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Marc Audet
Marc Audet
December 2006 - Messages
31 décembre 2006, 11:50
Impaire et manque
Si ce scénario du dernier-né de la série des fameux double zéros sept est le plus réaliste de ceux-là, il n'en demeure pas moins que les prouesses du héros sont tout aussi fantasmatiques que celles de ses prédécesseurs. Le scénario est en effet plus crédible que ceux où il était question de tyrans caricaturaux voulant s'emparer de la planète faisant paraître du coup la guerre froide comme étant un épisode de cette lutte sans merci pour contrôler le globe comme un simple jeu mettant aux prises des agents très spéciaux. Ce schéma manichéen est absent de ce film, la fin de la guerre froide rendant le retour au contenu des romans de Fleming d'autant plus pertinent que ce conflit ne figure pas dans le roman ayant servi de références au scénario. Il y est plutôt question de lutte pour contrôler les sources de financement de terroristes et de courtiers véreux. Ce scénario-là, nous le connaissons bien par les temps qui courent et il n'est nul besoin d'aller au cinéma pour en voir les acteurs, les scandales financiers figurant à la rubrique finance des médias et non à celle du cinéma. Par contre, tous les clichés d'habitude présents dans les films de 007 s'y retrouvent encore. Il est même capable dans ce film de dépasser les exploits personnels de ses prédécesseurs. Par-là, il rejoint presque les superhéros du genre de l'homme araignée qui ont maintenant la côte des spectateurs. S'il est vrai que 007 était un superhéros des années 60 qui n'osait pas dire son nom véritable, celui des années 2000 en est un au sens propre du terme. Le film rejoint donc la grande mode des superhéros de l'écran. Il n'en garde pas moins une nostalgie pour les anciens scénarios avec cette partie de carte interminable dont le rythme contraste étrangement avec la fébrilité des cascades et des plans des autres parties du film.
30 décembre 2006, 3:56
Quand le cinéma s'étale
Sans qu'il soit absolument nécessaire que la profondeur des sujets et de leur traitement viennent en contradiction avec l'étalage facile des sentiments et des instincts de base, il arrive trop souvent que tout se passe comme si le flot des entrées au box office était la résultante de l'affaissement de la profondeur des sujets traités. Nous serions en l'occurrence comme devant les vagues d'un tsunami qui prennent de la vigueur à mesure que le sol se rapproche de la surface. Cette déplaisante sensation, nous l'éprouvons devant un film comme Bon Cop, Bad Cop, lui qui traite à la légère un sujet pourtant culturellement important comme l'est celui de la langue pour les francophones vivant au Québec et plus largement, au Canada. Cette version québécoise du cinéma est la reprise du procédé des réalisateurs hollywoodiens de droite qui consiste à ramener tous les sujets, même épineux ou cruciaux, sur le plancher des vaches. Ce film confirme donc cette règle qui veut que l'étalement facile des sentiments et leur traitement superficiel soit la recette qu'il faille utiliser pour inonder le box office. Le secret de ma mère de Gyslaine Côté, bien que n'épousant pas toutes les recettes de cette formule magique, en suit pourtant les grands principes de base. Là aussi, des sujets graves comme la mort sont abordés par des détours faciles, bien que ce film, qui hésite entre la comédie et la caricature des travers de nos mours trouve ainsi une porte de sortie qui l'éloigne de ces critiques sur la facilité des traitements. Quant au film de Robert Favreau, Un dimanche à Kigali, il est l'exception qui confirme la règle avec des recettes quand même appréciables et le traitement sans fard d'un sujet pénétrant.
27 décembre 2006, 9:37
De la personnalité de base
Les publicitaires rejoignent certains des postulats que des anthropologues mettent de l'avant dans leurs études, à savoir celui qui dit qu'il y aurait une personnalité de base dans chacun des citoyens d'une communauté et qu'ils empruntent des observations faites sur des communautés restreintes et traditionnelles comme le sont les tribus et les clans des peuples primitifs. Déjà ce concept nous renvoie à une définition de ce que seraient des communautés dans une société complexifiée tant dans ses structures que dans ses techniques de production. En gros, ces communautés disparaissent ou éclatent dans d'autres structures générées par les nouvelles sociétés issues de ces développements. Il n'est plus alors question que d'une seule communauté comme le serait celle d'un clan, mais de plusieurs regroupements de caractéristiques plus ou moins communautaires au sein d'ensembles plus vastes. Déjà, le concept développé par Jacques Bouchard ne s'applique plus à ces nouvelles réalités. Les cordes qu'il définit se cassent dès que nous passons d'un regroupement de caractéristiques à un autre selon les appartenances sociales des uns et des autres. Les ouvriers ne ressemblent pas aux bourgeois et les paysans n'existent plus en ville. Cela n'empêche pas que les idées et les valeurs manifestes retardent souvent sur les réalités qui structurent les mentalités profondes. Celles qui nous font voir la société sur le modèle des arbres généalogiques comme le sont les cordes sensibles de Jacques Bouchard sont de celles-là. Ce modèle n'est pas sans rappeler les arbres généalogiques et la passion pour la généalogie que nourrissent bien des Québécois comme si le présent était redevable encore de ce lointain passé.
27 décembre 2006, 9:03
La logique commercante
Aspiré par le vortex des mouvements de marché qui vont tous vers un seul point de destination, le profit, les ventes de livres suivent une spirale analogue à celle des autres produits de consommation bien qu'ils le fassent en décrivant des cercles plus grands avant de disparaître par les mêmes orifices. Telle semble bien être maintenant le profil de la distribution de cet objet de consommation qu'est le livre pour la plupart des lecteurs. Rares sont en effet ceux qui lisent pour réfléchir, s'informer, pénétrer dans une compréhension du monde du mieux qu'ils le peuvent, en s'aidant de la réflexion de ceux qui y consacrent tous leurs efforts et même l'essentiel de leur vie, ces artistes, écrivains et intellectuels de toutes sortes qui font de leur mieux pour l'éclairer ou le traduire à leur façon pour le déchiffrer. C'est pourtant à ces derniers que s'adresseraient en dernière instance ceux qui font profession de diffuser des livres qui retiennent ces critères de compréhension du monde. Dans les faits, ils sont souvent petits, comme l'est d'ailleurs le marché qu'ils ciblent et ils sont la plupart du temps indépendants puisque leur esprit critique s'accommoderait très mal d'être mis au pas par des marchands peu scrupuleux sur la valeur des écrits qu'ils diffusent. Il y en a quand même qui se laissent avaler en se disant que la bouchée sera trop grosse pour les ogres de toutes sortes, que ceux-ci devront bien les régurgiter dans quelques poches de leur estomac de ruminants pour continuer de digérer. Mais à terme, le résultat sera que le lait produit aura la même teneur en gras. Si nous voulons pouvoir continuer de goûter à d'autres produits que le lait homogénéisé, il nous faudra défendre la place des indépendants dans la production de la culture.
24 décembre 2006, 4:17
Tant qu'à y aller dans cette voie, autant y aller fort
Ce n'est un secret pour personne, Érik Canuel a du talent et il l'utilise fort bien pour donner des films qui prennent auprès d'un large public. Il ne se montre donc pas surpris quand des critiques plus sévères à l'endroit de ses films se pointent ceux-ci ne le prenant alors que pour ce qu'il est, un réalisateur de talent de qui ils espèrent plus dans le sens de la réflexion ou de l'expérimentation. Érik Canuel n'a pas choisi cette voie du cinéma expérimental. C'est son droit et il faut respecter ce choix qu'il a fait pour un cinéma plus commercial. Mais alors, qu'il aille jusqu'au bout de cette démarche. Qu'il ne s'embarrasse pas des reliquats de complexes de colonisés qui sont souvent les nôtres quand il s'agit de viser haut ! Qu'il imite plutôt ceux et celles qui ne se sont pas arrêter sur les premiers paliers des escaliers vertigineux qui se présentaient à eux ! Ceux des nôtres qui sont maintenant connus mondialement ont souvent eu des conseillers ou des traditions culturelles qui leur permettaient de ne pas se sentir satisfaits au premier palier de renommée atteint. S'il décide d'aller du côté de Los Angeles, alors qu'il demande ce qui lui est dû pour faire les films dont il rêve, non pas des dizaines de millions mais des millions qui se comptent par centaines de millions. Le talent, cela se paye. Mais alors, qu'il se souvienne qu'il peut quand même faire des films qui sortiront des moules que ces bailleurs de gros fonds ont l'habitude de proposer à ceux à qui ils les confient. Peut-être nous reconnaîtrons-nous quand même un peu dans ce qu'il fera alors.
24 décembre 2006, 2:27
Un film que des américains auraient intérêt à comprendre
Même si la critique a jugé à bon droit que ce film était difficile pour la moyenne des américains compte tenu de leur peu d'ouverture sur le monde et de la toute puissance du conservatisme de leurs médias d'information, il s'avère en définitive limpide pour peu que nous ayons la patience d'en suivre les péripéties rebondissantes et entremêlées. Il se dégage alors de cette vision du réalisateur un regard neuf sur les querelles au Moyen-Orient et une redéfinition de ce que sont les véritables enjeux dans cette région, essentiellement ceux des intérêts pétroliers concurrents de l'Amérique et de l'Europe d'une part et de ceux de la Chine d'autre part, un regard que ne renierait pas un John Le Carré, lui dont les états de services pour l'intelligence service de la patrie de sa Majesté la Reine britannique habilitent pourtant à nous en parler intelligemment. Même si le nom de ce prince saoudien que l'agent de la CIA est chargé de neutralisé pour le compte des États-Unis ne correspond nullement à celui trop connu de la mouvance intégriste et terroriste, Ben Ladden en l'occurrence, nous ne pouvons pas nous empêcher de faire des rapprochements troublants entre ces deux personnages, celui du prince de ce film et celui de ce prince saoudien qui serait toujours vivant. La guerre du pétrole prend alors tous ses reliefs et apparaît comme étant ce qui motive toutes les actions guerrières dans cette région. Les Américains et tous ceux que cette guerre concerne ont donc intérêt à voir ce film qui jette un regard pénétrant et neuf sur ce que sont les manouvres diplomatiques en vue d'assurer la dominance des nations.
23 décembre 2006, 5:04
Silence, on tourne
Je partage l'avis de ceux qui sont intéressés par ce film "Le Grand Silence". Il s'agit d'abord d'un ducumentaire-fiction soit un genre de cinéma qui fait des merveilles quand il réussit à transcender la réalité qui lui sert de support pour nous amener ailleurs, dans une vision neuve ou impromptue de la réalité. Sans paroles ou presque, il réédite l'exploit de ce film de Bresson décrivant l'évasion d'un condamné à mort, sans paroles lui aussi. C'est dans ces moments de cinéma que nous pouvons prendre toute la mesure de la force d'expression qu'est cet art relativement nouveau, celui du cinéma.
22 décembre 2006, 5:14
Une alternative pour des cadeaux
Plutôt que d'acheter des livres neufs aux libraires dans le cadre de la promotion de la lecture chez les enfants des milieux défavorisés dans le but de conter le décrochage scolaire qui affecte plus particulièrement ceux qui se sentent exclus par la culture que supputent les écoles standardisées aux normes des milieux mieux nantis, pourquoi ne pas se rendre dans ces bouquineries qui peuvent vous permettre d'acheter plusieurs livres pour le prix d'un seul. Il me semble qu'il est plus logique de s'acquitter soi-même de ces cadeaux plutôt que de s'en remettre à des consortiums commerciaux qui s'offrent comme intermédiaires dans cette démarche. Ce peut être aussi l'occasion de se faire plaisir en s'offrant des livres.
22 décembre 2006, 12:47
Ces personnages qui n'en sont pas
Je ne connais pas Christine Angot l'écrivain. Je connais par contre Angot la citoyenne. Celle-là ne me laisse pas indifférent. Je l'ai vu et entendu défendre bec et ongles des positions démocratiques en face d'individus qui, bien que logeant à des enseignes peu recommandables de ce point de vue, se voient démasqués et rejoints à leur adresse par une Christine Angot qui ne manquait pas d'assurance. Par ailleurs, si la citoyenne s'exprime aussi clairement et rejoint à ce point les autres quand il s'agit de vraies personnes, pourquoi lui en voudrait-on de ne pas le faire avec des personnages qui ne sont en fait que des masques dont le narrateur et derrière lui l'écrivain se pare pour donner de l'importance à ses propres histoires pour ne pas dire à la sienne. Est-ce que ce repli sur l'autofiction ne serait pas en définitive un aveu sincère du sentiment de la supercherie qui consiste à se masquer derrière des personnages ?
22 décembre 2006, 11:33
On veut de plus en plus de pépelles!
La fête de Noël a subi les influences des sociétés au sein desquelles elle s'est exprimée au cours des âges. De fête païenne célébrant la conquête du feu par l'homme en incarnant une fête de la lumière sur les ténèbres extérieures représentant les forces obscures d'une Nature sauvage indomptée et menaçante pour leur vie, elle est devenue ensuite fête religieuse représentant leurs espoirs d'une vie meilleure après la vie, de vaincre la mort maintenant que la Nature avait été domestiquée pour finalement devenir la fête que nous connaissons et qui célèbre l'abondance des produits de consommation. Si la lumière demeure comme le commun dénominateur de ces fêtes, les multiples décorations lumineuses de maintenant rendant bien pâles les feux de joie de nos ancêtres païens, ce ne sont pas les mêmes classes de citoyens qui en tirèrent les ficelles au cours des âges. Si les fêtes païennes montraient la puissance d'un individu plus doué pour les rites, la fête n'en demeurait pas moins communautaire. Avec les fêtes chrétiennes, ce fut le pouvoir du clergé qui s'affirma. Puis ce fut celui des classes de commerçants qui prit le dessus avec la fête moderne. Si le relief de la fête catholique peut aussi être dégagé des analyses de cette fête en raison de la place beaucoup plus grande qu'y occupent les échanges de cadeaux, je ne crois pas que Noël soit uniquement une fête catholique. Elle est chrétienne globalement. Les différences tiennent donc à la place que les dons pour amadouer le sort des personnes après leur mort en offrant des présents aux dieux avaient dans la culture religieuse héritée par les uns et les autres au moment où cette récupération commerciale a eu lieu. Il est évident alors que les catholiques avaient une longueur d'avance sur les autres eux qui avaient jadis acheté des indulgences en cadeaux.
22 décembre 2006, 2:55
L'humanisme athée
Nous n'avions pas besoin qu'André Comte-Sponville nous le dise pour savoir que l'humanisme athée existe bel et bien et qu'il ne doit rien à la tradition judéo-chrétienne. Cet humanisme athée a deux principaux paramètres de référence selon qu'il est le fruit de visions plus individualiste au départ ou qu'il participe de visions collectives dans ses fondements. Dès lors, il n'est plus question de faire rimer la mort de dieu, par athéisme ou agnosticisme, avec l'absence de toute morale ou d'humanisme comme le voudraient ceux qui se réclament de cette mort pour tenter d'imposer leurs visions réductrices des humains qui ne seraient pas des surhommes, comme tous ces adeptes de la pensée nietzschéenne qui expriment leurs désirs pour la coercition à l'endroit des plus faibles quand ils sont partisans d'un État fort ou par l'anarchisme quand ils sont nihilistes ou libertaires. Ceux-là voudraient bien que la mort de Dieu signifie pour eux et leurs pareils la disparition des idées de compassion que la tradition humaniste judéo-chrétienne leur a imposée à malgré leurs tentatives de lui faire obstacle. Par ailleurs, si Comte-Sponville n'invente pas l'humanisme athée, il récupère par contre l'humanisme judéo-chrétien dans une vision plutôt inquiétante, celle qui consiste à opposer le monde occidental qui serait globalement moral et civilisé au monde de la barbarie qui serait celui où les frontières de la globalisation n'ont pas encore pénétré. Il ne fait pas de nuances à ce propos. Pourtant, la globalisation moderne n'est que l'aboutissement d'un lent processus de colonisation du monde par des puissants, celle-ci ayant débuté dès que l'importation des esclaves, puis l'extraction des matières par des esclaves sur place, ont vu le jour. Ce processus de délégation des travaux subalternes s'est certes modifié avec le 21e siècle, mais est-ce une raison pour parler du reste du monde qui refuse cet asservissement comme de contrées barbares!
21 décembre 2006, 2:20
Difficile de ne pas partager ces coups de coeur
Magdalena Kozena a certainement été l'un des beaux moments de musique que nous ont offerts les Violons du Roy au cours de la dernière saison. Je m'en souviens comme d'un spectacle vibrant de la générosité et du talent d'une artiste dont le souci de communiquer des émotions au public est le premier objectif. Lorsqu'une artiste comme elle arrive à le faire avec une maîtrise de son art comme l'est le sien, nous savons que nous goûtons des moments uniques dont seuls sont capables de nous donner ceux qui y consacrent leur vie et qui ne trichent pas. J'ajouterais à ce coup de cour celui des concerts que les Violons du Roy nous ont offert pour souligner l'anniversaire de la mort de Mozart. De telles commémorations auraient pu être l'occasion de donner dans les interprétations faciles et sans âme. Il n'en fut rien. Quant au concert que nous ont offert Peter Wispelwew et Dejan Lazic dans le cadre de la série de concerts du Club Musical de Québec, là encore nos violons s'accordent pour ce coup de cour. Jamais auparavant je n'avais entendu une telle interprétation des ouvres de Beethoven avec un romantisme tel que nous aurions crû par moments que c'était les ouvres d'un compositeur russe. Quant à la saga concernant la salle de concert du palais Montcalm, elle nous démontre de nouveau que l'élévation de la politique au-dessus des petites tracasseries partisanes n'est pas le lot de Madame Boucher. Je veux bien que les dépassements de coûts des projets publics soient pointés du doigt, mais s'acharner à vouloir démonter à tout prix que la chose municipale était une avanie avant son arrivée est infantile et petit.
21 décembre 2006, 1:58
Le cinéma québécois s'américanise
Ce n'est pas tant pour les obsessions de certains pour des succès au box office qu'il faut critiquer notre cinéma, le succès est un cadeau qu'il ne faut pas bouder, mais pour cette façon qu'il a de plus en plus à s'américaniser dans le mauvais sens du terme. La profondeur des visions du monde cède le pas de plus en plus à des péripéties accrocheuses et superficielles qui tentent de faire croire aux spectateurs que lorsqu'il y a des mouvements de caméras rapides, c'est qu'il y a beaucoup de matière dans l'histoire à raconter. Ce formalisme creux ne doit pas nous faire oublier de voir le vide qui se cache derrière ces apparences affairées chez des héros qui sont plus habiles à manier des armes et à courir les cent mètres qu'à prononcer des paroles qui auraient du sens. Bref, ce cinéma rejoint sur sa pente descendante un cinéma américain infantilisant qui ne sert qu'à remplir les vides des moments de loisir comme pour des estomacs creux prêts à bouffer n'importe quelle nourriture insipide. Notre cinéma n'a pas encore atteint ces records d'infantilisme du cinéma américain puisque même les films d'ici qui tel Bon Cop Bad Cop les imitent dans leur facture gardent tout de même un style qui les rapproche de notre culture et de sa singularité. Il n'y a donc pas là matière à se scandaliser outre mesure. Par contre, la dérive nouvelle qui ajoute l'insulte à l'injure à l'intelligence et qui consiste à accorder des primes injustifiées pour des aventures cinématographiques prétentieuses est quant à elle bien plus à blâmer encore. Qui croira vraiment que ce genre de subventions pour ce film qui a la prétention de se réclamer de Shakespeare étaient justifiées !
21 décembre 2006, 1:45
Tout pour l'image
S'il y a une réussite de la part des partis politiques au pouvoir, tant à Ottawa qu'à Québec, c'est celle d'avoir écouté leurs faiseurs d'images afin de berner l'électorat sur la direction latente de leurs politiques présentes ou à venir. Il y a d'abord ce parti conservateur qui a joué la grosse carte en matière d'image avec cette image politique qui vaut mille mots, celle de la Nation qui demeure dans son esprit comme dans sa lettre une fugitive image s'apparentant à un mirage, ces images qui s'évanouissent dès que nous les approchons. Pourtant, il suffirait que nous prenions cette image pour ce qu'ils ne veulent pas du tout les fédéralistes à Ottawa et de leur dire, soit, nous sommes une Nation, mais à partir de quand le serons-nous officiellement et réellement. Pendant ce temps, ils piétinent des réalités comme celle du déséquilibre fiscal en tentant de faire passer cette idée comme étant celle d'enfants gâtés qui en veulent toujours davantage. Ils affaiblissent aussi les mécanismes régulateurs de la péréquation en jouant les provinces les unes contre les autres. Victoire des faiseurs d'images que tout cela, mais défaites des citoyens. Il y a aussi ce parti bleu-rouge à Québec qui joue la carte des faiseurs d'images, avec son caporal en chef à la Santé. Pendant ce temps, les files d'attente dans les hôpitaux ne se raccourcissent pas comme il l'avait pourtant promis et la détérioration de leurs conditions sanitaires se poursuit. S'il arrive à faire oublier qu'il a matraqué sa fonction publique et qu'il lui arrive même de la ridiculiser, il s'apprête à faire des entorses aux normes ayant servi à mâter celle-ci pour s'entendre en catimini avec les médecins spécialistes. Ces gouvernements gouvernent trop à droite et ceux qui veulent les remplacer devront le clamer haut et fort, ne pas se contenter de remplacer des images par des images.
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21 décembre 2006, 10:34
Difficile de rester adolescents
Le succès des RBO a coïncidé avec une étape bien particulière de notre culture, celle durant laquelle une libération adolescente de notre culture intervenait après le brassage difficile des valeurs qui avait été celui de la Révolution tranquille. Les normes étouffantes de la morale et des silences imposés qui s'étaient imposés à tous avant ce brassage allaient maintenant être mises en miettes dans les années subséquentes et RBO s'est présenté comme en étant le liquidateur en chef. Voilà pourquoi le groupe a fait flèche de tour bois et que son humour est allé dans toutes les directions. Malgré ces allures adolescentes, cet humour n'en était pas moins polarisé par la montée d'une nouvelle culture, celle qu'incarnaient les opposants des mesures collectives à tendance sociale-démocrate des baby boomers qui les avaient précédés. La glorification de l'individualisme qui allait suivre pouvait se lire en filigrane de leurs propos incendiaires. En eux, toute une nouvelle génération se reconnaissait. Depuis, de nombreux humoristes se sont manifestés et la critique de leurs propos s'est faite plus acerbe, comme le demande la mentalité plus adulte des publics de maintenant. La longue agonie des Bye Bye résultant de la stagnation de son humour adolescent est là pour le prouver. Si le pari des RBO est de ressusciter le Bye Bye avec de l'humour adolescent, la barre est donc mise très haute pour eux. L'humour qui n'est jamais politiquement innocent implique que des humoristes se situent par rapport à lui. Or les tempéraments et les valeurs des membres de ce groupe divergent de plus en plus à cet égard. Il leur faudra donc enfiler leurs vieux vêtements, au risque de s'y sentir à l'étroit et de décevoir.
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