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Marc Audet
Marc Audet
April 2007 - Messages
29 avril 2007, 4:37
Ailleurs
Le spectacle de l'Orchestre symphonique de Québec jouant de la musique de René Dupéré avec Élise Velle comme interprète était tout plein d'un ailleurs, de visions qui nous transportent au-delà des frontières connues et même reconnaissables tellement les paroles des chansons se font parfois entendre dans une langue venue de nulle part. Avec des extraits des spectacles du Cirque du Soleil en arrière scène pour lesquels ces musiques ont été composées par René Dupéré, l'ambiance était au départ vers des contrées de rêves, ce qui est la marque de commerce du Cirque du Soleil et ce qui lui a valu cette réputation qui déborde les frontières, ce dont toutes les visions qu'il provoque sont pleines. Son succès est international parce qu'il est plein de l'essence de cet ailleurs. Si la mise en scène du Cirque est à cette même enseigne de l'intemporel et du supra-spatial, la musique de René Dupéré est elle aussi toute imprégnée. Les interprétations d'Élise Velle relayant les inspirations de leur auteur. Avec des extraits des spectacles du Cirque pour lesquels René Dupéré a composé des musiques, nous avons voyagé avec eux jusqu'aux frontières du rêve, les seules que ces spectacles reconnaissent comme étant les leurs. Le compositeur présent su place était visiblement ému des performances que l'orchestre de Québec a permis d'entendre, le relais par les arrangements du chef d'orchestre y ajoutant des prolongements auxquels le compositeur ne fut pas indifférent. Il est assez troublant de constater que ce créateur d'internationalité qu'est René Dupéré est natif de Mont-Joli, cette porte de la Gaspésie que certains s'entêtent à ne voir que comme étant un refuge du folklore.
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23 avril 2007, 8:37
L'internationale des bons sentiments
Si d'un point de vue technique ce film se démarque de la masse informe des produits cinématographiques, les obligeant pour la comparaison à pénétrer dans l'étroit défilé qu'il occupe en maître, il ne remporte pour autant la victoire. Car c'est sur le fond qu'il perd la bataille. Sur le plan du contenu, il ne se démarque pas à lui seul d'une foule de films qui logent à la même enseigne, celle des preux chevaliers d'un autre âge tous dévoués à garder des citadelles mythiques contre une peur qui elle ne l'est pas. Cette peur parfois savamment entretenue, mais qui l'est le plus souvent par des procédés ou des messages puérils, c'est celle d'ennemis caricaturés que l'on estime nécessaires pour préparer les esprits aux entreprises guerrières d'un monde qui repose sur des méthodes de production qui ont constamment besoin de terres nouvelles, comme si l'époque des impérialismes n'en finissait plus de mourir. Cette peur, ce film arrive dans les premiers rangs pour ce qui est des méthodes et des messages puérils. À commencer par les ennemis qui sont des caricatures grossières, tous les préjugés fascisants y passant pour le faire, du racisme à l'homophobie, Xerxès y étant montré sous les traits d'un noir aux penchants non équivoques et les propres alliés des Spartiates comme étant du même bois, moins la couleur. En définitive, c'est un film politique et du plus mauvais goût.
17 avril 2007, 8:17
Les paradoxes de la recherche
Il ne se passe pas beaucoup de jours sans que l'on déplore les nécessités de former de la main-d'ouvre qualifiée qui serait toujours et dans tous les domaines déficitaire. Portant, la présence de ces éternels post-doctorants qui cumulent les stages post-doctorat montrent la faiblesse de la création des emplois dans des domaines qui pourtant sont considérés comme faisant partie du secteur ferme de la recherche composé qu'il est des domaines de la science pure comme la physique ou la biologie. Dans les secteurs mous de la recherche que sont ceux des sciences humaines et des sciences sociales, la situation de la recherche est bien pire encore, les détenteurs de doctorats connaissant soit le chômage, les stages post-doctorat à répétition ou les postes mal payés et précaires des chargés de cours ou la reconversion vers d'autres domaines à rabais. Heureusement, cette situation déplorable n'est pas le fait de la majorité des docteurs, loin de là. Il se trouve des projets de recherche qui canalisent les énergies de ces chercheurs. Celui sur la génétique des populations en est un de ceux-là. Nous avons en effet au Québec le redoutable avantage d'avoir la présence de maladies génétiques héréditaires en raison du petit bassin de notre population de départ laquelle est parfois demeurée plus ou moins confinée dans des régions bien délimitées géographiquement. Ces populations se prêtent donc bien à l'étude de la transmission des gènes de certaines maladies d'une génération à l'autre. Ce projet a aussi l'avantage de mettre en lumière les avantages de la recherche multidisciplinaire et même des multiples dimensions interalliées des humains diraient certains. Ce n'est pas l'homme qui est multiple, mais la société qui le tronçonne et des domaines d'études qui en font autant. Pourtant, le social influence le biologique et le psychologique de ce tout et vice versa.
10 avril 2007, 9:12
Pauvres riches
L'obésité est un beau révélateur des paradoxes du développement inégal. Il faut donc se garder des généralisations hâtives qui nous font perdre l'essentiel de vue quand nous parlons des problèmes de la nutrition. Le premier paradoxe est celui qui nous fait pointer du doigt la richesse comme étant le principal facteur de la surcharge pondérale, soit à l'échelle des nations soit à celle des individus. C'est à la fois vrai et faux. En effet, s'il est vrai qu'il y a plus d'obèses dans les pays riches, ce sont par contre les pauvres des pays riches qui souffrent le plus de cette obésité. La raison en est simple puisque ce sont ces pauvres qui n'ont pas les moyens de satisfaire leur appétit avec des produits qualifiés de bons pour santé par l'industrie agro-alimentaire de connivence avec les instances publiques et qui sont toujours relativement chers, qui sont obligés de consommer des substituts moins chers et beaucoup plus caloriques. Cela sans parler des compensations psychologiques que ces apports de calories ou de gras apportent à leurs vies sans avenir. Les riches des pays riches sont au contraire beaucoup plus sveltes car ils ont accès au meilleur de l'alimentation. À l'inverse, dans les pays émergeants, ce sont les moins pauvres de ces pays, ceux qui ont accès en quantité à de la nourriture des pauvres riches d'ailleurs, qui présentent le plus de problèmes de poids. La restauration rapide dans ces pays est pour ceux qui sont relativement prospères plutôt que relativement pauvres comme Ici. Là, ce n'est pas n'importe qui peut aller se pavaner sous la bannière jaune et rouge avec toute sa famille autour de lui. Il y a un dernier paradoxe, celui des pays carrément pauvres où afficher un surplus de poids revient à montrer sa richesse alors qu'ici, cela revient à montrer sa pauvreté. Non décidément, l'alimentation, ce n'est pas simple.
10 avril 2007, 8:49
Il a raison d'affirmer que le problème, ce n'est pas les pauvres
À l'encontre des écolos de l'extrème droite qui prétendent à mots couverts que les pauvres sont le principal problème pour la survie de la planète parce qu'ils feraient peser une menace démographique, par le surplus de population qu'ils imposent par leur présence allant croissante, sur les ressources planétaires incapables de suivre ce rythme, Hervé Kempf affirme avec raison que ce sont au contraire les riches qui, par la concentration du capital entre des mains de plus en plus petites et qui pour faire fructifier ce capital de manière proportionnelle, imposent à la planète un rythme de production pour lequel les techniques de préservation ou de la restauration de l'environnement ne peuvent pas suivre. Les deux problèmes, celui de la concentration croissante du capital d'une part, de manière privée avec le capitalisme ou de façon publique comme avec le capitalisme d'état, et celui de la pollution croissante d'autre part, sont reliés logiquement et structurellement. Refuser cette évidence relève tout bonnement de la mauvaise foi et empêche quiconque la refuse de parler un tant soit peu de développement durable ou de protection de l'environnement. C'est donc dire que le débat autour de l'environnement nous concerne tous qui que nous soyons et où que nous vivions sur cette planète, que nous soyons citoyens de pays riches ou de pays en voie de développement si tant est que nos pays d'appartenance favorisent d'une manière ou d'une autre ces regroupents de capital entre des mains privées ou dans celles de l'état. Ce n'est que lorsque seront mis au point des techniques de production capables de respecter le tissus vital de notre planète ainsi que des produits de consommation tout aussi capables de le faire que nous pourrons aller de l'avant dans la production du confort matériel. à ce jour, nous mettons la charrue avant lews boeufs et bientôt, il n'y aurra plus personne pour labourer.
7 avril 2007, 9:52
Ce sont les projets qui font voir
Le fait d'avoir formulé le projet de faire à Québec un journal équivalent à celui de Voir Montréal était déjà de l'ordre des grands projets, de ceux qui nous projettent au-delà du quotidien et qui nous font être par cela même que ce que l'on choisit d'être, un être livre. Car il n'était pas du tout évident au départ que le milieu refermé sur lui-même de la ville de québec et plutôt conservateur en matière de culture comme pour les reste d'ailleurs allait être un terrain propice pour faire germer ce projet. Or, il en fut tout autrement que ce que de légitimes appréhensions auraient pu projeter sur le futur. Le journal a en fait servi de catalyseur pour regrouper les visions éparses de créateurs et d'artistes et leur faire voir qu'ils sont une force plus importante que ce qu'ils seraient tenté de croire autrement. L'autre pari, celui d'étendre à l'ensemble des capitales régionales du Québec cette même vision de départ était lui saussi tout aussi risqué et même l'était davantage. Réalisé maintenant depuis suffisamment de temps pour dire qu'il a réussi lui aussi nous montre à quel point il faut parfois savoir oser. Je pense que ce que dit le président du contenu du Voir Québec peut aussi être repris pour celui des Voir des capitales régionales. Chacune de nos régions a fait sien un journal qui lui montre un autre visage d'elle-même, bien plus glorieux que celui qu'elles ont au palmarès des miséreux du développement économique où elles sont presque toujours les laissées pour compte.
6 avril 2007, 5:20
Des exceptions
Les pages couvertures de Voir sont très rarement caricaturales. À l'opposé des journaux considérés comme sérieux et qui cultivent l'esprit de sérieux bien plus que la profondeur qu'exige le sérieux, le Voir n'a pas en son sein un caricaturiste attitré, soit un fou du roi des journaux habituels, lesquels tentent de la sorte de rejoindre un peu plus en profondeur des sujets que la superficialité de leurs propos éditoriaux nous cache. Les pages caricaturales font donc exception dans le paysage de ce journal qui tente d'aborder plus en profondeur et sous des aspects négligés par ailleurs les sujets qu'il traite. Il faut croire que ces exemples de pages couvertures signifiaient un ras-le-bol bien ressenti pour ne pas avoir voulu aborder ces sujets autrement.
6 avril 2007, 11:23
Un espace médiatique de libération
Il était certainement difficile de croire à l'époque où le Voir est né, et encore maintenant, que dans le milieu social et culturel refermé et conservateur de la ville de Québec, qu'il serait possible d'y faire publier un journal critique, parfois même sulfureux, tout en demeurant suffisamment populaire pour rencontrer un large public. Ce pari un peu fou, ses initiateurs et ses collaborateurs y ont cru et l'ont relevé depuis maintenant une quinzaine d'années. Cela méritait d'être souligné. Pour ceux qui comme moi n'ont pas pu suivre tout le parcours du Voir, puisque je suis un assidu seulement depuis la publication du Journal sur Internet et que les copies papier pris à la sauvette dans l'attente du prochain bus n'ayant pas été lues de manière régulière, il est intéressant de le faire à partir du point de vue de ses rédacteurs successifs. Si l'accent sur les phénomènes de société a fluctué au fil des ans, il demeure que le même esprit critique traverse toutes les époques. Il ne reste plus qu'à espérer que cette aventure soit là pour durer.
6 avril 2007, 10:49
Contre vents et marées, une culture encore plus vivace
Il ne se passe pas de mois, d'années sans que de vives récriminations, la plupart du temps justifiées, ne viennent ponctuer de leurs critiques les failles de la politique culturelle en matière d'innovation aux créateurs ou de soutien aux organismes qui la diffusent. Pourtant, malgré cela, la culture en tant qu'elle s'exprime au travers des artistes et de leurs créations n'en continuent pas moins de s'affirmer à Québec et d'acquérir de la maturité et de la profondeur. La liste pourtant sélective retenue pour la présenter dans cette chronique en fait foi. D'abord le théâtre a vu de ses représentants occuper une place dans le concert de ceux qui comptent au plan international avec les productions de Robert Lepage. Les troupes de théâtre à Québec sont aussi plus nombreuses qu'elles l'étaient auparavant et les salles de spectacles ont davantage pignon sur rue qu'avant. Les éditeurs sont aussi en nombre incroyablement élevé pour un public de lecteur qui malgré qu'il soit toujours trop restreint en proportion des producteurs, plus encore maintenant qu'autrefois et les lecteurs montrent des préférences qui s'affinent en autant que les palmarès des livres les plus achetés le laissent deviner puisque des essais ou des romans essais se taillent à présent une place en leur sein. Les politiques qui liguent contre elles trop de citoyens voient aussi apparaître des levées de bouclier qui ne sont plus le fait des seuls étudiants réclamant pour eux seuls des avantages que certains se voient autrement que corporatistes. En somme, la culture et les arts continuent d'être bien vivaces. Il ne faudrait pas pour autant que des populistes encouragés par leurs succès électoraux y voient une raison pour leur tordre encore un peu plus le cou en restreignant encore plus les subventions. Il est à craindre cependant que ceux qui doivent maintenant partager le pouvoir avec eux donnent eux aussi dans ce sophisme qui consiste à opposer l'art au peuple.
3 avril 2007, 9:05
Parler une langue, c'est déjà nommer un pays
Qu'on le veuille ou non, que l'on se fasse le protagoniste de la souveraineté ou au contraire son pourfendeur, tous ceux qui s'expriment pour l'occasion et qui le font en français viennent de révéler à quiconque se veut lucide qu'ils partagent un même pays, en devenir pour les uns, en régression pour d'autres, mais qui en possède tous les attributs culturels puisqu'il sculpte les mots par lesquels ils nomment leur monde et celui qui les entourent. Que cette diversité apparente soit une tour de Babel par les temps qui courent, personne ne le niera. Mais si l'on veut bien mettre entre parenthèse la mauvaise foi qui entoure ce débat, ce dénominateur commun saute aux yeux. Les calculs politiciens, les débats stériles seront notre lot tant que l'on aura pas eu la lucidité et le courage de cerner les paramètres de ce qui rendrait vain ce débat et qui s'articulent tous à la définition d'un pays pour épouser les contours de la culture qu'à sculpter cette langue commune au cours de notre Histoire, soit le Québec que nous connaissons. Pour y arriver, il faudra nécessairement que notre atavisme culturel régionaliste s'arrime avec les apports nouveaux qui lui sont venu d'ailleurs et surtout, de très près, soit ceux de cette minorité culturelle anglophone qui constitue à mon humble avis, un peuple distinct à l'intérieur du Canada anglophone, car nulle part ailleurs les anglophones du Québec n'ont une connaissance et une pratique de l'anglais comme ceux du Québec. J'entends déjà les rumeurs des intégristes qui grondent, mais je persiste et signe pour dire que cela sera nécessaire de le reconnaître pour espérer pouvoir y arriver un jour. S'il y a des accommodements raisonnables à faire, c'est de ce côté qu'ils devront se faire. Les autres accommodements, ceux qui défraient présentement les manchettes, je les laisse aux intégristes de tous bords.