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Marc Audet
Marc Audet
April 2006 - Messages
30 avril 2006, 11:32
Le principal concurrent économique des USA n'est pas la Chine mais la grande Europe
Il y a un tantinet de rancoeur dans les propos de Jean-François Susbielle. Nous y sentons un relent de jalousie envers un concurrent avec ces propos qui sont comme une prédiction créatrice qui trahissent davantage les souhaits secrets de celui qui la prédit plutôt qu'une prévision réaliste et basée sur des faits. Si tel n'était pas le cas de M. Susbielle, il aurait plutôt pris en compte que ce n'est pas la Chine qui est le principal concurrent des USA sur les marchés mondiaux, mais l'Europe. Pourquoi alors l'auteur n'applique-t-il pas cette même conclusion dramatique à ce cas de figure ? Les économies de la Chine et des États-Unis sont au contraire complémentaires l'une de l'autre comme celles des pays de l'Europe le sont d'ailleurs aussi avec celle de la Chine. Même si sa prédiction concerne un futur dans lequel ces économies deviendraient franchement concurrentes, pourquoi alors serait ce la seule économie américaine qui serait menacée et non pas celle de l'Europe. Cette conclusion hâtive de l'auteur pour les États-Unis ressemble aux conclusions de ceux pour qui les résultats de la dernière grande guerre n'ont pas tourné complètement à l'avantage des puissances de la vielle Europe et surtout, aux visions idéologiques de plusieurs de leurs porteurs de visions du monde. Malgré ce qu'il en croit, il faut au contraire voir que ce sont des visions idéologiques qui mènent à la guerre et que celles-ci sont hélas bien présentes chez les faucons de la politique américaine. Tant que ces idées tordues seront contrebalancées par des politiciens moins idéologiques ou par des intérêts bien pragmatiques, ces menaces seront tenues à l'écart de part et d'autre.
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30 avril 2006, 10:58
Quand la chose publique devient une question d'images
Aussi facile à voir que le nez au beau milieu de la figure, nous constatons que l'information est plus ou moins biaisée par ceux qui sont à l'origine des faits produisant une cueillette d'information en vue d'en informer le public. Il y a d'abord le domaine politique qui utilise l'image non seulement pour se maintenir au pouvoir et qui l'utilise aussi abondamment pour y accéder en recourant à des fabricants d'images pour nous donner l'assurance que leurs produits sont franchement nouveaux et nettement améliorés. Le gouvernement de Jean Charest et celui de Stephen Harper viennent de donner un tour de vis supplémentaire à cette fâcheuse tendance qui fat de la politique une question d'étiquetage et d'emballage pour le disposer le plus à la vue des consommateurs sur les tablettes de l'information. Les corporations jouent exactement l'information avec le même scénario, qu'ils soient du domaine public ou du domaine privé. Qui croira l'information provenant des arcanes du pouvoir de l'argent quand nous la sentons à ce point être biaisée par des visées publicitaires ! Mais ce qui est pire encore, c'est lorsque la palette des informations disponibles à travers les journaux ne respecte pas toute la gamme des visions des citoyens d'une société. Ce déni de démocratie informationnelle est encore plus évident au Québec pour qui ne se contente pas des faits divers qui sont la pâture des journaux en mal de publicitaires. Quand l'information devient un business, c'est l'information démocratique qui fiche le camp. Ajoutons à ce triste spectacle celui de journalistes qui doivent s'autocensurer de peur de perdre leur gagne pain et le comble est atteint. Il n'y a que la viabilité financière de collectifs de journalistes possédant leur média pour contrebalancer cette tendance lourde à la désinformation.
29 avril 2006, 7:25
Il incarne nos contradictions
Jean Lapointe est vraiment tricoté pure laine, une ceinture fléchée à la ceinture et un bonnet phrygien sur la tête. En somme, il nous résume avec nos contradictions par trop évidentes. Il y a d'abord chez lui comme chez plusieurs d'entre nous la croyance en un Québec fort pour ne pas dire souverainiste dans un Canada fort pour ne pas dire hypocritement centralisateur. La laine dont ses étoffes sont tricotées est faite elle aussi de multiples contradictions comme le sont celles dont nous nous vêtons la plupart du temps. Ainsi, il lutte pour l'abandon des jeux vidéos dans les quartiers défavorisés mais du même souffle, il affirme qu'il regrette l'établissement d'un hôtel-casino dans ce même type de quartier sous prétexte que ce seraient seulement les touristes américains qui subiraient son attraction. Par ailleurs, il est en faveur de lois coercitives quand il est question du jeu, mais regrette leur adoption quand c'est de cigarettes dont il s'agit et que c'est la santé des travailleurs du secteur de la récréation qui est en cause. En somme, Jean Lapointe est férocement individualiste comme le sont bon nombre de ses compatriotes. Plus encore, il s'estime capable de mener de front une carrière politique et une autre d'humoriste et de bête de spectacle. Qui dit mieux ! Est-ce la raison pour laquelle beaucoup se reconnaissent dans ses propos? Sans doute que tel est bien le cas. Nous nous sentons bien souvent comme lui capables de tout dire et son contraire sans sourciller. Probablement que cet atavisme qui est le nôtre vient d'une peur obscure de déplaire et de perdre l'amour de tous ceux qui nous entourent.
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29 avril 2006, 11:18
Un peu de lumière à ce sujet remet les perspectives en place
Le fameux slogan qui disait liberté, égalité et fraternité, a été repris par des successeurs sans qu'ils se rendent trop bien compte que la liberté dont il s'agissait dans les propos au frontispice de la Républicaine démocratie était bel et bien celle de l'entreprise. C'est de la liberté des entrepreneurs dont on faisait ainsi le fer de lance de la nouvelle structure sociale dont on voulait percer l'écorce épaisse endurcie par tant de siècles d'absolutisme royal ou de traditions moyenâgeuses qui brimaient la liberté du commerce avec des droits qui gênaient la libre circulation de la main-d'ouvre et celle des produits. C'est le marché capitaliste tel qu'on l'entend maintenant qui était mis ainsi sous incubateur constitutionnel afin d'en garantir l'éclosion, quitte à s'associer temporairement des fractions de classes sociales qui n'avaient pas vraiment beaucoup à gagner dans ce troc. Ce n'est donc pas surprenant que ces divisions apparurent bientôt dans les rangs des vainqueurs républicains dans la mesure où elles incarnaient les vissions et les intérêts des fractions ponctuellement regroupées. Ce fût donc la Terreur qui suivit, mais ce fût aussi le centre qui finit par triompher garantissant ainsi le pouvoir aux idéaux centraux de cette révolution qui concernaient d'abord et avant tout, il faut se le rappeler, ceux de la liberté des entrepreneurs qui devint mutatis mutandis avec leur développement en entreprises dites publiques parce que possédées par actions, celle des entreprises. Ce à quoi nous assistons maintenant en termes de néolibéralisme n'est que la conséquence logique de cela.
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26 avril 2006, 11:40
Mais qu'était-il survenu au juste
Ce film qui réussit à capter l'intérêt des spectateurs malgré la lenteur du propos sous-jacent mais qui finit par s'imposer quand même le doit principalement au talent des interprètes, notamment ceux incarnant les deux personnages principaux, soit Jean-Nicolas Verreault et Anick Lemay, qui ont su camper des personnages bien ancrés dans des archétypes qui ne nous sont pas étrangers. Grâce à eux, le film passe la rampe. Mais ce succès ne tient pas qu'à cela, car il y a dans ce propos amené par le roman de Germaine Guèvremont beaucoup plus que l'histoire d'un individu atypique que des insulaires montrent du doigt. En effet, c'est tout l'ébranlement de la structure villageoise québécoise à l'aube du vingtième siècle qui se profile en filigrane derrière ce héros. Le Survenant, ce n'est pas d'abord lui cet homme venu de loin, mais surtout cette industrialisation qui allait faire voler en éclats les portes closes des maisons villageoises derrière lesquelles s'étaient retranchés les derniers défenseurs d'une tradition obsolète, celle de la crainte des étrangers qui surviennent au beau milieu d'un repas familial et dont il semble impossible de se débarrasser à partir du moment où une histoire d'amour et de haine se tisse autour d'eux. Voilà pourquoi le Survenant arrive à devenir le fils adoptif du père Beauchemin au grand dam de ses propres enfants et des tenants de la pureté villageoise. Angélina Desmarais résume l'histoire d'amour et Odillon Provencal celle de la haine. Au fond, c'est un peu l'histoire du Québec en accéléré que nous montre ce film malgré sa lenteur apparente et voilà pourquoi il remporte l'adhésion de plusieurs spectateurs.
26 avril 2006, 11:15
Dans la lignée des grands gagnants du concours Chopin de Varsovie
La maîtrise de cet instrument qu'est le piano est remarquable chez cet interprète, Yundi Li, lui qui pourtant a d'abord entendu dès l'enfance des modèles musicaux à mille lieues de ceux auxquels nos oreilles se font d'abord une idée de ce qu'ils sont, car ce qui épate chez lui, c'est aussi le fait qu'il comprenne à ce point et qu'il interprète de cette façon la musique née en Occident. Il n'est pas le seul à réaliser cet exploit puisque d'autres interprètes venus des mêmes horizons que lui y arrivent aussi avec brio. Pour nous prouver à quel point sa maîtrise de cette musique était parfaite, il nous a livré un programme où figurait d'abord un maître du classicisme, ce Mozart dont la musique est aux antipodes de la musique chinoise. Mission réussie. Puis, il a continué avec des maîtres de la musique romantique, celle où elle incarne tout l'esprit des visions du monde propulsées par la déstructuration de l'univers traditionnel où l'homme d'occident s'engageait à l'aube du dix-neuvième siècle, soit Schumann et Liszt. C'est particulièrement à cette occasion que la compréhension et la maîtrise de Yundi Li sont apparu à leur comble. Pour comprendre comment l'âme de Robert Schumann puisse se réincarner ainsi, nous pouvons certes évoquer le génie de l'interprète, mais à mon sens cela n'est pas suffisant. Il faut qu'il y ait en plus une conjonction des astres qui ne brillent pas qu'au firmament, mais qui tirent leur substance aussi de phénomènes bien vivants dans une société et dans ce cas précis, ceux qui font qu'une société soit en train de se restructurer radicalement. Il se pourrait bien que cela soit le résultat de l'indrustrialisation rapide de la Chine qui brise les modèles ancestraux et traditionnels. Mêmes causes, mêmes conséquences, dans le cas occidental comme dans le cas oriental. Quelque part, nous nous rejoignons dans l'universel historique.
25 avril 2006, 11:24
J'ai vu C.R.A.Z.Y et c'est fou, je verrai bientôt Istanbul
Quand je serai à Istanbul dans maintenant mois d'un mois, ils seront bien loin les échos de ce Festival du cinéma. Je m'y sentirai néanmoins un peu moins étranger puisque j'en garderai quand même quelques souvenirs à travers les reportages qui ont marqué la présence du film québécois en cette terre à la fois lointaine et si proche. La sélection pour représenter notre production cinématographique a semble-t-il misé de nouveau sur un cheval gagnant, celui qui a semé tous les autres pour les prix par une seule longueur d'avance à l'arrivée mais qui a répété cet exploit à tant de courses. Sans doute rejoint-il des cordes sensibles dans une culture qui comme la nôtre a su résister et qui doit résister encore à de nombreux tabous. La hardiesse des propos fait figure encore de nouveauté. Mais qu'en sera-t-il quand ce film rencontrera des publics étrangers rompus depuis longtemps aux hardiesses de toutes sortes. L'avenir le dira.
24 avril 2006, 5:00
Terre des Hommes
Le malheur avec les visions parfois trop superficielles concernant l'environnement est que celles-ci se limitent à voir dans la protection de l'environnement une fin en soi. Si nous nous arrêtions à leur raisonnement tronqué, ce serait parce que la terre, l'air et la mer souffrent de ne plus être purs qu'il faudrait les protéger, comme si ces éléments étaient dotés d'une âme qu'ils risqueraient de perdre en changeant de composition chimique. Ce raisonnement, il faut au contraire le pousser jusqu'à ses conclusions pour voir que ce n'est pas la terre qui risque de souffrir de notre imprévoyance, mais la terre des hommes, celle qui ne pourra pas lui servir d'enracinement vital s'il s'obstine à ne la rendre vivable que pour des bactéries qui pourront toujours survivre grâce à la sporisation pour renaître dans quelques millions d'années quand les risques seront moins grands pour elles. Quant aux conclusions qu'il faut envisager dès maintenant s'il n'est pas trop tard, leur urgence s'impose selon ceux qui sont dignes de confiance en matière d'environnement. Ce n'est d'ailleurs pas le Canada dont des dirigeants s'enorgueillissent d'être à l'avant-garde dans ce domaine qui est véritablement dans les premiers rangs des nations prévoyantes puisqu'il se classe au vingt-huitième rang des tentes nations les plus développées. Ce classement nous montre à quel point ce pays est le vassal économique de son voisin du sud. Faisons donc du jour de la terre celui de la veille de la Terre des Hommes puisque c'est bien de nous dont il est question.
23 avril 2006, 10:09
La tradition orale
C'est l'auteur lui-même qui l'affirme et pourquoi ne prendrions-nous pas sa parole à ce sujet, sa littérature s'ouvre à l'universel humain comme la fleur de soleil se tourne vers sa lumière. Il y a pourtant dans l'analyse de ce récit un élément qui marque à quel point la littérature d'Alain Mabanckou est africaine et c'est son isomorphisme avec l'oralité, la littérature de ceux qui s'expriment par le conte mythique raconté à ceux qui les écoutent. Ce roman n'est-il pas écrit en s'appuyant sur le souffle du conteur, sans ponts ni virgules. Par cet aspect, il rejoint à mon avis un des grands traits culturels de cette Afrique qui demeure malgré la modernité qui la pénètre de toutes parts, souvent de manière pernicieuse et exogène d'ailleurs, profondément attachée à ses valeurs, ce qui en fait d'ailleurs une réalité des plus ambiguë pour le regard occidental. Il me semble aussi que l'auteur ait voulu aussi rendre cette dimension avec son récit qui met en scène des éléments qui figurent au palmarès des rites de passage de la société d'antan autant que pour son intronisation dans celle d'aujourd'hui. Par ailleurs, nous ne pouvons qu'applaudir ses propos au sujet de l'espace francophone dont la France se croit être l'âme universelle au-dessus duquel elle n'aurait qu'à siéger en revêtant la cocarde tricolore que lui aurait tricotée Jean-Jacques Rousseau et consorts au temps de la Volonté générale. Pour démythifier ce concept maintenant devenu obsolète et absurde depuis que les peuples ont appris qui se cachait derrière cette Volonté générale, il est appuyé en cela par des professeurs américains de littérature dont le professeur Spear qui enseigne à New York et qui a déjà fait la une de l'émission Double Je de Bernard Pivot. Il n'est donc pas le seul à penser ainsi et nous en sommes aussi.
22 avril 2006, 8:07
Elle arrive là où on ne l'attend pas
Les versions brésiliennes de chansons québécoises ou françaises de Bia ne m'avaient pas d'abord convaincu, ni de leur authenticité tellement elles ne correspondaient pas aux standards mieux connus des interprétations de cette origine, ni de leur pertinence en ne me suggérant pas vraiment de terres d'accueil nouvelles pour elles. Mais c'est par ses propos à propos de l'impérialisme d'une seule langue sur le royaume de la musique, de l'anglais pour ne pas le nommer, que j'ai changé d'opinion à leur propos. Pourquoi une autre langue que l'anglais ne serait-elle pas capable de s'approprier des chansons et des paroles d'une autre culture! Je les vois maintenant d'un autre oil et tant pis si elles ne correspondent pas aux idées préconçues que j'avais pour elles. Elles servent au moins a marquer des frontières que l'anglais ne peut pas impunément transgresser sans coup férir.
22 avril 2006, 11:24
Il en faudrait toutes les nuances de gris pour illustrer ce pays
Ce ne sont ni des photos en noir et blanc, comme si pour nous la couleur rassurante de cette opposition permettait de comprendre l'Afrique, même le Rwanda, des photos en couleur qui rechignent à monter tous les tons de gris, qui nous permettront de comprendre toute la complexité de l'Afrique, encore moins celle de ce pays singulier qu'est le Rwanda. Plus j'essaie de comprendre le cataclysme qui a ravagé ce pays, plus je me dis que j'ai plusieurs fois fait fausse route. Je retiens cependant que ces photos sont subtiles dans leur propos, comme l'exige la mise en scène de ce cataclysme qui a secoué le Rwanda de part en part. On nous y montre des photos de Tutsis rescapés et de Hutus prisonniers. Pour compléter le portrait, on aurait pu y montrer, si tant est que de telles photos aient pu survivre à leur photographe, celles des Tutsis porteurs de génocides du FPR tuant des Hutus. Décidément, l'objectif monoculaire d'une caméra, celui d'un appareil photo ou celui d'une caméra vidéo, est bien impuissant à monter toute la complexité de la nature humaine quand les démons de la politique s'y déchaînent et qu'il est impossible de monter tous les bons avec une seule couleur et tous les mauvais avec une autre, le piège pour l'oil étant d'autant plus grand quand il se dresse devant des spectateurs pour qui le blanc est synonyme de pureté.
22 avril 2006, 11:08
La philosophie dressée comme un mur des lamentations
Il est vraiment singulier le propos de ce film. On pourrait s'attendre à tout autre chose de la part d'un film qui met en scène les appartenances religieuses des protagonistes, à la mise en situation de comportements complètements coupés de l'intériorité des personnages par exemple. Mais il en est tout autrement pour la réalisatrice de ce film, Karin Albou, qui insiste au contraire à nous les montrer à partir de l'intériorité de ses personnages et de la prégnance des impératifs religieux sur les consciences qui tiennent lieu d'impératifs moraux. Pour établir la distance nécessaire pour la réflexion et l'intériorité des sentiments, le film fait un crochet du côté de la philosophie, la plus occidentale qui se puisse imaginer tant elle déifie la Raison, qu'elle soit pure ou pratique, soit celle de Kant. Ce sont les aspects culturels de la religion qui prennent donc le pas sur les dimensions religieuses en tant que telles dans ce film et pour monter jusqu'à quel point celles-ci influencent les croyances religieuses, la référence à la philosophie de Kant pour l'héroïne passe par des gestes faits d'idiosyncrasies comme le sont ceux que psalmodient les croyants orthodoxes de religion juive en présence du mur des lamentations, comme si le chemin parcouru par la tête ou les doigts importait davantage que tout le reste, ici ce chemin étant celui emprunté par le philosophe pour l'aider à réfléchir. Ce film est donc une représentation de ce qu'est le métissage des cultures, le propos étant de le monter entre celui de la culture occidentale rationaliste et celui de la culture juive traditionnelle, tout autant que celui des cultures musulmanes et juives dans le creuset de celle d'Afrique du Nord.
21 avril 2006, 7:20
Le narrateur peut s'estomper derrière ses personnages quand ceux-ci révèlent une Histoire
La position qu'adopte Yves Beauchemin vis-à-vis les personnages de roman et la structure romanesque en tant que telle se défend d'autant mieux que ses personnages incarnent une histoire qui les dépasse. C'est donc cette histoire au sens propre du terme, celle d'une société ou d'une culture en filigrane de celle que trace les relations entre ces personnages qui devient le narrateur invisible, le Dieu caché au sens où l'entendait Lucien Goldman. Campé dans un tel contexte, le roman traditionnel retrouve toutes ses racines et toute sa sève, celle qui lui a fait pousser ses premiers et ses plus beaux bourgeons. Cela n'empêche pas pour autant que des romans qui ne campent pas aux frontières de l'histoire ainsi définie puissent ne pas se satisfaire d'un tel cadre narratif et qu'il leur faille se tourner vers d'autres formes de récits ou tantôt la nouvelle faite d'autofiction et tantôt la poésie narratrice prennent le relais du narrateur off en l'absence de ce narrateur historique si loquace. Il faut donc reconnaître à Yves Beauchemin le grand mérite d'avoir su faire vivre un tel type de roman. Il faut dire que l'histoire récente du Québec se prêtait bien à cette résurgence du roman historique un peu à la manière de ceux de la Russie des grands moments du roman ou de ceux de la période de Hugo et de Balzac quand la société industrielle se mettait en place et qu'elle secouait l'édifice culturel avec des séismes de grandes magnitudes à l'échelle sociale. Si la voix de Beauchemin perce encore ici et là dans ce dernier roman, c'est qu'il n'a pas encore exploité toutes les facettes du roman historique. Il pourrait alors se taire tout à fait et faire encore bien plus grand bruit.
21 avril 2006, 6:02
Un maillon dans la chaîne de la dramaturgie québécoise
Si des auteurs phares du théâtre québécois comme le sont Marcel Dubé ou Françoise Loranger sont bien connus du public, d'autres auteurs comme Jacques Ferron le sont beaucoup moins. Pourtant, il incarne à lui seul un des maillons essentiels de la chaîne de la difficile naissance de notre théâtre, celui de la dérision et de l'absurdité. Alors que Dubé mettait en scène les aspirations de la classe populaire des villes et que Loranger montrait la déliquescence de la bourgeoisie urbaine, Ferron s'attachait à monter les incompréhensions et l'incommunicabilité d'un monde rural en face d'un monde urbain qui prenait le pas sur les anciennes aristocraties de jadis. Ce hobereau des vastes espaces n'entendait pas demeurer en reste en face de ce monde qui l'avait supplanté dans ses prérogatives mais qui ne réussissait nullement à donner un sens à la vie malgré son arrogance de nouveau riche. Son théâtre s'est donc attaqué à démystifier ces vides de sens de la société de consommation naissante. La voie rinochérocable telle qu'il l'entendait déroulait donc son tapis d'absurdités sous ses pas pour le mener jusqu'au cour des métropoles trop suffisantes à son goût. Ainsi est né le théâtre de Ferron et aussi son prolongement politique, soit ce parti rhinocéros qui fit parler de lui à l'époque des grandes noirceurs. Irait-on jusqu'à dire que la branche armée de cette vision peut aussi revendiquer sa paternité, au moins par certains aspects... Peut-être bien qu'oui, du moins dans la mesure où elle se contentait de s'attaquer à des symboles de pierre d'un monde trop immobile à ses yeux...
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20 avril 2006, 7:07
La dimension environnementale doit faire partie intégralement de la dimension économique
À trop vouloir opposer la dimension économique à la dimension environnementale ou vice versa, on en arrive à ne pas pouvoir mettre le développement durable sur pied. Ce fut et c'est encore le grand tort de ceux des environnementalistes qui voient dans l'idéal d'une pureté relative comme l'absolu de l'avenir de l'homme sur cette planète. Isoler de la sorte la dimension environnementale revient à considérer comme négligeable les questions de nutrition pour les populations du globe, où qu'elles se trouvent. Or il ne peut y avoir des solutions à la faim dans le monde en ne considérant que les aspects à court terme de l'alimentation et pour des citoyens relativement aisés de surcroît. Les puristes d'un autre âge qui voient dans toute agriculture qui ne serait pas biologique selon les critères étroits où ils l'enferment la seule issue possible font fausse route. Il faudra que la dimension biologique et environnementale s'insère dans les patterns de développement économique ou bien elle se condamnera à n'être qu'une activité marginale. Par contre, en montrant les dangers réels que courent les habitants de cette terre s'ils continuent d'ignorer ce que leur réserve le type de développement exclusivement économique qui est présentement le nôtre et en inscrivant leurs préoccupations dans des programmes politiques au sens large, soit des programmes qui ne parleraient pas que des seuls problèmes environnementaux, les environnementalistes feront bien autre chose que du jovialisme ou conscientiser ponctuellement. Le jour de la terre, c'est trois cents soixante-cinq jours par année qu'il doit être célébré.
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