|
|
|
Quand ces mots résonnent comme le signal d'une urgence
|
Le réflexe de Martin Gray qui le fait réagir aux mots fatidiques qu'il a entendu le plonge non seulement dans les angoisses du passé, mais aussi en plein coeur des espérances pour l'avenir à retrouver pour éviter les nouveaux cataclysmes. Ce faisant, son appel et les mots qu'il invente pour nous en monter l'urgence, le font retrouver un vieux fonds d'humanisme qui déborde toutes les frontières, toutes les races et toutes les religions, car son appel vise non pas seulement ceux de ses coreligionnaires qui se sentent maintenant de nouveau visés, mais tous les autres qui le deviennent aussi dans la nouvelle conjoncture qui pourrait bien faire d'eucx de nouveaux juifs si la tendance se maintient. Il s'agit bien sûr de tous ces musulmans de la dispora qui se voient de plus en plus devenir les boucs-émissaires à qui l'on veut faire expier toutes les frustrations qui sont entretenues pour des motifs qui ne sont pas toujours très transparents quand ils ne sont pas carrément fallacieux. Au rytme où vont les choses, on en vient à se demander si quelqu'un quelque par n'en vienndra pas à réclamer que l'on exige de tous les citoyens de culture arabo-musulmane des pays d'occidents, musulmans ou non, qu'ils se fassent coudre une étoile de David de couleur verte sur leurs vêtements afin que l'on puissent bien les identifier. Ce danger, Martin Gray s'en fait aussi le messager puisque son roman s'intitule bien Au nom de tous les humains et non plus seulement Au nom de tous les miens. S'il y a une espérance au bout de ce tunnel, c'est bien celle qui nous fait espérer qu'il n'y ait plus de camps de concentrations d'aucune sorte, ceints par des murs ou par des barbelés, dans ce monde de tous les hommes.
|
|
|
|
|
Écrasé sous l'enclume des jours de labeur
L'humain aspire à briser cette chape de peur
Tordre le cou de ces sinistres seigneurs
Qui l'enferment dans sa geôle de noirceur(...)
|
|
|
|
Un roman qui se donne les allures d'un essai
|
En voulant faire le tour de la question, l'auteure nous livre une oeuvre qui s'apparente davantage à un essai qu'à un simple roman. Mais ce n'est pas tellement cette orientation de son oeuvre qui dérange, puisque les essais sont encore partie du domaine de la littérature, mais le fait que cet essai se donne des prétextes romanesques pour régler des comptes, pour pourfendre des orientations littéraires, pour s'attaquer à des institutions en tant qu'elles seraient les porteurs des visions littéraires honnies par l'auteure. Cependant, même si on acceptait encore que cette oeuvre puisse se lire autant comme un essai qu'en tant que roman, il resterait encore des questions à son sujet qui seraient celles de la place qu'on y attribue à des éléments qui ne font pas partie comme tels de la littérature et qu'on y considère comme marquant le seul territoire sur lequel peut s'édifier la littérature. Les incandessences d'Hubert Aquin ou celles de Georges Bataille sont-elles les seuls matériaux littéraires qui soient dignes de ce nom. Ne seraient-ils pas au contraire des éléments ajoutés de l'extérieur pour s'incorporer de force dans les oeuvres, des stimulants qui dopent la création de manière factice bien plus qu'ils ne la supportent ou la nourrissent. En ajoutant à cela leur caractère narcissique, ce mélange finit par agacer et mène à la mort de l'oeuvre littéraire quand ce n'est pas à la mort tout court. C'est l'ultime consécration pour cette orientation qui en est bien plus une de style de vie que de style littéraire et qui finit par exiger de son auteur l'incandessence finale qui se traduit par la mort. Décidément non, la littérature n'a pas à se faire le véhicule de la mort, fût-elle auréolée de tous le panache de la vie.
|
|
|
|
Le futurisme du point de vue de celui qui voit
|
Les premières réflexions que ces oeuvres de McLean suscitent sont celles qui nous donnent à penser que le créateur a vu le futurisme par l'autre bout de la lorgnette, du point de vue de celui qui se déplace vite plutôt que de celui des objets qui en feraient autant. En effet, sur l'autoroute de la vie, comme sur celle de nos déplacements géographiques, ce sont nos yeux qui vont à grande vitesse vers des objets qui eux demeurent fixes. C'est de ce côté-là des choses qu'il situe ses perceptions, plutôt que de nous monter les déplacements rapides d'objets alors que nous en serions les spectateurs fixes. Toutefois, ce retournement de perspective du futurisme ne se fait pas seulement mécanique chez McLean. Il y ajoute aussi une autre dimension qui le fait se questionner sur la superficialité de la modernité et qui l'incite à ne pas s'en montrer un spectateur béat qui serait râvi des contrasrtes que cette approche du réel favorise. Les routes que son oeil sillonne lui montre aussi l'existence de toutes une série de dérivations, de routes secondaires, que les grands tracés des autoroutes de la modernité ignorent. Ses REST AREA ne sont pas que des points d'arrêt sur le fil goudronné de la vitesse des jours, mais aussi des incitations à reconsidérer les tissus décousus et recousus qui nous ont menés jusqu'à ces aires de repos qui n'en sont plus. Son AUBE n'est pas qu'un panneau de signalisation de plus pour les voyageurs de la nuit qu'il leur suffirait d'atteindre au bout de celle-ci comme une étape normale, mais une indication qu'il leur faudra emprunter d'autres routes pour l'atteindre et pour y voir clair. Les chemins qu'ils nous indiquent nous font aussi voyager en profondeur.
|
|
|
|
Les lieux de théâtre influencent le jeu des acteurs
|
S'il y a une relation complexe que le travail du metteur en scène tel que le comprend Maxime Denommée éclaire, c'est bien celle qu'il y a entre les lieux de théâtre et le jeu des acteurs. Cette relatuion est à ce point vitale qu'on pourrait dire qu'à la limite, il y a des salles de spectacles qui devraient être dédiées en priorité à certains auteurs dramatiques. Cette remarque me vient de la réflexion de Denommée qui signale que le fait de pouvoir suivre le jeu des comédiens est optimal quand les spectateurs sont capables d'établir un contact visuel avec le regard des comédiens. Ce contact qui est vital pour les comédiens sur scène l'est tout autant pour les spectateurs depuis que la scénographie du sciècle de l'éclairage électrique a rendu caduque celle des éclairages aux chandelles. Si les grands gestes exagérés des mises en scène du temps de Molières ne sont plus nécessaires maintenant que l'on peut suivre le regard des comédiens, ce constat de base n'est pas pour autant toujours pris en compte par les metteurs en scène de maintenant, ni par les possibilités qu'offrent la disposition des lieux des théâtres modernes qui ne le facilitent guère quand on n'est pas assis dans les premiers rangs. Pourtant, des univers dramatiques du type de celui de Mark O'rowe réclament que ce jeu silencieux des acteurs puisse être suivi à la trace que seul le contact avec le regard des comédiens permet. N'y a-t-il pas là des dialogues silencieux qui s'entremêlent aux paroles qui sont échangées et qui en explicitent le sens.
|
|
|
|
Les ambivalences du Nobel de la Paix
|
Les prix Nobel de la Paix nous mettent en liste toutes sortes de concurrents qui tous auraient en commun le fait d'avoir favorisé la paix dans le monde. Il est vrai que la paix des uns est parfois la guerre des autres quand on regarde les noms de ceux qui figurent parmi les nominés, la paix qu'ils visaient ayant eu pour objectifs la défaite de leurs concurrents et pas toujours par des voies démocratiques ou pacifiques, comme pour nous rappeler que Nobel s'est fait connaître parce qu'il avait été l'inventeur de la dynamite. Dans le groupe de ceux qui figurent sur cette liste, Bono n'est certainement pas celui qui aurait le plus à rougir des ambiguités de ses démarches pacifiques, même si ses ambitions dans ce sens l'amènent souvent à cotôyer des personnages qui eux n'ont rien de pacifique au niveau de leurs comportements en tant que personnages publics. Mais étant donné le poids relatif peu important de sa sphère d'activité dans le monde de la realpolitique, cette politique machiavélique qui agit sur les ressorts les moins nobles de la politique, je doute fortement des chances de Bono pour remporter ce prix, lui qui cherche d'abord à conquérir les coeurs de ceux qu'il veut influencer, alors que plusieurs de ses concurrents s'adressent d'abord à leur intérêts financiers ou politiques. Mais ce n'est pas très grave si Bono ne remporte pas ce prix, car il nous laissera un souvenir plus profond que bien d'autres dont on ne se souvient plus peu de temps après qu'ils l'aient gagné.
|
|
|
|
La culture est un bien collectif
|
Faire du financement de la culture une affaire de participation du privé et du public, c'est d'entrée de jeu reconnaître que la cuture est un système à deux vitesses, un bien qui n'est plus entièrement collectif, une affaire de marché soumise aux lois de l'offre et de la demande, un lieu d'évasion fiscale, un repaire pour échapper aux règles de la transparence, un domaine où les mieux nantis pourront toujours forcer la porte des guichets, peu importe le prix qu'ils exigent pendant que les autres devront accepter de s'y faire refouler. Se faire parler de partenariat dans ce domaine vital de la respiration d'une collectivité qu'est la culture, c'est comme se faire dire que le service des urgences pour les personnes atteintes de troubles respiratoires devraient être programmés selon des plans qui impliquent le bon vouloir du secteur privé pour leur transport à l'hôpital. Car, on ne viendra jamais me convaincre que les apports du privé ne sont pas autre chose qu'une autre façon imaginée par les pouvoirs publics libéraux-conservateurs de se retirer de ce secteur à la hauteur des contributions réelles ou hypothétiques du privé, une autre façon de chercher à réduire ces sacrés impôts à la manière néo-libérale, soit en abaissant les taux d'imposition pour tous, ce qui soulagera en premier les mieux nantis. Ce discours est non seulement illogique, il est de surcroît immoral. L'État à le devoir de s'engager dans le financement de la culture de manière statutaire et récurrente. C'est la seule façon de remplir son mandat qui est non seulement de favoriser l'accès démocratique à la culture, mais aussi de laisser les libertés s'exprimer en dehors des carcans idéologiques qu'il édifie trop souvent pour se metre à l'abri des critiques. La vrai liberté de la culture ne pase pas par les PPP, mais par le soutien étatique récurrent et suffisant à des organismes libres.
|
|
|
|
Il nous a déconcertés
|
Arthur Lamothe sera arrivé à un bien mauvais moment dans le paysage cinématographique naissant du Québec. Habités encore par toutes les aliénations qui sévissaient alors dans notre culture, nous avons été incapables de comprendre ses messages pour ce qu'ils étaient, soit des manifestations d'amour pour des humains que toutes les idées répressives nous avaient habitués à voir comme des presque inhumains. En effet, les autochtones et les ouvriers des travaux de l'infortune étaient alors ravalés au rang de personnes qui comptaient à peine pour des humains, pour des êtres qui ne pouvaient espérer leur salut que de l'au-delà, ce que nous rappelaient d'ailleurs ces bons curés qui desssinaient pour eux des vallées de larmes dans tous leurs sermons. Alors, de se faire montrer ces humains avec un supplément d'âme, la leur sans réduction idéologique augmentée de l'amour qu'il leur portait afin de nous les monter grandeur nature, nous a complètement déconcertés, nous a rendus perplexes sur la valeur et la justesse des visions que nous avions à leur endroit. Nous pensions que ses films documentaires ne pouvaient pas partir des réalités et qu'à l'inverse, ses fictions devaient avoir quelque chose à voir avec une réalité qui nous échappait. Il a pourtant eu des admirateurs de ses films chez nous et pas n'importe lesquels. Je me souviens par exemple d'avoir entendu Gilles Vigneault dire de lui qu'il était le cinéaste qu'il préférait. Je suis certain aussi que Félix Leclerc en pensait le plus grand bien. Si jamais il décidait de s'associer à quequ'un pour faire un nouveau film, comme cela lui est déjà arrivé, plutôt que de le faire avec un type du genre de celui qui lui a valu son film qu'il qualifie de raté, peut-être devrait-il en parler à Francis Leclerc. Je suis certain qu'ils se comprendraient bien.
|
|
|
|
Il font flèche de tout bois
|
Le moins que l'on puisse dire de l'humour des Zapartistes est qu'il n'y a pas beaucoup d'angles morts dans le rétroviseur de leurs critiques. Ils s'attaquent à toutes les idées reçues, qu'elles soient de gauche ou de droite. Ils se font donc les humoristes du degré zéro de la liberté, de celle qui ne transige avec aucune formation qui adopterait la langue de bois comme véhicule de communication avec les masses. Il me semble que c'est de cette façon-là que l'humour retrouve ses assises de base, celles qui permettent de libérer la pensée des obstacles de toutes sortes qui se dressent sur son chemin. C'est bien pourquoi leurs prestations dans le cadre de l'émission "Il va y avoir du sport" leur permettent de diriger des flèches dans tous les sens et que les invités à l'émission ne peuvent pas savoir à l'avance dans quel camp se réfugier pour se tenir à l'abri de leurs cibles. Ce type d'humour caustique n'est pas sans nous rappeler celui des Cyniques qui eux aussi aimaient bien tirer de tout bord et de tout côté. Le seul danger qu'il y a avec ce type d'humour est que l'on risque ainsi de passer au yeux d'une bonne partie du public pour des collégiens qui n'ont pas vraiment de visions qui leur soient propres, pour des personnes qui s'attaquent un peu à tout le monde seulement pour faire rire un peu. Quoi qu'il en soit, ils occupent une place à part dans le monde de l'humour québécois et cette place, elle vaut la peine d'être occupée.
|
|
|
|
Voilà ce que j'appelle de la littérature
|
La démarche qu'emprunte Florian Zeller m'intéresse grandement. Plutôt que de s'enfouir la tête dans les nuages de la littérature en prétendant que les pieds du créateur ne reposent sur aucun sol, il préfère regarder où il les pose ses pieds, sur quel sol socio-politique il peut prendre pied avant que d'élever son édifice romanesque. Cette démarche est lucide et ne fait que prendre en compte ce qui ne demeure de toutes façons jamais vraiment caché aux yeux des analystes quand ils se questionnent sur les écrits de ceux qui tentent de masquer leurs positionnements. Par ailleurs, il est toujours déconcertant de mesurer la zone d'ombre que l'obscurantisme est encore capable de projeter sur nos visions du monde et même, sur nos vies. Les constatations que fait Zeller à propos du Coran sont pourtant l'enfance de l'art de la réflexion, de celle qui pose comme une déduction logique qu'il ne peut rien sortir de progressiste du Coran, de la Bible, ou de tout autre livre du même genre en ce qui concerne les femmes, ou quelque autre sujet que ce soit qui a plus tard fait l'objet d'une évolution, quand les lignes qui en furent écrites datent d'une époque reculée où ces sujets tabous étaient l'objet de codifications réductrices destinées à en contrôler les impacts sur la vie de ces sociétés d'un autre âge. Et dire que l'on risque sa vie pour dire de telles évidences. Quand on veut faire moderne, peu importe sa religion, pourquoi ne pas partir de pensées et de sujets modernes plutôt que de reculer jusqu'aux époques de l'aube de l'écriture. Pourquoi ne pas faire intervenir des penseurs qui ne doivent rien aux entraves qui font dériver les discours de leur cours normal qui est d'aller de l'avant. Décidément, la liberté est encore dangereuse.
|
|
|
|
Se pourrait-il que l'on pense qu'il y a encore des sorcières
|
Je ne cesse pas de m'étonner de la présence d'un surmoi culturel qui n'en finit plus de mourir dans cette culture états-unienne, surmoi que l'on penserait limité au seul univers de la politique. De voir sa contamination envahir le domaine culturel finit par agacer. Ces visions qui se veulent libératrices en viennent à avoir l'air d'être des débats d'un autre âge, à ce point qu'il faudrait demander à Arthur Miller de revenir parmi nous pour savoir ce qu'il en pense tellement toutes ces manifestations aberrantes nous laissent pantois. Le contraste de cette pensée contraignante dans un pays qui est à l'avant-garde dans tellement d'autres domaines a de quoi nous laisser complètement perplexes. Ces manifestations de la conquête d'une liberté que l'on croyait acquise nous donnent l'impression que l'on s'invente des prétextes pour se faire voir sous un jour meilleur quand on n'ose pas s'attaquer à la conquête des libertés concrètes. Pourtant, quand on met dans la balance le fait qu'il s'y trouve encore dans ce pays tellement d'américains qui pensent que la sexualité n'est liée qu'aux fonctions de la procréation et qui voient encore dans la Bible le seul document de doctrine politique, on en arrive à coinsidérer qu'il vaut encore mieux être la fille libérée d'un pasteur que la fille aliénée de ce pasteur. Bref, en dehors des États-Unis et dans les pays culturellement avancées, sa position en face de la culture a l'air de détonner. Mais quand on la replace dans le contexte culturel des États-Unis, on en vient à la considérer comme nécessaire, comme étant un antidote à tous les poisons qui contaminent cette culture. Il faudrait pourtant qu'un beau jour, on en arrive à se passer du discours sur les origines, que ce soit celui de la Bible ou des récits qui raccontent l'histoire de pionniers qui l'avaient sous l'aisselle pendant qu'ils labouraient leurs champs.
|
|
|
|
Les tabous sont le corollaire de l'évolution des hominidés
|
Si les humains ont pu se dresser verticalement et édifier ces totems faits des figures symboliques des animaux ampilés de leurs clans, c'est aussi parce qu'ils ont laissé des tabous se dresser entre leur animalité et la part d'eux-mêmes qui les faisaient humains et sociaux. Cette évolution qui a fait passer du ça animal, puis au je et au nous de l'humain, ne doit rien à la religion ou à un quelconque héritage judéo-chrétien, car elle en est au contraire à la source. C'est celle que nous a valu notre conquête de la position verticale nécessaire à notre survie, puis celle de l'outil pour la rendre plus efficace, et enfin celle de la parole et de l'écriture pour en codifier les recettes. C'est dans cette boucle d'évolution qu'il faut situer l'interdit de tuer son semblable, ce tabou de notre héritage totémique, et c'est tant mieux pour nous qu'il en soit ainsi. Son irradication n'a rien à voir avec une démarche libertaire puisque celle-ci est en elle-même une récession, malgré ce qu'en prétendent les hordes de barbares qui se réclament d'une pensée nietzschéenne. Quand au pardon, c'est une conséquence logique de cet enchaînement de la liberté aux tabous fondateurs de l'humanité. S'il n'y en avait jamais de pardon, il y aurait à sa place la vengeance et l'on retomberait dans le cercle infernal des dénis de la liberté et de l'humanité puisque les morts succéderaient aux morts. La peine de mort est un des derniers avatars de cette non-reconnaissance de la liberté qui n'a pas besoin de la mort pour s'exprimer, bien au contraire. Le pardon à des meurtriers est le dernier effort à faire pour conquérir les derniers confins des terres de notre liberté, celles où l'ombre des plus hauts totems arrivent à projeter leur ombre bienfaitrice.
|
|
|
|
Une oeuvre picturale qui mérite de figurer à côté de celle de nos meilleurs peintres
|
Il est rare que le nom de Dallaire figure à côté de ceux de nos grands peintres. Pourtant, son oeuvre, dans ce qu'elle a de plus original, mériterait de côtoyer celle de ceux dont les noms reviennent le plus souvent quand on évoque l'histoire de notre peinture. Il mérierait même une meilleure place que celle qui est réservée à des noms mieux connus que le sien dans le monde de notre peinture, se classant parmi les trois premiers avec Pellan et Riopelle. Avec eux, il partage le fait d'avoir exprimé la modernité de notre peinture et de l'avoir fait dans une avenue de recherche qui lui est propre. Par ailleurs, cette exposition faite des gouaches qu'il a exécutées sur commande rendent difficile d'imaginer ce style si particulier qui fut le sien et qu'il a manifesté entre autres peintures dans celles de ses coqs. C'est d'ailleurs à partir de l'exécution de ces tableaux-là qu'il a été remarqué par Georges-Henri Lévesque qui lui a fait obtenir une bourse pour qu'il aille perfectionner son art en Europe. Son passage par l'enseignement à l'École des beaux-arts de Québec nous fait aussi penser à tout les peintres de talent qui sont passés par là et à tous les métiers de misère qu'il a du faire pour tenter de vivre de son art. C'est sans doute le fait que la galerie expose ses gouaches qui me fait penser à cela, celles-ci ayant été la manière de peinde de tous les potaches ayant fréquenté cette institution dans le cadre des cours du samedi pour enfants. Sa vie en France ne fut pas elle non plus de tout repos, que ce soit à Paris durant l'occupation ou plus tard, dans le sud de la France où il vivait complètement isolé. Cette exposition nous donne l'occasion de renouveler notre mémoire.
|
|
|
|
Ondes et quanta sur la même longueur
|
L'art de Mikko Hynninen, Emmanuel Madan et Thomas McIntosh a le don de nous mettre tous sur la même longueur d'ondes en nous faisant voir les dénominateurs communs de notre univers, nous y compris. C'est un art qui nous fait voir nos enracinements physiques dans cet univers d'où nous venons et qui nous habite. De constater ainsi que nous partageons avec lui des structures de base ne devrait donc pas nous étonner si nous n'étions pas aveuglés comme nous le sommes par les outils de l'immédiateté, culturels comme technologiques, qui sont dans nos mains comme autant de filtres opaques pour nous empêcher de voir l'ordre vivratoire de l'univers, qui s'étend depuis nous-mêmes en tant qu'individu, jusqu'aux confins des membranes physico-mathématiques explicatives de l'univers. Est-il une meilleure occasion que celle que nous fournit cette installation pour mesurer à quel point la réduction unidimensionnelle qu'opère la culture de l'immédiateté sur nos perceptions et nos visions est pernicieuse. D'un univers dont la théorie des membranes fait de de celui-ci un univers multidimensionnel, en passant par des lectures philosophico-sociologiques qui l'éclatent aussi en plusieurs dimensions, la cuture de l'unidimensionnel le réduit à nous en donner une lecture aplatie, à nous faire évaluer toutes choses, y compris les humains, à leur seul prix sur le marché des valeurs monétaires. Cette installation ne doit donc pas à nous inciter à louanger béatement que les seules harmoniques de l'univers, mais doit aussi nous permettre de constater les désaccords profonds qui devraient nous inciter à prendre nos distances d'avec les explications et les visions officielles.
|
|
|
|
La double identité des amérindiens
|
Le récit de Tomson Higway n'est pas qu'un récit autobiographique, il est également représentatif du phénomène de la présence d'une double identité chez les amérindiens qui sont partagés entre leur identité profonde qui leur vient de leur culture d'origine et celle que la société des blancs, à laquelle on les a assimilé de force, leur confère s'ils consentent à se conformer à ses règles. Ce divorce, qu'il soit celui d'un Cri manitobain ou celui d'un Innu québécois, est le même dans son principe. Les pensionnats dont nous parle Tomson Highway sont les mêmes que ceux dont pourrait nous parler Florent Volant pour les autochtones du Québec. La chance pour l'un et l'autre de ces deux auteurs de paroles amérindiennes est celle de pouvoir transcender cette déchirure grâce au dépassement que permettent l'art et la littérature, ce que le commun des mortels des amérindiens ne peuvent pas faire, avec les conséquences que l'on sait sur les comportements qui permettent de s'évader pour compenser, soit avec de l'acool, soit avec des substances qui procurent de l'évasion. Pour ce qui est de Tomson Highway, il est facile de lire la ligne de rupture de ce divorce entre ses deux identités, avec d'une part Champion qui en représente l'une des deux, soit celle de celui qui a tout fait pour satisfaire la Reine blanche qui elle symbolise le monde des blancs, et d'autre part Ooneemeetoo qui incarne l'identité amérindienne profonde, avec son nom qui sonne quasiment comme une incantation de cette culture qui participe de l'animisme. Le livre de Highway rejoint donc l'universel amérindien.
|
Page suivante »
|