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Marc Audet
Marc Audet
August 2005 - Messages
31 août 2005, 11:14
Des mots et des choses
Il est porteur de messages ce récit emboîté comme des poupées russes dans lequel l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte s'emboîtent pour mieux nous montrer les liens à faire ente la poésie, la fiction littéraire et la raison qui s'essaye à comprende. Et si l'enfance correspondait au monde de la poésie, celui de l'adolescence à celui de la fiction littéraire et celui de l'âge adulte à celui de l'essai, nous aurions déjà un petit jeu quasi parfait de tables gigognes sur lesquelles il n'y aurait plus qu'à poser nos regards pour comprendre. Cependant, ce narrateur ne se laisse pas découvrir aussi facilement et il nous donne d'autres clefs d'interprétation qui vont plus loin que ce que nous dirait ce psychologisme un peu primaire. C'est ainsi que derrière les noms de ses personnages se cache probablement aussi une métaphore des premiers commencements de l'humanité à partir de ce couple qui symbolise les premiers pas de tous les commencements. Nous ne sommes pas au paradis terrstre, mais bien sur terre où les allumettes du désir ont bel et bien remplacé la pomme. Quant à ce narrateur, il tient le lieu et la place de toutes les divinités absentes, démoniaques ou non, et c'est sous son regard que sera tenté l'ultime création, celle qui les contiendraient toutes, celle à partir de laquelle ses secrets seraient mis au grand jour des regards permettant ainsi à chacun de devenir immortel à sa façon. En somme, cet essai poétique est une métaphore de l'acte créateur, fondateur autant de la vie qui bat que de la vie de l'esprit qui l'entretient. Ces ombres ne sont pas si diaphanes qu'il y paraît puisqu'elles nous concernent tous.
30 août 2005, 8:47
Comme coincé entre deux images
Michael Nava se sera servi des images et des masques que la vie, la sienne, lui a fait porter tour à tour. Ce Henry Rios, avocat de profesion, son héros que l'on est facilement tenté d'associer au personnage de l'auteur en tant que citoyen, est le premier de ces porteurs de masques, soit celui dont les modèles de conduite sont directement puisés dans la culture majoritaire qui définit les comportements professionnels de ceux qui les portent, peu importe leurs opinions ou les valeurs qui sont les leurs au tréfonds d'eux-mêmes. Mais pour Henry Rios, le décalage entre ses valeurs et celles qu'il doit emprunter se fait encore plus grand puisqu'il se double de celui de ses valeurs et de ses pulsions intimes, en faisant beaucoup plus qu'un simple divorce formel. Par ailleurs, le choix qui s'offre à lui n'est pas celui d'avoir à choisir entre le fait de porter un masque ou de n'en point porter du tout, car l'autre versant sur lequel il pourrait être tenté de s'affranchir en se dévoilant tel qu'il est et en refusant de défendre ce client est lui aussi piégé par un masque, soit celui que revêt ce client qui se domnne lui aussi pour tout autre à ce qu'il est vraiment, comme une victime alors qu'il est un agresseur. Dans ce jeu subtil des doublures, Nava met finallement en scène des situations qui font ressortir les divorces que subissent tous ceux qui sont en marge d'une société qui définit un ensemble de valeurs pour la représenter et dans lequel ne figurent pas celles auxquelles ils se rattachent.
30 août 2005, 6:43
Le graphisme est à l'agréable ce que le design est à l'utile
Pour mieux enrober leurs produits d'une enveloppe qui les rende encore plus désirables pour des consommateurs rassasiés, les producteurs ont imaginé de faire appel au graphisme pour ce qui est des produits qui font partie du domaine du non-utilitaire comme le sont les disques ou les livres, et de s'en remettre au design en ce qui concerne les produits qui sont du domaine de l'utilite. Tant que les consommateurs font les distinctions qui s'imposent entre ce qui est l'enveloppe d'un produit et ce qui constitue son contenu, utilitaire ou non, il n'y a pas de marché de dupes. Toutefois, ce n'est certainement pas toujours le cas et bien souvent des consommateurs se laissent piéger par les mirages des apparences pour se procurer des biens dont ils regrettent ensuite l'acquisition. D'ailleurs, le fait qu'une papetière se fasse le vecteur de ces amalgames n'est pas surprenant. Elle y trouve elle aussi un emballage qui la fait se mieux présenter aux regards d'autrui, tant et si bien qu'elle n'hésite pas à qualifier ses papiers d'éthiques et d'écologiques, de quoi laisser bouche bée les écologistes et les défenseurs de l'environnement. Bien sûr que Gary Burden n'est pour rien dans cet amalgame et que son talent mérite d'être apprécié. Ceci étant dit, il ne faut tout de même pas tomber dans les pièges mercantiles qui guettent bien des modes d'expression, même quand ils sont dans le domaine de la culture comme le sont les pochettes de Burden. Demeurons lucides et les vrais rtalents des artistes n'en seront que plus évidents.
30 août 2005, 5:15
C'est l'espace de la conquête qui l'habite
Ce qui sous-tend l'univers ludique de Gabriel Garcia Márquez est à mon sens celui des espaces à conquérir, celui des frontières qu'il faut repousser plus loin, qu'il s'agisse des frontières d'un pays à fonder ou de celles d'un pays à nommer. Bolivar qui lui servit asussi de modèle devient donc pour lui le stéréotype de toutes les conquêtes et ce faisant, il incarne le machisme inhérent à la culture sud-américaine. Nous serions loin du sujet de ce roman pourrait-on penser à la lecture de ces propos. Pas tant que cela. Du projet de faire une grande Bolivie, telle que la rêvait Bolivar, en repoussant les frontières des états morcelés par les visions du moment à celui de les reposser aussi dans les visions de la morale d'une époque, il n'y a pas de solution de continuité. L'un et l'autre projet émargent le même imaginaire qui attribue à Don Quichotte toutes les vertus, peu importe le ridicule dans lequel les plongent leurs utopies. Dans un cas, c'est l'utopie de la pensée politique qui triomphe des manigances de la politique réaliste et dans l'autre, c'est celui de la pensée poétique qui le fait des outrages que la réalité impose à quiconque la défie. C'est à ce second niveau de signification qu'il faut comprendre cette oeuvre par ailleurs fort triste de toutes les réalités qu'elle dévoile. Car si on la prend au pied de la lettre, il ne reste alors plus de Don Quichotte que le spectre d'un viellard ridicule et vaincu d'avance. De toute manière, peu importe le niveau de signification que retiendra l'attention du lecteur, ce roman pose un diagnostic sévère sur les dérives de l'imaginaire machiste, particulièrement sur l'imaginaire hispanique et sud-américain sur lequel la prégnance des visions aristocratiques pèsent d'un poids trop lourd sur les visions de maintenant. C'est tout le poids de l'histoire qui courbe les épaules de ces putains.
29 août 2005, 9:13
La route des premiers peuplements
Suivre l'itinéraire que nous propose l'article de Gilles Morneau, c'est un peu comme refaire un voyage aux sources des premiers peuplements de notre territoire en terre d'Amérique, la Côte-de-Beaupré et l'Île d'Orléans en ayant été les premiers points de chute pour la plupart des familles souches du Québec. De cette histoire, le paysage architectural en garde évidemment des traces avec ces maisons ancestrales ici et là et ce chemin tortueux que l'on nomme encore aujourd'hui l'avenue Royale. Tout au long, il y a aussi le paysage montagneux qui vient y renconter la Côte et qui recèle en ses flancs des canyons et des chutes qu'il vaut vraiment la peine de voir, qu'il s'agisse des Sept Chutes de Saint-Ferréol, avec ce petit barrage qui nous rappelle l'histoire enclavée par des corporations de notre hydro-électricité, ou de celles de Beaupré. Et tant qu'à remonter ainsi notre passé en suivant cette avenue, pourquoi ne pas le faire aussi dans notre passé culturel pour nous recuellir, le temps d'une petite neuvaine touristique, aux sources de notre religiosité naïve qui nous fit croire à la possibilité de tellement de miracles avant que ne se pointent les gros bonis de Loto-Québec. La cathédrale de Sainte-Anne de Beaupré est pour nous tous, croyants comme athées, un monument architectural digne de ce nom, principalement en raison de son ornementation intérieure qui fit appel aux plus grands talents en cette matière. Et si cette petite neuvaine ne vous a pas converti à la croyance aux miracles, surtout si Sainte-Anne ne vous a pas encore fait gagner le gros lot malgré vos neuvaines répétées, vous y aurez au moins connu les joies d'un petit voyage quasi miraculeux.
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28 août 2005, 6:40
Un rendez-vous avec soi-même
Il y a de ces lieux qui invitent au recueillement, à la méditation, à aller à la rencontre de soi-même parce que toutes les traces des déferlements des foules dans leurs courses aveugles vers des buts imprécis semblent s'être effacées pour laisser toute la place aux paysages et aux rencontres avec les arts et la culture. Baie-Saint-Paul en Charlevoix est un de ces endroits, surtout quand il nous accueille avec des artistes,avec leurs oeuvres, en plus de la faire avec ses escarpements qui dominent le fleuve où la mer et la montagne se marient. Même si la production artistique que l'on y découvre chaque année est comme les récoltes et qu'elle n'est jamais semblable d'une année à l'autre, les souvenirs des peintres qui l'ont pris pour décor nous accompagnent toujours en ce lieu. Autant dire que nous nous faisons aussi un peu peintre pour l'occasion en brossant des peintures célèbres qui remontent du fond de notre mémoire. Ce rendez-vous avec nous-mêmes est donc aussii un rendez-vous avec l'artiste qui sommeille en chacun de nous, du moins celui qui se croit tel quand il est stimulé de la sorte. Cette belle provision d'optimisme nous permet de passer sur les manques que nos attentes pourraient provoquer ici et là, plus certaines années que d'autres il est vrai. De toute façon, il en est de Charlevoix avec la peinture comme il en est d'autres régions avec d'autres forme d'expression, soit l'accomplissement d'un mariage naturel.
27 août 2005, 9:06
Qui a dit que tous les immigrants étaient des voleurs de jobs
Il a la vie dure dans la tête de bon nombre de gens de chez nous le préjugé qui leur fait dire que tous les immigrants sont des voleurs de jobs. Pourtant, le cas de ces travailleurs latinos-américains est un cas parmi d'autres qui montrent ad nauseam que ce préjugé ne colle strictement pas à la réalité dans la plupart des cas. Il y aurait aussi les exemples des travailleurs des sweat-shops qui iraient dans le même sens pour nous montrer que nous devons refaire notre portrait de la main-d'oeuvre immigrée, qu'elle le soit temporairement ou non. D'ailleurs, ces préjugés, plus ou moins subtilement entretenus, servent bien les intérêtes de ceux qui peuvent les ressortir au besoin pour se dédouanner du fait de payer des salaires de misères ou pour tolérer des conditions de travail à la limite de la décence. N'est-il pas normal de traiter différemment et moins bien des travailleurs qui seraient tolérés, semblent-ils nous dire, en raison des pénuries de main-d'oeuvre, en feignant d'ignorer que ce sont justement les conditions de travail qu'ils imposent qui sont la cause principale de ces pénuries. Il est vrai que cette restructuration de l'agriculture qui en fait une industrie intensive qui utilise beaucoup de main-d'oeuvre dans les pays développés a pour corollaire des agriculteurs déplacés et faméliques dans les pays qui le sont moins, lesquels ne peuvent compter que sur les maigres retombées du commerce qui se veut équitable, mais qui n'est qu'un placebo pour guérir ce mal endémique qui suit les courants de la mondialisation et qui provoque des mutations structurelles encore bien pires que celles que l'on impute aux OGM, lesquels ne sont que la traduction épidermique de ce mal profond. Dans cette restructuration, ce n'est pas que l'index de la main qui risque d'y passer, mais toute la main.
27 août 2005, 2:03
Une valeur certaine de la chanson d'ici
Je garde du spectacle de Thomas Hellman à la Maison de la chanson du Petit-Champlain de Québec et de ses chansons poétiques des souvenirs qui le classent parmi ceux qui comptent dans la chanson d'ici. Je sais que son nom ne revient pas souvent parmi les noms de ceux qui défraient les manchettes des actualités musicales, mais je persiste à dire qu'il devrait en être tout autrement. Il y a chez lui un tel cocktail d'influences qui explosent dans sa verve poétique que son expression artistique en est tout-à-fait singulière. Mélangant les langues et les cultures dans le meilleur sens du terme, il va à l'encontre des courants arrivistes de ceux qui s'expriment en anglais afin de rejoindre des publics plus nombreux, le tout n'étant pas toujours, loin de là, dépourvu de calculs mercantiles. Ces démarches accrocheuses qui font choisir l'anglais plutôt que le français à des créateurs de langue maternelle française n'est d'ailleurs pas un phénomène propre aux québécois francophones, puisque bon nombre de français font aussi de même. À mon avis, ces reniements sont souvent inutiles et finissent pas desservir ceux-là mêmes qui croyaient y voir la clef de tous les débouchés. Par exemple, des gens vont quand même voir Gorgio Conté, lui qui s'exprime presque uniquement en italien parce qu'ils y trouvent l'expression d'une authenticité qu'ils ne retrouveraient pas autrement. Quant à Hellman, nous sommes évidemment heureux qu'il s'exprime aussi dans la langue de Molière, même s'il est un des rares interprètes à mon sens qui peut se permettre de chanter une chanson de Brel en anglais sans que cela jure le moins du monde. Je garde de son interrprétation de Mathilde, la chanson de Brel, un souvenir inoubliable.
26 août 2005, 3:59
À mi-chemin de l'improvisation
Elle est fascinante pour le spectateur cette formule qui est à mi-chemin entre l'improvisation et le théâtre. Il ne s'agit plus ici de personnages en quête d'un auteur, mais d'un auteur en quête d'un personnage, soit celui de cet invité qui doit improviser sa présence sur scène et qui est différent à chacune des représentations, créant ainsi un nouveau personnage du même coup. De plus, le fait qu'il parte de la salle pour aller sur scène a comme un effet d'entaînemet sur les spectateurs qui ont l'impression d'y monter un peu aussi à sa suite. En effet, le personnage improvisé est aussi perçu comme le représentant des spectateurs, ce qui donne l'impression que le voile invisible qui sépare la scène des spectateurs se déchire un peu pour leur permettre de passer de l'autre côté. Cette façon de vouloir rejoindre le public, bien que demeurant au niveau formel, n'en traduit pas moins ce besoin tant de fois ressenti par les créateurs littéraires et qui est celui de chercher à combler le fossé qui sépare la création du public et de le faire sans avoir recours aux compromissions qui laissent tout le monde sur son appétit sans satisfaire qui que ce soit. Après tout, s'il y a un public pour l'improvisation, il doit bien y en avoir un aussi pour ce type d'expérimentations théâtrales. Quant à pouvoir le rejoindre fondamentalement, par la forme et par le contenu, ce théâtre s'avance aussi à sa rencontre en lui proposant des thèmes de réflexion qui peuvent l'accrocher, à savoir les dérives de la société qui se veut être représentée que par des objets qu'elle offre à la consommation et dont tout le côté illusoire est dévoilé par cette scénographie.
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25 août 2005, 2:36
L'exploration des solitudes
Bernard Émond nous a donné la clef de son univers cinématographique quand il nous a dit que peu importe le nombre de ses lecteurs et les interprétations que l'on peut faire de son oeuvre, Dostoïevski demeure un phare de la littérature. Les parallèles entre les visions de ces deux auteurs que sont Dostoïevski d'une part et Bernard Émond d'autre part s'éclairent quand on peut voir jusqu'à quel point l'un comme l'autre de ces créateurs ont voulu sonder les profondeurs de la solitude. Par ailleurs, pour tous les deux, ces solitudes de leurs personnages se découpent sur des fonds d'ancienne communauté disparues, mais qui imprègnent encore les consciences de leur présence au creux des imaginaires. Qu'il s'agisse du persomnnage de la Femme qui boit ou de celui de ce fantômatique locataire de la rue Darling, ou encore de celui dont la solitude se creuse encore davantage au spectacle de la foi grégaire, toujours des individus fort singuliers s'opposent à un environnement perçue comme étant à la fois lointain et rapproché, comme une foi perdue dans la vie qu'il suffirait de quelques prières païennes pour la retrouver. Si les messes noires ne sont pas aussi ferventes chex Émond qu'elles le sont chez Dostoievski, elles puisent quand même toutes à cette nostalgie du passé qui ne peut plus être et que l'on compense par le spectacle imaginée de la foi absolue des sentiments sans calculs, qu'il s'agisse de celle d'un idiot ou d'un croyant débonnaire, qui semblent être les seuls à pouvoir réinventer la vie. Pour les autres, il n'y a plus que la solitude et le désespoir. Au fond, l'un comme l'autre, malgré qu'ils s'en défendent, pleurent à leur manière des sociétés disparues.
24 août 2005, 5:08
Non, le Japon n'est pas loin de leurs chansons
Profondément influencée par la culture Innu, les chansons de Taima possèdent toutes les couleurs de la culture orientale dans les replis de leurs aurores boréales planantes. Quand on écoute attentivement cette musique et la façon de l'exprimer, c'est tout le paradoxe oriental qui nous saute aux oreilles, soit un curieux mélange de violence et de douceur, amalgamé dans des replis secrets qui ne laissent pas voir leurs issues. On se dit alors que le détroit de Bering n'est pas loin et que son passage nous amène tout droit au Japon pour peu que l'on se dirige ensuite vers le sud. Alors, l'idée d'aller se faire entende au Japon n'apparaît plus du tout comme étant une idée saugrenue. Pour Elisapie Isaac, la violence qu'elle exprime est celle de s'être retouvée très jeune orpheline de sa mère, puis d'avoir été ensuite coupée des liens culturels avec sa communauté d'origine, pour se retrouver beaucoup plus au sud, bien loin des territoires de départ des oies blanches lors de leur migration. Ces ruptures, elle les sublime par des chants planants avec lesquels elle cherche à transcender ces deuils successifs. C'est le mérite d'Alain Auger d'avoir à ce point compris cette culture que sa musique en est la parfaite traduction. Elle s'est faite le prolongement des paroles d'Elisapie comme si les paroles et la musique avaient été composées d'un seul trait. Il est étrange qu'il y ait tant de discussions à partir de leurs horaires et de leurs itinéraires quand on constate à quel point ils ne sont l'un et l'autre que les deux versants, en paroles et en musique, d'une même entreprise d'expression.
24 août 2005, 10:02
Les petits rats ont appris à nommer leur mal
Avec le temps, nous avons appris à nommer les causes des maladies et de nouvelles maladies sont apparues dans le vocabulaire scientifique. Le stress est l'une de celles-là. Depuis les travaux de Laborit en particulier, nous savons maintenant que cette maladie est un phénomène induit par le fait de ne pas pouvoir se retourner devant une situation qui nous dépasse afin de pouvoir soit y faire face autrement, soit la fuir en attendant d'être mieux armé pour le faire. Si cette maladie apparait davantage aux étages inférieurs de la hiérarchie des organismes et des entreprises, c'est que ce sont ceux qui occupent ces postes de rang inférieur qui sont les moins à même de posséder la liberté qu'il faut avoir pour pouvoir se retourner dans des situations stressantes. Pour ces derniers, il leur est impossible de déléguer et de reléguer leurs responsabilités à des individus placés sous leur autorité. Leur fuite à eux demeure impossible et la stess peut y faire tous ses ravages. Il n'est pas étonnant que les cadres ont inventé ce nouveau concept qui les protège si bien et qui consiste à se départir de ses responsabilités quand il leur devient impossible de les assumer. Paradoxalement, cette situation de fuite sous des apparences de gestion participative sont plus propices à se développer en teritoire public qu'en territoire privé, car les moyens dpour atteidre des objectifs sont encore plus illusoires dans les domaines qui sont dominés par la politique, qui est en bonne partie celui des mensonges, que dans le domaine privé dans lequel triomphe la vérité des profits. Alors, quand nous ferons montre de nos préjugés à l'égard des travailleurs du domaine public, pensons un peu à ces images de stress telles qu'à été capable de les comprendre Laborit avant que de les professer à tous vents.
22 août 2005, 9:12
Les correspondances des oeuvres aux auteurs
Il y a des livres ouverts à même la vie intime de leurs auteurs. Ces livres sont leur correspondance et sont une occasion de les connaître au plus profond d'eux-mêmes, le narrateur et les personnages ne faisant alors plus qu'un. Dans le cas de Nelligan, cette découverte, même si elle ne peut s'appuyer que sur peu de documents de sa main, n'en est pas moins facilitée par des témoignages de ceux qui sont venus prendre de ses nouvelles au coeur même de ce qui fût son dernier navire, celui bien échoué qu'était cette asile où il passa ses derniers jours. Il serait heureux le poète de savoir que ceux qui perpétuent le souvenir de son oeuvre le font à l'intérieur d'une aventure qu'il nomment Correspondances, lui qui vouait un tel culte à Beaudelaire et qui savait que les correspondances nous mettent en communication avec des univers qui dépassent de beaucoup celui de leurs simples destinataires. Je partage l'appréciation que François Ricard fait de Nelligan. Si tous ses poèmes n'ont pas l'envergure de ses deux plus célèbres poèmes que sont le Vaisseau d'Or et la Romance du Vin, ils recèlent néanmoins des perles rares qui nous montrent que ce génie n'avait pas fini d'éclore lorsque la maladie l'a emporté au fond de ses cales. Nous avons perdu beaucoup de rêves ce jour-là où les siens ont sombré sans retours. Il m'arrive encore de penser à lui quand je passe à proximité de cet édifice de la région métropolitaine de Québec où il a vécu ses derniers jours. François Ricard voit juste aussi quand il reconnaît l'importance de la correspondance des jésuites pour comprendre notre histoire et les enjeux qui ont fait de nous ce que nous sommes à présent. Cette aventure littéraire que sont les correspondances d'Eastman est peu banale
22 août 2005, 7:34
Le marché du travail à court terme ou le point de vue de la bureaucratie du pouvoir
Ainsi donc, tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes mon cher Leibniz. La combinatoire de l'offre et de la demande serait parfaite à l'échelle de la région. Tant pis pour ceux de la plupart des autres régions du Québec, ils n'ont qu'à venir s'installer à Québec, quoique cela ferait remonter invariablement le taux d'activité, donc le taux de chômage dites-vous. Diantre, se pourrait-il qu'il faille être solidaire à l'échelle du Québec devant un patronnat qui lui a developpé des solidarités qui font bien au-delà de ces frontières depuis qu'il a entrepri de se reconvertir à l'échelle mondiale sous le couvert de cette mondialisation qui fait saliver de plaisir les éconmistes néolibéraux et les gouvernements qui appuient cette tendance, ou qui dansent avec les loups argentés. Par ailleurs, tout irait bien principalement pour les détenteurs d'un diplôme universitaire dites-vous aussi, même pour ceux dont les conditions de travail se dégradent depuis des lustres comme pour ces diplômés des sciences humaines dont le taux de correspondance de leurs études à leur travail s'approchent dangereusement de zéro pour bon nombre d'entre eux. C'est vrai qu'il ont appris depuis longtemps les secrets du travail dans le domaine du commerce de détail, comme commis, et qu'ils se réjouiront sans doute de voir une remontée des emplois dans ce secteur, même si c'est pour devenir des soi-disant associés dans des entreprises qui ne peuvent même pas tolérer des syndicats qui réclament un peu plus que le salaire minimum pour leurs employés. Quant à ceux qui composent la majorité de la main-d'oeuvre et qui n'ont pas de diplômes universitaires, ni même de diplôme tout court bien souvent, nous pouvons comprendre de ce beau diagnostic de l'emploi qu'ils pourront toujours se rabattre sur des emplois encore moins bien, du moins s'ils en trouvent. Non vraiment, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes.
21 août 2005, 7:44
Quand la bonne volonté ne suffit pas
La libération des êtres n'est jamais un processus unidimensionnel pour laquelle il suffirait de faire sauter quelques digues pour qu'elle soit pleine et entière semble nous dire Damon Galgut avec ce récit. Il est vrai que la décolonisation échappe totalement quant à elle à cette unidimensionnalité. Il y a des processus et des visions coloniales qui perdurent longtemps après que les verrous politiques aient sauté, a forciori quand les verous sociaux n'ont pas suivi cette évolution de manière synchrone. C'est en tout cas des visions encore coloniales que l'on retrouve dans les perceptions de ce narrateur, comme dans celles de ce directeur adjoint de la clinique, soit dans celles de Frank Eloff. Pour mieux marquer leur permanence qui est perçue comme un fatum, le narrateur les oppose aux visions de ce jeune docteur qui lui en serait exempt. Mais en en faisant un personnage naïf, c'est sur lui que pèse le procès qui l'accuse d'irrationnalisme, pendant que les autres personnages s'en tirent avec une bonne dose de réputé bon sens. Toutefois, ce naïf à leurs yeux n'est pas complètement dénué de crédibilité puisqu'il est la cause d'une montée grandissante de mauvaise conscience chez eux, ceux-ci allant même jusqu'à vouloir supprimer celui qui en est la cause. Par ailleurs, les visions coloniales ne sont pas l'apanage des seuls ex-colonisateurs, puisque la corruption galopante atteint aussi ceux qui naguère voulaient se débarrasser de leurs servitudes et qui maintenant comptent parmi ceux qui l'entretiennent à qui mieux mieux. La prégnance de l'esprit colonial se fait donc voir autant du côté des ex-colonisateurs que de celui des ex-colonisés. Comme quoi la décolonisation est un processus complexe et multidimensionnel.
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