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Quand le carosse ne redevient pas citrouille
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Carlos Fuentes a des paroles pleines de sens quand il affirme que l'on ne peut pas mettre le carosse des revendications devant les chevaux de la littérature sous peine de voir le beau carosse de Cendrillon se retransformer en citrouille. C'est là le paradoxe de l'art et de la littérature que de ne jamais se plier aux intentions conscientes du créateur et de n'obéir qu'à ses intuitions profondes qui elles le ramènent sous la surface inconsciente, lesquelles font de lui un sismographe des mouvements profonds des sociétés et des civilisations. Quand c'est la partie réfléchie des poètes qui parle, c'est en tant que citoyens qu'ils s'expriment et souvent leur art les boude sur ce terrain qu'ils lui assignent. Par contre, le sujet que le poète choisi ou les décors que le romancier retient pour en parler peuvent influencer le galop des chevaux de la littérature, même s'ils gardent le mors aux dents. Le créateur n'a donc aucune guarantie que ceux-ci l'amèneront là où il aurait bien voulu qu'ils aillent quand il a fait ce choix. Paradoxalement, il y a donc des oeuvres prophétiquement révolutionnaires en ce qu'elle annoncent la fin des grandes dominations de classes dans les visions du monde qui affleurent des structures lalentes de leurs oeuvres. Tel est le cas pour Proust qui incarne la fin de la puissance dominatrice des grandes bourgeoisies aristocratiques européennes alors que son propos de surface se situe bien ailleurs, ou de Molières qui au contraire défend la vision aristocratique en traitant par le ridicule la vision bourgeoise émergente. S'il est facile de suivre Fuentes dans ces propos-là, il est plus difficile par contre de le faire quand il accorde de la vision historique qu'il dit être celle des conseillers de Bush. Ces paleos le sont beaucoup plus des dinosaures que des penseurs. Probablement que pour cette affirmation, les chevaux de Fuentes ont galoppé sur un sol qui leur est bien plus familier et qui est le sol mexicain.
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Serait-il le Jean-Marc Chaput de l'humour
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Avec ce genre de recettes de bonheur qu'il vend et qui seraient bonnes pour toutes les occasions, cet humoriste qui se prétend aussi consultant me fait penser à cet autre fanfaron de l'optimisme qui se targue lui aussi de connaître toutes les recettes du bonheur, un certain Jean-Marc qui n'est pas Parent. S'il y en a qui sont assez naïfs pour croire à ses recettes, tant mieux pour lui et tant pis pour eux. Pour ma part, je trouve que cela est cher payé pour se faire servir des idées reçues qui ne trouvent en lui qu'un haut-parleur. Je comprends que de son point de vue il souhaite provoquer des réactions, car le pire qui pourrait se produire dans son cas est que l'on en vienne à considéerer que ses prétentions n'en méritent aucune.
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Du cinéma qui déborde de ses cadres de partout
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Si l'Amérique latine est bien présente dans le programme du Festival de cinéma des 3 Amériques, les réalités états-uniennes ou leurs influences sur nos modes de vie n'en seront pas pour autant absentes. C'est ainsi que le film d'ouverture d'André Forcier de manière métaphorique, ainsi que le film de fermeture de Paul Haggis de manière ultra-réaliste, en sont des manifestations. Par ailleurs, si la fiction y occupe la première place, les documentaires n'en seront pas pour autant absents avec plusieurs films dont ce film de Jean-Stéphane Sauvaire , Carlitos 13 Meddelin, ou celui de André-Line Beauparlant, le Petit Jésus, ou bien encore pour présenter des cultures qui sont moins présentes à l'écran avec celui intitulé Iam Inuk, I am alive comme avec celui de Richard Lavoie, le Temps des Madelinots, de même que celui de André Gladu, la Piste Créole en Amérique. La piste politique des documentaires y tient aussi sa place avec entre autres films celui de Rolo Pereya, Oro Nazi en Argentina. En somme, les Amériques y seront présentées sous tous leurs aspects, tant dans ceux qui les travaillent de l'intérieur que dans ceux de leurs influences sur des individus et des peuples.
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De grandes attentes
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Ce concert était attendu avec impatience, trop peut-être. La dame légendaire du piano qu'est Martha Argerich s'amenait à Québec avec Nelson Freire, alors qu'elle ne donnera que quatre concerts en Amérique au cours de l'année qui vient, soit à New-York au Carnegie Hall, à Philadelphie, à San Francisco et bien sûr, là où nous avons pu l'entendre, à Québec. Ce ne sera pas la première fois que des artistes de grand renom de la scène musicale se déplacent ainsi pour venir à Québec, mais cette fois-ci en est certainement une qui est remarquable. Les attentes étaient grandes dans le public et le nombre sans précédent de spectateurs, dont un bon nombre avaient été placés sur la scène autour des pianos, en donnait une illustration frappante. Les deux protagonistes du spectacle avaient donc tout un défi à relever, qu'ils ont réussi à relever, mais en partie seulement. Pour ma part, je suis resté un peu sur ma faim, non pas que les interprètes n'aient pas brillé par leur virtuosité, ce qui est impossible de la part de personnes qui maîtrisent autant leur technique, mais il m'a semblé que quelque part, l'âme était un peu absente. La propension à parler à son duettiste lors des salutations entre les pièces, comme si le public n'avait pas été là, était-elle la manifestation qu'ils considéraient un peu ce passage par Québec comme une période de rodage du spectacle, une période de mise en place dont ils discutaient le coup entre les pièces comme si le public en avait été absent, comme durant des périodes de répétition, ou bien ai-je considéré à tort ces conversations sur scène en ayant à l'esprit les beaux moments des disques de Martha Argerich que je possède. Dans ce cas-là, ce serait plutôt Glen Gouuld qui aurait raison et non moi.
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Les violons rouges
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Ce nouveau spectacle de La Pietà nommé Passion était de la couleur rouge des souliers de celle qui sait faire danser sur des airs de musique qui depuis longtemps ont quitté les petits sentiers des écoliers pour emprunter les routes bien balisées du classicisme. Il était aussi de la couleur de ce violon qui, tel celui de ce beau film qu'est le Violon rouge, parcourait bien des contrées. Les musiques sonnaient en effet souvent comme des évocations des films auxquels elles auraient pu prêter leur pouvoir d'évocation. Angèle Dubeau avait d'ailleurs dans ses bagages pour ce spectacle des musiques rapportées du Japon grâce à celui qui a aidé à immortaliser des films, soit celles de Joe Hisashi. Cet aspect-là du spectacle, il le doit aux qualités de ceux qui ont fait les arrangements de cette musique, souvent classique, et qui ont par leurs partitions réinventées donné à la mélodie le rôle conducteur des pièces interprétées par l'ensemble. Les arrangements et les orchestrations de Louise-Andrée Baril sont tout à fait appropriée pour donner cette teinte à ces interprétations de la Pietà. Il n'est pas surprenant qu'un mélodiste de grand talent ait aussi prêté son concours à ce spectacle, soit André Gagnon, lui qui aussi travaille dans cette même direction. Mais cette interprétation n'est pas mélodique que pour être telle, elle débouche aussi sur le retour des musiques classiques vers leurs sources qui sont souvent populaires. L'enracinement culturel des pièces qui sont présentées devient alors très palpable et toute l'âme des pays qui les ont vu naître nous est ainsi rendue. Il faut donc souligner, en plus de la prestation exceptionnelle d'Angèle Dubeau, les qualités des arrangeurs, de Louise-Andrée Baril, mais aussi de Vic Vogel qui a fait de la pièce de Gershwin un vrai bijou.
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Ces eaux dormantes
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Sous ses dehors évanescents, Coralie Clément cache bien les remous qui l'agitent et qu'elle dévoile quand elle abaisse le foulard dont elle entoure son joli visage et que sa bouche crache la mitraille qui l'habite. Ces paroles juste pour voir qui lui viennent de son frangin sont loin d'être innocentes et si elle se fait leur porte-parole, c'est qu'elle en partage aussi le sens. À première vue, ce style me semble être en droite ligne de celui que nous a légué Serge Gainsbourg, des mots qui en se donnant l'air d'être des petits riens sont en fait des grands touts, de ceux dans lesquels un auteur glisse subrepticement des quantité de signifiés qui s'engouffrent dans leurs goulots étroits jusqu'à ce qu'ils composent la mixture des cocktails Molotov qui exploseront au bon moment. À ce jeu des mots, ces chansons sont imparables. Pourtant, si leur finesse me séduit, leur sens me rebute au plus haut point. C'est comme s'ils refaisaient en pire ce que Gainsbourg a fait en mieux, un mélange de la finesse de l'expression littéraire alliée à une fermeture d'esprit obtuse. Ce qui en apparence prend les dehors d'une nostalgie fragile est au fond une témérité farouche qui entend faire payer au présent les trahisons d'un passé qui demeure à leurs yeux la seule valeur qui compte. La dérive de ces visions passéistes n'est qu'apparente puisque l'amarre qui la retient au quai des brumes du passé ne fait que s'étirer un peu plus sans qu'elle ne soit jamais larguées. Ce n'est pas renier le talent de ces artistes que de souligner ces faits. C'est tenter d'y voir un peu plus clair que ce que révèle le clair-obscur dans lequel il se cache.
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Un festival de l'écriture
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Ce festival qui se nomme Metropolis bleu se démarque bien de ses homologues que sont les divers salons du livre, car il est d'abord une fête de l'écriture avant que d'être une foire d'exposition des livres qui sont en vente dans le marché du livre. Il est beaucoup plus tourné vers des objectifs de vulgarisation et d'éducation à l'écriture que ne le sont ses concurrents qui eux sont plus axés sur les ventes des livres. Comment ne pas s'en rendre compte si l'on parcourt le moindrement sa programmation qui fait une large place aux ateliers de formation et de vulgarisation. Cette mission didactique qu'il se dinne ne l'empêche pas de réserver une place de choix à la création littéraire et aux échanges qui la favorisent. Se faisant, le festival n'oublie pas d'inscrire cette problématique de l'écriture dans des objectifs plus larges de communication, comme ceux qui consistent à faire communiquer les langues par le biais de la traduction qui demeure l'outil principal pour faire communioquer à toutes les littératures du monde des lecteurs qui ne peuvent évidemment pas les posséder toutes. En ce sens, la communication qu'il privilégie n'a pas de frontières et ratisse toute la planète. Le décloisonnement qui est son leitmotiv concerne aussi celui qui consiste à abolir les frontières entre les genres d'écriture, les livres à teneur scientifique avoisinant ceux qui utilisent les images des bandes dessinées. En somme, c'est le contact entre les auteurs et les lecteurs de même que celui des genres d'expression littéraires que ce Festival favorise. Il s'inscrit donc de plein pied dans la culture de notre temps qui ne connait pas les frontières.
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Des visions opposées des films d'animation
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Tout oppose les visions des auteurs des films d'animation selon qu'ils ont pris leur inspiration de ce côté-ci de l'écran, tels ceux qui le firent à partir d'Hollywood, ou selon qu'ils l'ont fait de l'autre côté de l'écran, tel ce Pragois, Jiri Trnka. Pourtant, derrière leurs visions se cachent des prises de position politique dans un cas comme dans l'autre, la différence étant qu'elles ne sont pas perçues comme telles dans le cas des hollywoodiens parce qu'elles sont complaisantes, et qu'elles se manifestent beaucoup plus ouvertement dans le cas celles de ceux de l'autre côté des écrans, parce qu'elles sont critiques et tout sauf complaisantes. Il y a un monde de différence entre les visions de tous les Mickey de ce monde et les personnages de ceux qui dénoncent toutes les dérives politiques, qu'elles se situent à droite ou qu'elles se prétendent de gauche. Pour trouver des équivalents aux films d'animation de ce Pragois, il faut aller du côté des films muets peu nombreux qui ont osé faire ces mêmes constats, comme le firent par exemple les films de Charlot. S'il demeure un point commun qui puisse déchirer ces rideaux de tissus, c'est peut-être celui qui unit le monde des marionnettes de Trnka au monde mythique des personnages des premiers hollywoodiens, les deux visions se rejoignant dans la poésie des contes populaires qui magnifient la vie culturelle des peuples en en extirpant toutes les contradictions, comme dans les rêveries des enfants. Telles semblent bien être les correspondances que l'on peut établir, de part et d'autre des écrans, entre la naïveté apparente dans le cas des marionnettes d'une part, et celle bgeaucoup plus contrainte des personnages fabriqués des films d'animation d'autre part.
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Un analyste limpide
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Ainsi donc, il n'y a pas que les épidermes trop sensibles qui se seront fait un devoir de porter à l'attention du public les conséquences et aboutissants des politiques éditoriales d'une radio qui s'incarnait, entre autres incarnations, dans la personne trop médiatisée de cet animateur emporté par des flots de paroles qu'il imaginait être ceux de la majorité des auditeurs de sa station. La suite lui prouva que non. Par ailleurs, les analyses de Jean-Jacques Pelletier vont certainement au-delà de ce constat de surface, lui qui sait scruter les courants de l'Histoire et en voir les enjeux. En effet, en plus de reprendre les analyses qui se limitent à la personne de l'animateur de son livre, c'est tout le procès du populisme qu'il fait métaphoriquement, en montrant toute la fausseté qui se cache derrière les alibis de ceux qui prétendent parler au nom du vrai monde quand ils se font vulgaires, ou encore pire que cela, condescendants au point de ravaler toute controverse à une série d'insultes à l'endroit de ceux qui ne partagent pas les idées toutes faites de celui qui prétend les imposer à tous ceux qui l'écoutent. Ce populisme de droite, et en général tout espèce de populisme, est la négation de la libertré de penser de ceux à qui il s'adresse. Ceux qui ont supporté ce genre de dérive politique en s'imaginant que leur statut les mettrait à l'abri de tels reproches n'ont qu'à bien se tenir. Un jour ou l'autre, ils devront répondre de leur abrutissement et ils auront bien du mal à nous faire croire qu'il ne s'agissait là que de lui apporter un appui sporadique.
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Les fleuves nous ramènent tous vers nos origines
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Est-ce parce qu'ils coulent inexorablement vers la mer au mépris des berges qui parfois les emprisonnent, quand ils sortent de leurs lits ou qu'ils se tracent de nouveaux bras, ou bien parce qu'ils prennent leurs sources dans des lieux plus ou moins inconnus qui s'apparentent à des terres mythiques, les fleuves nous ramènt tous vers nos origines. Nous Québécois des bords du fleuve sommes bien placés pour comprendre ce dont elle parle dans ce livre. À cette métaphore des origines que représente ce fleuve Neretva et qu'elle désire prolonger vers les rives du Saint-Laurent, s'ajoute aussi pour moi le souvenir évanescent de ce fleuve que j'ai sans doute traversé un jour que je remontais sur Paris au départ de la Grèce alors que la Yougoslavie portait encore ce nom. Si d'aventure je suis le cours des événements qu'elle nous raconte dans ce livre, je serai donc un lecteur doublement attentif, qui s'en veut encore d'avoir raté le détour par Sarajevo alors qu'il se dirigeait vers la côte dalmate. Cette métaphore du fleuve dont les eaux coulent sans entraves à travers des contrées dont les peuples peuvent en arriver à dresser des barrières infranchissables entre eux est le beau contraste qui donne à ce roman tout le poids existentiel qu'il a, soit celui de nous faire prendre conscience de l'absurdité des barrières artificielles que nous dressons parfois entre nous au mépris des forces inexorables qui nous relient les uns aux autres. À ce contraste de fond s'ajoute aussi celui qui marque les différences entre la surface des fleuves qui sont en apparence toujours calmes et les les remous et tourbillons qui s'agitent sous le mirroir de leurs eaux moirées.
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Le goût fait partie de la culture
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En reliant comme elle le fait la mémoire et les sources du goût, Marie Rouanet nous fait comprendre que le gôut est une composante de la culture, qu'il en est une expression, une manifestation puisqu'il plonge ses racines au coeur même du vécu. Le goût n'est donc pas d'abord affaire d'hédonistes, de moralistes des bons usages, mais une manifestation de la personnalité de base qui est le fond commun de la culture des peuples et des groupes qui la composent. La preuve en est que ce qui peut représenter un plat raffiné dans une culture devienne une nouuriture abjecte dans une autre. Des preuves! Allez convaicre un asiatique de souche, lui dont l'estomac est plus souvent qu'autrement incabable de diggérer les lactoses, que le fromage est une nourriture raffinée et vous m'en donnerez des nouvelles. Allez convaincre un Québécois pure laine que les tripes à la mode de Caën sont le nec plus ultra de l'art culinaire et je suis sûr à l'avance de sa réaction négative. Demandez à des Européens du terroir de se pourlécher les babines en mangeant des larves d'insectes. Je vois d'ici leurs réactions qui ne seront certainement pas entousiastes. Pourtant un Européen ou un Québécois sera râvi de déguster un fromage pendant qu'un asiatique se fera une fête de manger du serpent ou du singe et qu'un Africain pensera aux larves avec bonheur. Le gôut n'est donc pas affaire de discussion, mais de culture de base. Et dans les ingrédients de cette cultute, il y a aussi certainement les influences que le milieu familial impreigne sur ceux qui en font partie, bien que là aussi il puisse y avoir autant de différences de goûts parmi ses membres qu'il y en a entre les cultures et les peuples. C'est tant mieux qu'il en soit ainsi puisque comme cela, nous sommes certains d'être bien vivants.
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Le seul équilibre que les gouvernements comprennent est celui de l'équilibre budgétaire
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S'il y a une sorte d'équilibristes que les gouvernements comprennent bien et admirent vraiment, c'est bien celle qui se dit être de la race des équilibristes budgétaires, soit celle de ceux qui sont bien loin des pistes des cirques, mais qui se tiennent le plus près possible des cirques médiatiques et cela, en prenant bien soin de se guarantir d'un filet de sécurité qui se nomme les conventions comptables et sans qu'ils éprouvent la crainte de passer pour ce qu'ils sont, des pitres. Alors, s'il y a un domaine que les politiques devraient bien comprendre, ce sont bien les artistes du cirque, car malgré toutes les assurances qu'ils se donnent, une chute est toujours possible. Pour sortir de ce cirque et sans mauvais jeu de mots pour nos amis les artistes du cirque, il n'y a pas d'autres solutions que celle de prévoir des mécanismes statutaires pour financer la culture, qu'elle soit populaire comme l'est celle du cirque ou des métiers d'art, ou plus restreinte comme l'est celle qui se fait plus intellectualisée. Ce difficile équilibre qu'est celui d'assurer la diffusion de la culture est un exercice périlleux dans nos sociétés soumises au marché de la culture qui fait des millionnaires d'un côté et des artistes qui vivent dans la précarité de l'autre. Jamais politique cultutrelle dans un tel contexte ne résoudra ce dilemne et ne fera disparaître comme par enchantement ces écarts de nature structurelle. Il y a cependant de la place pour de l'amélioration et la contribution des entreprises à ce projet, non pas par des contributions volontaires, mais par des impôts qui seraient dédiés à la culture pourraient permettre de les réduire quelque peu.
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C'est clair que le cinéma est passé des auteurs à la distribution
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Quand André Forcier dit que le cinéma est passé des auteurs aux producteurs et aux distributeurs, il fait un constat et non pas une métaphore. Combien d'entre nous ont été davantage séduits par les bandes annonces et les publicités des distributeurs qui requièrent pour les réaliser beaucoup plus de talents de leurs auteurs que de la part des scénaristes des films qu'ils emploient ou qu'ils utilisent. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les bandes annonces sont plus intéressantes que les films qu'elles présentent. Le sachant, je me laisse rarement prendre à ces sortilèges et j'ai presque toujours, parfois injustement, le réflexe de me guarantir de l'exposition à ces films qui se font trop tapageurs à mon goût. Par contre, quand il fait du cinéma, André Forcier s'exprime alors tout à fait métaphoriquement. Coiment ne pas voir dans le scénario de son dernier film un aphorisme de la condition de la culture québécoise dans le contexte nord-américain. Cet acteur québécois, parti découvrir un monde mythique au sud de sa frontière, et qui se retrouve en plein désert, est une métaphore évidente du sort de ceux qui ont cru aux mirages états-uniens du cinéma, porté qu'il était par les images du grand rêve américain des débuts du cinéma de nos voisins du sud, et qui s'est vu rejeté vers les déserts de l'arrière-pays quand Hollywood a occupé tout le territoire verdoyant de la côte califiornienne. La métaphore rejoint d'ailleurs les autres îlots culturels états-uniens qui survivent encore dans les déserts de l'intérieur, en demeurant plus ou moins acoquinés aux pouvoirs des cheiks, ce qui dans ce sénario prend les contours de la secte des mormons. Pour le Québécois dans le désert, la dérive est totale.
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Notre condition humaine
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Parce qu'elle a prêté son oreille aux murmures des coquillages que la vague ramène parfois des profondeurs océanes, Marie-Claire Blais nous fait écouter des chants de sirènes que seuls peuvent transmettre ceux qui savent qu'ils ont cette ouie bien singulière tenant à la fois de l'humain et du poisson. C'est parce qu'ils ont mal aux autres qu'ils sont capables d'entende ces rumeurs sourdes de l'humaine condition. Mais ce qui rend l'oreille de Marie-Claire d'autant plus fine est le fait qu'elle s'est trouvée à la rencontre d'une mer en furie parce que les écluses, qui la retenaient jusque-là à l'écart des étangs aux eaux dormantes qui étaient celles du Québec de sa naissance à l'écriture, se sont rompues, laissant aller sur le sable de nos grèves des quantités de coquillages qui amplifiaient d'autant la rumeur du monde pour qui savait l'entendre. Telle un Beaudelaire en gestation, sa poésie est née de ce qu'elle a su comme ce poète faire du surf sur la vague des rencontres de ces deux mondes, le nouveau qui déferlait avec ses coquillages et l'ancien qui allait voir ses étangs submergés par cette eau saline. Toute son oeuvre poétique est à mon sens le tracé de cet itinéraire qui va de la description de l'écroulement du monde fermé sur lui-même qui avait été le nôtre jusque là à celui du monde de l'ouverture sur les grands courants de culture et de civilisation. Avec elle, on passe de la tradition blocquée à la modernité débridée. C'est en tentant de donner des contours aux visages qu'empruntent ces visions du monde que sont nés les personnages de Marie-Claire Blais. Ces paroles sont celles qu'Olivier aurait pu dire lui aussi, mais ce sont d'abord les paroles d'Augustino qui effleurent l'oreille de la romancière.
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À contre-courant des tendances uniformisantes
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Cette universalité à laquelle les groupes de musique dans la mouvance de la trad se rallient au fil des rencontres et des échanges est un peu la même que celle qui se dessine au-travers des courants alter-mondialistes qui luttent pour la préservation des acquis, tant de ceux du domaine de la culture que de ceux de celui de la politique ou du domaine social. Contre les tendances uniformisantes à la mode du monde de la musique, parce qu'elles s'inscrivent dans le sillage des courants politiques et économiques mondialisant qui ne tolèrent pas que des obstacles se dressent devant les chefs wisigoths comme le disent les mots de la chanson de Desjardins, les courants de la musique trad d'avant-garde tissent les liens d'une autre communauté, même s'ils pasent inaperçus plus souvent qu'autrement. Il n'y d'ailleurs pas que des groupes venus d'ailleurs qui sachent tisser ce genre de liens. Pour prendre un exemple à partir d'ici, pensons au groupe le Vent du Nord qui lui aussi sème ses amités et tisse ses liens au fil des rencontres un peu partout autour de la planète. Le mérite de cet universalisme est qu'il ne cherche pas à trouver le plus petit dénominateur commun entre les peuples et les cultures pour les réunir, mais au contraire, ce qui fait d'eux qu'ils sont uniques et spécifiques. Dans cette foulée-là, c'est le plus haut dénominateur commun qui prime, et non l'inverse.
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