|
Il n'y avait pas à s'y tromper, l'humoriste qui était devant nous sur ces planches avait une vision du monde qui reflétait la prise de conscience d'un Africain confronté au monde de maintenant, chez lui comme partout ailleurs. C'est du divorce entre la vie villageoise de ses campagnes africaines encore animistes et la vie moderne des cités du présent, de celui entre la vision personnalisante des relations humaines des milieux de vie à l'écart des grands courants du machinisme et de l'informatisation des échanges et la vision individualiste et anonyme des grands centres de production, que son humour prend racine. Ses numéros les plus drôles de son spectacle ont tiré profit de cet antagonisme, comme par exemple celui qui met en scène un Africain débarquant à Paris et se retrouvant avec armes et bagages sur le quai d'une station de métro pour tenter de se rendre à destination, chez un ami qui l'attend quelque part dans le dix-neuvième arrondissement. Mais il n'y a pas chez Saïdou Abtcha que cet humour bon enfant. Il critique aussi avec des portraits de situations percutants les déséquilibres qui gouvernent le monde de l'aide internationale quand il cautionne les pilleurs de fonds de tout acabit, autant les pilleurs du monde des pays développés que ceux qui font de même du côté des pays enveloppés comme il les appelle. Son humour est donc aussi politique dans le sens noble du terme dans la mesure où il invite les spectateurs à une prise de conscience des réalités de ce monde. En somme, cet humoriste est peu banal et représente un type d'humour qui fait grandement défaut au Québec.
|