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Marc Audet
Marc Audet
March 2007 - Messages
23 mars 2007, 6:06
Un appui qui demeure limité
Ce n'est pas la première fois qu'un leader politique de la scène fédérale venant de l'extérieur du Québec reçoit un appui populaire au Québec. En son temps, John Diefenbaker avait lui aussi rejoint des fibres populaires au Québec. Si les appuis qu'a reçu à son tour Stephen Harper furent endigués dans certaines régions en raison de la présence du Bloc Québécois, il n'en demeure pas moins qu'ils ont tous les deux utilisés les mêmes arguments populistes pour aborder la question québécoise, en nous laissant croire que leurs visions procédaient d'une reconnaissance véritable de la nation québécoise. Or, il n'en est rien. Leur seul objectif dans cette approche feutrée est celui de décentraliser les pouvoirs fédéraux au niveau des provinces, de manière à ce que les transferts des provinces riches vers les provinces plus pauvres soient réduits au minimum. C'est au fond la même logique que prônent à une échelle plus réduite ceux qui veulent décentraliser les pouvoirs vers les municipalités éliminant ainsi des transferts de fonds des citoyens des municipalités mieux nanties vers ceux des citoyens habitant des municipalités plus exsangues. Cette vision est en fait celle qui domine le Reform Party, soit le lit idéologique de Stephen Harper et aussi celui de Mario Dumont ainsi que celui de Jean Charest, bien que ces sirènes aient aussi l'oreille d'autres leaders. En l'occurrence, il est évident que Harper table sur un succès électoral de Jean Charest, non seulement pour des raisons de stratégies électorales, mais aussi pour des raisons d'affinités idéologiques, soit le conservatisme. Il est tout aussi évident que les succès de Dumont sont encore plus espérés par lui puisqu'il est celui dont le conservatisme se rapproche le plus du sien, Charest n'étant à ses yeux qu'un conservateur as usual.
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20 mars 2007, 6:20
La partie est dans le tout et aussi, le tout est dans la partie
Qu'on le veuille ou non, la culture d'un individu participe de la culture du tout dans lequel il s'insère et celle du tout qui résulte de ces personnalités singulières reflète ces différences. Ce qui revient à dire que la partie est dans un tout qui l'englobe et la dépasse et que le tout se retrouve au sein des parties qui le composent. En termes plus concrets, notre culture commune est forcément le résultat de nos individualités culturelles diverses et par voie de conséquence, chacune des personnalités qui la composent sont influencées par la culture commune. Il n'empêche que cette globalisation de la culture est aussi traversée par des clivages. Ceux qui résultent des situations de classes sociales différentes auxquelles appartiennent les individus ou encore ceux que des atavismes maintiennent au sein des ensembles culturels vivants. Cette globalisation relative à échelle plus ou moins réduite selon des paramètres linguistiques ou territoriaux se pose aussi en adversaire de la globalisation à échelle internationale qui tend à aplanir toutes ces différences, soit celle qui résulte de la globalisation de l'économie qui enferme dans le cycle marchand toutes les productions des hommes, y compris les productions culturelles. Si toutes les cultures participaient en égal à cette globalisation ultime, il n'y aurait pas de problèmes a priori, du moins dans la mesure ou ces choix seraient assumés et partagés. Or, il n'en est rien, les choix des plus forts étant imposés aux autres sans autre forme de procès. Les globalisations à échelle plus réduite méritent donc d'être supportées et encouragées comme des fleurs plus rares que les OGM culturelles dominés par les plus forts risquent de faire disparaître.
20 mars 2007, 3:05
Une farce de Jean-Baptiste Poquelin
Le metteur en scène de cette pièce de Molière a-t-il eu raison de grossir le trait des personnages, d'y mêler le chant, la musique et la danse comme pour la ressusciter des cendres du contexte de l'époque où elle fut crée jadis ? Sans doute que non. Au contraire, ces éléments peu coutumiers de nos jours lorsque l'on monte cette pièce est ce qui la rend maintenant plus attachante, plus vivante. Car cette intrigue a beau avoir en son centre, ainsi que quantité d'autres pièces de Molière, des aspirations au bonheur de l'amour qui ont des accents fort modernes, cette pièce a pris pas mal de rides, la médecine de maintenant étant fort loin de celle de cette époque et les représentants de la bourgeoisie alors ridiculisée par la Cour du Roi-Soleil, ayant pris depuis lors une revanche certaine sur ceux qui les méprisaient alors. Mais alors, qu'en est-il de cette jeunesse retrouvée. À mon avis elle en fait à la fois trop et pas assez. Trop, parce qu'elle ne permet pas toujours de bien apercevoir la ligne mince qui sépare le jeu théâtral du cabotinage. Il en est ainsi parce que tous les comédiens de cette représentation n'ont pas retrouvé ou ne les ont eu que sporadiquement, les élans de folie qui les auraient fait plonger à deux pieds joints dans l'univers de cette comédie jouée comme une farce à l'italienne. Pas assez, parce que malgré ce jeu débridé, il nous est difficile de nous plonger dans l'atmosphère qui régnait lors des représentations des pièces de Molière devant le public des tournées ou celui d'avant des Messieurs Dames de la Cour. La tournée du Québec n'a pas grand chose à voir avec celle de la France avec une caravane de comédiens. Le spectacle demeure donc agréable, mais comme sorti d'un autre monde et incapable de nous y plonger vraiment.
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19 mars 2007, 9:40
Les guerres oubliées
Non sans rappeler un peu maladroitement, par la désolation des décors des scènes de guerre, le film Le Pianiste de Polenski, le film de d'Élie Choraqui arrive à nous faire croire au combat de ceux qui mènent en solitaire une guerre au sein de la guerre. Si pour le Pianiste cette guerre était celle de l'art et de la beauté au milieu de la laideur et des décombres, celle-ci est celle de l'information et de la recherche de la vérité au milieu des mensonges et des horreurs des guerres interethniques. Même si plusieurs des scènes du film nous présentent les Serbes comme ayant été les seuls barbares dans cette guerre, les propos des acteurs relativisent ces perceptions quand ils rappellent à celle qui veut retrouver Harrisson son mari à Buchovar qu'ils n'y a pas des bons d'un côté et des méchants de l'autre dans cette guerre. Se voulant une ode à la mémoire des journalistes et des photographes qui ont payé de leurs vies des images qui se voulaient les témoins de cette guerre dont les atrocités furent exemplaires, ce film n'hésite pas à faire des héros presque invulnérables de ces reporters partis à la recherche de l'un des leurs disparu au cours d'une mission sur ce théâtre de guerre. S'ils nous donnent parfois l'impression d'être des Rambo de l'information, ils ont à leur décharge le fait qu'ils n'aient pas d'armes, même si leurs caméras sont des armes encore plus redoutables pour les belligérants. Le jeu sans failles des comédiens est ce qui vient en fait sauver la mise pour ce film dont le scénario est un peu trop épique pour être crédible.
19 mars 2007, 9:08
La chanson réaliste: suite et fin
Avec ce film portant sur la vie d'une vedette populaire de la chanson, Olivier Dahan aurait pu facilement tomber dans le mélodrame et le rose serait apparu comme la couleur dominante d'une vie qui fut d'une toute autre couleur que celle-là. Il y est parvenu en tentant de situer la vie de Piaf dans son époque et dans son contexte social. Pour rappeler ce contexte, il n'a pas hésité à employer des ellipses qui font s'entrecroiser des moments de la vie de Piaf, ceux de son enfance solitaire et marquée par un contexte complètement hors du commun, de sa vie d'artiste de la rue avant que d'être celle d'une idole du public des salles de spectacle ou de la radio. Ce traitement du scénario, même s'il rendait la relation des épisodes plus difficile à suivre lui a permis de ne pas se faire le réalisateur d'un film qui n'aurait été que l'écho sonore de la carrière de cette artiste. Les scènes où Piaf chante sont d'ailleurs fort nombreuses, trop peut-être et s'il n'y avait eu celles où elle interprète des chansons réalistes dans les rues pour les contrebalancer et les mettre en contexte, ce film aurait pu devenir assommant. Ce qui sauve encore davantage le film du mélodrame, c'est aussi le rappel du contexte culturel de cette époque de transition qui fut celle de l'après-guerre. L'ombre de Jean Cocteau vient planer un instant sur le récit de la vie de Piaf parce qu'il lui a offert une chanson. La vie de Piaf se mêle alors à son art et c'est toute la vision d'une époque révolue et récupérée par une certaine conception de la condition populaire qui refait surface, celle de Genet et compagnie pour laquelle Cocteau était toujours disposé à prêter son concours. Par-là, le mélodrame n'a pas été écarté, du moins dans la mesure où il prolonge l'atmosphère des cabarets de Berlin d'avant la guerre.
17 mars 2007, 9:19
Au coeur de la musique
La saga qui a entouré la construction de cette salle de spectacle a été l'occasion de constater à quel point des démagogues populistes bien retranchés derrière leurs micros pouvaient mépriser le peuple. Ils n'ont pas hésité un instant avant de cracher sur ce qui leur semblait être une salle qui selon eux était réservée à une élite. Pourtant, cette salle ne servira pas qu'à la production de concerts classiques. La musique populaire et aussi le jazz y ont droit de cité. Par ailleurs, pourquoi faudrait-il que tout ce qui se fait de plus beau en musique et qui a traversé l'épreuve des siècles pour cette raison soit réservé à ceux qui ne font pas partie du peuple tel que défini par ces démagogues qui en ont une bien petite idée pour raisonner de la sorte. Leurs propos auront été des fausses notes et ils prennent des contours bien définis quand on les replace dans le contexte d'une salle dont l'acoustique est à ce point choyé. De plus, une telle salle est un atout pour attirer de la main-d'ouvre hautement qualifiée, celle dont a besoin les industries de pointe de la région. Or, l'emploi crée autour de ces industries, c'est pour tout le monde que je sache. Les propos de ces talibans de la culture sonnent décidément bien faux. Pour ma part, ayant assisté à beaucoup de concerts des Violons du Roi à l'église Saint-Domnique et à la Chapelle do Bon-Pasteur et ayant pu y apprécier la maîtrise de cet ensemble malgré un contexte moins favorable pour l'écoute, j'ai bien hâte de les entendre de nouveau dans cette nouvelle salle. J'en connais déjà un peu les atouts ayant pu la visiter dans le cadre des journées de la culture, notamment la présence de cette fameuse canopée, cette plaque mobile au plafond qui permet de redistribuer les réverbérations des sons selon les besoins. Cette salle est décidément un atout pour toute la population de Québec.
16 mars 2007, 9:11
Information ou bourrage de crânes !
Prenant le relais des moyens anciens des sociétés bloquées pour museler les informations diffusées à leurs citoyens, les démocraties ont inventé des moyens pour désinformer les citoyens en les bombardant d'informations en vrac, sans que l'on se donne la peine à partir de ceux-ci de les analyser un tant soi peu en profondeur. Ce rôle d'écran protecteur pour les intérêts en place a d'abord été joué par la télévision. En prenant le relais des journaux polémistes d'avant, elle a contribué à rendre plus superficielles et inoffensives les informations diffusées. À sa suite, les journaux ont suivi ce même modèle de diffusion des informations en devenant en même temps des entreprises de publicité rentables pour leurs propriétaires. Arrive maintenant un autre moyen de rendre les informations encore plus inoffensives en donnant aux citoyens l'illusion qu'ils peuvent participer aux débats, voir même changer le cours des choses en s'exprimant sur des médias informatiques qui ne font que multiplier les écrans protecteurs que la télévision avait d'abord inventée. La politique est devenue du coup une question d'images, de cadrage des physionomies et des propos qui les accompagnent. Les débats des chefs se perpétuent chez des blogueurs qui reprennent à leur compte les matchs de boxe des poids lourds de l'arène que sont les chefs. Qui peut prétendre avec cette dérive des informations et de leur rôle dans les prises de décisions éclairées par des citoyens que la démocratie avance dans la bonne direction ! Il me semble au contraire que le rôle des Césars est de plus en plus prépondérant au détriment des véritables intérêts des citoyens des républiques à qui l'on donne dorénavant du pain, des jeux et des images dont les images politiques sont le prototype.
12 mars 2007, 10:36
Pas facile la vie de poète chez les bruiteurs
Bruiteur, c'est l'expression qu'utilise George Brassens dans une chanson pour désigner ceux qui ne sont pas vraiment musiciens. Daniel Boucher n'appartient sûrement pas à cette clique de ramoneurs de tympans, mais il est tout aussi certain qu'il vit sa vie de poète au beau milieu de ces derniers en ce sens qu'il a un créneau d'auditoire potentiel que se disputent ces bruiteurs. C'est le quiproquo des poètes qui s'accompagnent avec des joueurs de guitare électrique ou qui le font eux-mêmes. Vous me direz que le passé est le passé et qu'il faut bien trouver des sonorités qui expriment la modernité. Je veux bien qu'il en soit ainsi, mais la musique des mots et les résonances des images s'en trouvent quelque peu perturbées. Pourtant, Daniel Boucher est avec Michel Rivard celui qui se tire le mieux de cette difficulté. Leur talent de poète passe devant les guitares plutôt que de se laisser distancer par elles. Le meilleur est à venir pour Daniel Boucher.
11 mars 2007, 10:34
Quand les réalités nous rattrapent
Souvent le débat entourant la pertinence du féminisme tourne autour de la question de savoir s'il est acceptable ou non que des femmes décident librement de demeurer à la maison, de ne pas prendre de travail rémunéré et de s'occuper de la maisonnée. Ce débat est à mon avis en porte-à-faux avec les réalités du monde moderne. D'abord, pour ceux qui forment des familles, surtout s'il y a des enfants, le coût de la vie s'ils aspirent à un quelconque bien-être, pour ne pas dire s'ils espèrent ne pas vivre sous le seuil de la pauvreté, les oblige à partager les frais de l'existence avec leur compagne ou leur compagnon. Pour ne pas vivre misérablement et pour assumer les coûts de l'éducation de leurs enfants dont la vie étudiante doit se poursuivre fort longtemps, ils doivent pouvoir compter sur deux salaires. L'égalité de fait des hommes et des femmes en matière de rémunération est donc une question d'intérêt commun. En fait, seuls les grands bourgeois peuvent se permettre de ne compter que sur un seul salaire tout en ayant tous les enfants qu'ils souhaitent avoir. L'alternative travail maison pour les femmes est donc un débat au passé. Par ailleurs, ce qui ferait en sorte que la vie des femmes sur le marché du travail serait devenue fonctionnelle n'a pas encore été mis en place dans nos sociétés qui ne se sont pas encore adaptées à cette nouvelle réalité et qui fonctionnent encore avec les institutions et le discours d'avant cet avènement. Cette adaptation ne sera pas que le fait de l'adoption de lois équitables, mais surtout de la mise en place de mécanismes et de supports qui seront partagés financièrement par toute la collectivité pour permettre que la vie sur le marché du travail ne soit plus un obstacle pour la vie personnelle et familiale.
9 mars 2007, 8:23
Affirmer sa culture sans nier celle des autres
Il est incontestable que les anglophones du Québec ont profondément évolué depuis l'époque où le fait de ne pas parler leur langue vous valait de vous faire dire: speak white. C'était l'époque de l'apartheid et ceux qui y voyaient la coexistence de deux solitudes comme si elles avaient été sur un même pied d'égalité sans pouvoir se rencontrer avaient un discours négationiste devant cette brûlante réalité. Le couvercle mis sur cette bouilloire par ces dénis de culture a fini par sauter et depuis, les choses ont évolué. Les anglophones du Québec sont maintenant vraiment un peuple distinct qui fait partie à part entière de la société québécoise. Ils n'ont plus rien à craindre d'une éventuelle souveraineté du Québec puisqu'ils font d'ores et déjà partie de cette société à part entière, ce que leur permet le haut degré de bilinguisme dont ils font la preuve quotidiennement. Cela étant posé, il n'en demeure pas moins que le Québec hors Montréal et hors Gatineau est profondément francophone tout comme le reste du Canada est profondément anglophone d'ailleurs, ce qui est normal. Il est vrai qu'il y a quand même beaucoup de francophiles dans les grands centres urbains du Canada, dans des villes comme Toronto notamment, mais cette ouverture aux autres ne peut pas être le fait de la majorité qui n'a ni les loisirs, ni les habitus culturels qui permettent l'apprentissage d'une langue qui demeure difficile pour des locuteurs formés dans une langue de tradition germanique. Au contraire, pour de nombreux francophones, l'apprentissage de l'anglais est aussi fort difficile si des contacts réguliers avec des locuteurs de l'autre langue ne sont pas la norme. Voilà pourquoi, les résidents des villes cosmopolites sont davantage bilingues et même polyglottes que les autres.
6 mars 2007, 5:13
Des images qui font fondre
Assez paradoxalement, les images qui nous convient à assister en tant que spectateurs à la vie dans le grand Nord, surtout lorsque la température s'y fait plus douce, n'a rien pour nous conscientiser aux drames qui s'annoncent en raison du réchauffement d'une planète que nous surchauffons avec nos activités de production et de reproduction. Ce ne sera jamais en regardant des ours polaires réputés être sympathiques lorsque nous les voyons au travers des écrans que nous recyclerons nos peurs ataviques devant des animaux qui n'ont rien de gentil quand il faut les affronter dans la nature, soit pour survivre, soit parce que des hasards non contrôlés les mettent en face de nous. Nous en ferons peut-être des ours de peluche en sublimant nos peurs cachées, mais jamais des témoins de drames qui nous menacent non pas là où ils se trouvent, mais dans nos propres vies que nous croyons bien à l'abri de la nature. La nature avec laquelle ces images nous mettent en contact est celle de la culture de la nature, c'est-à-dire celle d'une nature transfigurée à notre propre image, ce qui fait en sorte que nous donnons notre âme à une nature qui elle n'a pas d'états d'âmes. Pour prendre conscience des dangers qui nous menacent, ce sont des scénarios réalistes des catastrophes qui nous attendent qu'il nous faut. Et ces scénarios, ce n'est pas dans le grand Nord qu'ils auront lieu, mais en plein sud au beau milieu de nos chaumières. Même si ces réserves ne sont pas des raisons suffisantes pour minimiser l'impact des images rapportées par Jean Lemire, il nous faut quand même rester vigilant devant un spectacle qui risque plus d'endormir nos consciences que de les réveiller, surtout si l'accent est mis sur la valeur des actions individuelles pour rajuster le tir.
4 mars 2007, 9:18
Cantabile: côté blé et côté givré
Si le répertoire et surtout la manière dont Cantabile interprète ce répertoire est inclassable, leurs sources d'inspiration sont quant à elles bien saisissables. C'est ainsi qu'un spectacle de Cantabile nous promène à travers l'histoire de la musique à grande vitesse nous plongeant en pleine Renaissance avec des madrigaux puis nous faisant rebondir en plein vingt et unième siècle en plein cour d'une comédie musicale à Broadway. Ce spectacle pourrait facilement nous paraître hétéroclite, mais il n'en est rien. Cette cohérence dans la diversité, Cantabile la réussit en gardant à toujours à ses interprétations une unité de style pour structurer ce qui n'a ni unité de lieu ni unité de temps. À leur manière, ils répondent en musique aux chants polyphoniques de ceux qui bien plus au sud qu'eux gardent aussi des traditions ancestrales de s'exprimer par le chant. Dans leur cas, ce sont les traditions celtique et saxonne remodelées au cour du creuset de la Grande-Bretagne qui s'expriment. Mais si leur spectacle conserve son unité de style, les dualités de la Grande-Bretagne de maintenant en tant que tout à la fois profondément européenne et tournée vers le Nouveau-Monde n'en ressortent pas moins. Avec leur interprétation de deux madrigaux, leurs voix se mariaient aux élancements des flèches gothiques de l'Angleterre tandis que dans celle des comédies musicales ou de pièces populaires, celles-ci épousaient tous les accents lyriques du Nouveau-Monde. Ce n'est sûrement pas sans raisons qu'un extrait de la symphonie du Nouveau-Monde de Dvorack figurait à leur programme hier soir à laquelle l'OSQ a donné tout son sens.
2 mars 2007, 8:46
Des référendum comme début de démocratie participative
S'il y a un constat incontournable à faire concernant la lutte aux pollutions, c'est bien celui que la volonté politique, telle qu'elle s'exprime dans le cadre de la démocratie représentative, n'est pas au rendez-vous. Tout au plus réussit-elle à obtenir des signatures au bas d'un parchemin sans que celles-ci soient le moins du monde contraignantes pour ceux qui s'y engagent. Le cas du Canada est exemplaire à ce titre, lui qui a d'abord ratifié ce protocole mais qui s'en est éloigné dans les faits, puis qui l'a ensuite renié pour se donner bonne conscience. Ce cas de figure est un bel exemple de l'emprise des développeurs de l'industrie sur les politiques environnementales des pays qui se disent souverains. Dans le cas du Canada, c'est l'exploitation des sables bitumineux et l'appétit des états-uniens pour le pétrole qui a dicté nos politiques en cette matière. Devant la faiblesse des gouvernements devant des offres par trop alléchantes politiquement pour de la croissance économique à court terme, il nous faudra mettre en place des mécanismes de protection du public qui transcendent les jeux partisans car l'environnement ne peut pas être la responsabilité d'un seul parti, encore moins d'une multitude de partis qui se disent tous intéressés par les questions environnementales le moment venu, moment qui bizarrement coïncide toujours avec une campagne électorale. Il n'y a pas trente-six manières de transcender l'esprit partisan sans tomber dans le dogmatisme totalitaire, de droite comme de gauche. Il y a pourtant la voie des référendums qui demeure viable pour cela et qui peut être efficace si ses résultats sont contraignants pour les gouvernements qui s'engagent à les respecter sans avoir en réserve des plans A ou B pour le cas où les résultats ne feraient pas leur affaire. Ce n'est pas une panacée, mais cela pourrait être un début de démocratie participative.
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1 mars 2007, 3:42
Jésuites et compagnie
Les débats autour de la question des frais de scolarité entraînent leur lot d'opinions et de commentaires dont certains sont du meilleur crû de ce que sont les arguments les plus jésuitiques. Au nombre de ceux-là, il y a celui qui a alimenté toutes les prises de position et les recherchettes faites par le milieu des recherchistes gravitant autour du Ministère de l'Éducation ou dans son propre sein et qui consiste à tenter de faire voir les frais de scolarité comme étant une façon de faire payer des impôts par des riches, ceux-ci étant en l'occurrence des étudiants qui au terme de leurs études et peu importe leur domaine de spécialité, auraient des salaires les plaçant nettement au-dessus de la moyenne des salaires des travailleurs. Toujours selon ce raisonnement digne de la Compagnie de Jésus, les étudiants à l'université venant pour la plupart de milieux sociaux plus favorisés que ceux de la moyenne de la population, cet impôt déguisé serait un prélèvement de fonds chez les riches au profit de ceux qui ne fréquentent pas l'université qui eux paient des taxes qui contribuent à son financement. Pourtant, ces hausses de frais de scolarité n'ont rien à voir avec l'équité. D'abord, ces futurs travailleurs devront payer plus tard des impôts qui seront d'autant plus élevés qu'ils seront mieux rémunérés, ce qui sera leur contribution aux générations d'étudiants qui les suivront, une partie de ceux-ci servant à financer le niveau universitaire. Ensuite, ceux qui subiront ces hausses et qui ont des parents dont les revenus sont faibles devront soit s'endetter encore plus, soit demander encore plus de support à des parents déjà mal en point, ou ce qui est pire encore, abandonner l'idée de poursuivre des études qui demeurent quand même un pari sur l'avenir. Ces arguments de droite en faveur des hausses sont tous empoisonnés par cette idéologie individualiste qui fait le l'utilisateur le vrai payeur et qui mine toutes les solidarités de base.
1 mars 2007, 10:45
Ich bin ain Congoler...
Disons-le sans ambages, le scénario du film de Philippe Falardeau n'est pas celui du cinéma pour les nuls. Formé d'ellipses entrecroisées, ce scénario de film tisse une métaphore qui nous renvoie aux fondements de notre culture qui nous met devant le miroir de notre société et de notre destin collectif. À sa manière, ce film est cinématographiquement très proche du dernier film d'Innnaritu, Babel, dans la mesure où tous es deux sont elliptiques en même temps que métaphoriques. Car, c'est bien d'une métaphore dont le film de Falardeau se fait la représentation. Cette histoire de voiture électrique dont les inventeurs sont lâchés en cours de route pour des raisons qui ne sont pas toutes limpides n'est pas choisie au hasard. C'est de notre manque de vision à long terme pour ne pas dire de notre esprit trop colonisé dont il est question. Mais alors que le film Babel laisse voir ses prolongements historiques en les mettant au cour même de l'actualité, celui de Falardeau y va par des biais et des allusions qui cache un peu son message de base. Est-ce pour cela que le public et une partie de la critique n'ont pas retenu d'abord les qualités de ce film ? Souffrait-il à leurs yeux d'un mal encore pire que la belgitude, soit celui de la québécitude ? Il ne l'a donc pas été possible de voir que c'est de notre esprit colonial dont il était question et de ses effets pervers. Un autre réalisateur venu de loin aurait fait le même film et certains y auraient vite vu du génie. Quoi qu'il en soit, la critique qui lui a attribué ces Jutras a réparé en partie le mal qui lui a été fait et il ne reste plus à souhaiter que le public continuera de le réparer.