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Une maladie avec trop de connotations culturelles
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La porphyrie est l'une des dernières maladies, parce qu'encore mal connue, à comporter un bagage de connotations culturelles d'un autre âge, ce qui vaut à ceux qui en sont atteints de porter les stigmates de ceux que la tradition frappe de ses peurs et de ses interdits. Ces racines moyenâgeuses sont d'autant plus porteuses de stéréotypes qu'elles sont relayées dans la culture de maintenant par des styles de vie ou des fêtes annuelles qui ravivent les vielles images d'antan. Ces liens équivoques, l'une des personnes interviewées l'a bien ressentie quand elle s'est prêtée elle-même à ce jeu, sans doute dans l'espoir de voir réfléchir ceux qui pouvaient connaître sa situation. Ceux qui font ces mêmes alliages que ceux qu'elle a faits, mais en sens inverse en se donnant des allures vestimentaires qui rappellent les tenues d'un autre âge, connaissent aussi ce pouvoir contestataire que recèlent les vieux symboles quand ils sont plongés dans une réalité qui à l'air complètement aseptisé au regard de ces apparences hirsutes. Heureusement, les dérapages de certains de ceux qui s'aventurent dans cette voie sont peu nombreux et demeurent le fait de déséquilibrés. Pour ceux qui ne jouent pas à ce jeu parce qu'ils se savent atteints d'une vraie maladie, souhaitons que les progrès de la connaissance leur permettent de se faire traiter et de guérir ou du moins, de rendre leur maladie plus supportable.
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Une compréhension peu commune de Mozart
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Stephen Hough nous a fait connaître des aspects de la musique de Mozart, pourtant tellement joués par ailleurs, que nous ne voyons pas souvent. Cette pénétration en profondeur de l'ouvre de Mozart, malgré des airs de facilité apparente qui lui vient de la virtuosité du pianiste, nous font découvrir un Mozart pour qui les sonorités s'étalaient devant lui comme les motifs devant des maîtres tapissiers. Tantôt ténus et en filigranes, ces motifs s'étalent plus tard dans toutes leurs vibrantes harmonies. C'est avec le même style d'interprétation que le pianiste a aussi interprété les autres ouvres au programme, soit la fantaisie de Schumann ou celle de Liszt. Toutes ces interprétations avaient en commun de montrer les développements d'un motif musical quand c'est tout le génie d'un maître qui s'applique à les développer comme pour une tapisserie des Gobelins. C'est avec les variations sur des thèmes de Mozart d'après Poulenc que ces illustrations ont montré leurs prolongements jusqu'à nous. Venu en remplacement pour un concert de début de saison qui a du être annulé, ce concert a vraiment rempli toute la place béante que cette annulation avait creusée.
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Un parti vert... des élections
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Il faut se retenir pour ne pas rire quand on nous présente les actions du parti libéral du Québec comme étant la preuve qu'il est un parti qui se soucie vraiment de la protection de l'environnement, surtout quand de gros bailleurs de fonds se pointent à sa porte pour l'enjoindre d'être plus coopératif. Le scandale du Mont-Orford avec ses manigances de dernière minute pour sauver à la fois la chèvre et le chou ne nous abusent pas. Nous savons de quel côté se range ce parti lorsque ses intérêts sont au premier plan. S'il recule parfois sur ce terrain, c'est lorsqu'il est contraint de le faire par les soubresauts que l'opinion publique lui impose malgré lui. Sa dernière trouvaille en matière de protection de l'environnement est de refiler la facture juridique aux citoyens ou à leurs représentants moraux, ceux dont les opinions ou les actions ne sont pas tordus par des manouvres électoralistes, en les rendant plus dépendant des gros bonnets à l'heure des affrontements. Cette tactique qui consiste à se délester de ses obligations, nous la constatons dans tous les domaines et non pas seulement en matière de protection de l'environnement. C'est le cas par exemple quand il confie la charge de l'entretien des ponts ou des infrastructures à des municipalités qui n'ont pas les moyens financiers de les entretenir. C'est le cas aussi en éducation quand il souhaite augmenter les taxes foncières à des fins scolaires au lieu de financer lui-même les déficits des commissions scolaires, C'est le cas en santé quand il refile aux hôpitaux des compressions qu'elles ne peuvent plus vraiment s'imposer. Ces tactiques conservatrices, dont le palier fédéral donne aussi l'exemple, sont la marque de partis qui ne songent qu'à leur propre réélection aux dépends des besoins des citoyens. Cette forme de délégation de responsabilités est immorale.
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Une interprète des plus polyvalentes
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Si mes attentes pour ce spectacle étaient somme toute plutôt modestes, elles ont vite été dépassées et largement de surcroît. Je m'attendais à entendre une chanteuse de pop, de talent certes, mais sans que la palette de son répertoire déborde de ce cadre, même si son interprétation d'une chanson de Daniel Lavoie entendue au hasard m'avait amené à ce spectacle. Qu'elle ne fut pas mon étonnement d'y découvrir en plus une chanteuse de jazz remarquable, capable d'interpréter aussi bien les standards du jazz que les blues ou les acrobatiques versions d'un autre jazz. Il faut dire qu'elle était bien épaulée dans cette tâche pat des musiciens de jazz aux talents incontestables, dont l'un était aussi son parolier et son compositeur pour une bonne part de la programmation de son spectacle. Qui plus est, les paroles des chansons n'étaient pas banales, certaines de ces chansons étant même carrément engagées dans toute l'épaisseur des drames de la planète.
Pour ma part, j'ai été fortement impressionné par l'une d'elle qui nous parlait de l'exil et de la terre de celui qui a du un jour s'en exiler. Le jazz que défend cette formation est sans compromis et demande une oreille attentive, mais la satisfaction que l'on en retire mérite cet effort. En somme, Samina s'impose comme une interprète des plus polyvalentes et son nom devrait briller bientôt sur bien d'autres scènes de spectacle que la nôtre.
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Une économie culturelle sousterraine
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Fidèle à ma manière de voir, je dirai ce que représente le journal Voir dans le monde culturel et plus largement dans la société. Depuis mon inscription à Voir.ca, j'ai produit quantité de textes, mais je ne me souviens pas d'y avoir mêlé souvent mes propres opinions pour qualifier un spectacle de bon ou de mauvais. Bien sûr, la présence des étoiles de notation nous oblige indirectement à le faire, mais celle-ci demeure alors bien générale, mais j'ai adopté comme ligne de conduite celle qui me dit que le fait que j'aie aimé ou non un spectacle ne concerne que moi et que cette opinion est par trop subjective. Ce que j'aime n'a aucune importance pour l'autre qui peut fort bien aimer ce que moi cette fois-là j'ai détesté pour une foule de raisons. Par contre, indépendamment de mon appréciation du produit culturel en question, je me suis efforcé de comprendre les tenants et aboutissants de leur place dans le monde de la culture et ce faisant, je me suis inscrit dans une économie de troc, celle qui permet d'avoir accès à des spectacles en offrant ses idées et ses analyses en échange. C'est ce qu'en économie l'on nomme l'économie souterraine, celle du troc qui permet de monnayer son travail contre d'autres objets de subsistance, grâce à des crédits, une monnaie qui n'a cours que dans la communauté concernée et qui jamais ne circulera à Wall Street. Cette communauté en l'occurrence est celle de la communauté culturelle de Voir.ca et de Voir papier. C'est un pied de nez à la culture monnayée en dollars qui ne fait de place qu'à ceux qui se vendent bien et qui se font payer rubis sur l'ongle. En somme, Voir occupe une place unique dans le monde de la culture et dans notre société en général.
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Pour travailler sur l'image
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Faut-il que la formation académique soit tenue en suspicion par les employeurs pour que de telles initiatives prennent place dans le but de les rassurer sur le degré de réalisme des diplômés! Faut-il aussi que des entrepreneurs soient à ce point pingres pour refiler la facture de l'entraînement de leur personnel aux fonds publics ou à ceux de leurs éventuels personnels! Il faut bien le reconnaître, ces entreprises d'entraînement jouent bien davantage sur les images de leurs étudiants auprès des employeurs que sur leur mise en situation de travail véritable car comment feraient-elles pour simuler des conditions de travail qui sont à ce point dépendantes des situations concrètes et des patrons concernés. Va pour les mises à niveau ponctuelles et ciblées, mais ces formations sont alors proprement théoriques, la seule différence étant qu'elles ne font plus peur à des employeurs qui les reconnaissent parce qu'ils les utilisent dans leurs entreprises. Au fond, tout se passe comme s'il existait un tel hiatus entre ce que les employeurs perçoivent de la formation théorique et ce qu'ils sont capables d'en faire mettre en ouvre dans leurs entreprises que cela les déstabilisait complètement. Ces entreprises d'entraînement sont là pour les rassurer. Elles confirment cependant l'opinion que des employeurs sous-estiment le degré de réalisme des diplômés et leurs capacités d'adaptation. Pourtant, ces qualités les diplômés les possèdent pour la plupart et il suffirait que les entrepreneurs défraient les coûts de formation initiale de leurs recrues pour que leur intégration se fasse encore mieux et surtout, beaucoup plus rapidement.
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Un problème qui a ses causes aussi en aval
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Le point de vue de Maurice Carrier ne regarde que vers l'amont, vers les goulots d'étranglement qu'il cible pour expliquer la relative diminution des inscriptions dans les domaines de formation qui exigent une forte base de mathématiques et de science non seulement pour y être admis mais surtout pour y réussir sa diplômation. Sans remettre en doute que la barre des 75% pourrait sans dommages pour quiconque être abaissée, même jusqu'à 70%, il demeure que d'autres causes sans doute encore plus importantes que celle-là s'ajoutent en aval. Au nombre de celles-ci, il y a le fait que les étudiants qui possèdent à ce point les domaines des mathématiques et des sciences au secondaire se laissent tenter par la poursuite de leurs études au-delà du CEGEP, ce qui est normal et parfaitement justifié. Par ailleurs, avec ces mêmes atouts dans leur jeu, plusieurs lorgnent automatiquement du côté des sciences de la santé, beaucoup plus prestigieuses à leurs yeux et surtout, du côté de la médecine dont les contingents sont retenus sur une base complètement factice pour exercer la médecine, soit la note la plus élevée possible dans les domaines des sciences mathématiques et physiques. En somme, les facultés de médecine qui recrutent les plus brillants d'entre eux volent à la science des éléments qui auraient été bien mieux employés s'ils avaient embrassé une carrière proprement scientifique au lieu de la médecine. Les facultés de médecine qui manquent elles aussi d'effectifs pour répondre aux besoins devraient regarder vers d'autres critères de sélection pour compenser. Il demeure évidemment le problème des rémunérations qui sont infiniment plus attrayantes dans le domaine de la santé que dans la plupart des domaines scientifiques. Consultez les ouvrages de référence sur les débouchés, les salaires et le taux de chômage des diplômés en physique ou en biologie, vous en jugerez par vous-mêmes.
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Le meilleur des Lumières, celles qui brillent encore
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Si les grandes espérances qu'ont soulevé les philosophes des Lumières et qui ont entraîné des peuples à vouloir des changements révolutionnaires, soit avec succès comme en France, soit avec échec comme en Allemagne, soit avec des bouleversements négociés comme en Angleterre, n'avaient pas encore de profondes racines dans nos sociétés, il n'y aurait pas de penseur d'aujourd'hui pour venir souffler sur ce feu qui défaille pour tenter de le ranimer. C'est cette utopie révolutionnaire qui a porté la bourgeoisie au pouvoir en lui permettant de renverser les aristocraties parce que la masse du peuple s'est rangée derrière ses idéaux, ceux des leaders qui s'en détachaient de manière trop radicale ayant été éliminés, le plus souvent de manière violente. C'est cette même utopie qui continue d'animer la culture libérale de gauche qui espère encore ou qui feint d'ignorer que les visions du monde qui ont porté la bourgeoisie au pouvoir ont été tout de suite reniées par ceux des fractions sociales qui ont vraiment profité de ces changements, à savoir les entrepreneurs pour qui la libération des marchés était la seule victoire qui comptait. Les néoconservateurs d'aujourd'hui ne font que réitérer les visions étriquées de ces entrepreneurs. Quant aux libéraux de la tradition bourgeoise, ils continuent de rêver, tout en permettant que des libertés formelles mais surveillées continuent d'exister pour que puissent s'exprimer des opinions et des idées que les véritables détenteurs du pouvoir espèrent être sans conséquences pour leurs privilèges. C'est de cette utopie dont nous entretient le livre de Zeev Sternhell.
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La poésie a toujours sa place
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Dans le répertoire que défend Monique Giroux, c'est la poésie qui retrouve sa place, une place qui traverse les époques en empruntant elle aussi des visages qui témoignent des époques où elle s'exprime. Dans la page de musique de tous les temps, la poésie ne retarde pas comme elle n'est pas en avance du seul fait d'exister. Elle occupe sur cette page un espace bien à elle, une portée sur laquelle elle déroule ses notes sans que jamais n'interfèrent ceux qui en même temps qu'elle mettent un autre symbole à la clef. C'est sur cet espace que Monique Giroux se fait entendre et qu'elle défend, cet espace qui donne de l'épaisseur à ce qui serait parfois une musique bien monocorde si elle ne s'adjoignait pas d'autres portées pour écrire la musique du temps qui passe. Sur ces lignes de musique du siècle, ce n'est ni à la page d'avant ni à celle d'après que la poésie compose la sienne, mais à l'unisson des autres compères qui l'accompagnent sur la page. Il ne donc d'aucune façon être dit de Monique Giroux qu'elle est passéiste. Au contraire, elle accompagne la musique de la poésie du temps qui passe en lui ouvrant bien grande la page où toutes les musiques viennent aussi l'écrire à leur façon. Dans ces belles pages qui se noircissent des notes de leurs créateurs, il n'y a que celles qui mettent la clef dollar à leur portée qui détonnent et qui eux sont les vrais passéistes, car il suffira de peu de temps pour que leurs ritournelles apparaissent pour ce qu'elles sont, de la musique de faux monnayeurs. Le seul malheur dans tout cela est que la portée de la poésie ne puisse pas être occupée par beaucoup de monde à la fois.
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Cette charité qui commence toujours par soi-même!
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Elles tombent comme une pierre dans l'eau ces conclusions de l'économiste Christian Jacquiau. Impossible après cela pour ce beau concept charitable misant sur la seule individualité responsable de ne pas prendre une ride. Jamais les forces du marché ne seront en elles-mêmes favorables à ceux qui ne possèdent pas les outils stratégiques et le pouvoir d'imposer leurs besoins aux autres acteurs. Le commerce équitable ne rétablit pas l'équilibre en faveur de ceux qui ne les possèdent pas ces outils et ces pouvoirs qui ne peuvent leur appartenir qu'en autant qu'ils se liguent d'une manière ou d'une autre. Somme toute, ce commerce que l'on dit équitable n'est qu'un autre masque pour une charité qui n'ose pas dire son nom, avec les effets pervers que les actes charitables engendrent et qui sont à mon humble avis encore bien plus néfastes que ceux qu'engendrent les actes de ceux qui se liguent d'une manière ou d'une autre. La vertu est un beau concept mais son atteinte emprunte toujours des chemins plus ou moins tortueux. Toute la question est de savoir ceux qui sont les plus droits et je ne vois pas ceux qu'empruntent le commerce équitable sur cette carte. Ce ne sont pas les intentions de ceux qui ont imaginé ce concept généreux et qui continuent naïvement à y croire qui sont à remettre en cause, mais les effets pervers que leur application entraîne forcément dans un contexte de profits et de profiteurs. Par ailleurs, je ne partage pas les espérances de cet auteur pour les possibilités qu'il y aurait malgré tout de le faire fonctionner efficacement ce concept du commerce équitable, les forces du marché étant ce qu'elles sont.
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Grandes boîtes recherchées
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À force de la mâcher toi-même ta Frisk, peut-être prendras-tu le goût de refuser les idées toutes mâchées d'avance!
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Quand le roman prend toute sa mesure
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Ce qui est intéressant avec les romans de Yasmina Kahdra, c'est qu'ils investissent la trame romanesque de toute l'épaisseur des réalités historiques qui font que les personnages ne sont plus de simples figures transfigurées des sentiments et des visions de l'auteur, mais qu'ils arrivent à être des prototypes des grands courants culturels et politiques qui partagent le monde de maintenant. C'est de cette manière que les grands romans abordent ce genre littéraire, depuis les Misérables de Victor Hugo ou la Condition humaine d'André Malraux. Ces personnages nous obligent à voir le monde tel qu'il est, à sortir de notre confort intellectuel et de notre sensibilité douillette pour nous remettre en question. Ce détour par l'humanité souffrante est un pas qu'il faut faire pour atteindre plus d'objectivité, celle qui ne consiste pas à devenir parfaitement impartial, mais à prendre en compte tous les aspects d'une question, surtout ceux qui nous sont les plus éloignés, avant de porter notre propre jugement subjectif, celui qui est engagé dans le présent.
C'est ainsi que notre jugement concernant l'action militaire en pays arabe ne se limitera plus au seul théâtre présenté par nos médias, mais qu'il recherchera les antécédents de ces conflits, leurs causes. Le livre de Yasmina Khadra nous aide à le faire quand il pointe du doigt les frustrations, que des blocages des aspirations à plus de justice en pays arabo-musulmans favorisent, qui détournent les problèmes politiques vers des cibles religieuses. Les résultats de ces détournements sont la disparition de toute opposition politique réelle dans ces pays au profit des élites économiques et religieuses. C'est dans cette difficile compréhension que nous entraîne le livre de cet écrivain.
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Le remède à la paupérisation selon cet auteur est de n'y voir aucun mal
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Alain Samson donne ses conférences dans des entreprises. Cela ne me surprend pas car il est le meilleur vendeur idéologique du statu quo pour faire oublier la fracture grandissante entre les nantis et ceux qui le sont moins dans la société. Sa thèse de fond revient à privilégier le retour de la charité pour remplacer les espaces que la justice lui a rognés. C'est un retour en arrière que certains pousseraient jusqu'à ses ultimes retranchements, nous ramenant mutatis mutandis aux époques où la charité régnaient sur tout l'espace social, avec des systèmes d'éducation et de santé à deux vitesses qui avec le temps feraient paraître les hôpitaux de la majorité comme des hospices du temps jadis. Cette lucidité-là, c'est celle des minorités les mieux nanties qui se collent aux intérêts marchands des investisseurs qui espèrent faire fructifier de manière géométrique un capital tandis que les ressources allouées à la minorité seraient affublées d'un piètre facteur arithmétique tendant vers zéro et auquel on tenterait même de donner une valeur négative. Les résultats concrets de cette vision idéologique soi-disant lucide sont la paupérisation relative et même réelle de fractions importantes de la population d'une société. C'est la reproduction à l'échelle d'une société de ce que la mondialisation fait à l'échelle de la planète, y créant deux types de sociétés, soi les pays pauvres et les pays riches dont les écarts en terme de richesses ne font que s'agrandir au fil du temps. Ce livre me semble donc encore plus pernicieux que le sont les arguments loufoques d'un Marcel Chaput qui lui se cantonne dans les lapalissades. Mais cette vérité-là, c'est toute la fraction la mieux nantie des sociétés qui refuse de la voir.
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La boulimie de la musique
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Comment rendre possible la défense légitime des droits d'auteurs qui sont le pain et le beurre des créateurs sans pour autant que ces droits ne servent de paravent pour les multinationales de la diffusion de la musique ? La réponse à cette question demeure pour l'heure aussi prévisible que l'est la quadrature du cercle en mathématiques. En d'autres termes, on ne la voit pas poindre à l'horizon des discussions sur le sujet. Autant les petits profiteurs du téléchargement aveugle sont à condamner, autant le sont les diffuseurs qui profitent de l'occasion des interdits pour gonfler leur chiffre d'affaires, eux qui tirent portant les plus gros profits de la demande du public pour l'évasion musicale. Pourtant, ce ne sont pas tous les piques assiettes du téléchargement qui sont de fait vraiment nuisibles à l'industrie de la musique comme aux créateurs de cette matière première tant recherchée. Il se trouve en effet parmi ces derniers des boulimiques du téléchargement, des gens aussi sensibles à la musique que les sourds et qui ne le font que pour le plaisir discutable d'engraisser l'un des nombreux disques durs de leur ordinateur. Ce ne sont pas des amateurs de musique qui agissent ainsi, mais des compulsifs de l'informatique qui trouvent dans un ordinateur perso le moyen d'affirmer leur personnalité parce qu'ils n'ont pas trouvé d'autres moyens pour le faire. De toutes manières, ces gens n'auraient jamais acheté de la musique par les voies ordinaires. Ce ne sont pas des manques à gagner pour quiconque dans le domaine de la production musicale. Quant aux autres pique assiettes, à eux de se débrouiller avec leurs raisonnements tordus pour se justifier.
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Les beaux quartiers1
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Les résidents des beaux quartiers de la Capitale et ceux des banlieues cossues peuvent dormir tranquilles, ce n'est pas demain la veille que l'on découvrira sous leurs pieds ou sous celui de leurs enfants chéris des contaminants venant du sol ou pire encore, des contaminants issus de leur milieu social. Ce n'est pas pour autant qu'ils soient plus vertueux que ceux que des rapports écrits ou de visu pointent d'un doigt accusateur. Ils ont tout simplement la chance et le privilège d'habiter dans des zones que les industries polluantes n'ont pas envahies avant qu'ils viennent s'y construire ou que la pauvreté n'a pas encore touché de manière manifeste bien que certains d'entre eux soient aussi secrètement minés de l'intérieur. Si des réactions de défense se sont pointées pour nier une certaine évidence, c'est sans doute parce que ce sont tous les citoyens de Saint-Rock ou ceux dont la fonction fait corps avec ce milieu qui se sont senti ainsi trahis. Ce n'est pas de leur faute à eux si la caisse des partis politiques fait bon ménage avec les instances dédiées au zonage, au palier municipal comme à celui du provincial, et que la main droite de ces partis ignore sa main gauche quand il s'agit de recueillir les sommes qui sont si nécessaires aux campagnes politiques de plus en plus coûteuses qu'elles mènent pour se faire élire. Voilà pourquoi les officines du zonage et celles de la surveillance de l'environnement vivent chacune sur leur planète. Ce n'est pas à l'école Saint-Rock ou à ses résidents qu'il faut s'en prendre dans cette histoire, mais à toute une conception de la démocratie électorale qui a encore droit de cité, soit par la grande porte soit à la dérobée par de petites portes et contre laquelle s'est battu avec succès un certain René Lévesque.
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