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Marc Audet
Marc Audet
January 2005 - Messages
31 janvier 2005, 7:21
Un titre qui en dit long
En se plaçant à la verticale des lieux et des univers qu'elle évoque dans ce roman, l'auteure entend nous dire comment elle conçoit ce qui est à la fois à la naissance de la culture, et à celle des oeuvres littéraires, ce qui nous les fait voir comme étant le résultat de la rencontre en son mileu des deux axes principaux qui les alimentent et qui sont le vécu d'une part, et la réflexion sur celui-ci d'autre part. S'agit-il de la génèse de la culture, la truculences des propos vient nous rappeler la diversité des énergies qui la porte à l'existence d'une part, et le poids des normes qui pèsent sur elles d'autre part, la résultante étant cette méridienne qui vient y tracer cette verticale qui en donne les contours et que l'on nomme la culture au sens large, soit celle qui donne ses traits aux sociétés et à ceux qui y vivent. S'agit-il de la naissance des oeuvres littéraires, alors le motif est de faire voir ce que celles-ci empruntent au commerce des humains et de la vie d'une part, et au poids des traditions littéraires connues par la fréquentations des oeuvres de leurs auteurs d'autre part, ce qui engendre une autre méridienne qui se dessine à la verticale de ces deux mondes. Définie de cette façon, la culture et les oeuvres littéraires ont évidemment une frontière poreuse avec le vécu d'une part et la réflexion sur celui-ci d'autre part. La narratrice s'est ainsi faite celle qui exprime comment naissent la culture et les oeuvres littéraires, qui empruntent leurs matériaux les uns aux autres. C'est une vision qui plonge des racines dans le passé de la littérature et de la réflexion, particulièrement dans celui de Rabelais et de Montaigne.
31 janvier 2005, 2:57
La vie et rien d'autre1
Il est vrai que le report de la vie de citoyens plus ou moins simples sur le grand écran est une opération peu coutumière dans le monde de la cimatographie états-unienne, le cinéma dit cinéma-vérité n'y ayant eu que fort peu d'adeptes du côté de la réalisation. Reportage poétique bien plus que reportage documentaire, ce type de cinéma ne s'est jamais fait de place au cinéma dans les productions américaines, coincé qu'il était entre des productions à gros budgets aux scénarios fantasmagoriques et des films plus près de la vérité des héros exemplaires que de celle du commun des mortels. La part de ce cinéma introspectif est donc demeurée celle de la portion congrue, des réalisateurs hors normes comme cela est le cas de celui qui signe ce film Sideways. Le cinéma américain aurait pourtant pu facilement devenir un cinéma de ce type si on se fie aux exemples que nous donne sa littérature. Si les tendances dominantes du cinéma ont été d'un tout autre type, il faut certainement en chercher les raisons du côté des producteurs qui ont très tôt transformé cet art en industrie, fort rentable de surcroît. Le cinéma est donc rapidement passé de la phase du cinéma d'auteur et de réalisateurs à celle du cinéma de producteurs, lesquels n'investissent dans la réalisation d'un scénario que s'il possède les attributs qui en font en principe un film facile à vendre, parce que accrocheur et susceptible de retenir l'asttention d'un large public à sa face même. Pour le type de cinéma que fait Alexander Payne, il n'y a pas de telles guaranties de départ, puisqu'il faut faire confiance à l'intelligence des spectateurs pour en prolonger l'action une fois qu'ils seront sortis de la salle de représentation. Il n'est pas étonnant que ce cinéma se fasse plus rare, là comme ailleurs.
30 janvier 2005, 7:15
Un des rares à pouvoir se tenir sur cette corde raide sans tomber
François Masicotte occupe une place à part dans le monde des humoristes québécois. Alors que d'autres humoristes se démarquent en direction de la critique sociale, faisant des situations sociales des québécois leur cheval de bataille, ou que d'autres le font en se placant résolument du côté de la peinture des absurdités, Massicotte se campe fermement dans la peinture des préjugés, surtout de ceux qui sont les plus tenaces, se contentant d'en grossir les traits et sans jamais pencher ouvertement soit du côté qui les condamneraient, soit vers celui qui au contraire en montrerait la pertinence, même quand une partie de l'opinion les réprouvent. En ce sens, on peut dire de lui qu'il se tient bien en équilibre sur cette corde raide qui se tend devant lui avec les situations qu'il évoque, et qu'il réussit ce tour de force de ne pas tomber de son fil. Si François Massicotte n'avait pas été humoriste, il aurait probablement été équilibriste dans un cirque, mais c'est ceux de l'humour et des contradictions de la vie qui ont retenu son attention. Cet humour qui est le sien pourrait être aussi nommée celui du citoyen moyen qui aime à ce que, ce qu'il croit être le gros bon sens, qu'il croit être le sien, triomphe des situations, mêmes les plus difficiles. Tout l'art de Massicotte consiste à donner l'illusion à tous qu'il se range de leur côté, qu'il leur donne raison, de sorte qu'il peut très bien arriver que dans un spectacle de cet humoriste, les uns rient pour une raison qui leur soit propre, et que les autres fassent de même pour son contraire. C'est cet équillibre des propos qui me fait pencher en faveur du qualificatif d'équilibriste pour le caractériser.
30 janvier 2005, 12:31
Quand on n'a que l'humour
Il peut sembler quelque peu inconvenant de célébrer l'esprit d'un film qui porte sur un sujet aussi grave que celui de l'occupation nazie au moment où des commémorations nous ramènent les souvenirs tragiques de ceux qui en furent victimes, car cet esprit se manifeste chez des personnes qui a priori n'entendent vraiment pas à rire, comme cela est d'ailleurs aussi le cas des grands humoristes. Mais à sa façon, ce film de Jean Becker nous replonge en plein coeur de l'humanité qui nous habite, avec ses petitesses et aussi ses grandeurs, même au milieu des pires situations qui en blocquent toutes les manifestations. Pour en montrer tous les paradoxes de cette humanité présente en chacun de nous, le réalisateur a choisi de créer une situation qui aurait en pricipe le pouvoir de départager en deux camps bien étanches l'un à l'autre ceux qui en représenteraient les grandeurs d'une part et ceux qui au contraire en montreraient les petitesse d'autre part. Mais ne voila-t-il pas que son propos nous amène à voir des humains qui tantôt se font grands et qui tantôt se font petits, et cela, de part et d'autre de la frontière qui en principe les séparent en deux camps, le milicien de l'armée régulière allemande se faisant volontairement tuer pour une pitrerie par l'officier SS pour monter sa solidarité avec ceux qu'il considère comme ses égaux. De l'autre côté de la palissade, les otages français en gardant le silence sur leurs responsabilités dans une affaire de sabotage contre l'ennemie, font à leur tour montre de petitesses quand ils acceptent que des camarades se fassent tuer dans l'espoir de sauver leur peau. Malheureusement, cette histoire n'est évidemment qu'exemplaire et destinée à maintenir vivante la petite flamme de l'espoir.
29 janvier 2005, 11:58
Le lecteur aime croire qu'il fait partie de la police des polices
Ce qui fait en grande partie le succès des romans à saveur policière, c'est à mon sens le fait, outre l'intérêt intrinsèque qu'il y a à suivre les méandres des enquêtes qui vous tiennent en éveil, que les lecteurs ont aussi l'impression de se glisser dans la peau des justiciers, de se faire croire pour un moment qu'ils appartiennent à la police des polices et qu'ils contribuent du coup à l'instauration de ce que certains croient être le dernier mot de la justice, soit celui ou un coupable est identifié, arrêté et si possible puni au maximum. Cette croyance est d'autant plus forte que les soupçons qui pèsent sur les membres des corps policiers ne sont pas tous sans fondement, et pas seulement dans des pays qualifiés de pays du tiers-monde. Mais lorsque l'auteur, comme le fait celui de ce livre, pousse l'audace jusqu'à incriminer un membre de la famille proche d'un enquêteur et que ce regard destructeur porte non seulement sur ce qui fut son milieu de travail dans la police, mais aussi sur son propre milieu de vie rapprochée, il y a là un mélange explosif qui cristalise ces soupçons en véritables credo, confortant ceux qui voient dans ce cas un exemple type de ce qu'ils croient être la règle, soit celle de la corruption toujours possible de membres des corps policiers afin de protéger des commerces illégaux, ceux de la drogue, de la prostitution ou autres commerces de tous genres. Dans le cas de ce livre, ce n'est pas un commerce qui est ainsi mis à l'abri des représailles juridiques, mais un trafic d'influences qui permet à ceux qui possèdent argent et pouvoir de se glisser au travers des mailles du filet de la justice. Ces soupçons trouvent aussi dans ce roman de quoi les transformer en credo.
29 janvier 2005, 3:21
Une belle métaphore de ce que sont nos hôpitaux psychiatriques
Il est bien difficile de ne pas voir dans le propos de cette pièce comme une métaphore de ce que sont en réalité nos hôpitaux psychiatriques, soit des institutions où il est beaucoup plus question de garder des malades hors de la société que de les traîter pour leur maladies. Si ces institutions ont fait beaucoup de pas en avant depuis les sombres années où elles s'apparentaient à des prisons qui tenaient enchaînées des créatures jugées démoniaques, elles n'ont pas pour autant abandonné tout à fait complètement quelques-uns des rôles qu'elles avaient à cette époque quand l'accent est encore mis maintenant sur des médicaments qui servent en fait de prison psycho-somatiques, ou bien sur le rôle purement administratif de l'institution. C'est ce que nous dit ce personnage du docteur Greenberg qui n'est plus vraiment psychiatre, ses tâches administratives l'ayant complètement absorbé, mais qui le redevient avec la métaphore de ce medecin disparu qui n'est pas autre chose que celle de la disparition de ce volet curatif de la mission originale de l'hôpital. Les éclaicissements que le questionnement du malade provoquent sur ce medecin devenu administrateur sont ce qui recentre ces aspects curatifs au coeur de la mission de l'hôpital, en même temps qu'ils font la démonstration de la nécessaire empathie qui doit établir des ponts et des contacts entre le patient et son malade. Le peu de cas qui est fait de l'infirmière dans cette pièce est ausi un autre exemple qui va dans le même sens, soit celui du peu de cas que l'on fait du volet curatif dans ces hôpitaux psychiatriques, alors que le propos de la pièce, en rétablissant l'importance de son rôle, veut au contraire nous en monter toute l'importance.
29 janvier 2005, 11:20
Les courants politiques sont divers, quels que soient les pays et les civilisations
Ce livre nous donne à réfléchir sur nos réflexes souvent primaires qui nous poussent à schématiser à outrance le portrait du monde musulman en nous faisant assimiler toutes les tendances politiques qui s'y trouvent à sa seule mouvance fondamentaliste et terroriste. Plusieurs facteurs contribuent cependant à ce qu'il en soit ainsi pour le regard occidental sur les réalités arabo-musulmanes, car la mouvance intégriste cristalise autour d'elle d'autres courants politiques qui y trouvent malgré eux comme un exutoire à leurs frustrations. Il y a d'abord les courants nationalistes arabes et musulmans qui sont amenés à voir dans la lutte armée de la tendance fondamentaliste comme un instrument de négociation qui leur permettrait le temps venu d'arracher des concessions aux puissances dominantes et qu'ils estiment nécessaires pour leur développement, y compris bien sûr les bénéfices de l'exploitation pétrolière entre autres ressources. Par ailleurs, cet esprit nationaliste se double d'un esprit de clans et d'une tradition de fiefs qui confère à cette tendance nationaliste des relents d'Ancien Régime et qui est propice à créer des dynastie de pouvoir, le meilleur exemple de cela étant probablement celui de Saddam Hussein, ce qui rend la symbiose nationaliste et fondamentaliste tout à fait opérante parce que visant les mêmes buts personnels et collectifs. Il y a aussi le fait que les fondements de la structure de la société et de la culture puisent encore à même un résercoir de schémas qui empruntent leur logique aux périodes commerciales et mercantiles de l'Histoire des sociétés, ce qui fortifie d'autant la permanence des sociétés du type Ancien Régime. Quant au modernisme, il est lui aussi bien vivant, ancré qu'il est dans les avancées technologiques parfois étonnantes de ces sociétés, et il attend patiemment que son heure sonne pour pouvoir se manifester au grand jour. Mais en attendant, il est bien dissimulé au regard occidental.
28 janvier 2005, 9:05
Les ambiguités de la culture québécoise vues à travers celles de la culture française
En considérant le portrait de la culture québécoise que fait André Malavoy à partir d'un tel éventail de personnalités dont les implications dans l'Histoire du Québec sont si diverses, et en confrontant cette peinture qu'il en fait avec celle qu'il donne de la culture française en suivant le parcours de personnalités tout aussi différentes et tout autant diversement impliquées dans la culture de leur pays, je ne peux m'empêcher de penser qu'il a suivi pour les faire ces portraits, les fissures qui lézardent les édifices sociaux et culturels qui se veulent pourtant bien en place et compartimentés de manière univoque. Car, entre ces personnages aussi opposés au regard de l'Histoire que sont de Gaulle et Pétain, Hergé et Yves Montand, il y a évidemment toute la distance qui opposa des camps qui se dressèrent les uns contre les autres le moment venu. Il y a surtout toutes les ambiguités que comporte la vision nationaliste de l'Histoire, car derrière tous les visages des personnages qu'il met de l'avant, il y a cette notion qui leur sert de commun dénominateur, même si les bases de ce nationalisme occupent les visions de pays différents. Le nationalisme d'André Laurendeau qui fut un des fondateurs du RIN, qui faisait du Québec un pays tirant son nom de nos montagnes, est évidemment bien différent de celui de Trudeau qui asseyait le sien sur le sol canadien, ou encore celui de Pétain, qui partagait sa nation avec une nation qui en protégeait les traditions selon lui, est bien différent aussi de celui de de Gaulle qui ne pouvait compter que sur sa propre nation pour arriver aux mêmes résultats selon lui. C'est la manifestation de la génèse de ce que l'esprit acquiert quand il est amené, pour toutes sortes de raisons, à résister à ce qui lui apparait comme étant la négation de tout ce qui en fait un esprit libre. Ce livre est à méditer.
28 janvier 2005, 8:32
Quand les schémas remplacent la pensée
Derrière les massacres qu'entraînent les guerres, il y a toujours un moment où ce sont des liens schématiques, des réductions des données d'un problème, qui conduisent à adopter des comportements excessifs. Ce moment ultime de la déresponsibilisation a lieu quand les nous qui nous habitent et qui sont habituellement enfouis dans les profondeurs du moi, s'effacent devant un je qui se veut dominant et maître du jeu. Bien plus que l'opposition coutumière de la raison et des pulsions qui expliqueraient ces extrémismes qui conduisent aux meutres ou aux génocides, il y a me semble-t-il l'exaspération du nous qui remonte à la surface et qui prend les commandes, reléguant le moi et le je aux oubliettes. C'est ce qui expliquerait le fait que les tortionnaires ou les exécuteurs de basses oeuvres en arrivent à se croire les dépositaires de missions et qu'ils n'aient nul besoin d'être contraints pour commettre des actes que la morale réprouve, même qu'ils sont capables d'exactions encore pires que celles qui leur sont commandées ou qu'ils croient qu'on leur commande. N'est-ce pas ce genre de métamorphose que le spectacle du monstre de ce livre nous fait voir. En l'opposant à cet autre personnage, cet avocat membre des Avocats sans frontière, chez qui toute la logique du jugement repose sur des cas de figures où la primauté du je demeure entière, Jean Barbe nous fait voir toute la distance qui sépare ces deux mondes en chacun de nous et toucher aux paramètres qui font que chacun, dans des circonstances qui s'y prêteraient, pourrait lui aussi devenir plus ou moins un monstre. Il y a bien sûr à l'inverse l'exaspération d'un je qui se débarrasserait de tous les nous qui pourrait conduire aussi à faire en sorte que quelqu'un se transforme en monstre, mais tel n'était pas le propos de ce livre étant donné le contexte dans lequel était situé son propos.
28 janvier 2005, 4:06
Quand l'artiste se donne en spectacle, c'est qu'il sait qu'il montre aussi son époque
Il y a à mon sens une différence fondamentale entre ce qui serait l'oeuvre d'un dément ou celle d'une personalité profondément dysfonctionnelle, et celle d'un artiste qui peut lui aussi posséder à certains égards quelques-unes des caractéristiques qui le relient au monde de la démence. Cette différence tient au fait fondamental que le dément ne fait que produire le spectacle de son propre délire, ou celui de sa profonde mésadaptation, alors que l'artiste, surtout s'il possède ce que l'on nomme le génie, se sert de ces matériaux pour montrer d'abord et avant tout son époque, soit pour s'en montrer profondément déçu en projetant l'avenir devant elle, soit au contraire en recherchant celles révolues qui l'ont précédé. Mais qu'il regarde plutôt par derrière ou qu'il se projette vers l'avant, c'est d'abord des visions du monde qui le tenaillent dont il exprime la quintessence au-travers de ses oeuvres. Tel est bien aussi le cas de Jonathan Caouette qui illustre des pans entiers de la culture américaine dans cette oeuvre qui n'est pas que narcissique dans la mesure où il extrapole ses visions de lui-même à des entités culturelles et sociales. En ce sens, l'artiste est toujours un peu un aigle à deux têtes, faisant le pont entre lui-même et le monde qui l'entoure par le simple fait de passer de l'une de ses têtes dans l'autre, mettant ainsi un terme à cette schizophrénie non structurelle, parce que réversible et parfaitement utilisable à des fins d'expression qui rejoignent le commun des mortels. Seuls les plus malchanceux d'entre eux y perdent leur âme en route et ne la retrouvent plus, avalés par la maladie mentale. Pour les autres, ils ne font que manifester sur un mode amplifié ce qui fait le quotidien de tous les humains.
28 janvier 2005, 9:19
Quelle est donc cette Reine cachée
Si on se contente de prendre cette pièce au pied de la lettre, elle nous apparaît alors comme étant invraisemblable. Comment une reine, héritière d'un empire présumée faste si l'on en juge par le nombre de châteaux où elle peut élire domicile, peut-elle en effet tomber amoureuse instantanément d'un meutrier venu pour l'assassiner et qui de surcroît se prétend poète. La compréhension de cette étrange récit n'est pas plus limpide si on se contente d'en référer l'explication à des faits divers, même si ceux-ci défrayèrent la chonique de l'époque et qu'ils inspirent encore des récits. Même si cet aigle à deux têtes dont il s'agit dans la pièce de Cocteau rappelle étrangement celui qui était le symbole de cette couronne austro-hongroise dont l'empire venait à peine de s'éteindre à l'époque de la création de cette pièce, c'est d'un autre aigle dont il faut s'inspirer pour en voir le sens. Cet aigle à deux têtes, c'est tout simplement la tête même de l'auteur avec sa double identité, celle du poète dans l'une, et celle du nostalgique d'une aristocratie révolue dans l'autre. Si l'on se pose la question de savoir ce qu'est la littérature, la réponse vient toute seule quand on voit avec cette pièce à quel point la république aristocratique des lettres à jamais révolue, en quête d'un public disparu, avait avec Cocteau l'un de ses derniers défenseurs. La reine cachée de cette pièce, c'est celle de la nostalgie de cette époque révolue dont Cocteau rêve de devenir le démiurge qui la ressuscitera, lui qui incarne celui qui deviendra le lecteur attitrée de cette reine morte qui pourra grâce à lui faire revivre son empire, sinon de fait, du moins sur les esprits. Car dans la vision de ce poète-anarchiste de la première tête de l'aigle, il y a Cocteau le poète, et dans la seconde tête, celle de Cocteau le nostalgique de cette époque révolue. Avec son style et sa mise en scène, cette pièce a bien rendu ce climat et cette posture devant l'Histoire qui fut celle de Cocteau.
27 janvier 2005, 4:02
Son souvenir a encore le vent dans les voiles
Comment ne pas se souvenir de ce naufrage qui fit les manchettes de la course en solitaire du Vendée Globe de cette funeste année-là. Tous ceux qui ont participé à cette course qui fit aussi de nombreux naufragés, dont au moins un autre navigateur vint lui aussi bien près de périr si ce n'avait été d'un sauverage en pleine mer alors qu'il dérivait sur ce qui restait de son voilier, se souviennent de ce skipper qu'ils connaissaient bien pour l'avoir fréquenté à l'occasion de plusieurs autres courses autour du globe. Cette année-là, les quarantièmes rugissants avaient décidé de faire payer cher l'audace de ceux qui se hasarderaient à les braver malgré leurs avertissements. Je me souviens encore de cette course qu'il était possible de suivre par l'intermédiaire de TV5 ou de Thalassa qui en faisaient souvent leurs manchettes. Nous nous souvenons encore des espoirs qui demeurèrent vivaces longtemps après que Jerry eut cessé d'émettre quelque message que ce soit après son dernier message de détresse de sa bouée de repérage. Il n'est donc pas surprenant que des personnes plus près de lui aient voulu au moins savoir ce qui s'était passé et qu'elles aient tenté de retrouver les derniers vestiges de ce capitaine intrépide. Ce livre, comme une bouteille à la mer, nous en recevons bien le message, car il nous fait entendre la corne de brume de ce skipper qui erre désormais parmi les sirènes qui hantent les bancs de brume et dont les appels sont irrésistibles pour tous ces amoureux de la mer. Nous aimons penser que tel un petit Ulysse, il se repose à présent sur une île perdue au milieu de nulle part.
27 janvier 2005, 11:58
Près des gens et de la vie
Si Francis Cabrel a ce style de chansons qu'on lui connait, ce n'est pas parce qu'il se voudrait minimaliste et qu'il refuserait les artifices d'un art trop sophistiqué, mais pare qu'il a fait le choix de demeurer près des gens et de leurs vies, de leurs préocupations. Ne l'a-t-il pas d'aiileurs montré non seulement dans ses choix d'artistes, mais aussi dans ses options en tant que citoyen. Ce choix de son style n'est pourtant pas sans provoquer des malentendus sur son compte, sans le dépouiller d'une partie de la profondeur qui est la sienne au proft d'une image populaire qui en fait un chanteur de ritournelles. Ce décalage entre l'homme et les perceptions qu'il laisse est visible quand on se donne la peine d'analyser ses paroles pour ce qu'elles disent et non pas comme celles d'un refrain ou d'une rengaine. Il est vrai que sa façon à lui de rendre ses paroles n'est peut-être pas la meilleure pour leur rendre justice quand il donne l'impression de ne leur accorder que bien peu d'importance, de les livrer plutôt mollement, du bout des lèvres. Mais je crois que cette attitude ne découle pas d'un manque d'implication dans ses textes, mais qu'elle est la résultante du fait qu'il ne se prend pas pour un autre, ou plutôt, qu'il ne prend pas au sérieux le rôle de vedette que ce métier impose à ceux qui le font. Il ne faudrait pas se laisser abuser par ce refus du vedettariat qui l'honore et ne considérer l'auteur-compositeur comme un chanteur de rengaines. Mais cette méprise n'a pas que du négatif puisqu'elle lui permet en partie de figurer en bonne place dans les palmarès des succès populaires, non pas que son talent n'y soit pour rien, mais parce que le public le perçoit comme foncièrement accessible.
27 janvier 2005, 11:03
L'art est comme le bon vin, l'âge lui redonne de la vie
Le passage des ans, s'il laisse des rides sur le visage, n'en dépose pas moins ses sédiments dans le lit de l'âme des créateurs, et il leur suffira d'une marée haute pour que le limon de ce fleuve vienne fertiliser des berges que l'on croyait à jamais infertiles. Telle est bien le cas de cette artiste qui les a vu passer les eaux du fleuve de la vie qui ne furent pas pour elle, comme pour bien peu de gens d'ailleurs, celles d'un long fleuve tranquille. Ce qu'il y a de beau quand ces innondations se produisent, c'est qu'elles rendent possibles de nouveaux départs, de nouvelles moissons, ce que prouve non seulement leurs résultats qui sont sur cet album, mais aussi le fait qu'ils ont été pleinement assumés, ce que les mutations de la voix montrent à leur manière, car derrière les écorchures se remarquent les élans d'une âme plus libérée des contraintes ou des blessures infligées par la vie. C'est en somme ce que nous pourrions nommer la résilience de la création artistique, soit l'absorption par l'artiste d'une quantité d'énergie suffisante pour provoquer la rupture d'avec d'anciennes brisures et pour s'en débarrasser en les confiant aux flots du fleuve qui roulent irrémédiablement vers la mer. Cette attitude en serait une de pur fatalisme et de simple négativisme si elle ne témoignait pas aussi d'une reprise en main et d'une volonté de protéger l'avenir, si elle n'était que le décor d'une atmosphère empoisonnée. Mais ce n'est pas de cette façon-là que Marianne Faithfull, qui porte bien son nom, envisage la vie et l'avenir, elle qui veut encore croire qu'il est possible de ménager un avenir qui soit vivable pour ceux qui suivront. C'est en tout cas le message que l'on retient de ses propos dont elle a voulu résumer l'essentiel avec la métaphore de sa photo d'elle et de l'enfant.
26 janvier 2005, 5:42
Quand le cinéma porteur de rêves reposait encore sur des acteurs
Il n'est pas insignifiant que ce type de cinéma, comme celui que fit John Huston, ait d'abord reposé sur les épaules d'acteurs qui rendaient crédibles les histoires que leurs personnages relataient, fussent-elles les plus folles. C'était en effet l'époque d'un cinéma qui correspondait à la vision d'une certaine époque de l'Amérique, soit celle où les grands rêves de réussite, bien que fort malmenés par la réalité, étaient encore perçus comme étant réalisables. Le décalage entre ces perceptions du réel possible et celui des rêves de grandeur était pourtant à son comble, aux limites du vraisemblable. Les acteurs qui incarnaient ces rôles en finissaient même par ressembler un peu à leurs personnages tant cela leur demandait d'y investir de leur vécu pour demeurer crédibles. Ce fut donc l'époque des grandes stars hollywoodiennes, autant masculines que féminines, qui remplirent les journeaux à sensations des échos de leurs incartades. À la scène comme à la ville, le public en redemandait, réclamant toujours plus d'officiants pour les autels des sacrifices destinés à implorer les dieux de la réussite des rêves de ne ne pas les oublier. Les vedettes de l'écran devenaient donc eux aussi des personnages hors normes, faisant de leur vécu un réservoir d'expériences qu'il leur était possible de transférer ensuite à l'écran avec suffisamment d'intensité pour monter la fracture entre les rêves et la réalité. Un navire s'enfoncant dans la jungle pour un voyage dans l'infini ne semblait plus alors impossible et il n'était nul besoin de recourir aux effets spéciaux pour amplifier le suspens. C'est ce cinéma-là que nous a fabriqué John Huston.
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