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Ce n'est pas une question de moralité
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Ce commerce n'est pas une question de morale étroite comme l'aborde parfois des bigots bien-pensants. C'est une question d'humanisme élémentaire qui nous fait condamner un trafic qui est une exploitation de la misère des plus faibles au profit de ceux qui ont l'argent pour se payer leurs services. Bref, c'est une question d'esclavage avec cette différence d'avec le trafic de la drogue que ce sont les consommées qui sont exploitées plutôt que les consommateurs. Pour le combattre, il faut faire la chasse aux proxénètes qui sont les premiers bénéficiaires financiers de ce commerce, mais il faut aussi s'attaquer aux consommateurs qui l'entretiennent ce commerce. C'est en ayant à l'esprit qui sont les véritables fautifs dans ce commerce que l'on peut envisager la manière de s'y attaquer, soit en déculpabilisant celles qui sont les grands perdants de ce commerce, les prostitués, par des mesures qui les décriminalisent et en rendant illégales ce trafic pour tous, ce qui permet de s'attaquer autant aux proxénètes qu'aux consommateurs. Cette vision représente la ligne dure en face de la prostitution, mais c'est celle que défend le féminisme engagé et il faut reconnaître que ses arguments sont coulés dans le béton. La position plus molle face à la prostitution qui la voit comme une main-d'ouvre comme une autre dont il s'agirait seulement de garantir les conditions d'exercice pour qu'elle se fasse par des partenaires consentants de part et d'autre donne sur une impasse quand elle est confrontée aux réalités de son exercice. Ceux qui voudront approfondir la question pourront visiter le site Internet de Sysiphe où cette question fait l'objet de beaucoup d'analyses.
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Quand la sève se rend jusqu'aux branches
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Nous pourrions dire de Jean-Claude Germain qu'il a une pensée arborescente, non pas parce qu'il excelle dans les digressions qui de branches en branches nous font faire le tour du tronc, mais parce qu'il a une intuition pugnace des courants qu'emprunte la sève de notre culture, de ses racines profondes qui plongent au cour du milieu rural jusqu'aux arborescences de ses branches en milieu urbain quand elle parcourt les rues et les ruelles de la métropole. Jean-Claude Germain par ses visions et ses propos résume le parcours de cette sève culturelle à lui seul, sans la clôturer dans ses balises rurales ou urbaines. Il fait communiquer entre eux les parcours de celle que lui a fait faire Ferron en milieu rural et celui que lui a fait dessiner Tremblay en milieu urbain. Il représente ce rêve idéal qui voit le Québec d'un seul tenant. Pour réaliser cette bouture, Jean-Claude Germain fait monter la sève comme elle le fait au printemps quand elle est promesse de toutes les sucreries et c'est le côté surréaliste des univers de Tremblay et de Ferron qui donne le signal de ce renouveau printanier. Ce printemps qu'il entrevoit, nous savons pourtant qu'il fut de courte durée, les contradictions et les incommunicabilités ne pouvant pas faire autrement que de tarir cette verve printanière. Aujourd'hui, maintenant que cette sève est retombée, nous pouvons voir que c'est par leur côté arrogant et à la limite aristocratique que les univers de Tremblay et de Ferron communiquent et que leur surréalisme scénique n'est qu'une parade pour masquer cette distance qu'ils manifestent avec leur milieu. Ce paradoxe, c'est la manifestation des effets rassembleurs qu'ont tous les grands refus, mêlant en un tourbillon toutes les sèves créatrices, qu'elles arrivent par la droite ou par la gauche de ce grand tronc
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Ce quartier devrait d'abord appartenir à ses résidents
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Pour le flâneur d'un jour, il est évident que l'allure de ce quartier est bien différente de ce qu'elle état il y a quelques années. On a su redonner aux belles façades des demeures de la principale artère l'espace qu'il leur fallait pour qu'elles nous montrent leur fière allure. L'église Saint-Rock et ses alentours en acquièrent un tout autre cachet. Cela est bien beau, mais il serait souhaitable que ce quartier ne s'en remette pas qu'à GM développement pour se revitaliser, car ce ne sont pas que les apparences qui sont en cause et la qualité de vie des résidents passe aussi par l'accès à du logement social ou à du logement décent et abordable. Au départ ce sont d'ailleurs des objectifs de développement social du quartier qui ont mené aux premiers projets de rénovation, mais en cours de route, ces objectifs ont été détournés au profit des promoteurs immobiliers et l'on a laissé tombé la dimension sociale de la rénovation pour ne garder que son côté esthétique. Le résultat fut que l'on a laissé le béton prendre toute la place avec une autoroute suspendue pour permettre aux habitants des beaux quartiers extérieurs de s'étaler encore plus dans l'arrière pays, ce qui a coupé ce quartier en deux et fait disparaître du coup ce quartier chinois dont il ne reste plus qu'un parking et qui revit tout transformé par l'imaginaire de Robert Lepage dans ses pièces. Par ailleurs, les projets coopératifs et communautaires pour la revitalisation, notamment celle des logements, ont été abandonnés et laissés en plan. S'il faut saluer les beaux résultats apparents, il faut aussi regretter l'absence de ceux qu'un développement en faveur des gens du quartier et avec eux aurait pu produire
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La recherche des parents biologiques par ceux qui en furent séparés par l'adoption ou l'émigration
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Dans cet univers où tout se confond jusqu'à devenir un malstrom culturel au sein duquel il devient impossible de s'y reconnaître, perce le lourd secret de ceux qui un jour ont eu l'appétit dévorant de vouloir connaître leurs parents biologiques par ce qu'ils en furent jadis séparés par l'adoption. Dans le cas de l'héroïne de ce récit, cet appétit se fait d'autant plus dévorant qu'il se double d'un aspect culturel supplémentaire, les parents biologiques étant ceux qui plongent encore leurs racines dans le sol originel de cette dernière. La recherche des parents biologiques est alors à la fois génitale et culturelle. De là ces métaphores des mangeurs et des mangés, les aliments ingurgités représentant le niveau biologique de cette appartenance et la manière dont ils le sont référant au côté culturel de celle-ci. C'est de cette manière que je comprends ce récit, au-delà des patterns psychanalytiques qu'une analyse plus brève nous suggère, car ce besoin de revenir aux sources de son existence est un besoin que partagent tous ceux qui furent un jour des enfants adoptés, soit biologiquement, soit culturellement et si les deux besoins se conjuguent, cet appétit peut facilement devenir féroce.
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La dépendance au pétrole
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Il y a des pétroleuses dans l'univers du roman de Carlos Fuentes, celles qui mettent le feu aux images d'Épinal derrière lesquelles les États-Unis cachent leurs ambitions et leurs intérêts. Si ce modèle pieux de défenseur de la démocratie à l'américaine a volé en éclats lors de la dernière guerre d'Irak, les ambitions de ceux dont la dépendance au pétrole en font le fer de lance de tous les états qui carburent au même liquide ayant alors été brusquement mises à jour, Fuentès le reprend à son compter pour le faire voir au regard de son pays, lui aussi riche de ce liquide précieux. La politique fiction cesse donc d'être de la pure fiction dans la mesure ou un tel scénario n'est pas complètement illusoire compte tenu des appétits en cause. Ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que ce géant du Nord règle par les armes et l'invasion ses différents avec son voisin du sud. D'ailleurs, au regard de son pétrole, le Mexique n'est-il pas une sorte de Nouveau Mexique pour les États-Unis. Le diplomate a su trouver le scénario qu'il fallait pour dire ces vérités innommables même de manière très feutrée. Dans ce roman, c'est l'occupation de la Colombie et la lutte au terroristes détenant les armes soi-disant massives de la drogue qui sert de prétexte à l'invasion du Mexique comme cela fut le cas des terroristes armés de soi-disant armes massives qui servit de prétexte pour l'invasion de l'Irak. Il en profite également pour régler ses comptes avec l'élite politique de son pays pour qui les ambitions personnelles passent parfois avant les intérêts de leurs compatriotes. Ce roman peut être vraiment qualifié de politique au sens noble du terme.
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Il y a toujours une idéologie derrière l'économique
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Les idées de Stven D. Levitt n'ont pas été récupérées de manière vicieuse par William Bennett, elles sont vicieuses. Cet adepte du néolibéralisme, bien que modéré, a trouvé un moyen pour rallier la droite républicaine à la cause de l'avortement sans en savoir l'air. Pour les amener ainsi à tenter de régler le problème de la pauvreté et de la délinquance qui lui est souvent associée par ce moyen eugéniste, qui coûte beaucoup moins chers aux bourgeois que toutes les mesures sociales, même diluées, que ces naissances leurs auraient coûté, il se contente de faire une corrélation qui cache son objectif. Il laisse à d'autres le soin de poursuivre ce raisonnement vicieux qui vise à convertir la droite à préconiser des mesures de restriction des naissances chez les pauvres plutôt que de s'attaquer aux causes de la pauvreté. S'il n'était pas un néolibéral impénitent, Levitt aurait envisagé que le rôle de l'état qu'il limite à celui de la monnaie pouvait aussi être étendu à celui de la redistribution de la richesse. Mais son beau calcul machiavélique est tombé sur un os quand un maladroit a commis l'impair d'assimiler la pauvreté à la race limitant du coup l'impact qu'il aurait pu avoir dans les milieux bourgeois bien-pensants. S'il avait été plus honnête, Levitt aurait poursuivi son raisonnement et se serait demandé si malgré la baisse de la délinquance, le nombres d'actes criminels par individu n'avait pas augmenté et si leurs crimes n'étaient pas devenus plus sévères. En comparant ces tableaux statistiques avec ceux de la pauvreté relative grandissante dans la société américaine, il aurait alors fallu qu'il pose une conclusion ou que nous en tirions une toute autre conclusion que la première, ce qu'il s'est bien gardé de faire en batifolant pour essayer de masquer son jeu.
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Les chemins du renoncement
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Elle est déconcertante cette pièce paradoxale qui, bien qu'elle plonge dans un passé d'un auteur du dix-neuvième siècle, nous interpelle par ses accents d'une modernité certaine. Si elle réussit à passer la rampe du temps et celui de la scène, elle le doit certainement au talent des comédiens et du metteur en scène qui ont fait de ce spectacle du Théâtre Péril un succès malgré la réputation d'être injouable qu'elle s'est acquise depuis sa création en 1894 et selon les dires mêmes de soin auteur. Si elle a su ainsi parvenir jusqu'à nous avec cette fraîcheur malgré le temps, c'est qu'elle était révolutionnaire en pavant la voie au théâtre symboliste. Ce n'est d'ailleurs pas qu'au théâtre qu'elle a ouvert des voies, mais à tout un pan de la littérature romanesque française, et cela jusqu'à des jours encore très récents. Mais, qu'en est-il justement des symboles que le drame de cette pièce met en scène. Si nous les considérons avec des yeux de modernes qui ne regardent pas le terreau dans lequel ils ont germé, sans doute que nous pouvons y voir une autre illustration du renoncement aux artifices pour mieux s'approcher de l'idéal ou de l'infini. Mais si nous prenons en compte leur enracinement, alors tout s'éclaire d'un autre jour et nous pouvons y voir les visions d'un auteur pour qui l'enracinement social dans son socle d'origine, l'aristocratie, est devenu impossible. Il se trouve donc confronté au choix d'une alternative qui l'amène soit vers un autre Moyen Âge en châtelain isolé, soit vers les plaisirs que l'argent et la fortune procurent. Pour lui, d'une manière ou d'une autre, ce choix est un renoncement aux grandeurs de sa caste, soit qu'il le ramène en arrière en petit aristocrate sans grande classe, soit qu'il en fasse un bourgeois déclassé. Le suicide des deux personnages qui incarnent cette chute est la conséquence de ce nihilisme que l'histoire leur a légué en tant que personnes marquées socialement.
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Le cinéma témoigne toujours des choix fondamentaux de ceux qui le font
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La question n'est pas de savoir si ce Festival montre des films qui seront utiles ou non, c'est celle de monter qu'il y a un autre cinéma, celui de ceux qui ont fait d'autres choix fondamentaux que les choix qu'ont fait la plupart des créateurs de cinéma que le commerce du rêve sur écran nous montre habituellement. Ceux qui participent à ce Festival veulent monter le monde tel qu'il est, de manière documentaire ou tel qu'il se présente quand on le regarde lucidement et humainement, en refusant de jeter des voiles de tromperies sur sa réalité. Ces réalisateurs en faisant ce choix fondamental, se sont non seulement choisis eux-mêmes en tant qu'artistes, mais ils ont aussi choisi à quel type d'humanité ils se référaient, ce qui les fait participer déjà de cette humanité. Au fond, ils ont montré qu'ils se respectaient en respectant les autres. Les réalisateurs qui doutent de ces choix ou qui y sont opposés témoignent eux aussi à quel type d'humanité ils participent et ce n'est certainement pas avec même type de respect. À partir de cela, peu importe qu'il n'y ait qu'un réalisateur qui s'aventure sur le chemin difficile de la contestation ou de la dénonciation et qu'il n'y ait qu'un seul spectateur dans la salle pour regarder son film. L'honneur sera sauf et nous n'aurons pas été complètement trahis. Mais ce n'est certainement pas ainsi que se présente ce Festival puisqu'il y aura 46 ouvres présentées et qu'elles proviendront de 13 pays.
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Nous nous sommes nous-mêmes caricaturés
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Si les faits relatés par cette chronique n'étaient pas historiques, nous croirions nous trouver devant des caricatures, de politiciens, de membres du clergé qui ne mesuraient pas le ridicule de leurs décisions au regard de la percée irrésistible des libertés d'expression un peu partout dans le monde. Ils rêvaient pour nous d'un quelconque Tibet dont ils étaient les seuls juges à pouvoir décider de ce que nous pouvions dire et penser. C'est dans ce contexte incroyable que les auteurs du Refus Global ont trouvé leur inspiration. Qui a cette époque le moindrement sensé aurait pu s'empêcher de condamner ceux qui tentaient de mettre de tels cadenas sur notre culture et sur l'inspiration de ceux qui la manifestaient. En fait, la disparition de ce Bureau de la censure en 1967 marque un tournant. C'est à partir de ce moment que l'on peut dire que la Révolution tranquille avait atteint sa cible soit celle de renverser un ordre social archaïsant et quasiment moyenâgeux. Est-ce dire pour autant que depuis cette date mémorable, nous ayons retrouvé la liberté pour toujours. Certainement pas. Nous ne faisons pas encore bien la différence entre liberté et licence, comme celle de ravager la vie privée de personnalités publiques avec des intentions purement mercantiles. Nous n'avons pas non plus appris à faire la différence entre des libertés formelles, celles qui sont théoriquement les nôtres, et les libertés concrètes qui réfèrent à des conditions d'existence décentes qui témoignent de l'application des libertés formelles. En somme, liberté n'est pas synonyme de libertinage même si des ouvres peuvent se permettre d'en montrer les limites.
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Il y a des patterns plus difficiles à casser que d'autres
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S'il n'y avait dans l'approche de Dan Bigras pour faire ce film qu'une autre version des difficultés de la rue pour des jeunes chez qui elle est devenue leur seule famille, il ne vaudrait pas la peine de s'y arrêter bien longtemps. Ou bien nous serions en face d'un bon documentaire, ce qui n'est manifestement pas le ca ou bien devant un film revendicateur et engagé, ce qui n'est pas non plus le cas. Alors, qu'elle est la place qu'occupe ce film entre ces manières de voir la rue qui sont caractéristiques de ces manières de l'aborder, sinon de nous faire sentir l'immense détresse de ceux qui ont rompu avec un système où ils se sentent oppressés sans pour autant avoir trouvé des visions de remplacement pour se consoler de leur errance. Cet écartèlement est pour eux la source de toute poésie et c'est ce que le scénario de Dan Bigras veut nous faire découvrir et surtout sentir. La rage, c'est celle qui chez ceux de la rue, du moins chez les personnages de ce film, leur reste de travers dans la gorge quand les visions conformistes de leur milieu les condamne à l'insignifiance s'ils veulent suivre les mêmes traces que leurs prédécesseurs. Par ailleurs, s'ils se voient comme des anges, même quand ces anges savent qu'ils peuvent devenir des anges exterminateurs, c'est qu'ils sont aussi des poètes, c'est-à-dire des êtres qui savent que les rêves sont leur seule porte de sortie vers un monde meilleur. Cette coupure et ce divorce, Dan Bigras a voulu en marquer la césure avec un grand style, quitte à lui donner les pieds qu'il fallait pour en faire des alexandrins. À l'hémistiche, je touche aurait pu dire ce Cyrano en astiquant la lame de ses plus beaux vers. Pariions qu'il en touchera plusieurs avec ce film.
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Quand l'uniformité passe psar le fractionnement
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Il ne fait pas bon de prendre connaissance du fait qu'une station comme CKRL pourrait disparaître du paysage radiophonique québécois. Cette station représente un élément de diversité culturelle qui n'a pas son pareil dans la région de la Capitale Nationale. Ironiquement, ce sont les tendances au fractionnement des auditoires et des postes spécialisés qui introduisent des éléments d'uniformité dans la culture radiophonique. Plus il y a de joueurs, plus on dirait qu'ils deviennent superficiels, qu'ils se contentent de saupoudrer leurs cassettes pour des publics tout taillés d'avance sur mesure et pour eux, comme s'ils n'avaient plus d'efforts à faire pour se mettre à jour ou pour créer des contenus nouveaux. C'est le règne du conservatisme à la petite semaine qui s'installe de cette manière et sans que cela soit vraiment perceptible au départ tant cette tendance à l'air d'être à l'avant-garde. Mais quand nous nous y arrêtons, nous nous apercevons que cette avant garde est le fer de lance d'un conservatisme de plus en plus étouffant et que ce ne sera certes pas les propos démagogiques des uns diffusés par Internet ou les commentaires insignifiants des autres diffusés de pareille façon qui nous éloignera de ce danger de plus en plus envahissant. Avec cet émiettement de la culture qui prend le chemin facile du superficiel, même quand elle se recouvre de monceaux d'injures ou de propos incohérents, c'est comme si on acceptait que la culture soit mise en boîtes à conserves, les navets figurants en bonne place sur les tablettes des rayons de cette culture supermarché. Mais je doute beaucoup que les citoyens soient les gagnants de cet appauvrissement culturel, même si dans l'ensemble les profits spéculatifs générés pour quelques-uns soient plus importants.
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Les deux faces de l'opinion israélienne
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Constance Khan, l'héroïne de ce roman, a beau être française, elle n'en représente pas moins une des faces de l'opinion israélienne face au climat de guerre entretenu par des dirigeants qui ne veulent pas savoir ce que c'est que de négocier la paix, quitte à abandonner des territoires qui de toute façon ont été conquis par la force des armes au détriment de leurs voisins. Voilà pourquoi Constance est en retard d'une guerre dans la mesure où la guerre à laquelle on la convie maintenant n'a plus rien à voir avec celles où Israël défendait son existence, laquelle n'était pas reconnue par ses voisins auxquels on avait arraché des terres pour les redonner à ceux qui y avaient jadis élu leur domicile. Ce n'est pas sans raison que Valérie Zénatti décide de son héroïne est là pour compléter un mémoire sur Josèphe Flavius, celui qui fut témoin d'une guerre où Israël tentait de survivre sur cette terre convoitée par les Romains. C'est par rapport à cette guerre juste à ses yeux qu'elle se définit et non par les guerres d'occupation de la Palestine où par celles menées par d'autres conquérants à l'encontre des pays voisins, ces nouveaux Romains qui veulent y imposer la Pax Américana. Par contre, Nathanaël représente l'autre face de cette opinion israélienne, celle de ceux qui ont décidé que seul le langage des armes était le bon et qui font de leurs vies prétextes à toutes les morts, comme si ni leur vie, ni celles de leurs semblables n'avaient de l'importance. Ces attitudes typiques de la pensée droitière quand elle se porte aux extrêmes, Constance ne peut pas s'y reconnaître. Voilà pourquoi elle se sent prisonnière de cette opinion encore majoritaire dans les instances du pouvoir et qu'elle tente d'y échapper à sa manière.
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Les structures de référence de l'idéal
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Cette soif d'absolu que Tzvetan Todorov retrouve dans les oeuvres littéraires d'Oscar Wilde, de Rainer Maria Rilke et de Maria Tsvetaeva renvoie aux structures cachées qui sont à la base des grandes ouvres littéraires et qui sont les totalités que ces visions dégagent. Pour des idéalistes, ces totalités idéales ne sont que des idées qui planent au-dessus des têtes de ceux qui regardent dans leur direction sans être capable de jamais les atteindre. Les littérateurs qui auraient ces visions ne feraient donc qu'indiquer ces lointaines étoiles à des lecteurs qui dirigeraient leurs regards vers elles grâce à eux. Ces grands sémaphores seraient d'autant plus crédibles que leurs existences romantiques coïncideraient avec les visions dans leurs ouvres, leur mort rejoignant celle des héros de leurs ouvres dans cette aventure hors du commun. Mais pour des structuralistes génétiques, ces totalités dessinées en creux par ces morts symboliques ou par ces existences déchirées par l'idéal sont des références qui renvoient aux enracinements sociaux qui ont permis leur éclosion, soit en ce qui concerne les seules grandes ouvres, des structures de classes qui servent à définir le nous auquel la conscience malheureuse des héros est incapable d'accéder, soit que cette structure est en émergence, soit qu'elle soit devenue obsolète, ce qui est en général le cas. Les héros suicidaires retrouvent dans la mort ce que la vie est incapable de leur donner, réconciliant ainsi leur conscience malheureuse avec ce monde idéal qu8 leur sert de référence pour structurer les visions de leur rapport au monde. Au fond, autant Todorov que Süskind ne font qu'affleurer cette problématique qui permettrait de mieux comprendre ces vecteurs d'idéal que sont les grandes oeuvres littéraires.
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Pour initier une réflexion
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Les analyses fines de la réalité sous tous ses angles demandent non seulement de la réflexion, mais surtout beaucoup d'efforts et de recherches. Avec ce genre de compendium de statistiques, il est possible de profiter des efforts de recherche d'une multitude de chercheurs isolés ou travaillant en équipe en consultant des tableaux qui malgré leur simplicité peuvent exiger des heures considérables de recherche. Par exemple, le débat linguistique peut s'y étoffer de statistiques que des politiciens sont incapables de contourner. Il n'en demeure pas moins qu'une série de statistiques est incapable de faire le tour d'une question, qu'il y a toujours des pans de réalité qui demeurent absents ou mal éclairés. Il faut donc exercer son esprit critique en les lisant et s'en servir pour entreprendre sa propre réflexion et pour intervenir ensuite en tant que citoyen responsable et lucide. Cet esprit critique par rapport aux statistiques doit être d'autant plus exigeant que les statistiques émanent d'une seule source et s'en monter encore plus exigeant si elles proviennent d'une administration publique qui fait toujours pression sur ses chercheurs pour que les statistiques publiées ne mettent pas les politiciens dans l'embarras. Même celles produites par des universitaires peuvent être sujettes à caution quand des commanditaires privés sont derrière leur production. Voilà pourquoi les débats d'idées demeurent nécessaires pour faire dire aux statistiques ce que beaucoup trop de gens ne veulent pas qu'elles disent. L'empreinte du Devoir sur cette production est déjà un gage d'une approche plus honnête des problèmes, mais nulle approche n'est parfaite et le citoyen demeure encore le meilleur journaliste d'enquête pour approfondir les questions qui le préoccupent.
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Jack, Monoloy ou Kérouac, selon ce qu'il vous plaira
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Il est tentant de voir une traduction l'une dans l'autre de l'univers de Kérouac et de celui de Jacques Poulin. Bien sûr que son roman au titre évocateur de ce rapprochement, Vlokswagen blues, y est pour quelque chose, mais il doit bien y avoir aussi d'autres raisons. En effet, si Kérouac a vécu l'errance de la québécitude confrontée à l'américanité, Poulin a vécu celui de la québécitude confrontée à la francité. Dans un cas comme dans l'autre, cet affrontement a incité leurs auteurs à la fuite en avant et surtout, à la concentration sur les ressources extraordinaires de son propre univers quand il s'expose aux autres sans quitter ses propres frontières. C'est de cette façon que je comprends l'univers de cet écrivain et aussi son dernier roman qui met en scène une métaphore de la traduction qui dépasse les bornes de cette simple relation d'une traductrice et d'un auteur. Pour moi, c'est vers une traduction d'un univers littéraire réaproprié dont il est en dernière instance question, celui de Jack Kérouac.
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