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Marc Audet
Marc Audet
December 2007 - Messages
30 décembre 2007, 9:45
Un message à ne pas jeter

Elle est troublante cette exposition qui nous attend dans un corridor menant à une exposition en bonne et due forme du Musée de la Civilisation. Le spectacle des bidonvilles, ces banlieues pour démunis des grandes villes du Tiers-Monde, nous était devenu familier à force d'images répercutées par tous les médias de la planète. Mais celui des démunis parmi les démunis, celui de ceux qui n'ont même pas de toits de tôle au-dessus de leur tête nous l'était beaucoup moins pour ne pas dire pas du tout. Il est difficile d'imaginer que des humains avaient pu élire leur domicile sur des monceaux d'ordures, des dépotoirs à ciel ouvert où ils trouvent de quoi revendre pour ne pas mourir. Le pire dans ce spectacle est celui des petits qui y vivent tout comme leurs parents. Par ailleurs, cette plaie de notre époque concerne plusieurs continents, n'étant pas confiné à la seule Afrique, le plus démuni de nos continents.

Ces belles images, malgré la désolation qu'elles nous révèlent, portent un message sans équivoque, celui de l'inégal développement des continents de notre planète en même temps que celui tout aussi troublant des disparités énormes dans la distribution des revenus, tant entre continents qu'entre citoyens peuplant ces continents. Elles sont à ce point troublantes que je n'ai pas vu beaucoup de spectateurs capables de s'y arrêter bien longtemps, comme s'ils aimaient mieux penser qu'il s'agissait là d'un quelconque montage sans trop de correspondances avec la réalité. À voir.


29 décembre 2007, 6:31
À s'en mettre plein la vue

L’exposition "Paris 1990" est séduisante à plus d'un titre. En effet, elle est le reflet de cette époque de transition que fut le XXe siècle débutant. C'est ainsi que sur l'un de ses deux versants, nous y voyons des toiles dans le plus pur esprit de la grande bourgeoisie de cette époque. Si les messages y sont plutôt court d'inspiration se limitant à la représentation des personnes des beaux salons de cette époque, il n'en reste pas moins que le talent des peintres s'y manifeste dans une maîtrise du détail que l'on ne peut pas renier. Cette maîtrise s'y manifeste aussi dans les objets d'art décoratif qu'on y trouve.

Sur l'autre versant, la même maîtrise des détails se met au service d'un autre type de message, ceux qui débordent la personnalité singulière des modèles et qui concernent tout un pan de la société d'alors, celle des laissés pour compte de la révolution industrielle dont les grands capitaines se sont fait peindre de pied en cape par les peintres qui figurent dans l'autre salle de l'exposition. C'est ainsi que cette salle qui lui fait face, la maîtrise remarquable des détails est à voir surtout dans les estampes qui s'y trouvent.

Quant à l’exposition du musée de Hamilton, elle est aussi très intéressante avec la pléthore d'artistes qui s'y trouvent. Un petit tour à cette exposition permet de faire un petit tour d'histoire de la peinture d'ici.

Enfin, l’exposition d'Isabelle Hayeur nous offre un moment de réflexion sur ce que sont devenus les projets immobiliers.


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29 décembre 2007, 6:17
Tintin est celui qui nuit à cette exposition

Les raisons qui militent en faveur de la visite de cette exposition débordent et de loin le personnage de la bande dessinée par Hergé. Pour les enfants qui auront l'idée de s'y rendre grâce à ce personnage, Tintin sera une raison pour découvrir un Pérou allant bien au-delà des clichés retenus par la bande dessinée.

Montrant des artefacts produits par les nombreuses civilisations qui peuplèrent jadis le Pérou, cette exposition nous fait découvrir d'autres aspects de cette culture, une culture beaucoup plus riche que les images les plus véhiculées et qui ne concernent que les seuls Incas.

Pour ma part, la finesse des cultures les ayant précédés ces Incas m'a fait penser qu'ils se sont trouvés un jour un peu dans la position des Romains qui ont profité des avancées culturelles des Étrusques pour se polir un peu à leur tour. Grands bâtisseurs comme leurs illustres devanciers, les Incas ont gommé l'héritage culturel dont ils étaient redevables.

La visite de cette exposition sera donc l'occasion pour certains comme ce le fut pour moi, de vouloir en connaître davantage sur ces cultures qui firent la véritable richesse du nouveau monde et pour laquelle l'or était de peu de chose en comparaison de son art.


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29 décembre 2007, 5:04
Elle porte bien son titre cette exposition !
 

À n'en point douter, le thème central de cette exposition des toiles de Picasso datant de son passage à Antibes est bel et bien celui de la joie de vivre. Sans doute qu'étant alors tout à la joie de se retrouver au calme dans cet endroit après les horreurs de la guerre qui venait de prendre fin, sans parler de sa nouvelle égérie, lui donnait des ailes. Les toiles qui nous sont présentées de cette période nous l'indique en tout cas. Même si le plaisir enfantin de dessiner se retrouve dans la plupart des toiles de Picasso, celles-là en sont particulièrement imprégnées.

Il est d'ailleurs assez paradoxal de constater avec quel sérieux leurs spectateurs se donnent du mal pour les considérer, comme si elles pouvaient nous révéler des secrets cachés, de ténébreux messages. Picasso peignait pour le plaisir (pour le Faune pourrait-on dire des toiles de cette exposition...). Voilà en quoi réside le paradoxe de cet artiste qui souvent laisse libre cours à une imagination débordante sans se soucier des résultats. Plusieurs des toiles de cette période témoignent de cette facilité qui était la sienne et qui fait que nous accordons trop d'importance au moindre trait que signe Picasso. Je ne dis pas que les toiles de cette exposition ne sont pas travaillées et ne montrent pas les talents de l'artiste, mais toutes ne le font pas également, loin de là et certaines sont peu ou prou des croûtes, celles d'un artiste remarquable il est vrai, mais dont la réputation qui les précèdent les empêchent d'être désignées comme telles.

Il n'empêche que certaines toiles témoignent bien de son génie créateur et que cette exposition mérite bien d'être vue.


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29 décembre 2007, 12:00
L'âge des chevaliers à la triste figure

Bien que la facture de ce film se veuille bien moderne avec des incursions de la technique cinématographique dans le récit, l'histoire de ce héros est celui d'un autre âge. Les ténèbres qui s'immiscent dans ses visions ne sont pas devant lui, mais bien derrière et bien qu'il tente de nous faire croire à ses prétentions libertaires, c'est bien d'un âge révolu dont il rêve, celui d'une époque ou l'amour courtois aurait eu toute la place.

Pris à ce niveau, le héros a plutôt l'air d'être un poète égaré dans un siècle qu'il refuse ou ne comprend pas. C'est le premier message que la parenthèse ouverte du début sur des airs d'opéra et refermée de même manière nous suggère. C'est ce que l'on peut retenir de positif de ce film.

Mais là où les choses se gâtent, c'est lorsque la métaphore ouvre une autre parenthèse, celle qui revient de manière lancinante dans l’œuvre d'Arcand et qui sous des airs de vouloir critiquer la société s'en prend aux seuls phénomènes de surface. À partir de ce moment, il tombe carrément dans la caricature, celle des services publics, administration, éducation ou santé, qui seraient selon lui, la cause et non plus la résultante des mécanismes du pouvoir qu'il rejette sous toutes ses formes, que ce soit celui de l'argent, de la politique ou des médias de la culture.

Qui plus est, cette charge qui n'ose pas lever son masque se cache derrière des apparences de comédie ou de satire. Le choix des comédiens pour les rôles principaux reflètent d'ailleurs ce choix. N'ayant pas assumé pleinement son cinéma qu'il veut celui d'un auteur, nous passons ainsi de la tragédie musicale annoncée par le début et résumée par le final, à la comédie musicale larvée. Nous nageons dans la confusion des genres.

La critique de ses films est sévère il est vrai, mais c'est un peu lui-même qui, en voulant être pris très au sérieux, se piège ainsi. Il n'empêche que son œuvre restera longtemps après lui et sera une belle expression des profondeurs de notre culture qui s'ignorent. Pour ce dernier film, le public se montre beaucoup mieux disposé que la critique.


20 décembre 2007, 4:28
La politique à la fraise

Il est plutôt déconcertant pour un citoyen de constater que sur de simples apparences de crédibilité, les choix des électeurs se portent en faveur de la fraise d'un parfait inconnu qui ne devait lors de sa campagne électorale de se la faire publier grâce à un spécialiste de la fraise, en l’occurrence ce dentiste qui se dit en retrait de la chose publique, mais qui ne manque pas une occasion de s'y mêler pour ne pas dire s'y entremettre. Ne l'a-t-on pas vu verser des larmes tardives pour souligner un vide que lui seul parait-il était capable de mesurer, comme si la chose publique municipale exigeait que l'on lui enlève une carie, ou bien encore vociférer pour que tous les feux de la rampe soient braqués sur le cercueil d'une disparue, quitte à ce que les citoyens paient la facture. Si ce ne sont pas là des dépenses électorales, comment peut-on les qualifier autrement !

Le plus troublant dans ce jeu du plus beau sourire, c’est que du jour au lendemain, de parfaits inconnus pour la plupart des citoyens deviennent les héros du jour. Qui connaissait et qui connaît à ce jour les visions de ce nouveau maire qui a comme principal argument d'être indépendant ? Mais indépendant de qui ? Ne l'a-t-on pas vu se presser de rencontrer cet autre quidam ou qui se prétend tel et dont le poids politique organisationnel aurait fait pencher la balance des votes en sa faveur ? Ne l'a-t-on pas vu aussi accourir aux réunions de cercles commis à la défense de leurs propres intérêts, à savoir leurs affaires ? Ne voilà-t-il pas que pour en remettre, le quidam bien connu lui fait des menaces à peines voilées pour lui monter qu'il est un expert en matière de vide ?

Il faudra donc que ce nouveau maire nous fasse la preuve qu'il n'est pas qu'un simple exemple du sourire retapé grâce à une pâte dentifrice blanchissante ou à une nouvelle prothèse dentaire, avant que lui accordions notre confiance.


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19 décembre 2007, 4:35
Un spectacle haut en couleur

S'il nous fallait une preuve supplémentaire pour réaliser à quel point la musique et Gregory Charles ne font qu'un, nous l'avons eu avec son spectacle, Loin de la lumière, spectacle pourtant des plus coloré, tant par le soutien spectaculaire des éclairages que par les propos et les performances de cet artiste aux multiples talents. Cet amour qu'il a pour la musique et ses dons pour l'interpréter le rendent en effet capable de transformer n'importe quelle chanson, fut-elle d'une facture simplette, en quelque chose d'autre et d'original, revampée par la créativité musicale de l'artiste.

De cette facilité qu'il possède de tout interpréter et de le recréer, il nous en donné 21 exemples en improvisant à partir des demandes spéciales que des spectateurs lui avaient faites sur de petits billets, lesquels furent déposés dans un contenant dont il retirait sur scène et au hasard les gagnants. J'ai rarement vu des artistes capables de se mettre dans une telle situation, car il lui fallait être capable de se souvenir à la fois des paroles et des notes de ces demandes pigées au hasard. Mais cette performance, il ne devait pas être le seul capable de l'exécuter. C'est ainsi que ses musiciens et ses choristes furent capables d'attaquer ensemble et au quart de tour des chansons pour lesquelles l'artiste ne leur avait donné que quelques indications sommaires. Je n'ai malheureusement pas retenu le nom de tous ces prodigieux musiciens et de ces choristes. J'ai pourtant retenu les noms de Kim Richardson et d'Élisabeth Blouin Bratwate qui font aussi la fortune de Belle et Bum avec leur talent d'interprète.

Voilà donc en somme un spectacle hors du commun.


13 décembre 2007, 3:56
On ne donne bien qu'à soi-même

 

 

 

Ne serait-ce que par la place qu'il occupe encore, même si c'est la portion congrue, au cœur de nos sociétés modernes, le don nous amène à réfléchir à ce que nous sommes, aux mécanismes qui forgent notre identité personnelle et sociale. Pour y voir plus clair, il faut dépasser une analyse superficielle qui situerait le don dans un espace moral dont celui-ci serait le gardien et le révélateur, nous permettant de situer tout un chacun : les généreux d'un côté, les mesquins de l'autre. La justice sociale ne serait plus alors qu'une simple question de moralité, à charge pour des missionnaires de convertir les récalcitrants. Le côté pervers de cette approche moralisante réside dans le fait qu'elle permet à des nantis de s'approprier la définition de ce qu'est la justice, soit une affaire de générosité privée, quitte à ce que des allégements d'impôts ou de taxes leur soient octroyés pour leurs bons et loyaux services consacrés à la défense des statu quo. Le conservatisme le plus crasse croit trouver là de quoi se justifier aux yeux de tous et à ses propres yeux.

Pourtant, il y a pas que des mercenaires pour se mettre à la remorque des idées définies comme étant a priori généreuses. Surgissant des profondeurs de la conscience de chacun émerge aussi des visions qui nous viennent de fort loin. Circulant autour d'un noyau d'animisme qui surnage en nous depuis le début de l'humanité malgré les progrès d'une obscure Raison qui tente de nous en dissuader, les réminiscences des antiques potlachs dont les dons définirent les premiers paramètres des échanges entre les humains des primitives communautés, se font jour dans nos consciences à l'occasion des occasions de donner. Bien malgré nous, nous sommes plongés alors dans des liens de subordination-domination qui n'ont rien à voir non plus avec une quelconque justice.

Il est donc bien mince le chemin qui nous mène à la substantifique moelle de ce concept du don tel qu'il se veut être, soit dégagé de toute entrave. Il rejoint par la bande cet autre concept, généreux lui aussi à sa base, qui voudrait qu'il soit donné à chacun selon ses besoins et qu'il ne soit exigé de lui que selon ses moyens. Pour certains, il ne saurait, pour qu'il existe vraiment ce concept, être entravé par aucun intermédiaire, surtout s'il a des apparences étatiques. Le saut dans l'Histoire éternelle de l'Humanité devrait passer par-dessus tous les obstacles. Malheureusement pour nous, la possibilité de tels sauts n'est pas démontrée compte tenu d'un obstacle de taille qu’est la distribution des citoyens selon des lignes de clivages qui n'ont rien à voir avec la générosité ou la mesquinerie. La contrainte demeure donc encore nécessaire. Mais il n'est pas prouvé non plus que la contrainte parvienne à faire en sorte que toute la justice souhaitée soit possible...

 


9 décembre 2007, 12:02
Lâcher la proie pour l'ombre

Il est bien démagogique le discours de ceux de ces politiciens qui laissent croire que l'abolition des commissions scolaires ne ferait qu'économiser des fonds publics injustement dépensés sans qu'il y ait les moindres dommages collatéraux causés par une telle décision. La démagogie populiste des promoteurs de cette idée tient dans l'équation spécieuse consistant à faire correspondre l'intérêt pour les élections au poste de commissaire et la pertinence des commissions scolaires.

Tout d'abord, les ressources pédagogiques que les commissions scolaires mettent à la disposition des professeurs et des élèves n'ont rien à voir avec un quelconque engouement pour les fonctions électives de cette structure du système scolaire. Comment voulez-vous que les gens s'intéressent vraiment à ces élections quand la plupart des postes sont dotés par acclamation faute de concurrents ! Il n'est d'ailleurs pas incompréhensible qu'il en soit ainsi. Qui veut d'une charge très peu rémunéré qui de surcroît ne lui vaut aucun prestige médiatique ! Le pouvoir, tel qu'il est représenté par le spectacle qu'en donne les médias, n'atteint jamais le petit monde des commissaires qui demeurent tout aussi anonymes que les plus effacés des fonctionnaires. Pas étonnant que les candidats se fassent rares.

Par ailleurs, les ressources que les commissions scolaires mettent à la disposition des élèves et des professeurs devraient être assurées aussi pour le cas où cette structure disparaîtrait. Il faudrait alors soit que le Ministère les assume toutes, ce qui est inconcevable tant cela nécessiterait un gonflement encore plus grand de cette structure trop loin des besoins comblés par des instances qui sont plus à proximité, soit que les municipalités s'en chargent, ce qui serait encore pus incongru. Faire voisiner la voirie municipale et les filières de la formation de l'intelligence relève du cauchemar.


7 décembre 2007, 6:13
Homo occidentalus

 

Il est pétri d'obstacles le destin des logiciens qui attachent leurs réflexions à expliciter les mécanismes des humains qui sont baignés dans un système et qui en sont, le plus souvent à leur corps défendant, les protagonistes et les défenseurs idéologiques. Homo Soviéticus n'a-t-il pas été une pierre d’achoppement dans le jardin des idées d'Alexandre zinoviev ! Je ne saurais dire ce que cet auteur aurait pensé de la formule lapidaire à laquelle on tente de réduire l'essai de Paul Piché, mais il aurait certainement prêté attention à ce qui lui aurait paru comme une tentative d'expliciter pour des outsiders ce que sont les rouages d'un système pour ceux qui s'y trouvent plongés malgré eux.

Dans le cas qui occupe Paul Piché, ce n'est plus le monde de la réflexion et de la philosophie dont il s'agit, mais de celui du spectacle et de la culture au sens large et des modes médiatiques qui en constituent les paramètres premiers. Alors, si d'aucuns croient déceler de l'absurdité dans la formule à la Ionesco que l'auteur met de l'avant, c'est peut-être que quelque part l’absurde règne en maître dans le monde des décideurs et des facteurs de culture, même si la liberté avec une majuscule est censée être le moteur premier de tout ce qui se crée et se recrée dans ce monde culturel, pétrissant du même coup la reproduction de la société qui peut ainsi se perpétuer tout en se donnant des airs innovateurs. Ces propos reprennent en fait sous un autre angle la formule de Jean-François Khan : tout change parce que rien ne change. Mais cela est une autre chanson...


6 décembre 2007, 8:52
La paix des uns n'est jamais tout à fait celle des autres

Il n'est pas besoin d'une longue analyse pour pouvoir constater que les missions de paix, avec ou sans support militaire, sont d'abord des opérations commanditées avec des intentions de retombées positives pour les bailleurs de fonds. Il y a celle de l'image de marque du pays donateur et surtout, les intérêts de ceux qui espèrent pouvoir y déployer leurs activités commerciales ou industrielles en y accroissant du même coup leurs parts de marché au sein de la grande joute de la mondialisation de la fabrication et de la diffusion des marchandises et des services. Ce constat élémentaire, tout le monde le fait, autant chez les citoyens des pays donateurs que chez ceux des pays donataires.

Cette aide internationale, surtout si elle n'est pas multilatérale, est en fait un investissement dont on espère pouvoir tirer des bénéfices par la suite. Même si elle se drape dans une vertu hypocrite, elle a au moins l'avantage d'être pacifique et peut même à la limite être vraiment positive pour ceux qui la reçoivent quand elle concerne des biens de première nécessité. C'est cette vision que nombre de canadiens ont de leur pays, soit celui d'un pays qui tente de tirer son épingle de ce jeu de dupe de la globalisation des marchés tout en tentant d'améliorer le sort des populations concernées.

Ce type d'interventions n'a évidemment rien à voir avec des interventions armées visant à imposer à d'autres populations des règles du jeu pourtant définies selon des critères auxquels ceux qui se les font imposer n'ont rien à voir ou qu'ils rejettent carrément. L'impérialisme sous-jacent aux aides internationales devient alors par trop évident. Le jeu consistant à dire que ma démocratie est meilleure que la tienne ne mérite certainement pas que l'on tue pour le prouver car il fait alors la preuve par l'absurde que le vainqueur est en fait le perdant d'un point de vue moral.

Comme il n'y aura jamais de tribunal suprême au-dessus de tout soupçon pour définir ce qu'est la justice universelle ou la société idéale, jamais non plus il n'y aura d'intervention armée complètement à l'abri des critiques. Il ne reste donc qu'une seule issue pour tenter de dénouer des conflits et c'est celle de la médiation, les grandes puissances prêtant leurs ressources et leur concours pour aider les belligérants à faire leur paix. Plus de pax romana donc, ni de pax américa.


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5 décembre 2007, 10:31
Continental, prise 3

Mécontent de la place occupée par ce film exceptionnel dans l'espace médiatique consacrée au cinéma trop envahi qu'il est par les ressacs des vagues que des publicités bien orchestrées font rouler sur nos rives, je persiste et signe pour que le film de ce réalisateur qui en est à son premier film y occupe la place qui lui revient.

Cette place, je la revendique pour lui, car il a su innover et créer une œuvre qui se démarque des autres œuvres en utilisant un langage cinématographique lui permettant de rendre crédible un film où le dialogue entre personnages est quasiment inexistant. Un peu à la manière du film de Bresson, "Un condamné à mort s'est échappé", il nous fait voir comment ses personnages tentent eux aussi de s'échapper de leur prison quotidienne, soit par le jeu, le rêve, les fantasmes ou l'abrutissement dans le travail. Ce tour de force, il le réussit à partit du montage et du découpage des séquences montrant bien à quel point ces personnages sont prisonniers de leur petit univers.

Par-delà ce dialogue de sourd, c'est aussi un métalangage sur la société qui nous y est livré, la solitude y étant présentée comme l'ordinaire que la vie réelle y secrète au fond des âmes de chacun.

Il n'y a donc pas d'éclats de voix ni de bruits de fusil dans ce film et c'est pourtant tout un pétard qui retentit à nos oreilles pour peu que l'on entende son message.


4 décembre 2007, 1:02
À chacun son continent

Ce film dérange à n'en pas douter. Il suffit d'avoir entendu les remarques persiflantes d'une partie du public dans la salle du cinéma où il était projeté pour s'en être rendu compte à coup sur. Manifestement, ce film passe facilement la rampe chez un public averti, mais demeure au seuil de l'incompréhension pour le large public.

Pourtant, il a des qualités incontestables qui ressortent à l'analyse. C'est ainsi qu'ayant voulu monter la solitude où sont enfermés ses personnages, le réalisateur a choisi un montage des scènes qui sont comme accolées les unes aux autres comme pour montrer toute l'étanchéité bien présente entre ces univers où évoluent chacun pour soi ces personnages. Qui plus est, le dialogue est d'abord et avant tout fait à partir des images et du cadrage de la caméra. En ce sens, ce film est une réussite et voilà pourquoi il a franchi la barre des tourniquets des grands festivals où sont jugées les œuvres qui comptent vraiment du point de vue de l'art du cinéma.

Ce style pourtant si bien adapté au propos de l'auteur n'est pas compris d'une partie du public qui le voit. Il faut dire qu'il est à des années lumières des univers habituels du cinéma qui a su si bien créer des habitudes auprès d'un public qui n'imagine même pas que l'on puisse créer autrement.

La performance des acteurs dans un tel contexte est aussi difficile à saisir pour ce public incrédule. Il n'y a pas de dialogues où ils seraient capables de se mettre en valeur. Ils doivent s'en remettre à jouer sur les silences qui sont la contrepartie du vide de l'existence de leur personnage. Il est d'ailleurs significatif que l'on y retrouve des comédiens qui se plaisent par ailleurs dans les créations improvisées comme si le fait de jouer sur les silences était la contrepartie des dialogues à l'emporte-pièce auxquels ils sont rompus.

En conclusion, il s'agit d'un film remarquable et il est regrettable qu'une partie du public passe à côté de ses messages et de son art.


1 décembre 2007, 7:43
La vie réelle confrontée à la vie rêvée

 

Ce film est à coup sur un film d'auteur, mais à la différence de beaucoup de réalisateur qui ont marqué ce genre, il s'en distingue en reléguant le discours et les dialogues à leur minimum pour ne garder que le seul langage des images. Il s'inscrit donc dans le renouveau de ce genre artistique coincé qu'il est maintenant entre le monde romanesque de la littérature d'une part et le monde de l’audiovisuel tel qu'il se donne à voir dans les films commerciaux d'autre part où le dialogue est pur ornement ne servant qu'a ponctuer de propos truculents une histoire par ailleurs souvent complètement loufoque.

Dans ce film, le réalisateur prend le contre-pied des univers cinématographiques auxquels les grands producteurs de cinéma ont habitué leur public. Alors que les spectateurs se rendent au cinéma pour y voir leur vie rêvée, ce film les convie à y voir représentée leur vie réelle, celle de milliers d'entre eux dont la vie réelle ne va nulle part, tout comme cela est le cas des personnages de ce film dont la métaphore du début à partir d'un arrêt d'autobus perdu au milieu de nulle part pour y déposer un passager qui y laisse périr toute trace de lui-même se referme sur ces mêmes images à la fin du film pour y déposer la compagne de celui qui fut ce héros sans gloire du quotidien.

Tout l'argument du film consiste donc à opposer la vie réelle des gens à leurs rêves ou à leurs fantasmes. Pour l'un, ce sera le jeu dont il rêve de découvrir les secrets avec d'autant plus de vigueur qu'il se sent devenir de plus en plus poivrot. Pour d'autres, ce sera leur vie amoureuse qui tournera autour de fantasmes pour lesquels ils ont besoin du regard des autres pour pouvoir y croire. Pour une autre, ce sera l'enregistrement des principaux épisodes de sa vie solitaire qui jouera le même rôle. Jamais donc ces personnages ne se rencontrent-ils vraiment. Seule croisent-ils parfois dans des glaces leur propre image, le double de ce qu'ils sont ou croient être. De là le titre improbable a priori de ce film, Continental, comme l'est cette danse en ligne où se côtoient toutes ces solitudes à la queue leu leu.

Pour les amateurs de roman qui voient dans les films autre chose qu'une histoire artificielle et qui croient que le cinéma comme art est d'abord une réflexion sur la vie et l'histoire des humains, grande ou petit

 


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1 décembre 2007, 11:48
Quand un plus un fait un

S'il m'avait été donné d'entendre par hasard une chanson de ce duo de compositeures et d'interprètes à la radio, je ne n'aurais pas pu mettre un nom, encore moins un visage, sur l'une quelconque des artistes dont je me rendais voir le spectacle en ce vendredi soir neigeux de novembre à L'Anglicane à bonne distance de ma demeure. La bonne surprise qui m'attendait valait bien ce détour, même par temps maussade et routes peu recommandables.

Il y eut d'abord la découverte de deux musiciennes authentiques. Leurs belles compositions musicales pouvaient donc se passer de ces amplis qui ne sont là que pour masquer les blancs dans l'imagination de ceux qui ne possèdent pas comme elles l'art de la composition.

Mais il y avait encore plus. Les paroles des chansons étaient loin d'être banales. Encore là, il n'était nul besoin du secours des amplis pour combler le vide des paroles de ceux qui s'en remettent à ce stratagème pour masquer les leurs.

Si je devais donner des exemples pour situer celles à qui elles m'ont fait penser, malgré qu'elles soient profondément originales et qu'elles n'aient pas besoin de comparaison pour être appréciées, je citerais Catherine Major pour ce qui est de Brigitte Saint-Aubin et Feist pour Andrea Lindsay. Elles possèdent comme elles l'art de la composition originale et le sens poétique des paroles qu'elles mettent sur leurs notes.

Quand on sait le parcours étendu de la carrière de ces deux artistes auxquelles je les compare, je me dis qu'elles peuvent songer à un bel avenir