du piano auxquels on le compare souvent, les Marta Arguerich ou les Murray Perahia de ce monde, il n'est pas acquis pour autant que ce style plaise à tous et à tout coup. Ceux qui aiment Glen Gould seront probablement dans le camp de ceux qui l'admirent sans défection, mais tous les autres qui reprochent à Glen Gould de réinventer les compositions de ceux qu'il interprète, seront peut-être d'un autre avis. Radu Lupu ne va pas comme Gould à se spécialiser jusquà ce point qui le ferait apparaître comme l'interprète et le compositeur d'un seule musique, celle de Bach en l'occurence, mais il demeure qu'il les recompose dans ce monde bien particulier qui est le sien.
Ma critique est biaisée d'autant plus que les oeuvres de Debussy ne sont pas parmi celles que j'apprécie le plus. Ce compositeur m'a toujours semblé superficiel et ne serait-ce de l'aura qui en fit un exemple d'une certaine modernité, il n'aurait sans doute pas la place qu'il occupe présentement dans le répertoire. Heureusement qu'il y avait aussi du Shubert au programme de Radu Lupu. Il nous a au moins permis d'entendre avec cette oeuvre ce que peut signifier la subtilité quand elle ne met pas de côté la profondeur.
|
|
|
|
Tout un spectacle
|
|
Ce spectacle, autant par sa mise en scène que par la création du texte, nous invite à une nouvelle forme de théâtre, celle où non seulement la parole se déstructure, mais aussi les gestes qui sont coutumiers de l'espace théâtral régi par des règles que lui impose ce théâtre à l'italienne depuis qu'il a quitté le parvis des cathédrales ou les planches des tréteaux qui ployaient sous les acrobaties des saltimbanques avec leurs spectacles ambulants.
Vu de cette façon, ce théâtre improvise dans tous les sens du terme. C'est à ce jour le meilleur exemple de théâtre collectif qu'il m'ait été donné de voir. Si on laisse de côté ses habitudes invétérées de le considérer selon nos critères trop appris au fil du temps, force est de reconnaître qu'il ne peut pas être dissocié d'un tout alliant la parole et le geste et que ne peuvent pas en être dissociés des éléments pour les considérer à part, comme par exemple ne retenir que le texte pour en souligner soit les forces, soit les faiblesses.
D'ailleurs, ceux qui s'en sont rendu compte, sont-ils d'ailleurs très nombreux, ont soit accepté ce défi, soit s'en sont détournés avec un vague mépris. Le théâtre ne serait pas du mime m'a-t-il semblé entendre derrière moi au moment de quitter la salle de spectacle. Soit, le théâtre n'est pas que du mime, mais sa présence quant elle est de cette qualité nous force à revenir aux sources de ce qui a donné naissance à cette forme de spectacle que l'on nomme encore théâtre.
Ceux qui voudront mettre de côté leurs préjugés seront à même de constater, en voyant cette pièce, qu'il n'y a pas qu'une forme de théâtre qui ait droit de cité, même si ces formes alternatives qui impliquent la création collective et le mime doivent lutter pour se faire reconnaître. Donc, un spectacle comme un tout et tout un spectacle !
|
|
|
|
Les méprises identitaires
|
|
Ce roman est construit à la manière de nouvelles que l'auteur aurait refondues au sein d'un même creuset, celui de son identité plurielle à partir de laquelle, il développe des pans entiers de son histoire personnelle et familiale, laquelle plonge d'ailleurs elle-même dans le creuset de l'Histoire récente de notre monde alors que cette famille se trouva écartelée entre des factions antagonistes qui la départageaient. En clair, le narrateur nous fait le récit de celui qui allait devenir l'auteur de ce roman parce que la confession d'une telle identité qui était la sienne ne peut pas être faite à quiconque si ce n'est qu'en empruntant le parcours d'un récit romanesque.
Issu d'une mère allemande et d'un père danois, le narrateur se retrouve partout pourchassé par les insultes et les mauvais traitements qu'il doit subir de la part de ceux qui, parce que sa mère est allemande et qu'ils l'associent au nazisme, le traitent de cochon d'Allemand. L'absurde de cette situation découle du fait que sa mère fut au contraire associée à des Allemands qui périrent assassinés justement parce qu'ils combattirent de l'intérieur le régime hitlérien. Son premier mari, celui qu'elle connut avant de rencontrer le père de Knud, mourut pendu à un crochet de boucher. Cette méprise détonne d'autant plus que ceux qui le firent souffrir sa vie durant tant qu'il résida dans cette ville du Danemark étaient eux-mêmes des gens qui auraient plutôt été du côté des assassins de son premier mari.
Si le sujet du roman est déjà peu banal, le traitement qui en est fait ne l'est pas lui non plus. La structure du récit met en effet en parallèle des pans de la vie du narrateur qui se recoupent et qui composent le portrait d'ensemble comme autant de petites nouvelles accolées les unes aux autres. Le passé de l'auteur en tant qu'agent publicitaire n'est peut-être pas étranger à ce résultat puisque ces fragments sont comme autant de spots de la vie du narrateur et de celle de sa famille en tant qu'acteurs d'un produit qui est sa conscience identitaire pulvérisée par des éclats de grenades lancées par tout un chacun.
|
|
|
|
Quand le masque de la tragédie épouse celui de la comédie
|
|
Il est complètement innovateur ce spectacle du Soucide collectif, incarné par Serge Bonin, Catherine Dorion et Nicolas-Frank Vachon, tant par son dialogue inventant une langue nouvelle que par sa mise en scène qui vient l'appuyer par un langage corporel qui souligne tout le non-dit au bord duquel s'arrête la parole comme devant un précipice au fond duquel il n'y aurait que le néant de la mort. À la fois mimes et comédiens, les acteurs incarnent sous nos yeux étonnés une danse alliant dans un mariage réussi des mots, qui virevoltent comme pour mieux les vider de tout leur contenu, et des gestes qui les prolongent. Par moments, devant ce ballet de l'absurdité, nous nous croirions plongés dans l'univers de Beckett ou dans celui de Ionesco. Toutefois, la mise en scène nous ramène vite à celui bien actuel du contexte de la société dans laquelle nous vivons à ce jour sans qu'il faille passer par les hyperboles auxquelles nous convient Godot ou la Cantatrice chauve.
C'est de la tragédie de ceux qui ne trouvent plus de sens à cette existence qui dépersonnalise les êtres en quête de vérité dont il est question dans le propos de cette pièce et qui songent à mettre un terme radical à cette interrogation. Pourtant, la manière dont cette quête est rendue repose sur un tout autre registre, soit celui de la comédie. Le masque de la comédie recouvre donc complètement le masque tragique des comédiens. Cet amalgame est réussi grâce à la beauté et la subtilité de la mise en scène où l'art du mime vient donner une seconde vie à la parole. Parfois d'ailleurs, l'art du mime se dégage pour entamer un solo. C'est ce qui se produit avec ce numéro incroyable du chef d'orchestre dont la baguette emprunte tout le corps et toute l'âme. Ne serait-ce que pour voir cette interprétation, il vaudrait la peine de se déplacer pour aller voir cette pièce au Périscope ou ailleurs. Et puisqu'il a été fait mention à plusieurs reprises dans ce texte, pourquoi n'y aurait-il pas en conclusion la remise d'un ou de plusieurs masques à cette production du Soucide collectif !
|
|
|
|
En vert et avec tous
|
|
Il n'est pas besoin de scruter à la loupe les orientations politiques canadiennes en matière d'environnement, récentes et même passées, pour faire le constat qu'elles sont au service de ceux qui forment l'assise principale de son économie, principalement dans l'Ouest du pays, à savoir les intérêts économiques des grandes pétrolières. C'est en se guidant sur leurs intérêts que les objectifs de Kyoto ont été abandonnés, quitte à les faire passer aux yeux de l'opinion publique canadienne comme étant déraisonnables et irréalistes. Il n'est pas besoin non plus d'être grand clerc pour constater que l'économie canadienne est à la remorque de celle des États-Unis depuis la création de ce pays, même si l'empire britannique l'a d'abord façonnée pour ses propres besoins d'exportation. Il en est résulté une économie qui a abandonné sa propre politique d'industrialisation au profit des intérêts des succursales des grandes industries étrangères qui y ont trouvé un terreau des plus propice à leur insertion. Les décisions qui touchent leurs intérêts, même si elles se prennent au Canada, sont donc souvent soumises à l'arbitrage de la maison-mère. Cette dépendance fait d'ailleurs souvent en sorte que ne sont pas pris en compte les paramètres sociaux et culturels des peuples où s'installent ces succursales des multinationales.
Voilà pour le contexte qui entoure nos plus récentes orientations en matière d'environnement. Mais qu'en est-il des orientations que nous propose tout un chacun pour respecter un environnement qui nous concerne tous ? À ce sujet, les orientations les plus diverses, quand elles ne sont pas complètement contradictoires, nous sont proposées. Il y en a qui pensent que le prix du pétrole et du mazout devrait être poussé vers des sommets tels que seuls les plus riches de la planète y auraient droit. Tant pis pour ceux qui n'en auraient pas les moyens. D'autres encore proposent des carburants de remplacement, quitte à kidnapper des terres cultivables au profit des véhicules de transport et au détriment de l'estomac des plus mal nourris. Des conseils nous viennent aussi de ceux qui voudraient que l'on remplace des sources d'énergies polluantes par d'autres sources d'énergie dont la pollution s'exerce en amont. Que faut-il penser par exemple des conseils voulant que pour se chauffer l'on troque le mazout pour le bois ? La forêt, cette source d'énergie verte, n'est-elle pas déjà lourdement hypothéquée par d'autres usages ?
Bref, pour que nous accordions de la crédibilité à ceux qui luttent pour que notre planète respire mieux, il faudrait que les politiques proposées n'aient pas l'air de vouloir sauver la mise des mieux nantis et d'oublier ceux que ces mesures laisseraient encore plus pantois qu'ils le sont sans elles. Cette lutte pour l'avenir ne peut pas se faire en misant sur des laissés pour compte. Voilà pourquoi les politiques environnementales doivent faire partie d'une vision d'ensemble de la société.
|
|
|
|
Récits d'outre-tombe
|
|
Avec ce récit ramené d'un théâtre de l'Histoire qui lui en rappelle un autre auquel lui et sa famille ont réussi à s'échapper, l'auteur donne la parole à ceux qui n'en ont plus ou qui se croient incapables d'en formuler une qui donne un sens exact à ce qu'ils ont vécu, celui qu'ont emporté dans la mort leurs compagnons d'infortune coupés à la machette dans les marais ou dans la forêt au cours des chasses au gibier Tutsi par des hordes de chasseurs Hutus fanatisés.
Il est difficile pour le lecteur d'entendre ces révélations, tantôt croyant qu'il est en face du personnage d'un roman, tantôt en présence d'un témoin gênant pour toutes les instances, qu'il s'agisse de celles d'un ex tueur ou de celles d'un rescapé. D'ailleurs, ce malaise, l'auteur l'a ressenti au travers des témoignages de ceux qu'il a rencontré pour faire ce récit. Ceux qui parlent, souvent trop au goût des autres qui se taisent, sont considérés comme étant soit intéressés par l'obtention d'un pardon sans faille, soit obnubilés par leurs propres déclarations.
Bien qu'il ait donné la parole aux rescapés dans un premier ouvrage et aux tueurs dans un second et qu'il n'ait trahi ni les uns ni les autres, il est clair qu'avec ce troisième ouvrage sur la question du génocide rwnandais, l'auteur se sente plus près des rescapés, ceux qui malgré qu'ils aient vu leur sort tourner à l'avantage des leurs n'en conservent pas moins des blessures plus profondes que ceux qui furent leurs bourreaux.
Nous gardons quand même au terme de ce récit l'impression que l'auteur n'a pas trahi ceux qui se sont confiés à lui, peu importe leur camp d'alors.
|
|
|
|
Les vrais accommodements commencent par ce qui est commode à comprendre
|
|
L'alternative du dilemme qui est le nôtre est tout entier résumé dans cet article de Jérôme Minière. Ou bien nous nous décidons à créer nous-mêmes les paramètres fondamentaux de notre identité, ou bien nous laissons aux circonstances le soin de régler ce problème à notre place.
Dans le premier cas, celui où nous prendrions nous-mêmes la décision d'aller de l'avant, il est clair que ce choix d'une identité qui serait le propre de la majorité des Québécois passera par le fait de se donner un pays souverain au sein duquel la langue française serait la langue officielle. D'ailleurs, même en atteignant cet objectif de se donner un pays propre, il serait encore difficile de faire triompher la primauté de la langue française. Des Français et pas forcément parmi des imbéciles, croient que leur propre langue est menacée en France. Même si l'on peut raisonnablement estimer que leurs craintes sont exagérées, le fait que des grandes corporations françaises imposent l'anglais comme langue de travail chez elles fait réfléchir. De toutes manières, l'anglais y ferait-il des progrès notoires, d'ici à ce que cette langue se transforme dans le sens de l'anglicisation que craignent certains prendra tellement de temps qu'entre temps l'anglais se sera lui-même transformé à un point tel qu'il sera aussi différent de l'anglais actuel que l'italien, berceau du latin, l'est du latin classique. Par contre, en ce qui nous concerne, nous les Québécois, nous n'avons pas les moyens d'attendre aussi longtemps. C'est maintenant qu'il faut agir.
Par ailleurs, il est clair que dans l'esprit de ceux qui ont mis la Commission Bouchard-Taylor sur pied, c'est la seconde partie de l'alternative qu'ils retiennent, celle de nous faire patienter encore un moment en nous permettant d'exprimer le trop-plein, jusqu'à ce que les circonstances nous soient à ce point défavorables linguistiquement parlant, qu'il faudra bien en conclure que nous sommes devenus des immigrants dans notre propre pays et que c'est l'anglais qui doit devenir notre seule langue officielle. Pourtant, que ceux qui jouent ce petit jeu machiavélique, à commencer par les autorités gouvernementales, ne se réjouissent pas trop vite. Les Irlandais parlent bien l'anglais en Irlande, mais ne vous avisez pas de les considérer comme des Anglais, les Gallois non plus d'ailleurs et les Écossais, pas trop non plus...
|
|
|
|
En ce qui vous concernent vous les autochtones, les rôles sont inversés
|
|
Je ne pense pas qu'il viendrait à l'esprit d'une personne le moindrement éclairée de situer la culture autochtone dans la dynamique du discours des accommodements raisonnables telle qu'elle se présente en regard de ceux qui émigrent chez nous. Par rapport aux autochtones, nous sommes tous des émigrants, même pire, des colonisateurs qui les ont dépossédés de leur culture ou du moins, qui ont tenté de le faire par tous les moyens et qui y sont parvenus en grande partie grâce à la force des armes ou à celle non moins délétère de la religion imposée par l'avant-garde des colonisateurs, soit ces missionnaires dont les pires étaient les plus hypocrites, soit ces jésuites qui faisaient semblant d'imiter la culture de ceux qu'ils voulaient convertir à leurs idées afin de mieux les posséder. Pour ma part, je considère la religion animiste des autochtones comme étant tout aussi respectable que celle de ces soldats de la religion d'un autre âge qui tentaient de les convertir à une religion impérialiste et guerrière et même plus respectable à bien y penser puisque non asservie au pouvoir des princes ou des papes de ce monde.
Mais pour se ramener au discours sur les accommodements raisonnables, les témoignages entendus lors de cette Commission invoquent justement les souffrances de ceux qui ont du lutter pour ne pas être assimilés à une culture venue d'ailleurs et qu'on veut leur imposer. C'est ce cri du cœur que poussent maladroitement ces québécois qui se disent de souche faute de connaître mieux leur histoire, mais qui considèrent au fond que cette appellation concerne tous ceux qui sont prêts à respecter leur culture. Ils se retrouvent dans la même position que les autochtones face aux Français, aux Anglais, aux Espagnols, aux Portugais ou aux Néerlandais du début de la colonisation du Continent américain. Tout comme pour les autochtones que les colonisateurs jouaient les uns contre les autres, profitant des oppositions entre tribus, on cherche à les diviser entre eux pour mieux les assimiler. Il y a donc là une histoire que nous partageons et qui nous amène à mieux nous comprendre.
|
|
|
|
Il y en a plus à voir que ce qu'elle en montre
|
|
Cette petite exposition, par le nombre des pièces qui y figurent s'entend, n'en est pas moins capable de nous transporter bien au-delà de ces limites physiques qui sont les siennes. Il en est ainsi parce que le choix des pièces résument des pans entiers de notre histoire, autant celle d'ici que celle où elle a pris naissance, celle de la France évidemment, mais aussi l'histoire universelle en tant que les grands courants des découvertes de notre monde finissent toutes par se croiser quelque part. Par exemple, tel voyage de Jacques Cartier ou de Champlain aura des répercussions dans des publications italiennes ou encore, des explorateurs venus de plusieurs horizons se croisent dans la découverte d'un point géographique qui converge sur nous.
Que dire aussi des quelques objets fort rares que l'on y trouve, tel cet instrument de musique pour la danse ou cette chaise à porteur dont il n'est guère possible d'en voir bien des exemplaires de ce côté-ci de l'Atlantique et peut-être même au-delà ou encore, ce globe terrestre d'un facteur néerlandais réputé.
Les amateurs de miniatures se régaleront aussi de cette maquette d'un bateau qui n'a de miniature que le nom tellement elle nous en impose, tant par ses détails que par son volume.
Il s'y trouve aussi des documents rares signés soit de la main de Champlain, soit de celle de la comtesse de Pompadour ayant prêté son concours pour la production d'une estampe destinée à l'ornementation d'une pièce du Sieur Corneille.
Décidément, cette exposition ne nous mène pas en bateau.
|
|
|
|
Au-delà de l'histoire d'un amour
|
|
Ce film est bien davantage qu'un beau film selon les canons de l'art cinématographique. Il y a bien sur le scénario fort peu banal et tiré d'une œuvre que l'on peut qualifier de littéraire. Il y a aussi l'aspect proprement photographique dont les images sont parfois étonnantes. Il y a enfin le jeu impeccable des comédiens, tant celui de ceux des premiers rôles que de ceux des rôles secondaires. Bref, il y a là tous les ingrédients réunis qui peuvent faire qu'un film soit bon mais demeure quand même banal. La production en série des films commerciaux en provenance de la capitale de ce cinéma nous en donne des légions d'exemples.
Pourtant, ce film sort de cette catégorie des films banals à gros budgets. Il s'en démarque premièrement par l'intelligent mélange des genres qu'il introduit entre celui de la littérature dont le scénario est tiré et celui du cinéma dont il nous donne un bel aperçu de ses capacités de rétroaction ou de dédoublement des actions sur des plans parallèles. L'auteur du roman qui figure aussi comme personnage dans ce film vient en effet nous expliquer à la fin que la fin de ce film telle qu'elle serait selon le roman serait beaucoup moins heureuse que ce que la fin présumée du film nous en montre d'abord. Le roman à lui seul dont ce film est tiré n'aurait pas pu rendre cet effet. Transposé à l'écran, ce roman reçoit un plus et non un moins comme il arrive souvent dans la traduction des romans à l'écran.
Mais il y a encore plus dans ce film et c'est ce qui en fait un film encore moins banal. Ce plus, il le tire de ses racines dans la trame sociale historique de cette Angleterre dont la dernière guerre provoqua les derniers changements de structure amorcés lors de la première grande guerre, soit celui d'un rapprochement relatif des éléments la composant, parce qu’imaginé par un roman dont on nous dit que la fin aurait été heureuse en permettant la réunion d'individus de classes sociales étanches l'une par rapport à l'autre. Cette vision du monde, elle est bien présente dans la littérature anglaise, depuis Shakespeare, en passant par Charles Dickens, jusqu'à nos jours. Même si on n'atteint pas à ce tragique avec ce film, il demeure qu'il est peu banal. À voir.
|
|
|
|
Ce que les statistiques ne disent, ne peuvent ou ne veulent pas dire
|
|
Les statistiques officielles ont ce déplorable aspect de ne rien révéler de ce qui est nuancé. Les contrastes, les contradictions même, sont aplanis dans des moyennes qui au final disent à la fois tout et rien du tout. Celles qui concernent la situation des diplômés en art sur le marché du travail en offre un exemple saisissant. Tout se passe comme si pour les statistiques officielles le meilleur équilibrait le pire et que la description de la situation moyenne correspondait à celle d'un individu moyen qui lui n'a nul besoin de revenus pour exister puisqu'il est immatériel.
Prenons le cas des statistiques qui donnent la proportion de ceux qui sont en emploi. D'abord, elles négligent la contrepartie de cet ensemble qui est celle de la proportion de ceux qui sont soit en chômage, soit aux études, soit inactifs. Si on les additionne à l'autre proportion de ceux qui sont en emploi, nous avons notre totalité d'être immatériels qui répondent qu'ils existent dans la proportion de 100 %. Pour le domaine des arts plastiques, toujours selon les proportions officielles, il y en aurait la moitié environ (47,1 %) qui sont en emploi et une autre moitié qui serait dans l'une ou l'autre des trois autres situations. De ceux qui sont en emploi, donc la moitié des diplômés, il n'y en aurait plus que le quart qui travailleraient dans un emploi relié de plus ou moins près à leurs études. Pour ceux en arts graphiques, la situation est la suivante : environ les trois-quarts sont en emploi (77, 3 %), et environ 60,0 % en ont un qui correspond à leurs études.
En principe, ces statistiques masquent une calamité dans nos sociétés, celle du chômage et du gaspillage des talents des individus dans l'inactivité forcée. Mais ce qui les rend encore plus spécieuse est le fait que leurs grilles d'analyse laisse passer des phénomènes qu'elles ne peuvent ou ne veulent pas comprendre, soit celui de l'activité libre de contraintes comme l'est celle de la création. À la question de savoir s'ils ont un emploi rémunéré ou une entreprise, bien des diplômés en art répondront qu'ils n'ont ni l'un ni l'autre, surtout si on ne leur achète pas leurs œuvres et même si on les leur achète pour pas cher. Par ailleurs, ceux qui n'ont rien à vendre que leur force de travail parce qu'ils n'ont pas d’œuvres à mettre en marché composent la partie la plus démunie que laisse de côté ces statistiques officielles. Ce sont notamment les diplômés en art dramatique ou en danse qui sont alors concernés par ce flou.
Mais ce ne sont là que bavardage diront le Patron, le Numéro Un, l'Adjoint, le Prétendant, l'Arriviste, le Sondeur, le Sociologue, Le Collègue et ces propos ne peuvent qu'être ceux du Calomniateur ou du Bavard...
|
|
|
|
La promotion des Nunuls
|
|
Les bons conseils aux futurs cadres et aux arrivistes de tout poil n'ont rien à voir avec une quelconque morale, encore moins avec ce qu'il est convenu d'appeler le système. Ceux qui émanent de la plume de cet auteur issu d'une université réputée du monde libre pourrait tout aussi bien s’appliquer à un Institut universitaire ou de recherche dans un système qui à l'époque était censé être aux antipodes de ce système. Si Alexandre Zinoviev avait pu faire son livre "Les hauteurs béantes" à cet auteur, Robert Sutton, il aurait pu y inscrire ses propres conclusions, du moins en ce qui concerne les mécanismes à l’œuvre dans les rapports sociaux qui se tissent à la base dans n'importe quelle société.
En effet, la promotion sociale à partir des postes officiels se fait selon une logique qui implique que le minimum de changements pourra en résulter. Il en découle que le véritable talent, celui de d'organisateur innovant autant que celui de chercheur, est refoulé à la base à partir de l'action combinée des arrivistes qui vise le pouvoir et qui, sachant qu'il faut que le talent s'y fasse rare, mettent tout le leur à devenir aussi imbécile qu'il le faut pour obtenir ce pouvoir. Telle sera alors leur décision de devenir un chien sale pour parvenir à leurs fins.
Au strict plan individuel, nous sommes avec ces petits manèges, dans la seule tragi-comédie. Cependant, pour l'avenir des sociétés, il s'agit d'un blocage qui facilite la promotion de la nullité, de l'incompétence et de l'immoralité. Les chefs devenant de plus en plus cons à mesure que les talentueux sont refoulés, ou du moins, une uniformité déplorable en résultant du fait du nivellement du talent par le bas, l'avenir des humains en tant que celui de l'humanité est concerné, leur vie devient de plus en plus vide de sens.
Ces quelques conseils de l'auteur de cet essai sont donc à méditer en profondeur.
|
|
|
|
Quand la vérité fait mal
|
|
Ce que tous les témoignages entendus lors des audiences de cette Commission, de même que tous les commentaires qui n'ont pas manqué de fuser à leur propos, ne disent pas, est cependant d'une clarté qui saute aux yeux et qui est que la vérité fait mal. Cette vérité première et autour de laquelle tout le monde tourne autour comme s'il s'agissait d'une danse des Amérindiens autour d'un feu visant à faire tomber la pluie sur ses braises, c'est que le fait d'émigrer signifie pour les uns le douloureux abandon d'une grande partie de ses racines, avec le pénible horizon de les voir disparaître complètement un jour au fil des générations successives, et que le fait de les recevoir pour les autres implique une remise en question de ses atavismes les plus primaires.
J'ai lu le petit livre de Boucar Diouf sur son parcours culturel depuis son arrivée parmi nous et je sais à quel point les discours lénifiants sur l'ouverture d'esprit des uns ou la fermeture des autres passe à côté de ce qui fait l'essentiel de ce déchirement. À partir du moment où ce jeu du qui perd gagne ne peut aucunement tourner à l'avantage de celui qui émigre loin de ses racines, il devient illusoire et hypocrite de faire comme si tout cela pouvait se résorber parce que l'on vivrait dans le meilleur des mondes. Ceux qui le font ont soit des intérêts qu'ils cachent, comme celui de faire absorber la communauté francophone dans un grand tout multiculturel dominé bien sûr par une minorité anglophone se croyant totalement à son abri et libre d'influencer les règles du jeu à son avantage le moment venu, ou soit sont des naïfs.
Ne nous faisons pas d'illusion, la règle du jeu consiste à savoir qui acculturera l'autre. Les francophones espèrent y parvenir au dépends des anglophones, alors que la plupart des anglophones espèrent plutôt le contraire. De leur part, des ouvertures plus larges vers le communautarisme est une tactique qui favorise leur jeu dans la mesure où il met les francophones en plus grande minorité. Quant aux francophones, la leur consiste à résister à ce communautarisme en espérant que les minorités culturelles seront de leur côté du fait qu'ils leurs ressembleraient un peu plus.
Le malheur est que toutes les dissemblances qui se nouent autour de la langue débordent sur tous les aspects de la vie, même ceux de la vie privée.
|
|
|
|
Quand l'expression corporelle s'adjoint celle de l'environnement
|
|
Je ferai cette rétrospective de l'année en danse d'un point de vue bien particulier, à partir de ce spectacle orchestré par la troupe de Karine Ledoyen pour ce spectacle nommé Osez. C'est donc à partir d'un objectif grand angle, pour ne pas dire un œil de poisson, que je retournerai sur ce passé encore bien vivant dans ma mémoire.
Encore un peu humide des embruns du fleuve à la hauteur de Saint-Jean-Port-Joli alors que s'y déroulait les fêtes des chants marins, mes souvenirs y déroulent des images de ce spectacle de danse qui fut donné sur ce quai qui s’avançait dans le fleuve comme une scène sur laquelle de mystérieuses sirènes auraient pris place.
La musique de Jérôme Minière venait composer avec ce décor des airs d'un autre monde où l'eau, l'air et la terre ne formeraient plus qu'un seul élément, celui de tous les commencements. Voilà bien une perception bien poétique pourrait-on dire, mais n'est-ce pas ce que visaient justement à nous procurer les créateurs de ce spectacle hors du commun.
|
|