Bienvenue sur Voir
ouvrir session
FAQ
devenez membre
www.voir.ca
Marc Audet
Marc Audet
November 2005 - Messages
30 novembre 2005, 5:30
Le plus beau jour est celui de la réalité de l'improbable
Je ne crois pas que jean-François Cooke et Pierre Sasseville aient voulu faire dans la joliesse ou bien dans les sentiments à l'eau de rose avec leur art même si des sculptures qu'ils nous montrent sont à base de styromousse rose. Il y a d'abord le sujet de l'une de ces pièces qui donne le ton à l'intelligence de leur propos. Comme il est bien connu selon l'adage populaire que les éléphants auraient peur des souris, leur éléphant à eux tient un chat dans ses bras, un chat qui se fait d'ailleurs énorme. Tout un programme puisque cet éléphant serait maintenant situé au-delà de la peur atavique qui afflige son espèce malgré sa masse imposante, ce qui le ferait s'apeurer devant un être aussi frêle en comparaison qu'une petite souris. Mais leur métaphore de l'absurdité de certaines peur ne s'arrête pas là puisque à la fois l'éléphant et le chat devenu énorme sont tous deux en cage. N'y aurait-t-il pas là comme une métaphore pour nous dire à quel point le besoin de sécurité à tout prix serait d'un prix à payer incroyablement élevé, soit celui de l'abandon de sa liberté. Non vraiment, ce ne sont pas des éléphants à la Walt Disney qu'on nous présente avec cette exposition.
Tags:
30 novembre 2005, 8:27
Quand la comédie musicale se donne des airs de tragédie
Il n'est pas commode de s'en remettre aux étiquettes communes pour parler correctement de ce spectacle qui se veut intégral. Si les auteurs de ce que l'on nommait autrefois des comédies musicales se rebiffent devant ce vocable et qu'ils préfèrent celui d'opéra rock, celui-ci ne convient pas davantage au spectacle d'Antoine et Cléopâtre. Comment le qualifier alors sinon en empruntant à toutes les disciplines qui le composent et parler d'un poème musical joué et chanté. Celle qui retient l'attention surtout parce qu'elle y occupe souvent le devant de la scène est la musique quand elle se fait chanson. Les beaux textes de Marie-Claire Blais se découpent parfois de cet ensemble et atteignent une hauteur poétique qui surplombe de très haut le monde de la comédie musicale. Cet aspect de l'oeuvre est particulièrement touchant et se laisse voir au mieux quand on lui laisse la parole, comme dans ce qui peut s'appeler le monologue d'Enobarbus. Par ailleurs, cet interprète remarquable qu'est Jean Maheux porte la chanson sur des épaules de géant, lui qui a l'intensité dramatique d'un Jacques Bertin ou d'un Marc Ogeret quand il le fait et qui entraîne les autres chanteurs à sa suite. Il y a aussi la danse qui entoure le spectacle de ses pas nerveux comme pour dire tout le tragique de la situation et pour tenter de la rendre au monde de la tragédie dont elle est tirée, bien que l'on soit inacapable de dire qui de Shakespeare ou de l'Histoire nous la narre. Si la tragédie est au fil d'arrivée grâce au talent des acteurs qui composent la dimension théâtrale du spectacle, il y a des éléments un peu disparates qui nous égarent parfois en chemin. Ce beau spectacle gagnerait à faire davantage son unité et à détacher ses moments forts, même s'il fallait pour cela qu'il dure encore plus longtemps et sans qu'il abandonne le climat de pure créativité quii le caractérise.
Tags:
29 novembre 2005, 2:51
Comme si les morts de la guerre faisaient bien d'autres victimes
Comme bien des poètes, Jean Rouaud possède un septième sens qui lui fait reconnaître le temps et son écoulement comme étant une dimension du réel aussi réaliste que celles qui se dévoilent aux humains par la vue, l'odorat, ou le toucher. Les morts aux Champs d'honneur ne concernent donc pas que cet épisode dramatique de la guerre que l'on circonscrit entre des paires de dates pour en marquer le début et la fin et pour lequel on compte les morts survenues au cours de la même période. À cause des blessures à l'âme que ces disparus causent à ceux qui demeurent, la malédiction se poursuit bien au-delà de ces dates butoir et dans leur cas, on peut parler émotivement de morts prématurées. Reprenant métaphoriquement ce thème des combats qui tuent même ceux qui n'en meurent pas sur le coup, Rouaud fait des combats pour la vie des possibles morts pour ceux qui même s'ils s'en sortent, en portent longtemps les blessures.
Tags:
28 novembre 2005, 7:21
Une pièce qu'il serait dommage de bouder
Le ciel de l'été pourtant si propice au théâtre de la saison s'était fait lourd de nuages et d'orages en attente ce soir-là, lors de la présentation du spectacle du vingtième soir de ce mois d'août au Théâtre de la Dame Blanche. Ils étaient bien loin les petits ciels légers des jours de l'été qui planent au-desus des têtes des estivants sans qu'il y ait la présence du moindre nuage. Nous étions au théâtre tout cort et l'été était bien loin. Tout cela pour dire que cette pièce de Jeff Baron était du vrai bon théâtre, ce qui n'était pas une surprise dans la mesure ou Michel Tremblay n'aurait cetainement pas accepté de la traduire s'il en avait été autrement. Si on y ajoute maintenant des interprèts tels que Albert Millaire et Louis-Olivier Maufette, tout est la hauteur du vrai théâtre. Pour revenir au sujet de la pièce, celui-ci naît de la rencontre de deux solitudes, toutes deux creusées à même les préjugés d'une culture blocquée, soit par ceux que la victime entretient elle-même, comme c'est le cas pour Monsieur Grenn, ce juif orthodoxe qui refuse le monde tel qu'il est pour se réfugier dans sa tradition, soit par ceux que le milieu ambiant entretient, comme dans celui de son ami que le destin a placé sur la route de Monsieur Green. Sans que le ton de l'interprétation ne creuse à loisir le côté dramatique de ces deux situations solitaires, le drame finit quand même par se faire plus lourd à mesure que se précisent les contours étanches qui isolent chacun de ces deux personnages par rapport à leur milieu ambiant d'abord, puis par rapport à toute la société de maintenant par ailleurs, car ce juif orthodoxe est ainsi privé de l'amour de sa fille et son ami l'est de l'amour tout court. Le drame passe tout de même du côté de l'été avec le final qui ramène l'espoir pour chacun d'eux.
Tags:
28 novembre 2005, 6:59
Quand la nouvelle migre vers le roman
Le récit de ce roman, tant par sa facture que par son contenu, me fait penser davantage à une nouvelle qui se serait faite plus volumineuse, ramassant ses feuilles pour se couvrir des froidures extérieures dans sa migration vers le roman en plein coeur d'une saison plutôt froide, qu'à ce qui serait stictement parlant, un roman en bonne et due forme. Il a d'abord le propos qui voltigre allègrement comme si l'auteure flanait un peu en chemin sur la route qui la mène vers le roman, non pas qu'il soit dépourvu de sens comme il tente de s'en donner l'air, les tranhumances culturelles qu'il relate n'étant pas un sujet léger, mais parce quil en limite volontairement la portée, son poids demeurant trop lourd sur la structure de ce qui n'est pas encore un roman. Par sa facture aussi, ce roman butine des informations comme des abeilles qui n'auraient pas encore décidé de réintrégrer leur rûche où les attend le miel qui alimenterait la plume d'un romancier pour qui tout ne serait pas que sucre. Mais elles y sont bien en route pour cette destination finale ces abeilles butineuses, si bien sûr elles renoncent à cueillir les pollens de toutes les fleurs qui passent à leur portée.
Tags:
27 novembre 2005, 11:59
Quand on regarde au niveau des vitrines
Qu'il s'agisse de la rue Cartier ou bien de la rue Maguire, le genre d'appréciation que l'on trouve dans cette chronique de la Rue des plaisirs ne vaut que si les regards ne se lèvent pas plus haut que le niveau des vtrines des commerces de toutes sortes qui la bordent. Alors là oui, cela fait bon chic bon genre que de se promener sur cette artère et encore mieux, d'y être aperçu dans l'une de ses boutiques ou de l'un de ses restaurants. Mais si daventure les promeneurs veulent vraiment sentir une ambiance urbaine moins factice, il leur vaut beaucoup mieux aller se promener ailleurs, rue Saint-Jean, rue Saint-Joseph ou rue Saint-Paul, rue Saint-Louis, pour regarder les édifices qui ne valent pas que par leurs vitrines et leurs boutiques, fussent-elles typiques et bien spécialisées. Je veux bien que la réclame tente de vivifier et d'animer des quartiers qui sont en fait encore plus endormants que certaines banlieues, mais il ne faut pas pour autant les voir comme étant devenus des souks à nul autre pareils. Avis à la polpulation venue d'ailleurs, quand vous entrez dans le quarrtier Montcalm, celui de la rue Cartier, ou bien dans le quartier Sillery, celui de la rue Maguire, vous n'entrez pas dans une Médina... Je ne conseillerai jamais à un touriste de descendre rue Maguire ou bien rue Cartier. Admettons quand même que la présence de ces commerces les animent quand même un peu ces quartiers qui en ont bien besoin. La vie des résidents des alentours s'en trouve un peu plus animée qu'elle ne l'était auparavant.
Tags:
26 novembre 2005, 7:55
Faire dialoguer Beckett et Ionesco
Même si la tradition littéraire les confond souvent parce qu'ils logeraient tous les deux à la même enseigne, celle de l'absurdité, n'est-ce pas un peu absurde de considérer Beckett et Ionesco comme étant des voisins de palier. Autant l'absurdité que dénonce Beckett est celui qui pointe vers un avenir incertain et fantomatique, celui qui se dessine comme un spectre au-dessus des personnages de la pièce de Beckett, En attendant Godot, autant celui qui fait réagir Ionesco est tourné vers le passé, celui qui s'estompe à mesure qu'il s'éloigne et qui retentit à travers les fausses notes d'un opéra qu'une Cantatrice chauve émet, comme dans cette pièce de Ionesco. Ce chapeau de l'absurdité est un couvre-chef beaucoup trop commode pour qu'il sied bien à toutes les têtes qui le portent. Ceci étant dit en me fondant sur les commentaires du chroniqueur de cet article et de mes réflexions sur les oeuvres de ces auteurs, je dois dire que j'ai été incapable d'assister à cette pièce pour laquelle j'avais pourtant des billets et que je le regrette. Le thème de l'absurdité est un thème qui m'interpelle en raison de sa modernité, même si c'est pour en contester les fondements, ou du moins les interprétations souvent trop passe-partout que l'on en donne. J'aurais bien aimé avoir pu enrichir ma réflexion des interprétations qu'en donne Marie-Hélène Poulin. Dommmage, mais ce sera pour une prochaine fois.
Tags:
26 novembre 2005, 10:56
Pour qu'ils se sentent encore humains
Les souffrances de ces exclus absolus que sont les sans-abris sont innnombrables et difficiles à nommer avec des mots conçus pour poser des étiquettes sur ce qu'ils nomment. À partir du moment où on les a catégorisés en leur donnant le nom d'itinérant, ce bel euphémisme qui les rendrait à l'autonomie de l'existence alors qu'ils sont les victimes piégées d'un système qui les condamne à être là où ils sont, soit parce que le suivi des patients psychiatrisés est déficient, soit que des logements sociaux pour des gens incapables, pour toutes sortes de raisons, d'occuper des emplois suffisamement rémunérateurs pour se payer des logis au prix du marché sont insuffisants, toujours est-il qu'il y a des gens qui se retrouvent à la rue, ce qui est inacceptable. À défaut de politiques adaptées à ces situations déplorables, l'action de ces personnes qui se voient comme faisant des actions teroristes socialement acceptables est un baume sur les plaies de ces malheureux qui ont avec eux le sentiment d'être encore des humains, de faire encore partie d'une société qui les rejette ou bien les oublie là où ils sont. Peut-être qu'à la suite de cela, il y en aura quelques-uns, même si ce n'était qu'un seul, qui reprendront goût à leur vie et qui tenteront de réintégrer cette société qui les laisse souffrir. Par contre, il y en aura beaucoup plus dans la population en général qui seront mis au contact de cette réalité de l'itinérance à partir de la couverture médiatique provoquée par ces actions si peu teroristes. Heureusement que les promoteurs ont ainsi l'occasion d'expliquer les motifs de leur action, car ils s'en trouvent hélas probablement beaucoup pour déplorer que l'on offre des repas de ce prix à des gens qu'ils méprisent, alors que c'est justement le mépris que leur action veut combattre.
26 novembre 2005, 7:23
Celui dont le patriotisme n'était pas aveugle
Grand admirateur d'Olivar Asselin et de Jules Fournier, Adrien Thério ne donna jamais pour autant dans le nationalisme borné ni dans le patriotisme aveugle. Au contraire, il aurait voulu que les chemins de la liberté qu'il imaginait pour son peuple aient été ceux que la raison leur traça et non ceux ravinés par de vieux atavismes aveugles tels que ceux dans lesquels trop de nationalistes de l'époque se complaisaient. Cela ne l'empêcha pas de fustiger ceux dont le nationalisme pourtant éclairé n'était que verbeux, tel qu'était à ses yeux celui professé par Henri Bourassa. Cette attitude de libre penseur et de franc parleur lui valut bien des ennemis, à partir du clergé jusqu'à la société civile trop servile. C'est dans le contexte défini par cette pensée lucide qu'il faut voir les reproches qu'il adresse à ce Québec rural qui refusait de s'éclairer, ou qui était tenu trop en laisse par le clergé pour pouvoir le faire. Ceux du rang du Chemin-Taché appartiennent à cette société de relégués qui ne pouvaient plus à ses yeux acquérir suffisamment de liberté pour accéder au rang des citoyens tels que les concevait cet auteur. Par ailleurs, si on ajoute à ce climat de répression savemment entretenu par un certain clergé de cette époque, pour ne pas dire un clergé certain, les avanies de la grande dépression, c'est alors sur les routes et les chemins du désespoir qu'il faut suivre l'auteur pour atteindre ceux du Chemin-Taché. Dans les pages de ce roman s'écrivent donc les pages sombres de notre histoire.
Tags:
26 novembre 2005, 5:03
L'édition des pièces de théâtre
Ce secteur de l'édition qu'est celui de l'édition des pièces de théâtre est avec celui de la poésie, ou bien de l'essai, un domaine rare de l'édtion. Cela est une chose que d'assister à une pièce de théâtre et une autre que celle de la lire dans un texte dont il faut en quelque sorte se faire le metteur en scène imaginaire, sauf si bien sûr on a déjà assisté au spectacle devant comédiens comme cela est le cas pour ceux qui ont assisté à la pièce au TNM. Ces pièces pour la lecture d'un seul spectateur-metteur en scène à la fois rejoignent en fait les spectacles de mise en lecture, à la différence que le lecteur dans ce dernier cas se fait auditeur plutôt que lecteur et qu'il n'est pas le seul à se faire metteur en scène à cette occasion. Peut-être que Franz Kafka aurait apprécié les interprétations fort diverses qui peuvent résulter tant de l'adaptation de son roman que des lectures particulières auquel il peut donner naissance du fait de sa mise à la disposition d'une multitude de metteurs en scène, grâce à l'imprimé. Sa vision de l'absurdité y aurait probablement rencontré des motifs de satisfaction parce qu'il y aurait constaté à quel point les contradictions, les ambiguïtés et les détournement de sens font partie intégrante de la communication entre humains. Peut-être y aurait-t-il vu aussi des raisons supplémentaires de désespérer, lui qui ne pouvait concevoir un État de droit, celui dans lequel les lois et les réglements sont des aides indispensables pour les citoyens plutôt que d'être que de simples empêchements de tourner en rond. Le romantisme aristocratique y a perdu des plumes, mais non pas la liberté qui y a au contraire pris du galon.
Tags:
26 novembre 2005, 10:40
Ottawa ou l'Outaouais
Quand je me rends dans la région que l'on désigne maintenant comme étant celle de l'Outaouais, je me rends en fait dans deux régions bien distinctes. Ce n'est pas uniquement, comme on pourrait le penser d'abord, en raison des différences linguistiques qui séparent les habitants des deux côtés de la rivière des Outaouais, elle qui fut le témoin silencieux de tant de marchandages de la part de ceux qui partaient de la tête des grands lacs pour venir vendre leurs produits aux habitants des rives du Saint-Laurent, quand Algonquins, Hurons et Iroquois s'en disputaient l'exclusivité commerciale. C'est pour la simple raison que l'une des deux rives possède tous les édifices prestigieux comme le sont les musées, celui des Beaux-Arts ou bien celui des Sciences naturelles, ou encore, celui du Parlement, alors que de l'autre côté, c'est la Nature, même si c'est avec un grand N qu'il faut en parler, qui retient notre attention. Il y a bien sûr une exception avec le Musée canadien des civilisations, multiculturalisme a obligé pour l'avoir nommé ainsi, qui traverse timidement la rivière, comme s'il regrettait un peu d'avoir rejoint l'autre rive, mais il ne suffit pas à lui seul pour modifier la donne. Cela ne détruit pas les charmes de l'une et de l'autre rive de cette rivière, mais cela rend quand même très difficile d'en parler comme s'il ne s'agissait que d'une seule et même région, n'est-il pas! Alors, il faut bien se réjouir du fait que la nature imprègne aussi sa marque de l'autre côté de la rivière, jusqu'à imposer à ses habitants de chausser leurs patins quand il gèle, ou même par temps doux, quand ce sont les séances de patinage de son Parlement qui prennent la vedette.
26 novembre 2005, 9:53
De quel côté de la ligne est cette ligne
Le passé trouble des personnages de ce récit nous amène à penser que la ligne de partage de leurs expériences réciproques n'est pas tout à fait nette. En prenant comme titre de son ouvrage le nom d'une république mussolinienne défendue par l'extrême droite allemande de cette vision du monde, Fulvio Caccia nous indique à sa face même que la quête des recherches identitaires de ses personnages à travers leurs raports amoureux est piégée quelque part. Ne nous indique-t-il pas par là qu'il est conscient des pièges dans lesquels peuvent sombrer les combats pour la reconnaissance culturelle tous azimuts, de la dérive vers l'extême droite qui la guette quand elle n'a pas d'autres repères que sa propre quête d'elle-même. Il me semble bien que si tel n'est pas le cas que nous puissions quand même quant à nous lecteurs l'interpréter de cette manière, surtout quand on met ce texte en rapport avec d'autres textes de l'auteur portant sur la conception de la république par une certaine droite nationaliste québécoise pour laquelle les idées corporatistes étaient des leitmotivs.
26 novembre 2005, 9:13
La métaphore des changements des relations sociales
À ces prix littéraires combinés à celui de la Société des mathématiques aurait pu aussi s'ajouter une reconnaissance d'une quelconque Société des sciences sociales. Ce récit n'est-t-il pas en effet une belle métaphore des changements dans le type de relations sociales qui sont maintenant les nôtres dans nos sociétés fonctionnalistes, par rapport à ce qu'elles étaient avant dans des sociétés de type communautaire, changements qui sont sentis très profondément au Japon où la prégnance du type des relations sociales d'avant a laissé sa trace même au sein des grandes corporations multinationnales niponnes. C'est de cette façon qu'il faut lire la présence encore récente des emplois guarantis à vie dans les grandes corporations niponnes. Or ce professeur dont la mémoire limitée oblige cette dame à se faire reconnaître à chacune de ses nouvelles présences auprès de celui-ci est la transposition en littérature de cet amnésie collective qui fait que chacun de nous ne connait plus son voisin de palier, alors qu'il connaissait auparavant chacun des membres d'une communauté, en tout cas suffisamment pour le saluer par son nom lorsqu'il le croisait quelque part. Dans le contexte actuel du Japon, il n'y a pas de doute que bien des personnes appartenant à des domaines divers de la vie en société, de la littérature aux mathématiques, se sentent interpellés par ce récit, bien qu'il faille reconnaître que même si nous le sommes moins, nous puissions aussi y trouver notre intérêt, puisque ce passé n'est pas non plus très loin derrière nous.
25 novembre 2005, 7:06
Les motifs qui faisaient rire les contemporains de Molière n'existent plus
C'est une lapalissade que de le dire, mais les raisons qu'avaient les spectateurs de Molière pour rire des situations que leur présentait l'auteur avec ses pièces n'existent plus. Je ne fais pas référence ici aux lazzis dont sont truffées les pièces de Molière et dont on a parfois retenu que la forme pour les adapter aux contextes plus modernes, mais aux visions du monde en profondeur de cet auteur, celles qui lui faisaient voir la bourgeoisie montante comme étant une classe sociale composée de personnages qui n'en finissaient plus de se ridiculiser à ses yeux et à ceux de la cour du roi. Par ses soins, les prétentions des bourgeois commercants voulant s'anoblir parce qu'ils ont fait fortune, ou bien celles des membres de la noblesse de robe avec ses juges et ses avocats voulant réglementer la vie sociale encore dominée par les aristocrates, deviennent des caricatures qui prêtaient à rire. Or ces situations sont maintenant carrément obsolètes. Ceux qui veulent reprendre ces pièces de répertoire sont donc confrontés à une alternative. Soit qu'ils se font les acteurs de la perpétuation d'une tradition classique qui recrée artificiellement le climat de cette époque, dans l'espoir d'en retouver l'âme directrice, mais avec les clichés qui forcément détonnent maintenant, soit qu'ils ne retiennent que la caricature d'une époque pour laquelle il est tentant de renverser les rôles pour faire aussi la caricature des aristocrates, mais avec le piège de tomber dans les cabotinages sans fin. Ce n'est donc pas une mince tâche que celle de s'atteler à la reprise des classiques.
25 novembre 2005, 6:39
Pour que le courant passe
Si cette autofiction n'en était une que pour faire la narration de comportements sulfureux, il serait tentant pour le lecteur de se sentir dans la peau d'un petit poisson qu'un habile pêcheur espère attirer au bout de son hameçon. Mais il y a un petit plus dans ce récit. Ce ne sont pas que des états d'âme que l'on exploite de la sorte, même si le fait de s'en remettre à ces sentiments n'est pas condamnable en soi quand ils nous mettent en état de voir et de comprendre des situations qui caractérisent des époques ou des fragments de société qu'ils nous font ainsi connaître comme de l'intérieur, mais une quête d'identité qui a le mérite de tenter d'établir des ponts entre les cultures et par-delà celles-ci, entre des époques qualitativement différentes. Il y a aussi un plus dans le fait que ce voyage intérieur n'a rien d'un voyage exotique à la Pierre Loti. Le fait de partager deux cultures, la française et l'algérienne, est pour cettte auteure la cause d'un déchirement qu'elle vit comme une véritable rupture d'elle-même et de son identité. Pour s'en consoler, elle se fait croire que c'est elle qui fait qu'Alger existe et non l'inverse. Elle n'a qu'en partie raison bien évidemment, puisque cet Alger dont elle parle est celui dont elle ne peut pas se défaire pour recomposer son identité à partir d'une seule culture, soit la française. Pour ces raisons-là, il me semble que ce roman dépasse les cadres de l'autofiction et qu'il peut intéresser les lecteurs qui s'interrogent sur les difficultés de l'intégration dans une société des personnes venant de divers horizons culturels.
Page suivante »