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Marc Audet
Marc Audet
July 2005 - Messages
31 juillet 2005, 7:07
Les pays de la distance
Je crois bien qu'elle a raison de dire Marie-Jo Thério que tous ses albums sont acadiens si elle entend par là que les pays intérieurs qui nous habitent, ceux des rêves que l'on projette, sont toujours à distance de soi. Quand on pense à l'Acadie, ce pays rêvé, ils le sont d'autant plus que le pays réel est aussi un pays rêvé. Si on ajoute à cette distance le fait qu'elle s'est trouvée à Paris pour composer, elle s'est faite doublement acadienne, ce que nous sommes tous quand nous gagnons ces terres à la fois si proches et si lointaines. Alors, l'inclusion de la chanson Évangéine dans ce contexte demeure anecdotique et seulement comme une illustration de la distance que l'auteure percoit entre ses rêves et la réalité. Il n'en demeure pas moins que Marie-Jo Thério se fait une interprète très personnelle de la chanson de Michel Conte. Avec elle, le côté historique de la mise en situation de cette chanson passe au second plan, tellement le rythme qu'elle lui impose prend d'abord en compte l'intériorité de l'interprète qui en fait comme le point d'orge d'une sensibilité qui porte tous les sentiments sur les cîmes enneigées des solitudes qu'elle exprime. En somme, avec elle le pays acadien devient un pays intérieur, un état d'esprit bien plus qu'une réalité concrète et bien délimitée par le temps et l'espace. À ces contours précis que lui a donné l'histoire, elle leur substitue les frontières floues qui lui viennent de la sensibilité de l'interprète qui le projette dans un espace imprécis et une temporalité indéterminéé. C'est sa manière à elle de rendre présente la vision qu'elle a de l'impossibilité d'atteindre les pays dont elle rêve.
31 juillet 2005, 6:40
La frontière est celle que l'on s'invente
Il y a deux types d'exodes qui se croisent sur les autoroutes des migrations. Il y a d'abord celle des ruraux qui quittent leur milieu pour les villes, contraints qu'ils sont de s'y rendre gagner leurs vies, eux qui ne trouvent plus à s'employer dans leurs milieux d'origine et qui fuient le chômage. Il y a aussi l'exode des citadins qui vont vers les campagnes, portés qu'ils sont par leurs rêves d'une vie meilleure, ou en tout cas moins stressante. Pourtant, jamais ces deux itinéraires ne débouchent sur des rencontres, ceux-ci se faisant dans les nuits des cheminements solitaires des migrants, leurs appels de phares lorsqu'ils se croisent sur les autoroutes retombant bien vite dans le noir ambiant. Si les frontières des premiers migrants, ceux qui vont des campagnes vers les villes, sont bien dessinées par les contraintes des nécessités et par les contours des agglomérations urbaines qui ne changent de tracé que dans les registres des villes, celles des seconds migrants, ceux qui vont des villes vers les campagnes sont bien floues, ceux-ci les faisant reculer à mesure qu'ils avancent, tels ces pionniers qui croient découvrir des terres vierges mais qui ne font que pénéter les teritoires de ceux qui s'y trouvaient déjà avant eux. Dans ce genre de périples, on habite toujours le far west de quelqu'un d'autre. Le livre de Jean O'Neil a le mérite de vouloir rassembler ces deux itinéraires qui vont en sens contraire puisque, s'il s'accompagne de la Mélodie des rêves des citadins, il n'en fait pas pour autant moins de place aux réalités de ceux vers qui il va, de leur culture comme de leur histoire.
31 juillet 2005, 11:33
Les drames, il les réservait pour ses romans
Jacques Ferron était certainement parmi les littérateurs québécois celui qu'il était le plus difficile de catégoriser tellement son imaginaire allait dans tous les sens. Il était au fond profondément divisé en lui-même, comme le fut d'ailleurs son oeuvre, fort différente selon qu'il s'exprimait pour le théâtre ou par le roman. Dans son théâtre, c'est le fondateur du parti Rhinocéros qui s'exprime, car celui-ci est l'expression de la pure absurdité de l'existence telle que vue par un Ferron surréaliste. Mais cette absurdité qu'il met en scène, elle ne va pas dans tous les sens comme elle l'a été chez les grands prêtres de l'absurdité, comme chez Beckett ou Ionesco. Celle-ci demeure polarisée par les phénomènes de soumision aveugle de la part de ceux qui se laissent soumettre et par l'opacité des ordres de soumission de la part de ceux qui les soumettent. Voilà pourquoi Ferron prend souvent le contre-pied de ce qu'il veut dénoncer, poussant jusqu'à l'absurde les ordres de soumission, en matière de politique ou de justice comme dans la vie courante, en les nouant de telle sorte que toute la grossièreté de leur logique puisse ressortir. En ce sens, il est plus près de Genet ou de Breton que de Beckett ou de Ionesco. Dans ses romans, il se fait par contre beaucoup plus sensible à l'expérience de la solitude, à la vie telle qu'elle lui apparait dans les villes, toute chaude et sombre au beau milieu d'un feu d'artifice de lumières froides. Ce divorce, il le doit à ses visions du monde que furent les siennes, soit d'avoir été le représentant des derniers hobereaux québécois, ceux qui sans avoir été nobles appartenaient quand même à cette petite noblesse des élites de village qui ne comprenaient plus le monde qui faisaient d'eux aussi des soumis.
30 juillet 2005, 10:21
Des propos éloquents
À la réflexion, la vie et l'oeuvre d'Yves Beauchemin sont les deux faces d'un même combat, celui d'avoir fait les efforts qu'il fallait pour vaincre la déstructuration de la langue de ceux que des conditions historiques vouaient à l'assimilation, confortés à tort qu'ils étaient par la présence d'une élite qui n'en était pas une et qui n'était en fait que la caution que les asimilateurs tenaient en vie, en attendant que leurs cadavres soient bien refroidis, soit ce clergé et ces membres des professions libérales qui les appuyaient. Ces futurs cadavres, ce n'étaient pas ceux des minorités hors Québec, mais bien ceux de ces francophones du Québec qui ne savaient plus dire dans leur langue qui ils étaient. Alors, qu'on ne vienne pas me jouer le spectacle des vierges offensées quand il parle des mionorités hors Québec dans ces termes. Je serais capable de sortir mes griffes. Collé dans sa vie et dans son oeuvre à ce combat pour exister, Beauchemin en exprime aussi les grands paramètres de ce qu'il a été pour lui comme pour nous qui avons cheminé sur des voies parallèles. En effet, l'éloquence qui est la manifestation que l'on a appris à dire ce que l'on est et du coup, ce que le monde signifie, est un trait culturel majeur qui a marqué notre culture. Quand je pense qu'il y en a pour s'indigner du fait que la présence de leaders charismatiques serait une tare dont on devrait se départir n'ont décidément rien compris à ce que nous sommes collectivement. Ce sont probablement les mêmes d'ailleurs qui se contenteraient bien de ces élites de pacotille en attendant que nous soyons bien refroidis.
29 juillet 2005, 7:05
De quoi relancer le débat sur les dérives de la téléréalité
Tout le monde en parle, ou presque tous, de ce qui fait qu'un spectacle mérite ou non d'être vu. Est-ce en raison du talent des interprètes et de la qualité des textes qu'ils défendent ou bien est-ce en raison de la capacité des interprètes à faitre oublier qu'ils sont des interprètes de personnages pour s'offrir eux-mêmes comme des éléments d'un drame qui serait parait-il complètement réaliste, la vie et le spectacle ne faisant plus qu'une seule et même réalité grâce à eux. Pourtant, dans un cas comme dans l'autre, il y a là des mensonges qui sont vrais, soit des apparences qui se donnent pour réelles en ce sens que seul le fait de vivre les auraient provoquées. Dans le cas des textes interprétés par de vrais comédiens, ces apparences sont les vraies visions des dramaturges qui les ont inventées et dans celui des textes de la téléréalité, celles-ci découlent des répliques improvisées par de faux comédiens et des visions fausses qu'ils ont de la réalité. En somme, à tout prendre, il y a plus de faussetés dans ce qui se donne pourtant comme la seule et unique vérité, soit celle des téléréalités, et beaucoup plus de vérités dans ce qui serait pourtant le refuge des apparences et qui sont les réalités théâtrales. Le titre du récit d'Isabelle Gaumont est donc bien choisi, lui qui montre toute la distance qui sépare ces deux univers, le plus vrai des deux n'étant certainement pas celui qui se donne pour tel. Cette mode des téléréalités finira bien par passer quand tous les fils des manipulateurs qui les tirent en coulisse pour augmenter la cote d'écoute et le chiffre d'affaires commenceront à monter toutes les coutures des vies qu'ils rapiècent n'importe comment pour faire leur fric.
29 juillet 2005, 9:45
Plus italien que cela, tu meurs
Giorgo Conte est profondément imprégné d'une culture qui a vu défiler toutes sortes d'aventures politiques au cours de sa longue histoire, des dictatures les plus autocratiques aux démocraties qui se voulaient les plus directes. L'imaginaire culturel de ses habitants a gardé de toutes ces aventures le souvenir de la faiblesse des institutions qui s'exprime au travers d'une ironie et même d'une dérision qu'ils retournent même parfois contre eux-mêmes pour montrer jusqu'à quel point il ne sert à rien de prendre quoi que ce soit vraiment au sérieux, même et peut-être surtout, soi-même. Dans ce sens-là, on peut dire de Giorgo Conte qu'il est italien jusqu'au bout des doigts, surtout lorsqu'ils grattent sa guitare pour nous faire entendre des accents musicaux d'un cirque imaginaire où des enfants s'émerveillent encore du climat de la fête d'un Luna Parc avant que de s'apercevoir que toutes les ficelles de la fête sont elles aussi tenues bien en main par des manipulateurs qui ne cherchent qu'à les berner. Il n'y aurait donc pas d'échapatoire à ces manigances, sinon dans une dérision qui emporte tout avec elle, manipulateurs et manipulés. Cette dérision, elle s'exprime toutefois avec charme et poésie chez Georgio Conte, la pus belle façon de l'exprimer étant pour lui de le faire sous le mode de l'amoureux, tantôt éconduit, tantôt tiomphant, mais toujours certain de devoir recommencer éternellement sa parade pour pouvoir espérer vivre un peu. Même si les textes en italien ne sont pas toujours bien compréhensibles, la parenté de cette langue avec le français et les nombreuses mises en contexte de Conte nous permettent de les situer et de les cpmprendre. Il a a charmé plusieurs au cours de cette prestation.
28 juillet 2005, 1:59
Comme des illuminations
Les toiles de ce peintre sont exceptionnelles. Le caractère de ces peintures de Borenstein nous apparait d'autant plus nettement que leur exposition cohabite avec celles de Holgate dans une autre salle du Musée. Autant la précision des contours s'affirment chex Holgate, autant ceux-ci sont éclatés dans tous les sens chez Borenstein. Il nous fait d'abord penser à Chagall dans la première phase de sa production. Comme chez lui, il s'y mêle des éléments épars de la culture qui les a nourris. Puis, à mesure qu'il affirme son identité, Borenstein finit par ne plus ressembler qu'à lui-même, les éléments folkloriques du départ cédant graduellement la place à des visions qui, tout en demeurant aussi illuminées spirituellement que les premières visions, s'épaississent de tout le poids de l'urbanité et de la modernité. Il n'en demeure pas moins que Borenstein nous donne l'impression de se trouver dans un village global dont l'oeil de chacun serait le centre absolu. Ce peintre m'a produit un grand effet.
27 juillet 2005, 7:35
Russie d'Europe et d'Asie
Il n'y a jamais eu de Rusie éternelle, ni du temps des Tsars, ni dans ceux d'après, mais il est une Russie qui tire sa sève de l'éternité de deux continents, celui de l'Europe d'une part et celui de l'Asie d'autre part. Les beaux objets d'art et d'artisanat que l'on trouve dans cette exposition sur la Russie nous permettent de juger du degré de raffinement de cette société qui emprunta ses influences de ces deux continents et qui en fit une synthèse originale. Malheureusement pour elle, elle le fit au détriment de sa cohésion sociale, ses fractions aristocratiques regardant vers l'Europe pour en emprunter des modèles vestimentaires ou d'apparat, tout en se tournant vers l'Asie pour ce qui était du traitement de la place qui devait être réservée à ses éléments constitutifs. Il y avait donc peu de place pour des modèles d'apaisement au coeur de cette société et toute la place pour les coupures et les séparations entre ses divers éléments, avec d'une part le grand raffinement de la culture des élites et la misère opaque des serfs d'autre part. La Russie s'est donc faite le digne successeur de Bysance en y empruntant son rigorisme, ce qui allait entraîner les conséquences qui l'ont mise au premier plan des transformations radicales de ce monde, lesquelles n'échappèrent d'ailleurs pas à ces modèles culturels hérités de son passé. Toute cette évolution de cette société à travers l'Histoire et les influences qui la marquèrent sont bien explicitées dans cette exposition qui nous la fait voir dans toute sa complexité. Les belles pièces qui s'y trouvent valent aussi le déplacement. En somme cette exposition est une réussite.
27 juillet 2005, 9:58
Un petit commentaire pour une oeuvre volumineuse
Pour accéder aux étages menant à l'exposition Camille Claudel-Rodin, il nous faut fatalement emprunter ce corridor qui nous y mène et passer devant la salle où est exposée cette oeuvre de Molinari. La plupart des visiteurs font comme je l'ai fait, soit se réserver cette salle pour après la grande exposition qui les a attirés au Musée, celle de Rodin Claudel est-il nécessaire de le préciser. Pour ceux qui comme moi ont fait de la sorte, le contraste est frappant. Autant la première exposition de sculptures est pleine d'oeuvres marquantes, autant celle de l'oeuvre du peintre est insignifiante. Cette création visuelle nommée vent bleu n'est qu'un étalage de couleur pour laquelle on demande aux spectateurs d'en voir toutes les nuances, le tout étalé avec répétition sur cinq grands panneaux. Les commentaires de ceux qui sortent de cette exposition laissent voir les sentiments perplexes qui les habitent. En somme, on peut dire que cette exposition est visitée en coup de vent par la plupart de ceux qui le font.
26 juillet 2005, 10:40
Une place méritée dans la dramaturgie américaine et mondiale
L'époque littéraire qui s'est refermée avec la disparition d'Arthur Miller en fut une qui a hissé la littérature américaine au rang des grandes littératures de la planète. Arthur Miller et quelques autres littérateurs de son époque, ont amené la littérature de leur pays a sa maturité et lui ont donné une place dans le concert des grandes littératures de ce monde. Il est évident que ce tour de force ne pouvait pas s'accomplir sans qu'aient été prises en comptes toutes les grandes visions du monde qui avaient aussi inspiré les auteurs en d'autres lieux. Il n'est pas de pensées ni d'art qui ne se nourrissent des grands courants de pensées s'ils espèrent pouvoir accéder à ce niveau d'universalité qui les rend exportable partout et qui permettent à tout humain, où qu'il se trouve sur tere, de reconnaître les grands courants dominateurs qui façonnent les civilisations et les individus. Les méfaits du maccarthysme qui insuffla des visions bornées aux détenteurs du pouvoir finirent par faire se tarir cette veine créatrice qui avait nourrit l'art et la littérature américaine, traduisant ainsi la mauvaise conscience et le peu de confiance de certaines élites dans leurs institutions, bien davantage que la juste prise en compte de la portée réelle de leurs oeuvres qui demeuraient foncièrement humanistes. Cet ouvrage sur Miller sera l'occasion j'espère de se remémorer la place irremplacable que Miller à eu dans la littérature de son temps et de toutes les époques. Il mérite une considération, au seul jugé de la qualité de ses oeuvres, bien meilleure que celle que lui ont valu les anecdotes qui l'ont rapproché de celle dont la mort mystérieuse demeure pourtant un autre sujet qu'un sujet à potins.
26 juillet 2005, 10:16
L'art de Michel-Ange porté un peu plus loin
Il est difficile de ne voir dans cette exposition que le seul tracé de deux destins qui furent réunis autour d'une passion commune, soit celle de la sculpture, tellement les visions qu'ils expriment à travers leur art dépassent infinimement leurs seuls univers particuliers. Mettre côte à côte les oeuvres de ces deux artistes que sont Rodin d'une part et Camille Claudel d'autre part, c'est faire ressurgir toutes les interrogations et toutes les contradictions que la Renaissance avaient amenées avec elle et qu'avaient exprimé l'art de Léonard De Vinci et celui de Michel-Ange, ce que ce dernier avait tenté de sublimer par des achèvements venus trop tôt parce qu'il n'avait pas pu en explorer toutes les facettes, les pressions du moment l'en ayant empêché. Ces contradictions que Rodin met toutes entières dans sa Porte de l'Enfer, ce sont les cohabitations devenus impossibles entre un monde que la fibre divine traverse de part en part et un autre monde foncièrement agnostique au sein duquel il n'y a plus de place pour de telles divinations. Ce n'est pas sans raison que la figure emblématique de Dante hanta les visions des maîtres de la Renaissance et plus tard, celles de Rodin qui en fait le modèle de la figure célèbre du penseur, bien au centre des motifs de la Porte de l'Enfer, puisque c'est ce dernier qui avait entrevu le premier la naissance de ces contradictions. Mais alors que Rodin poursuivait ce débat qu'il viivait profondément comme une déchirure, Camille demeurait prisonnièrre des visions conservatrices qui étaient l'expression du milieu conservateur et même réactionnaire des membres de sa famille, de Paul son frère entre autres visions. Leur divorce était donc consommé dès le départ. Rodin pousuivit sa route jusqu'à introduire des rudiments de l'art moderne du non-dit alors que Camille tenta de le retenir au service des visions passéistes qui la hantaient toujours. Une exposition admirable
24 juillet 2005, 11:31
Quasiment une caricature
À écouter les propos de l'auteur de ce film, Luc Dionne, on s'attendait de sa part à une saga qui aurait montré toute l'opacité de milieux refermés sur eux-mêmes et au sein desquels la loi du silence officiel aurait fait pendant à la manie des langues trop déliées au sein des univers privés. Mais force est de constater que les résultats obtenus sont bien en-deça des intentions de l'auteur tellement le récit emprunte sa seule trame à la singularité de quelques héros dont le grossissement des traits va jusqu'aux frontières de la caricature. Ce traitement des visions qui finissent par être caricaturales, Luc Dionne nous y avait déjà habitués avec ses séries télévisées qui se voulaient dramatiques mais qui finissaient par devenir clownesques, le cirque devenant le thème de fond qui les englobait. Avec ce sujet de l'enfance martyrisée par contre, même s'il y manifeste plus de retenue dans la caricature, on se serait attendu de sa part à un autre type de traitement du sujet que celui encore trop caricatural qu'il a utilisé pour le faire. Même si les obcessions de Dionne pour les manifestations des abus de pouvoir demeurent ici aussi évidentes, le recentrement de l'action autour de leur seule manifestation finit par lasser et ce qui est même pire, par ne plus être crédible. Par ailleurs, les préjugés de l'auteur à l'endroit de tout pouvoir, qu'il soit politique ou médiatique comme dans Bunker, ou qu'il soit religieux ou parental comme dans Aurore, le font voir comme une caricature de lui-même plutôt que comme une manifestation de réalités et de pouvoirs bien structurés et établis. Comment prendre au sérieux le spectacle d'un curé, voltairien de surcroît, qui finit par se suicider avec un tel panache. Au fond, Dionne est beaucoup plus séduit par le pouvoir que ce qu'il veut bien admettre.
23 juillet 2005, 9:54
Les humains en pièces détachées
Il donne à réfléchir beaucoup ce thème qu'Alberto Manguel aborde avec ce roman, même avec ses airs de ne pas y toucher. Il nous interpelle dans plusieurs directions, car au-delà de l'oeil et de l'objectif de la caméra de son héros, ce sont toutes nos façons de voir et de comprendre le monde des gens qui nous entourent qu'il questionne. Il y a une première direction de réflexion qui concerne la transcendance que veut obtenir l'expression d'un érotisme moderne qui ne fait que sublimer pour le regard les divers aspects de l'anatomie, répondant ainsi au découpage des personnalités par le monde du travail en spécialités plus ou moins pointues. Au découpage de l'entité personnelle par les modes de reproduction sociale correspond celui de l'entité érotique par le mode de reproduction tout court. Ce scénario est une belle métaphore de cet aspect de la modernité. Puis, il y a aussi des réflexions qui vont dans une autre direction et qui concernent cette fois les pouvoirs exorbitants que possèdent ceux qui sont des fabricants d'images, quand ils découpent des aspects de la réalité pour n'en montrer que certains côtés. Ce n'est plus seulement l'univers ludique qui est alors concerné, mais aussi celui de l'information qui fait apparaître comme étant bien réels des réalités morcelées qui n'ont pourtant pas de véritables existences en elles-mêmes, sans la vie qui les relie à leur ensemble. Enfin, il y a celles qui touchent aux pouvoirs de la création qui peuvent s'avérer fautifs quand ses procédés et ses visions ne font que reprendre sur un mode littéraire les découpages aliénants que la vie en société imposent aux individus. Au fond, cet amant vétilleux, c'est l'incarnation de cet esprit du sciècle qui nous habite tous.
23 juillet 2005, 9:23
Le désir de redessiner la figure humaine est un besoin bien moderne
Ce n'est pas sans raison que moult scénarios de films ou de romans ont pour thème des figures héraldiques de héros qui se dessinent d'autant mieux que leurs traits apparaissent comme étant plus accusés du fait de leur découpage sur des contextes dont l'opacité permet de les réfléchir encore mieux. Cette noirceur, c'est souvent au Moye-Âge qu'on l'emprunte, soit qu'il s'agisse d'une période bien documentée et crédible comme dans le scénario de ce roman, soit d'une époque mal située par rapport à un temps qui demeure incertain et qui peut aussi bien se conjuger au passé comme au futur. Les intentions des auteurs qui se penchent ainsi sur les traits des figures qu'ils dessinent répondent à un malaise bien moderne qui résulte de la disparition des traits singuliers des individus, avalés qu'ils sont par les contextes anonymes de la modernité électronique qui les assimilent souvent à n'être que les opérateurs anonymes de leurs programmes prévus d'avance par ceux dont ils ne connaîtront jamais les visages. La tentation est alors grande de rêver à des situations où les individus se sont détachés de leurs contextes, comme dans ce Moyen-Âge quand les premiers artisans-ouvriers armés de leurs savoir-faire bien concrets défendaient les premières cellules de résistance face aux pouvoirs ténébreux de ceux qui ne régnaient que par la parole. Du côté des lecteurs, cette vieille nostalgie rejoint les besoins de compenser psychologiquement pour les frustrations que leur causent la modernité et pour les auteurs, celle-ci correspond parfois à leur besoin d'exprimer les visions du monde proto-conservatrices qui les habitent, que celles-ci prennent la forme de héros plus ou moins super ou de monstres qui font regretter l'absence d'un monde sans heurts et parfaitement dominé.
22 juillet 2005, 7:15
Une sous-région de Gaspésie qui possède son propre caractère
Coincée entre la Gaspésie maritime qui va de Matane à Percé et le Bas-du-Fleuve qui s'étire de Mont-Joly jusqu'à Rivière-du-Loup, la Gaspésie montagneuse est vite oubliée par ceux qui trop vite font le tour de toutes ces Gaspésies. Pourtant, la vallée de la Matapédia qui forme l'essentiel de cette Gaspésie montagneuse possède des caractéristiques bien particulières qui en font une sous-région à l'intérieur de ce vaste teritoire qu'est la Gaspésie. Non seulement la mer est encore loin, mais la présence de la rivière qui en trace l'itinéraire est d'un tout autre ordre. Ici on ne parle pas de morues, mais de saumon et de truites et jamais on a vu des baleines se promener au large juste devant nos portes. L'air y est moins salin et l'odeur de varech ne parfume pas nos narines de citadins, mais l'air y est bien vif, de cette vivacité qui lui vient des hauteurs sur lesquelles perchent ses villes et ses villages. Ce n'est donc pas par hasard si le nom de l'un de ses villages, Causapscal, lui vient d'un vieux vocable indien qui signifie "vallée entre quatre montagnes". Ceci étant dit, les courants parfois impétueux de ses rivières n'en font pas pour autant un ilôt à l'écart du reste du territoire, car la mer rappelle ainsi sa présence toute proche, même s'il faudra passer par la Baie-des-Chaleurs pour l'atteindre. Cela, les saumons le savent, eux qui doivent batailler ferme pour atteindre ces fosses qui font le bonheur des habitants et des touristes et que les autres gaspésiens leur envient. À ceux qui seront tentés d'en faire trop vite le tour, qu'ils prennent donc le temps de s'arrêter un peu dans ce coin de pays pour y faire comme ces saumons, peau neuve.
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