Il n'y a pas au monde endroit où la symbiose de la musique qui prendra avec le temps le nom de classique et celle sortie de l'âme populaire, qui prendra, elle aussi par des voies détournées la même appellation, soit aussi évidente que la musique sortie des entrailles de ce peuple aux mille tourments qu'est le peuple russe. Le concert offert hier par l'Académie d'art vocal de Moscou et l'Orchestre de chambre de Moscou ainsi que par le baryton Dmitri Hvorostovky et l'ensemble Style of Five nous en ont donné un vibrant exemple. Bien loin de se tourner le dos comme des créations antinomiques, ces deux univers musicaux ont fait correspondre leurs échos d'un bout à l'autre de nos âmes émerveillées par tant de lyrisme subtil. Voilà pourquoi la musique russe est si près du chant et de la voix humaine. Elle n'oublie jamais, ou alors rarement, d'où elle part et où elle finit par revenir dans les bribes de chant que tout un chacun se chante à lui-même parfois.
Le programme d'hier, malgré qu'il comportait une section que l'on peut qualifier de classique et une autre de populaire, nous est donc apparu comme ayant été d'une parfaite homogénéité. Il faut dire que la voix et l'inspiration de Dmitri Hvorostovky y étaient pour quelque chose, sans parler de la virtuosité des instrumentistes porteurs de la tradition musicale populaire russe avec leurs instruments si typés que sont la balalaïka ou le domra, sans parler de l’enthousiasme du directeur et chef d'orchestre, Constantine Orbellian.
La réponse du public ne s'est d'ailleurs pas fait attendre devant tant de talent, d'ouverture et de générosité. Il y eut trois rappels, mais nul doute que plusieurs en auraient voulu encore plus.