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Pour faire contrepoids aux grands diffuseurs
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Même si ces regroupements du genre de celui d'Emergenza finissent par faire l'affaire des grands diffuseurs du monde de l'industrie musicale qui peuvent les voir comme des clients potentiels et les laisser fonctionner à la manière d'un vivier dans lequel il leur sera toujours possible d'aller pêcher le moment venu les prises qui leur sembleront les plus intéressantes, il n'en demeure pas moins que ces regroupements d'artistes de la relève favorisent l'émergence de la musique underground à l'air libre. Voir reprend donc le flambeau de sa mission première qui est celle de faire connaître la culture en émergence, musicale ou autre, en patronnant ce concours qui vise à faire connaître cette musique grâce à la couverture médiatique que des journalistes en herbe peuvent contribuer à faire connaître. Par ailleurs, ce regroupement n'est pas seulement intéressant que par sa formule qui favorise l'émergence plutôt que la diffusion de la renommée déjà établie, il l'est aussi du fait qu'il recrute dans tous les pays et qu'il favorise de la sorte des endroits qui sont en principe tenus plus à l'écart que d'autres quand les yeux des grands diffuseurs se tournent du côté des viviers. Toutes les assonances culturelles de la musique émergente peuvent donc se faire entendre dans ce concert des nations qui y participent par l'intermédiaire de ce regroupement. Le concours que Voir épaule aura donc le mérite de prolonger les effets bénéfiques pour la relève que sont ces occasions plutôt rares qui leur sont données de se produire devant de larges publics en leur assurant une couverture médiatique, car ce n'est pas tout de se produire devant des publics déjà conquis, encore faut-il que cette ferveur en vienne à être partagée par des publics plus larges, ce que cette couverture contribue à faire.
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Voyage au bout de la culture
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Ce voyage se veut initiatique non seulement pour la fille du héros de ce roman, mais aussi pour son père me semble-t-il. Cette initiation à d'autres mondes, il se vit tant sur le plan matériel et géographique que sur le plan personnel et philosophique. Ce monde autre au regard du nôtre, il se vit d'emblée quand on aborde ainsi des solitudes glacées qui nous renvoient tant à nous-mêmes qu'aux liens essentiels qui nous lient aux autres, et cette nouvelle appréhension de l'union intimes de ces liens se vit évidemment dans la façon bien différente de la nôtre dont ces peuples abordent la sexualité. Ce sera là le premier aspect de cette initiation, celui qui nous est livré par le personnage de la fille. Il y en a aussi un autre qui touche également le père celui-là et qui est celui de la toute puissance de la culture et de sa présence incontournable au détour de chaque geste de l'individu chez un peuple qui compte par ailleurs fort peu d'institutions en dehors de la famille, si bien que culture et institutions ne font finalement plus qu'une seule et même réalité. Cette présence marquée et incarnée de la culture, si elle se vit positivement dans le cours normal des jours, malgré qu'elle soit contraignante comme une institution, elle montre aussi toute sa faiblese quand l'alcool vient briser les repères de ce qui lui sert de soutien et de balise, soit la partie consciente des individus qui lui obéissent comme si elle était leur seconde nature. Autant cette culture implique le partage et la communauté vécue comme ayant préséance sur l'individualité quand elle est vécue normalement, autant elle en montre les dysfonctionement quand elle est ainsi brisée dans l'essentiel de ses mécanismes régulateurs. Du côté positif, il y a la santé de la collectivité et du côté négatif, il y a sa maladie. Cette initiation est celle dont le père est le plus marqué.
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Cette absurdité qui révèle le sens
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Daniel Keene finira-t-il lui aussi par faire comme l'a fait Beckett à qui on l'apparente, c'est-à-dire par écrire en français, lui qui reçoit en France un accueil qui ressemble à celui qu'y a aussi reçu dans cette contrée son illustre devancier d'expression anglaise. En effet, les deux destins littéraires se ressemblent sur ce point et aussi dans leur manière d'aborder le thème du sens qui est révélé lorsque l'absurdité d'une démarche ou d'une quête se heurte à des impossibilités ou à des ruptures du sens. Dans ces courtes pièces qui sont un peu comme des cris ou des plaintes et que l'on sent toutes proches du souffle haletant des protagonistes qui poursuivent une conclusion qui leur paraîtait satisfaisante, le divorce des alternatives ou la rupture du sens sont au centre du propos. Il en est ainsi par exemple de celle qui s'intitule Deux Tibias et qui met en scène un itinérant qui se tue à vouloir survivre pour finalement se mettre en quête de ce qui symbolise son anéantissement. Avec celle qui s'intitule Roche, papier, ciseaux, les contrecoups du sort sont au coeur même du propos, les propositions de l'humain étant toujours prisonnières du sort qui seul dispose finalement de celles-ci. Enfin, la pièce qui se nomme Pluie montre quant à elle le divorce de l'identité qui n'est pas faites que d'expériences personnelles, mais aussi de celles que d'autres y ont déposé en nous pour former la partie de notre mémoire qui est collective. C'est donc à partir de leur acharnement à trouver du sens à leur vie que ces protagonistes révèlent une absurdité qui devient comme un pont, un lien entre les morceaux éparpillés de leurs existences. Cet auteur finira certainement par atteindre d'autres publics que celui qu'il atteints déjà, notamment chez nous.
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Un scénario singulier
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Bien loin des scénarios habituels qui prennent la prostitution comme étant l'essentiel de leur propos, ce film nous plonge dans une réflexion qui nous incite à aller au-delà des apparences. Comment ne pas voir dans ce défaitisme comme une métaphore des espoirs trahis par cet état hébreux qui se voulait au départ un paradis sur terre, comme le paradis de la coopération entre les individus à tout le moins. Cette mère qui sans cesse retombe dans les bras de la prostitution, n'est-elle pas une métaphore de la trahison des pionniers pour qui cette terre est devenue non plus symbole de coopération, mais d'exploitation, y compris de celle des autres peuples qui gravitent autour. Et cette fille qui tente de ramener sa mère dans un chemin plus droit, ne peut-on pas la voir elle aussi comme un soubresaut de cet ancien espoir, soit celui que des générations plus jeunes devraient reprendre à leur compte pour poursuivre dans les voies d'abord tracées pour cet État. La chute de la fille qui suit celle de la mère en dit pourtant assez long sur le désespoir qui habite les visions du monde d'à présent et sur l'estimation des chances de retrouver les anciennes visions pacifiques et collaboratrices dans les cendres qui restent de la combustion des idéaux fondateurs sur les bûchers des occupations territoriales ou dans les flammes des guerres provoquées ou subies. C'est certainement par ces résonnances au climat social et culturel de ce pays que les membres du jury à Cannes ont été touchés par le scénario de ce film, en plus du fait qu'il traitait du sujet difficile de la prostitution d'une manière originale en la prenant ainsi à l'envers de celles des approches qui en traitent aussi.
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Une contre-culture mal réussie
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Ce réalisateur ne fait évidemment pas dans l'humour simplet de premier degré que tant de films du même genre de cette production hollywoodienne facile nous ont habitués à voir sur de larges écrans et étant destinées à des publics nom moins larges. Il aura donc cherché à ridiculiser cette culture cinématographique en y faisant apparaître ses plus beaux symboles dans des situations risibles et comme étant donnés à contresens. Mais par-delà cette culture du cinéma, c'est aussi toute la culture de son milieu ambiant et le peu de cas qu'elle fait de la profondeur et des intellectuels qui la scrutent dont il se moque aussi. Pourquoi aurait-il voulu que ces aventures rocambolesques aient lieu à l'occasion d'une descente en profondeur si tel n'avait pas été aussi son but. Jusque-là, le motif est valable et le projet est prometteur, sauf que pour dénoncer la superficialité, il ne faut pas se contenter de faire du surf à la surface des petites vagues qu'elle provoque ou alors risquer de ne pas provoquer plus de remous qu'elle est capable de faire de vraies vagues. Or il semble bien que Wes Anderson n'ait pas réussi à donner de la profondeur à son propos et qu'il se soit arrêté à ne suivre que les petites vagues de la superficialité. Espérait-il ainsi pouvoir jouer sur tous les tableaux, en faisant d'une part un petit clin d'oeil rapide à ses supporteurs qui lui feraient grâce de leurs critiques en poursuivant pour lui la réflexion qu'il y avait ébauchée, et en tentant de satisfaire un large public qui se conteterait de la prendre au premier degré d'autre part. Il semble bien que tel soit le cas et qu'il soit tombé dans l'un de ces multiples pièges que le cinéma de maintenant tend à ses auteurs.
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Là, cela se se termine pas en queue de poisson
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Ce restaurant pourrait profiter facilement de sa position favorable dans le panorama urbain pour en faire moins côté cuisine, surtout que les touristes abondent dans le secteur où il est situé, soit dans ce quatier Petit-Champlain qui est certainement l'endroit le plus touristique de la ville avec sa rue piétonne bordée de vieilles demeures et juste au bas de cet escalier nommé casse-cou d'où l'on a une vue imprenable sur la vielle ville. Il n'en est pourtant rien et je constate que sa cuisine ne se dément pas au fil du temps, qu'il conserve ses critères de qualité et de raffinement malgré les courants voisins qui pourraient bien l'inciter à se laisser porter jusqu'à la marée basse, d'autant plus aisément que le fleuve n'est pas loin. Il possède aussi un créneau culinaire qui demeure peu ou mal exploité à Québec, soit celui de la gastronomie qui gravite autour des produits de la mer. Faire connaissance avec ce restaurant est certainement une façon d'en finir une fois pour toutes avec leurs préjugés chez ceux qui auraient encore des réticences à consommer ces produits, car à ce restaurant, on ne sert évidemment pas que des produits frais, mais on le fait surtout avec un raffinement qui relève d'autant leur goût. Cela permettra à plus d'un, j'en suis certain, de constater que le poisson, encore plus que la viande, est un aliment qui permet de goûter aux arômes les plus subtils que le palais puisse déguster, car ce que ces mets perdent en rondeur en raison de leur maigreur, ils le gagnent en finesse grâce à leurs parfums. Ce sont ces découvertes auxquelles nous convie le Marie-Clarisse.
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Il est de ces châteaux en Espagne!
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Plus les choses se font lointaines et plus elles se font belles. Plus les êtres se font distants et plus ils nous semblent chers. Le voilà bien vivant ce paradoxe qui revit à chaque Noël, renaissant de ses cendres aux entournures de chacune des Fêtes de fin d'année, et qui montre son gros nez rougi par le froid à tous ces pauvres êtres plus ou moins esseulés à qui il fait rêver de chateaux en Espagne, comme s'il suffisait de mettre la table autour des convives issus d'une même famille pour les faire apparaître ces châteaux, ou de cadeaux achetés à la dernière minute pour que ce rituel des échanges et des étrennes fasse renaître la magie ensorceleuse des rassemblements autour du mât totémique des ancêtres dont on se voudrait le grand sorcier. Mais dans ces échanges factices, il n'y a ni le mana des grandes tribus qui se sont depuis bien longtamps déjà envolées vers le ciel des chasseurs, ni la magie des châteaux qui ont eux aussi déserté toutes les Espagnes des rêves. Il ne reste souvent plus hélas, que le fardeau des dettes que l'achat de ces cadeaux occasionnent et aussi les désordres du système digestif trop sollicité par toutes cette boustifaille trop copieusement arrosée. C'est à la renaissance de ce grand mythe de la communion qu'est associée la famille qui lui sert d'alibi et qui d'ailleurs le fait souvent éclater en mille morceaux, incapable qu'il est de supporter à lui seul tout le poids de tant de responsabilités. Alors, plutôt que d'attendre ces occasions, qui sont trop souvent d'ailleurs des occasions ratées, pourquoi ne pas entretenir à l'année longue un petit feu d'amitié avec les parents et les amis. Il serait en principe moins brûlant que ceux qui consument les sapins, mais il aurait le mérite de ne pas retourner en cendres aussitôt les derniers lampions de la fête éteints. Mais cette tradition-là reste à inventer.
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Des étiquettes au choix
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Pour ce qui est du film le plus humaniste, tout en reconnaissant les qualités de celui qui est proposé et qui est "Ce qu'il reste de nous", je classerais pourtant devant lui le beau film de Jeunet, Un Long dimanche de fiancailles. Les valeurs humanistes que défend le film de Jeunet ont une transcendance universelle qui déborde largement les frontières d'un seul peuple ou d'un seul état. Les regards qu'il porte sur l'histoire ne font pas que regarder par derrière, mais s'ouvrent autant sur l'avenir de tous ceux qui participent aux conflits et aux oppressions, car autant les ennemis sur commande et sur ordre, ceux de l'un comme ceux de l'autre, y sont montrés avec toutes leurs souffrances. Malgré la part d'humanisme que contient le film de Latulippe et Prévost, il débouche sur une fermeture de l'humain dans des contectes historiques et politiques dépassés et oppresseurs, ce qui en atténue beaucoup la portée. S'il me fallait par ailleurs défendre un film de mémoire, c'est sur celui de Francis Leclerc avec Mémoires affectives que mon choix se porterait. La mémoire qu'il nous convie à découvrir se fait chez lui plus humaniste puisqu'il ne fait pas que l'enraciner dans son passé culturel, mais qu'il la projette aussi vers l'avenir. Pour cette raison, je mettrais son film ex aequo avec celui de Latulippe et Prévost pour leurs qualités humanistes. En fait, tous ces films ont su mettre en valeur l'histoire des humains dans ce qu'elle a de profond et de vrai, tant sur le plan collectif que sur le plan personnel. Par contre, pour ce qui est du film le plus faussement historique, j'y rangerais en première place le film Alexandre qui n'en est en fait qu'une caricature. Derrière lui, mais quand même assez loin dans l'ordre des priorités négatives, je mettrais aussi Nouvelle France et pour les mêmes raisons.
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Quand l'espérance est brisée, il n'y a que l'espoir qui fasse vivre
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Les mots nous manquent quand un film si profond, qui malgré ses airs romanesque est au fond un documentaire d'un réalisme imparable, nous plonge au coeur même de l'une des plus grandes contradictions qui soient, soit celle des guerres, et qu'au beau milieu de cette désespérance qui frapppe de tout bord et de tout côté, l'espoir sort de sa tranchée pour attaquer sur tous les fronts. Pour tenter de résumer, si cela est possible, un tel étalage d'humanité que celui que nous montre ce beau film, il pourrait être dit que la raison d'état a ses raisons que le coeur ne connait pas, car c'est bien dans ce divorce que réside l'essentiel du propos de ce film. La raison d'état, elle est du bord des hiyocrisies et des cachettes des pouvoirs qui se cachent derrière l'armée et l'état pour taire à jamais les vraies raisons et les réelles circonstances qui ont amené ces insoumis au poteau d'exécution sommaire, malgré qu'ils aient reçu leur grâce, soit cet objecteur de conscience, ou cet internationaliste qui sait à qui profite réellement les guerres, ou cet anarchiste qui sait où mène l'obéissance aveugle aux pouvoirs sans fondement, ou enfin cet humain qui ne peut supporter qu'on le tranforme en meurtrier en série et qui est le Manech de Mathilde. Cette impasse, elle est bien cachée dans les archives secrètes et dissimulée aux regards des survivants, tout comme les protections dont ont joui tous les exemptés de cet enfer grâce aux influences dont ils pouvaient disposer en haut lieu. C'est cette amnésie de commande que représente l'amnésie de Marech qui, bien que survivant à ce conflit, y a laissé sa mémoire dont elle est une métaphore pour nous dire que même maintenant, ces faits que sont les exécutions des insoumis de la guerre de 14-18 sont bannis de la mémoire officielle. Et malgré toute cette noirceur, ce beau film qui vient nous dire que lorsque l'espérance est brisée, il n'y a que l'espoir qui fasse vivre, que peut-on lui demander de plus.
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Dans cette histoire, qui faut-il railler
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L'apprentissage de la lecture, cela est bien connu soit des parents, soit de leurs enfants, a connu les défenseurs de plus d'une théorie dans le passé plus ou moins récent de notre monde de l'éducation. Les preux chevaliers d'une théorie de l'apprentissage de cette lecture bataillaient ferme contre ceux de la théorie adverse qu'il fallait renverser et mettre aux rebuts comme on l'aurait fait d'un ouvrage dorénavant à l'index. Pour les uns, c'était de manière globale qu'il fallait apprendre à lire et gare à ceux qui mettaient des lettres de l'alphabet dans leurs céréales ou un sablier dans leur boîte à lunch. Pour les autres, il fallait procéder selon une méthode qui se voulait phonétique et les mêmes avertissements étaient servis à ceux qui araient voulu troquer les sons pour des images ou qui auraient préféré la soupe aux alphabets. Au beau milieu de ces combats, les parents priaient pour qu'enfin un clan remporte la victoire et que l'on en parle plus, surtout que la plupart des parents ne demandaient qu'une chose bien simple, soit que leurs enfants apprennent à lire et aussi si cela était encore possible, qu'ils apprennent aussi à écrire. Leurs angoisses se faisaient d'autant plus grandes qu'ils leur semblait que cet apprentissage au travers duquel ils l'avaient eux-mêmes appris ne s'était pas fait avec tant de mal, eux qui avaient d'abord appris à le connaître cet alphabet avant que d'en manger avec leurs céréales. Mais bon, puisqu'on leur disait qu'ils n'avaient peut-être pas appris à lire de la bonne manière et que peut-être même, ils ne savaient pas lire du tout, ils étaient de guerre lasse tout prêts à se rendre. Au regard de ce beau paysage scolaire, je me demande qui du petit Ludovic qui tente de se débrouiller avec l'alphabet, ou des grands qui se sont donné tant de mal pour empêcher d'autres petits Ludovic d'apprendre à lire sont les plus susceptibles d'essuyer des railleries.
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Jeune fille, de quelle couleur étaient ces nuages vus par la fenêtre
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Avec ses beaux plans qui dessinent les personnages, surtout celui de Marthe, cette jeune fille à la fenêtre qui nous rappelle tellement la jeune fille à la perle de ce beau film inspiré de la vie et de l'oeuvre de Vermeer, il serait tentant de poser à la jeune fille du film de Leclerc cette même question que le peintre Vermeer aurait posé dans l'autre film à sa jeune fille à la perle, et qui lui demandant de quelle couleur étaient ces nuages qu'elle pouvait voir par la fenêtre s'était vu répondre qu'il y avait du rose, du bleu et du gris. Par cette réponse, Vermeer avait compris qu'elle avait elle-même tout compris de l'art de la peinture. Par les réponses qu'elle ne nous donne pas mais qu'elle nous suggère, la jeune fille à la fenêtre de Leclerc nous montre aussi qu'elle à tout compris de l'art, de la musique comme de la peinture et que comme cette jeune fille à la perle, elle devra se contenter de l'oeil d'un peintre sur elle pour exister dans le monde de l'art qu'elle ne peut pas atteindre par ses propres moyens. Ce beau film aux subtilités toutes pleines des intériorités telles que peintes par Vermeer, ne fait pas que brosser ce tableau d'une artiste qui n'arrive pas à trouver les moyens de s'exprimer puisque la mort la guette et qu'elle n'y parviendra pas à temps, car c'est aussi un portrait d'époque, de celle du Québec bigot et fermé sur sa culture obsolète des premières années du vingtième sciècle qui nous est donné. Les écarts de conduite au regard des valeurs dominantes du milieu social québécois de cette époque sont jugées sévèrement et leur manifestation exaspérée témoigne du désir de leur opposer un refus global qui est là comme le contrepoint de cette fermeture des esprits alors si étouffante. Rarement l'intériorité et la situation se marient-ils aussi subtilement que dans ce beau film.
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Le parcours du grand conservatisme
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Si Alberto Manguel a trouvé dans les bruits des événements récents, tels que les ont provoqués leurs initiateurs, les échos des chuchotements que des créateurs du passé ont mis dans leurs oeuvres, il ne s'est pas trompé en les prenant parmi les grands chantres du conservatisme aux abois. Pour le premier et probablement le plus grand d'entre eux tant il est typique de cette attitude et de cette vision d'un monde disparu que l'on tente de retenir dans le présent, soit pour Cervantès, il ne fait aucun doute que celui-ci est un écho parfait de toutes les nostalgies que le parcours du grand conservatisme fait ressortir comme une trame que l'on peut deviner derrière les grandes aspirations des personnages, à cette différence que les principaux protagonistes du conservatisme moderne qui n'ont ni l'ampleur, ni le charisme de Don Quichotte ne sont ni aussi tragiques, ni plus comiques que celui-ci. Pour ce que est de Goethe, il est lui aussi le reflet de tous ces espoirs de renouveau qui ont avorté et que l'on renie plutôt que de les poursuivre malgré les écueils. Cet exemple de conservatisme, pour être moins nostalgique du passé que le premier, met quand même résolument le cap sur les valeurs de la monarchie plutôt que sur celles de la république telle que portées par la révolution française que Goethe a bien connue. Quant à Chateaubriand, il est pour sa part un parfait exemple de conservatisme traditionnaliste et correspond donc à des modèles modernes du même type que celui de ceux qui s'efforcent de faire de même de nos jours, particulièrement dans le monde hispanophone ou dans celui des évangilistes de nos voisins du sud. Enfin, chez Kipling, le raccord avec cette forme de pensée conservatrice moderne saute tout de suite aux yeux. S'il y a un raccord sociologique qu'il faut faire dans le rapport de ces oeuvres littéraires avec le présent politique, c'est donc carrément à droite de l'échiqier politique qu'il faut le faire.
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Une preuve de plus que le vedettariat est un commerce avant tout
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S'il est vrai que cette personnalité de la scène musicale en est une sur laquelle brille tous les feux de la rampe parce qu'elle y occupe une place dominante, il est difficile de ne pas apercevoir dans cette entreprise biographique, comme dans celle de n'importe quelle carrière artistique médiatisée, une autre manifestation du vedettariat et de ses corollaires commerciaux et mercantiles. La seule différence entre la musique médiatisée par le disque et la scène et cette biographie est le fait que ce n'est plus la musique que l'on offre sur le marché de la consommation, mais la vie de l'artiste qui l'a produite. C'est la limite qu'atteint la célébrité quand elle se donne à voir par des médias pour être consommée comme un remède contre la grisaille du quotidien ou comme un refuge contre la peur du vide. Cette limite ne guette d'ailleurs pas que les seuls artistes dominants de la scène musicale ou artistique, mais aussi toutes les personnalités publiques transcendantes dans leur domaine, qu'il s'agisse des arts ou de la politique. Ces rites sacrificatoires ne sont pas sans nous rappeler ceux qui servaient jadis à apaiser la colère des dieux en même temps que les angoisses des humains pour lesquels on hésitait pas parfois à sacrifier des victimes pour que leur sang en fasse office. La différence est maintenant que leur coeur n'est plus littéralement extirpé de leurs poitrines, mais qu'il est simplement mis à nu pour que le sang de leurs plaies remplisse la même fonction. Dans ce sens, il est permis de parler d'un rite sacrificiel dans un cas comme dans l'autre avec cette différence qu'au lieu d'enrichir et de conforter la classe des religieux dans le premier cas, il le fait de celle des promoteurs de spectacles et des diffuseurs de médias dans le second.
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Ducharme nous renvoie à Plante
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Les cachettes dont s'entoure Réjean Ducharme pour signer ses collages et se sculptures se retournent contre lui, car elles nous empêchent de voir à quel point son langage littéraire est le même que celui qu'il utilise dans le domaine des arts visuels. Ce que la langue de Ducharme se tue à nous dire au fil des pages de ses romans ou des répliques de ses textes de théâtre et ce que nous disent les oeuvres de Plante est essentiellement la même chose, soit que nous sommes déconstruits par cela même qui devrait nous construire à partir du moment où nous devenons des objets les uns pour les autres au fil de nos monologues-conversations, ce qui est l'argument principal de l'artiste en tant que littéraire, et aussi à compter de celui où nous investissons notre vie à produire et à consommer des objets, ce qui est le message du même artiste en tant que créateur du domaine des arts visuels. Au total, cette oeuvre nous dit que nous sommes bien davantage faits par notre entourage et les siuations que nous vivons que capables du contraire. Il n'y aurait donc pas que les objets qui seraient du ready-made, mais aussi tout ce que nous sommes, ou en tout cas, tout ce que nous sommes capables d'en exprimer. Tout comme ces objets déformés du ready-made ont l'air de se retourner contre nous pour nous monter notre impuissance à contrôler les situations, le langage fait également de même quand il se retoune vers nous tout déconstruit de son sens premier et qu'il nous montre l'inanité de nos efforts dans notre quête de l'autre. Les objets inanimés renvoient aux objets humains et Ducharme nous retourne à Plante. La boucle de cette prison s'est refermée sur nous sans même que nous nous en apercevions, ce qui peut permettre à Ducharme de rigoler un peu dans sa cachette, mais ce qui nous cache pourtant l'essentiel de son message.
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Quand il ne reste plus à la vie qu'à réinventer la mort
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Ce récit malgré ses apparences de coller à des tranches de vie est tout sauf un reportage. Pour donner à la mort tout l'éclat des moments forts de la vie, il faut retourner complètement la direction du regard conscient vers soi, ce qui est essentiellement un acte littéraire et philosophique. C'est à partir de cet acte créateur que la mort peut ainsi être réinventée, investie des parures de la vie et qu'elle peut être donnée pour ce qu'elle n'est pas en réalité, tout comme la vie d'ailleurs quand on la résume dans les pages d'un livre. La mort comme la vie singulière est comme un néant, un être qui jamais ne peut être approché comme un en soi, soit une réalité qu'il suffirait de saisir en la nommant ou en essayant de la résumer pour en extraire l'essentiel. Cette mort dont il s'agit dans ce livre est donc d'abord quelque chose d'autre qui gravite autour d'elle, comme un aigle qui tournerait autour d'une proie qui toujours lui échappe. À défaut de la saisir cette proie, l'acte littéraire nous en montre l'ombrage projeté sur nos vies quand il passe et repasse ainsi au-dessus de nos têtes entre le soleil aveuglant et nous, dans les efforts qu'il fait pour l'attrapper. C'est alors que parée de toutes ces arabesques que la mort peut nous laisser l'impression d'être saisissable, d'être à notre portée et qu'elle parvient à notre regard comme étant toute réinventée des efforts de la vie pour la saisir en vol. Mais cette mort ainsi saisie, ce n'est plus celle de l'autre toujours insaisissable qui s'offre à notre regard, mais la nôtre, celle de celui qui à tourné ses regards vers les circonvolutions de l'ombre de l'aigle pour tenter de l'apercevoir. En somme, c'est d'abord de sa propre mort dont nous entretient essentiellement Pierre Monette, si chère par ailleurs que lui soit l'être aimée.
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