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Marc Audet
Marc Audet
May 2007 - Messages
30 mai 2007, 8:08
L'éducation, premier moule des projets de société
Avant de louanger ou de blâmer les visions de l'auteur de ce livre, il convient d'abord de prendre conscience que les grands paramètres de la formation des individus d'une société que sont les organismes de formation, les programmes d'enseignement et les visions véhiculées par les valeurs qui forcément les étayent, sont les reflets de la place qu'une société entend voir prendre à ses citoyens dans le monde. Cette place, elle nous a toujours été contestée. D'abord par des vainqueurs qui n'acceptèrent la place qu'y jouèrent nos institutions religieuses que dans la mesure où elles se feraient les porte-parole de notre soumission aux institutions du vainqueur. Même des lustres plus tard, soit à la fin des années cinquante, cette vision était à ce point ancrée dans les consciences que la création d'un Ministère de l'Éducation au Québec était vu par certains comme un crime de lèse-majesté. Il est ironique de constater que le même débat anime encore des consciences qui se croient maintenant libres de toutes attaches mais qui se refusent à assumer que les visions de l'éducation au Québec doivent soit y présenter notre place dans le monde comme étant soit celle d'une minorité appelée à disparaître en tant qu'ethnie distincte, soit celle d'une minorité qui aspire à être majoritaire sur son territoire. Ce débat, il faut au moins en être conscient de la portée avant de rejeter en bloc les orientations de ce livre. Si pour certains d'avoir à dire, faute de mémoire, que leurs ancêtres étaient peut-être des Vikings, ne les dérange pas, grand bien leur fasse.
29 mai 2007, 9:25
Quand la pensée copie la pensée américaine...avec des retards!
Il est pénible le discours d'Alain Minc. Nous croyons y entendre les propos d'un professeur américain d'économie politique des années 70 au moment où tous les regards se tournaient vers les discours de ces professeurs dans l'espoir d'y trouver des stimuli pour une pensée qui voulait se débarrasser des derniers boulets que la guerre avait attachés à la patte des États par des bailleurs de fonds en fournitures d'armes et de munitions. Les dettes de guerre étaient énormes et il avait fallu payer un peu plus que par quelques médailles pour les souffrances que les peuples avaient endurées durant ce conflit. Alors, la tendance était à se débarrasser des filets sociaux qu'il avait fallu tisser à contrecour pour libérer toutes les forces du capital dans cette paix gagnée avec le sang des autres. Réduire la démocratie à ce type de représentations et associer ceux qui s'y refusent à des hurluberlus de la démocratie participative est proprement scandaleux. Ce qu'Alaic Minc nomme la vraie démocratie en est souvent la caricature, la phase oligopolistique de la représentation du peuple par des institutions refermées sur elles-mêmes et sujettes aux pressions des seuls démarcheurs des lobbies, les grand vainqueurs de cette mascarade étant souvent les représentants des grandes corporations. Il craint par contre ce qu'il nomme le populisme, ce qui dans sa vision représente le débordement du discours occulte de la phase oligopolistique de la démocratie classique moderne dans le discours public au travers d'un leader qui le monopolise. Il a peur de ce moment qui fait apparaître cette fausse concurrence, celle dans l'économie et celle dans la politique, comme étant un leurre qui masque en fait un vrai monopole d'intérêts. Ce n'est pas tant le vrai populisme qu'il craint, soit celui qui tente de noyer les divergences et les contradictions, que ce masque qui sert d'alibi et qu'il désigne du vocable de démocratie représentative.
1 mai 2007, 11:03
L'Appel d'air
Ce récit ne laisse pas indifférent car il est la conclusion vitale que son auteur a cru devoir tirer d'une existence qui n'avait plus pour lui de sens. Il ne lui suffisait plus de lire Cioran dans le bus qui le menait le matin vers le lieu de son travail pour y endosser la défroque de cadre publicitaire pour tenir le coup devant les exigences toujours plus grandes du Dieu Capital à son endroit. Un beau jour, des petits moutons minimalistes dessinés sur un petit papier avec un numéro de téléphone d'un éleveur de moutons en France ont fait basculer une existence, la sienne. C'est ainsi que l'auteur présente son récit, mais il me semble que c'est un travail intérieur beaucoup plus profond qui l'a amené à cette conclusion, celui où il a commencé à se vouloir écrivain. Voulant dénoncer ce qui lui paraissait superficiel et vain dans sa vie, le monde de la publicité et du spectacle, il a ruminé une forme de roman qui pourrait véhiculer cette vision. Il lui fallait donc sortir de le forme bourgeoise du récit que l'on nomme roman et qui prend vie à l'aide de personnages fictifs pour faire une dramatique. Il; lui restait donc la voie de l'autofiction ou celle du récit à même des tranches de vie personnelle, mais lesquelles en l'occurence ? Certainement pas celles de sa vie de publicitaire qu'il ne pouvait plus sentir. Il lui fallait donc s'inventer une nouvelle vie à raconter et c'est ce qu'il a fait. Même si ce roman-récit est très bon, le contenu qu'il véhicule est parfois rébarbatif. Les références à des philosophes très marqués politiquement à droite tels Althusser ou Cioran finissent par agacer le lecteur qui ne se reconnaît pas du tout dans ces référants. Malgré cela, c'est d'un pas non hésitant que l'on suit ce berger jusqu'au faîte de sa montagne, même s'il les gravit à une allure folle.