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Musique en marge parce que l'expression même de la marginalité
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Le jazz a été dès le départ une musique qui traduisait les sentiments d'isolement que vivaient ceux qui se sentaient mis en marge de la société. Elle était l'âme des ghettos et si son âme noire n'était pas forcément de la même couleur que celle de sa peau, elle était fondamentalement l'expression de ceux qui vivaient les jours sombres de l'isolement, du mépris et de l'inconfort, trouvant dans cette musique le réconfort qui fortifiait leur sang et lui donnait la belle couleur rouge qui les réconciliait avec eux-mêmes. Mais au fil du temps, cette musique, qui était aussi une musique de protestation, a perdu le cap de ses espoirs de reconquête de la considération par les citoyens qui les tenaient à la marge. Les ghettos noirs ont pris d'autres couleurs et de musique de contestation, le jazz est devenu petit-à-petit une musique d'accompagnement, celle qui pouvait se mettre en sourdine pour créer des atmosphères pour des oreilles plutôt distraites. La société américaine s'était profondément transformée avec le bris des cercles d'isolement autour des populations noires et cette transformation avait laissé le jazz orphelin. Bien sûrs, beaucoup de mains blanches ont attrappé les instruments de musique que d'autres mains laissaient tomber au fur et à mesure de ces transformations, mais c'était dans un autre esprit qu'ils le faisaient. De fil en aiguille, le jazz est donc devenu l'expression de la solitude urbaine, un sentiment largement répandu, mais que la plupart redoutent comme la peste et qu'ils préfèrent endormir aux accents des musiques dansantes ou criardes, simplement pour ne plus s'entendre penser.
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Sur les traces des grands
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Le message que nous transmet Daniel Lanois, tant par ses commentaires que par ses oeuvres, c'est qu'il est plus facile de structurer des messages à partir des sons de la musique que de le faire avec des mots, lesquels sont forcément moins polyvalents pour produire des ambiances. Les mots possèdent ce dangereux privilège de nommer précisément des réalités, en plus de traduire des états d'âme, ce qui en rend le maniement plus ardu. Si par exemple, il est possible d'évoquer la complexité du monde sans la dire en juxtaposant des trames musicales qui en font ressortir les côtés tendres de la vie plus facile des uns et les côtés durs de la vie plus difficile des autres, pour le dire avec des mots, il faudrait utiliser la finesse des lames d'un rasoir pour en découper tous les aspects sans bavure. Par ailleurs, la structure d'une mélodie se conjuge plus facilement à la déstructuration ambiante qui ronge même le sens des mots, quand on peut l'évoquer en musique en la laissant en trame de fond, alors que le langage qui voudrait rendre cette même complexité serait au risque de se déstructurer pour arriver à le faire. Au fond, le rêve de Daniel Lanois qui voudrait que la musique et les mots se rencontrent dans le creuset d'une mélodie suppose que soient résolues les contradictions qui sont au coeur du monde, qu'il n'y ait plus de divorce entre l'être singulier et l'être social, que la misère des uns ne nourrisse plus la richesse des autres. Il y a fort à parier que ce rêve est aussi difficile à réaliser que celui qui consisterait à ramener Jimmy Hendrix à la vie pour lui demander de composer une musique dans laquelle pourrait se reconnaître Daniel Lanois.
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Les musées sont à la recherche de leurs cadres
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Elle est bien révolue l'époque où il suffisait de mettre une oeuvre dans un cadre pour la faire entrer au musée. C'était facile quand c'était une toile puisqu'il suffisait de l'encadrer et pour une sculpture, de la mettre dans une pièce qui lui servait de cadre. Ces lieux de l'art visuel et plastique étaient l'équivalent de la scène à l'italienne pour le théâtre, soit des petits espaces de création refaits à l'image des autres espaces sociaux, avec leurs paramètre parfaitement définis et bien géométriques. Ces événements artistiques comme le sont la Biennale de Venise sont l'occasion de se rendre compte à quel point ces espaces de représentation que sont les musées sont maintenant périmés. Les toiles et les sculptures cèdent le pas aux installations qui font des cadres urbains les équivalents des murs des antiques musées. Il est cependant assez paradoxal que la clientèle des musées traditiionnels aille sans cesse en croissant. Mais il y a gros à parier que les objets que ces nouveaux spectateurs viennent voir là ne soient pas ceux que les artistes veulent produire, soit des vecteurs de messages et de sentiments qui rejoignent le vécu et l'intelligence des spectateurs. Ceux qui recherchent encore cet effet sur les spectateurs ont plutôt tendance à s'inscrire aux salons des refusés qu'à rechercher des places réservées sur les murs des musées.
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Un travailliste de la chanson ou la chanson des travaillistes
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Le genre de contradictions qu'incarne Bono est un secret bien gardé que possèdent ces britanniques qui peuvent se dirent à la fois socialistes et défenseurs absolus des libertés de l'entreprise, ce qui dans le langage politique britannique se dit être travailliste. Ce sont en fait des sociaux-démocrates si l'on traduit ce terme en langage politique européen, ou des démocrates si on le fait en langage états-uniens. Ce langage à deux vitesses trouve donc des résonnances chez nous dans les relations qu'entretiennent ceux qui partagent ces visions, comme celles que manifeste Bono, et des membres de la famille libérale canadienne qui se croient toujours travaillistes alors qu'ils sont passés chez les conservateurs et que ce sont maintenant les néo-démocrates qui occupent la place qu'ils ont laissé vacante. Cette biographie d'une rock star est un détour pour comprendre les aspirations d'une fraction de classe émergente depuis la disparition du monopole de la grande bourgeoisie, soit celles de cette petite bourgeoisie dont le capital est d'abord intellectuel et qui se dit être de classe moyenne. Bono en manifeste toutes les aspirations et toutes les contradictions, celle nouvelle classe voulant être à la fois dans des positions de commande et de domination des autres classes de la société et pour y arriver, contester les pouvoirs que s'était arrogés la grande bourgeoisie industielle. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que surgissent parfois des personnages dont les revendications nous font penser que Danton s'est réincarné dans de nouvelles têtes d'affiche.
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Cette série télévisée était de celles qui me faisaient désespérer de cette culture
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S'il y a un bel exemple de production culturelle qui vous fait haïr la culture où elle prend racine, c'est bien cette Sorcière bien-aimée de cette texture de guimauve que je ne pouvais supporter que quelques instants avant de changer de poste, quand cela était possible à cette époque, ou celui de fermer le poste de télé, et même là, j'en avais des boutons à l'âme. Pour semer de la graine de révoltés, ce genre d'émission de télévision ou autre navet du genre, comme celle de Papa a toujours raison, était juste ce qu'il fallait, soit de l'insignifiance mélangée à de la naïveté, le tout enrobé dans un pernicieux mélange idéologique qui fait de l'individu le seul acteur social. Cette potion magique américaine mélangée à la sauce brune de nos poutines à venir était tout ce qu'il fallait pour vous donner des hauts le coeur. Et dire que voici que l'on nous propose de refaire ce voyage au pays de l'insignifiance avec cette production nouvelle de Bewitched en faisant appel à des comédiens qui jouissent d'un bon capital de sympathie pour la revamper. Désolé, mais pour ma part, que l'on veuille faire du neuf avec ce vieux canevas ne peut d'aucune manière m'intéresser. Je suis prêt à la limite et parce que devenu beaucoup plus tolérant à regarder le Survenant, un Homme et son péché, Aurore l'enfant martyre, mais de grâce, ne me demandez pas de regarder ma Sorcière bien-aimée, car cela est au-delà de mes capacités.
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Beau mariage de nature et de culture
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Pour la plupart d'entre nous, la région de Portneuf rime d'abord avec la nature qui y foisonne de toutes parts, avec ses rivières impétueuses qui roulent leurs eaux noires jusqu'à ce qui étaient autrefois des moulins et qui transportaient dans leurs flancs ces billes de bois arrachées à la fôret dense des alentours. Il n'est qu'à regarder passer ces eaux furibondes à partir des berges de l'une de ces rivières pour apprécier ce qu'a pu être tout un pan de notre histoire marquée par les épisodes fameux de la drave. Pour les cyclistes qui parcourent les sentiers des pistes cyclables se dirigeant vers ce territoire, ils savent qu'ils pénètrent dans un autre type d'espace à mesure qu'ils s'approchent de celui de Portneuf, car la nature se reserre autour d'eux aussi vrai que leurs vêtement le font sur leur corps, car pour y arriver, il faut savoir pédaler ferme si l'on veut pouvoir atteindre Rivière-à-Pierre. Mais Portneuf, nous le savons mieux maintenant, ce n'est pas que de la nature imprenable, c'est aussi de la culture, une culture qui n'est pas seulement patrimoniale comme on peut la voir à Neuville ou à Deschambault, avec ces constructions dont certaines datent du régime français, mais qui est aussi bien vivante quand elle se manifeste entre les quatres murs du moulin Marcoux de Pont-Rouge. En effet, la salle Lynda Lemay de ce Moulin offre des spectacles magnifiques et la saison prochaine y verra défiler des artistes qui valent que l'on se déplace jusque là. De Québec, le déplacement est d'à peine plus de une demie heure. L'atmosphère de cette salle est chaleureuse et permet la production de spectacles très intimes. En somme, on peut dire que cette région offre un beau mariage de nature et de culture.
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Depuis les premiers navires de nouveaux arrivants, bien d'autres sont venus les y rejoindre
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Il est incontestable que ce lieu où est situé le Musée de Pointe-à-Callière est chargé d'histoire. Les anciens murs qui ceinturaient la ville de Montréal dorment en effet sous ses flancs, avec leurs vestiges qui rappellent les origines de cette ville aux visiteurs. C'est alors l'occasion de se remémorer à quel point l'enracinement de la culture d'origine française en Amérique fut fragile, surtout lorsque les conflits et les oppositions causaient des chocs de culture qui n'étaient pas que formels et abstraits. Cette leçon du passé qui devrait nous inciter à reconnaître les autres cultures que la nôtre, à nous les associer pour mieux grandir, nous devrions l'avoir tirée si l'on se fie à la lecture de l'histoire que ces premiers vestiges nous raccontent. Il semblerait d'ailleurs que tel est maintenant le cas quand le projet de telles expositions, comme l'est celle du Musée Pointe-à-Callière, est de montrer la complémentarité des cultures qui ne se braquent pas sous le mode du déni ou des oppositions irréductibles. Encore faut-il pour que ce brassage culturel soit positif, qu'il y ait des ponts qui soient jetés sur les différences culturelles, ce pont étant bien évidemment la langue française qui nous loge alors tous à la même enseigne. On peut alors parler d'une culture qui s'est enrichie et non pas de cet affreux melting pot ou chacun campe sur ses positions pour ne laisser la plus grande place qu'à une minorité qui elle aussi défini les derniers retranchements, soit ceux qui sont favorables à la domination anglophone. Je me rendrai certainement visiter cette exposition qui loge dans un coin de Montréal que j'aime beaucoup.
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S'il n'y avait eu que les Écoles officielles, jamais nous n'aurions connu les impressionnistes
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Ce n'est pas vrai qu'il n'y a que les Écoles institutionnelles de formation pour permettre à ceux qui veulent se former à l'art de développer leurs talents. Il n'y a pour s'en convaincre qu'à penser au rôle clef qu'ont joué des professeurs privés et leur atelier dans la formation de ces artistes devenus célèbres sous le parapluie d'une dénomination qui au départ se voulait sarcastique sous la plume des critiques de l'époque, mais qui allait plus tard être reconnue comme une manifestation importante de l'expression en peinture, soit l'impressionnisme. Sans leur formatiion prise dans ces lieux en marge de la formation officielle et leurs expositions tout aussi en marge avec leurs Salons des Refusés, jamais Manet, Monet, Pissaro, ou Sisley pour ne mentionner que ceux-là, n'auraient pu parfaire leur art et l'imposer à leur époque ainsi qu'aux générations qui leur ont succédé. Alors pourquoi en serait-il autrement maintenant pour des artistes qui veulent faire de même et rester en marge des grands courants officiels. Les canons et las standars à la mode ont moins de chance de s'imposer dans le cadre de formations qui sont davantage faites sur mesure pour épouser les potentialités des artistes et pour leur faire expérimenter des idées nouvelles. La Maison jaune n'est pas sans nous rappeler avec le nom qu'elle s'est donné cette fameuse maison où Van Gogh et Gaugin avaient un moment établi leurs quartiers pour expérimenter un concept alors nouveau, soit celui de peindre en pleine nature. Il doit bien y avoir aussi maintemnant des concepts qui ont besoin de tels incubateurs de talents pour pouvoir éclore.
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Val d'enfer
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Comme le dit le proverbe, a beau mentir qui vient de loin. Ce roman ne sera pas le premier récit des aventures fabuleuses de ceux qui voguent au gré des flots et de leurs aventures dans les ports qu'ils visitent lors de leurs escales. Ces marins, que certains veulent monter comme des personnages mytiques, sont en fait les larbins d'une petite prison flottante sur laquelle des capitaines qui se croient les seuls mâitres après Dieu, mais qui ne sont que les courroies de transmission des armateurs, font travailler des marins souvent payés avec des salaires de misère. Il y a dans cette mythologie de la mer et des voyages au long cours tous les mensonges qui embellissent les belles histoires ou celles qui se voudraient exceptionnelles. Avec les mythes qui entourent aussi les alpinistes, ces mythes marins sont souvent là pour glorifier des existences qui sont plus qu'ordinaires à force d'isolement et de labeurs routiniers. La tentation est donc grande de les pimenter avec des histoires d'escales qui ne parviendront à exciter que ceux qui voient cette vie de marin comme étant paradisiaque, comme cette ville de Valparaiso qui n'a pourtant aucune siimilitude avec les espaces que pourrait évoquer son seul nom.
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Le marché de l'art et l'art du marché
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Les faits que relate cet article sont troublants, non pas parce qu'ils font la preuve qu'il y a bel et bien un marché de l'art, ce que nous savions tous déjà, mais parce qu'il pointe la place disproportionnée qu'y occupent quelques décideurs quand ils sevent d'intermédiaires entre les collectionneurs et les artistes. Personne ne contestera le talent certain que possède François Samson pour imiter les artistes qui l'inspirent et qui sait, peut-être aussi pour les dépasser, ce que je ne saurais dire. Il est tout de même déconcertant d'apprendre que quelqu'un puisse passer sans transition entre le monde de la contruction des maisons préfabriquées en usine à celui de la fabrication toute personnelle et sans gabarit du monde de la peinture. L'histoire ne dit pas s'il était peintre en bâtiments de son métier avant d'aborder l'autre versant de la peinture, ce qui aurait pu dénoter une vocation refoulée en raison des racines et du parcours obligé de son enfance et de son adolescence, mais peu importe ce qu'il y faisait avant dans ce monde, il aurait selon toute logique aimé dessiner dans sa vie antérieure, ne serait-ce que des plans de maison. Mais non, on nous dit qu'il lui a suffit de regarder le monde de l'art à travers d'une vitrine pour que tout se déclenche. Ces faits percutants montrent à quel pont le marché de l'art en est un et que pour y réussir, il faut avoir de bons contacts qui persuadent les collectionneurs et les acheteurs et aussi, y être un peintre qui ne les heurte pas trop dans leurs habitudes et leurs goûts acquis. C'est tant mieux pour ce peintre, mais ce doit être Van Gogh et Gauguin qui se retournent dans leurs tombes, eux qui pourtant étaient aussi en lien avec le monde de l'art avec le frère de Van Gogh, Théo.
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À la défense de Madonna
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À mes yeux et surtout, à mes oreilles, Madonna fait partie de ces artistes qui, avant d'avoir un suplément de voix, ont un supplément d'âme. D'autres qui croient que ces artistes n'ont que leur voix pour se défendre et qui poussent la note tant qu'ils le peuvent pour les rattrapper sur ce qu'ils croient être leur seul mode d'expression, ne sont que des caricatures et ils ne leur arrivent même pas à la cheville. Mais il arrive souvent hélas que ces talents sont récupérés par l'entreprise de la production musicale qui leur impose leurs standars. S'ils arrivent quand même à les transcender par leur talent, cela leur laisse un goût amer de la réussite, conscient qu'ils sont d'avoir vendu leur âme au diable de l'industrie en échange de billets qui ne leur apporteront jamais les satisfactions qu'ils étaient en droit d'attendre de leurs efforts. Bien plus qu'une morale pour les enfants somme toute fort conservatrice quand elle s'adresse à des enfants qui jamais ne posséderont ne serait-ce que l'ombre des billets que Madonna reçoit, c'est une morale à l'endroit des jeunes artistes que Madonna met dans ce livre. Disons donc qu'il y a maldonne et qu'elle s'est trompé de disque ou en tout cas de public en faisant cette bande dessinée.
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Du talent à revendre
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Il est incontestable que Plamondon a donné à la chanson francophone, ce qui lui manquait jusque-là pour conquérir de nouveaux publics et pour embraser les palmarès qui la boudaient de plus en plus, soit ce soupçon d'américanité qui lui donne des ailes et qui font que la langue francaise rattrappe l'anglaise sur son propre terrain, soit celui de l'accord parfait de la musique et des mots. Paradoxalement, cet accord s'est fait en deux temps bien distincts, puiqu'il est le fait de Plamondon d'une part et de Berger d'autre part, soit deux personnes qui n'avaient au départ rien de commun, que tout séparait en fait, mais qui avaient en commun ce même rêve de faire chanter le français comme on le respire. De cette rencontre est né le dernier rejeton de la scène francophone, cet opéra-rock qui conjuge les contradictions au présent en les sublimant au niveau des rêves de vie imaginaire pour compenser ce que la vraie vie refuse, de la même manière que l'avait fait à sa manière la comédie musicale américaine qui prolongait le rêve américain battu en brèche à chaque jour qui passait. Car ce sont bien aussi des contradictions qui ont donné naissance aux rêves de Plamondon et de Berger, car ce sont les nostalgies d'un ordre social périmé qui srexpriment à travers ces visions, Plamondon ayant celle d'un ordre social ancien où les raports de l'homme à la nature et aux autres sont rêvés comme étant totalement libres, comme une image d'Épinal des époques rurales révolues, et Berger rêvant nostalgiquement à celui dans laquelle les grands bourgeois avaient leur coudées franches. Cette mise en situation de leur oeuvre n'enlève rien à la beauté de ce qu'ils ont crée, car la beauté réside souvent sur les gravas des édifices écroulés, ceux des systèmes sociaux, comme des cathédrales qui défient le temps.
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Quand les films apparaissaient encore comme des tranches de vie
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C'est peu dire à quel point ce film a marqué les mémoires que de dire que l'on s'en souvient encore. On s'en rappelle comme d'un film qui transcende tous les autres, comme d'un genre de cinéma qui n'a plus sa place à l'heure où la crédibilité l'a cédée aux effets spéciaux artificiels et aux scénarios souvent peu crédibles. La grande qualité de ce film et des autres du même genre quand ils étaient conduits de main de maître, comme avec celles de Jean-Pierre Melville, était qu'ils se découpaient à même la vie, comme des tranches toutes chaudes que l'on déposait dans vos assiettes de spectateur et qui vous rassasiaient pour des jours à venir. Il n'y avait d'ailleurs pas que la finesse de la réalisation qui comptait pour ce résultat, mais aussi le type bien particulier du jeu des comédiens, ainsi que la direction d'acteur, qui faisaient en sorte que ce métier n'avait pas l'air d'être le fait de vedettes surpayées, mais d'être celui de comédiens authentiques qui à l'écran comme dans la vie, défendaient des attitudes et des opinions qui transcendaient leur jeu d'acteur. Montand et Bogart incarnaient au mieux ce type d'attitudes. Le résultat final était donc percutant. Vielli ce film dites-vous. Sans doute, mais comme le sont ces voitures d'à peine quelques années et qui paraissent défraîchies parce que de nouvelles formes de carosserie font leur apparition et qu'elles sont sensées incarner la nouveauté, lesquelles subiront le même sort peu de temps après. Mais au regard du collectionneur qui prend du recul et qui regarde toutes les voitures du passé, je ne suiis pas certain que ce seront les dernières produites qui lui sembleront les plus belles.
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Les Ponce Pilate de la politique chercheront à y trouver leur profit
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Il est inacceptable que les décisions concernant l'un des aspects les plus fondamentaux de la politique, soit celle de l'organisation et du financement du système de santé, soient reléguées dans les officines où il n'est question que des seuls aspects juridiques des problèmes, comme si on avait décidé en haut lieu de faire comparaître le système public de santé devant les tribunaux et de le cerner dans le box des accusés en face de juges conservateurs et réactionnaires pour la majorité, ce qui s'est traduit par un jugement déjà prononcé avant même que les plaidoiries des personnes en cause et de leurs représentants aient pu se faire entendre. Tout ce petit scénario de procès s'est déroulé uniquement devant des juges d'instruction qui ont adopté pour les circonstances le principe que l'accusé est coupable, contrairement à toutes les traditions qui font agir la justice en sens contraire quand il est question de juger des voleurs ou des assassins. On voudrait nous faire croire qu'il ne s'agissait que de mettre en balance des droits abstraits dont il fallait assurer la priorité, comme si nous vivions tous dans le meilleur des mondes possibles. Cette candeur, nous ne la partagons pas et nous prétendons que ce jugement aurait fait bondir tous les défenseurs de la démocratie sociale, de Voltaire à nos jours et qu'il y a là un déni de démocratie. Qu'ils prennennt donc garde les politiciens qui tenteront de se réfugier derrière ce jugement pour mettre de l'avant leurs petits plans de privatisation qui s'attaqueraient aux acquis qui permettent à tous les citoyens d'être égaux devant la justice la plus élémentaire qui est celle du droit à la santé par l'accès démocratique aux soins. Leurs recettes ne visent qu'à éliminer les pénuries de personnel soignant en faveur des mieux nantis qui ont les moyens de payer plus cher pour les mêmes services. Cette surenchère est immorale.
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Une amphibie qui n'appartient pas qu'à la Nature
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Jean-Christophe Rufin est de trop près mêlé aux fresques historiques dont il charpente ses romans, il colle si bien à l'évolution des cultures et des civilisations ainsi qu'aux conflits qui tressent leurs lianes au coeur des sociétés, qu'il a certainement fait de cette histoire autre chose que celle d'une personne dont les habitudes de vie se seraient trouvé boulversées par une histoire d'amour. Cette salamandre, avec sa capacité de vivre sous l'eau et en dehors d'elle, ce n'est pas seulement le rappel des capacités qu'ont les humains pour s'adapter aux conditions changeantes de leur existence et pour passer des poumons des habitudes aux branchies des rebondissements. C'est aussi à mon sens la métaphore des transformations qui travaillent la société et la culture bourgeoise parisienne et française qui n'arrive plus à vivre culturellement avec les poumons des acquis culturels qui lui permettaient de respirer en pompant l'air des traditions. Par-delà la transformation de ses habitudes et de ses réflexes, c'est de celle d'une certaine culture française et parisienne dont il est question dans ce livrre, de sa contagion par une américanité qui lui fait perdre les contours rigides de celle trop européenne qu'elle voulait donner comme image de marque à tous, avec ce mélange de culture républicaine et aristocratique issu des révolutions et des contre-révolutions ayant marqué son histoire. Pour un écrivain, c'est aussi une façon de rompre avec la tradition littéraire d'un monde des lettres demeuré immergé dans cette culture dont la protagoniste du roman se déprend grâce à ce séjour en terre torride et peu soumise aux normes des traditions culturelles.
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