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September 2008 - Messages
24 septembre 2008, 4:54
C'est moi, je le jure! à ARTV

C'est ce vendredi que sort C'est pas moi, je le jure !, très beau film de Philippe Falardeau, d'après les romans de Bruno Hébert (C'est pas moi, je le jure ! et Alice court avec René). Tour à tour émouvant, troublant et hilarant, ce récit raconté à hauteur de gamin turbulent met en vedette le prodigieux Antoine L'Écuyer que vous pourrez découvrir dans ce charmant et sympathique documentaire d'Annie St-Pierre, C'est moi, je le jure !, sur les ondes de ARTV.

Narré par le jeune acteur, cette incursion intimiste sur le plateau du troisième long métrage de Falardeau révèle notamment la complicité du réalisateur avec Antoine L'Écuyer et Catherine Faucher, la talentueuse interprète de Léa, tout en levant le voile sur un métier dont on parle peu, celui de coach pour enfants. Nul doute qu'Antoine L'Écuyer a hérité du talent de son grand-père Guy L'Écuyer, mais Philippe Falardeau doit sûrement une fière chandelle à la comédienne Félixe Ross à son côté tout au long du tournage.

À ART le samedi 27 septembre (à 15h et à 23h30) ; le dimanche 28 septembre (à 22h) ; le jeudi 2 octobre (à 15h30 et à 23h30).

P.-S.: Ne manquez pas dans nos pages demain les entrevues de Kevin Laforest avec Philippe Falardeau, Antoine L'Écuyer, Suzanne Clément et Daniel Brière.


23 septembre 2008, 2:49
Coupures en culture : le cri du cœur d'un jeune réalisateur

Je viens de recevoir ce texte de Xavier Dolan, qui s'apprête à tourner son premier long métrage, lequel fait écho à l'appel lancé par Anne Dorval à Tout le monde en parle dimanche dernier : « Qui se souviendra de nous? »

TORYFIANT

par Xavier Dolan

J'ai 19 ans. J'ai écrit un long métrage qui sera tourné à l'automne, une œuvre portant sur les relations mères-fils, et mettant en vedette des comédiens bien connus du public québécois. Je réalise et joue le rôle principal du film, en plus de le produire et l'autofinancer. À la veille du tournage, deux parfums se mêlent dans l'air que je respire : celui, capiteux, de l'excitation, et un autre, délétère, odeur de la peur. La peur de disparaître.

Les coupures du gouvernement Harper, pour les artistes d'ici, ceux connus et chevronnés comme ceux de la relève, encore dans l'ombre, sont un véritable fléau. Dans le vent de ces sabrages, nos cris de protestation soulèvent à l'évidence la révolte de plusieurs, et nos appels à l'aide font ricochet, nous fouettant au visage.

Le public bombarde de diatribes les tribunes, choqué par nos revendications, qu'il trouve injustes et capricieuses. Je ne peux que comprendre ce scepticisme. On s'empare du crachoir pour postillonner nos doléances, et dans la foulée nerveuse de leur expression, on oublie de s'énoncer clairement, de dire le pourquoi des choses, et de démystifier les gens.

Le show-business brille peut-être sous ses projecteurs, mais notre réalité n'est pas tissée de paillettes, loin s'en faut. Les visages célèbres de l'industrie enfilent au besoin une robe de satin (louée), car on ne peut se rendre nu à un gala, mais le lendemain matin, le cirque du pain quotidien recommence. Nous ne sommes pas à Hollywood, nous ne sommes pas à Paris. Le cover d'un magazine, le talon haut galopant, le bijou porté aux Jutra n'est pas synonyme de facilité ou d'aisance. Tout ça n'est que la facette superficielle du métier, le bonbon qui permet d'oublier l'autre côté de la médaille, et les médias n'ont souvent d'yeux que pour cette façade. On croit que les artistes mènent un train de vie exubérant, mais si tel est le cas de certains, la grande majorité d'entre eux vivent dans l'attente perpétuelle d'un projet digne d'intérêt. Ceux qui nous parviennent sont souvent vides de sens ; ils suggèrent des concepts éculés et des payes dérisoires. Apparaît parfois un projet alléchant, mais à peine y met-on sa signature qu'ils sont annulés ou remis aux calendes grecques, faute de financement. Les productions qui plaisent au spectateur moyen sont le fruit de batailles pugnaces, et les sourires du tapis rouge cachent presque tous la même angoisse. Les chanceux de notre faune, ceux qui travaillent régulièrement, se demandent jusqu'à quand durera leur veine, et voient au loin les jours de vache maigre se profiler. Les vingt mille autres au chômage trouvent sans doute fort ironique l'emploi des mots « enfants gâtés ».

Je suis d'une relève motivée, mais je ne peux me résigner à marcher vers un avenir aussi précaire. L'État nous spolie de nos subventions dans l'unique but d'empêcher la découverte et la floraison de notre identité, et ce pour injecter plus d'argent dans un plan d'armement rétrograde et belliqueux. Culture ou fascisme ? Le choix est ardu.

L'art forge le caractère d'une société. Il transmet son langage, sa quête et sa passion ; il est le miroir de la nation. Un film permet la fuite de la routine, la fuite de soi. En deux heures, un scénariste, un réalisateur, des techniciens, des comédiens et mille autres artisans créent de toutes pièces un univers qui devient le nôtre.

Sans subventions, la création de ces mondes parallèles ne serait pas possible. Sans la jeunesse qui en porte le flambeau, sans l'adultat qui en tient les rênes, sans les travailleurs qui le bâtissent, un pays n'est rien. Eh bien sans les mots qui hurlent sa langue, sans les images qui affichent sa couleur et sa texture, sans le chant qui élève sa voix, et sans les visages qui transsudent son message, le Québec n'est rien d'autre qu'un pays sans âme.

Dans cette lettre, je n'écris pas en tant qu'artiste au public. Je suis le public. C'est ce qu'il faut comprendre : il n'y a ni frontières, ni différence, ni champagne, ni divas ici. Que le désir de faire ce que l'on aime, et que l'on croit être le plus beau métier du monde. Finalement, et tristement, il n'y a que l'argent, et personne, à part peut-être les potentats du gouvernement, n'y a accès sans efforts. Il faut travailler pour l'avoir, et travailler dur. Il n'y a d'exceptions pour personne. Absolument personne.

Quelle est notre devise, déjà ? Je me souviens ? Alors souvenons-nous, et soyons solidaires, pour que le monde sache qui nous sommes, et qu'il ne nous oublie pas.  

Je termine ce pamphlet en citant Nietzsche : « L'art et rien que l'art, nous n'avons que l'art pour ne point mourir de la vérité. »


12 septembre 2008, 6:04
TIFF 2008: Mon palmarès

C'est demain, le samedi 13 septembre, que se termine le Festival de Toronto, où l'on remettra des prix, dont celui de la FIPRESCI, du meilleur film canadien, etc. Pour le plaisir, je vous offre mon palmarès, lequel n'a rien à voir avec les catégories du TIFF.

Meilleur film: Séraphine, de Martin Provost

Mention spéciale: Les Plages d'Agnès, d'Agnès Varda

Meilleure mise en scène: Un Conte de Noël, d'Arnaud Desplechin

Mention spéciale: Les Plages d'Agnès, d'Agnès Varda

Meilleur scénario: Synecdoche, New York, de Charlie Kaufman

Mention spéciale: The Burning Plain, de Guillermo Arriaga

Meilleur interprétation masculine: Mickey Rourke dans The Wrestler, de Darren Aronofsky

Mention spéciale: Brad Pitt dans Burn After Reading d'Ethan et Joel Coen

Meilleure interprétation féminine: Yolande Moreau dans Séraphine, de Martin Provost

Mention spéciale: Anne Hathaway dans Rachel Getting Married, de Jonathan Demme

Meilleur espoir masculin: Antoine L'Écuyer dans C'est pas moi, je le jure!, de Philippe Falardeau

Meilleur espoir féminin: Arta Dobroshi dans Le Silence de Lorna, de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Meilleur comeback masculin: Mickey Rourke dans The Wrestler, de Darren Aronofsky

Meilleur comeback féminin: Debra Winger dans Rachel Getting Married, de Jonathan Demme


Oups! Qu'est-ce que je viens de dire? La dame, qui est entrée dans la salle alors que Bil Irwin n'avait pas encore terminé le récit qu'il racontait aux journalistes rassemblés autour d'une table, nous a signifié qu'elle détestait ce mot-là:

«Comeback? En effet, je déteste ce mot-là! C'est comme si j'étais partie et que vous n'aviez pas bougé durant toutes ces années! Et vous, vous étiez où? Moi, j'ai tourné des films, enseigné à Harvard et écrit un livre. J'imagine que vous n'étiez pas là où j'étais! En passant, je viens ici pour parler de Rachel Getting Married... Ça vous dit?»

Un peu plus tard, celle qui incarne avec sensibilité la mère d'Anne Hathaway, une femme en apparence glaciale qui cache de graves blessures, avouera avec franchise: «Vous savez, je ne vous déteste pas, vous, les journalistes... c'est juste que je préférerais que vous pratiquiez votre métier sans moi. Aussi, je m'attends à ce que vous écriviez d'excellents articles à mon sujet.»

Lorsque Debra Winger, la cinquantaine magnifique et naturelle, a quitté les lieux, nous avons tous eu envie d'applaudir ce qui fut sans doute l'une des tables rondes les plus vivantes et rafraîchissantes du festival.
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12 septembre 2008, 5:36
TIFF 2008: Coït interrompu
C'est vrai, je ne vous ai pas écrit depuis deux jours... mais le coït interrompu auquel je fais allusion, c'est la frustration que j'ai ressentie à la fin de la projection de la première partie de L'Ennemi public no 1 de Jean-François Richet, inspiré de l'autobiographie de Jacques Mesrine, L'Instinct de mort.

Ma frustration a redoublé lorsque Vincent Cassel, qui y tient avec beaucoup de conviction le rôle de ce bandit notoire assassiné par quatre tireurs de la brigade de la recherche et d'intervention en 1979, m'a dit qu'une présentation spéciale de la seconde partie avait eu lieu le même jour. «Quoooooi?», comme dirait Marc Labrèche dans la peau de la séduisante Brenda Montgomery.

Commençant par le piège de la Porte de Clignancourt, où, au côté de sa compagne Sylvie Jeanjacquot (Ludivine Saggnier), Mesrine fut transpercé de 19 balles, ce film de Richet (Ma 6-T va crack-er, Assault on Preccinct 13), qui utilise en abondance les effets de split screen, relate notamment la spectaculaire évasion d'une prison québécoise de Mesrine en compagnie de Jean-Paul Mercier (Roy Dupuis). Outre ses braquages et son ascension dans le monde interlope, on en apprend bien peu sur la psychologie du bonhomme que Richet a eu la bonne idée de ne pas nous présenter comme une figure héroïque.

Par ailleurs, j'ai demandé à Richet s'il aurait voulu, à l'instar de Soderbergh pour son Che, pouvoir présenter ses deux films en une séance: «Bien sûr, c'est mon souhait. Évidemment, que vous soyez frustrée de ne pas avoir vu la suite me fait plaisir, car c'est le but de donner envie au public de voir la seconde partie. Dans celle-ci, on y suit la montée de Mesrine dans les milieux d'extrême-gauche et son rapport avec les médias. Ce qui m'intéressait, c'était de montrer ce qui s'était passé entre son retour de la guerre d'Algérie et son assassinat.»

En regardant sur Youtube de vieux reportages annonçant la mort de Mesrine, j'ai remarqué qu'une fois sur deux, on prononçait le «s». Idem pour le film et idem pour Vincent Cassel durant l'entrevue. Intriguée, je lui ai donc demandé qu'elle était la bonne prononciation: «Il s'appelait Mesrine (ne pas prononcer le "s"), mais les médias l'appelaient Mesrine en prononçant le "s", ce qu'il détestait.» Affaire classée.

 P.-S.: J'ai des problèmes avec mon /$?&*()_ d'ordi, d'où l'absence d'images...


10 septembre 2008, 12:07
TIFF 2008 : Vénérable Varda

Il y a quelques heures, j'étais au AMC où j'ai vu l'un des mes films préférés du TIFF : Les Plages d'Agnès, de celle que l'on surnomme la grand-mère de la Nouvelle Vague - elle réalisa La Pointe courte en 1954.

Fort  d'un montage alerte, ce documentaire tour à tour ludique, émouvant, étonnant et instructif, met en scène Agnès Varda, maintenant âgée de 80 ans mais ayant toujours l'œil pétillant d'une gamine, dans le rôle d'une vieille dame qui nous fait visiter ses paysages intérieurs.

Avec une sincérité désarmante et un sens inné de le mise en scène, la cinéaste se livre par le biais de confidences, lesquelles sont soutenues par les témoignages des membres de sa famille (dont l'acteur Mathieu Demy), d'amis et de connaissances, d'extraits de ses films, de photos, de scènes reconstituées, etc.

Véritable leçon de cinéma donnée sur un ton intime, affectueux et généreux, Les Plages d'Agnès est un document précieux et nécessaire qui séduira autant les fans de la réalisatrice et compagne du regretté Jacques Demy, à qui elle fait un vibrant et touchant hommage, que ceux qui la connaissent à peine. Comme j'ai hâte de la rencontrer demain...


9 septembre 2008, 2:39
TIFF 2008 : Le Roi Mickey

Je n'ai jamais rêvé d'être Pretty Elizabeth ou Chyna. Randy « Macho Man » Savage et Hulk Hogan n'ont jamais figuré sur mon interminable liste de maris. Bref, j'ai toujours haï la lutte. Pensez-vous que l'idée d'aller voir le drame d'un lutteur has-been interprété par Mickey Rourke me tentait vraiment? Si!

J'ai même abandonné Gael pour ça! (Ça lui apprendra d'arriver en retard!) Évidemment, le film était précédé d'une rumeur favorable : il a raflé le Lion d'Or à la Mostra. Lion ou pas, c'est le fait que The Wrestler est un film de Darren Aronofksy, dont le délire esthétisant et pompeux qu'est The Fountain m'avait plutôt ennuyée mais dont le percutant Requiem for a Dream m'avait littéralement jetée par terre, qui m'a poussée à courir vers le Manulife Center.

Au départ, j'ai eu de la difficulté à m'intéresser à ce lutteur devenu trop vieux et trop malade pour poursuivre sa misérable carrière - certaines scènes de lutte sont éprouvantes. Cependant, plus le film avançait, plus je me laissais gagner par le jeu bouleversant de Mickey Rourke, qui fut si beau à une certaine époque et qui livre ici sans pudeur son visage ravagé et son corps massif mais fatigué.

Sans verser dans le pathos, le scénario de Robert Siegel raconte avec grande sensibilité les difficultés de cet homme qui tente de se lier d'amitié avec une strip-teaseuse (Marisa Tomei) et de renouer avec sa fille (Evan Rachel Wood). Pour sa part, Aronofsky signe une mise en scène très efficace mais discrète, presque naturaliste, laquelle donne la part belle aux acteurs.

Quel dommage qu'à la Mostra le règlement empêche le jury de décerner un prix d'interprétation au film ayant remporté le Lion d'Or, comme le dénonçait le président du jury Wim Wenders, car si The Wrestler méritait un prix, c'était bien celui de l'interprétation masculine.


9 septembre 2008, 2:08
TIFF 2008 : Porn! Porn! Porn!

Si vous lisez régulièrement le blogue de mon confrère Steve Proulx, vous savez maintenant que parmi les mots-clés les plus populaires utilisés pour la recherche dans Google se trouvent « free porn ». Loin de moi l'idée d'attirer plus de lecteurs chez moi en faisant du racolage, mais je dois avouer que l'occasion était bonne pour vous parler du dernier film de Kevin Smith, dont je ne suis pas fan mais pour qui j'ai une certaine affection, Zack and Miri Make a Porno.

Gros clin d'œil au tournage de Clerks, premier long métrage de Smith, cette comédie romantique (si, c'en est une!), met en scène des amis, dont les colocs Zack (l'incontournable Seth Rogen) et Miri (Elizabeth Banks, la Laura Bush de W.), qui décident de tourner un film porno dans le café où ils travaillent après l'heure de fermeture.

Je me suis bidonnée devant les sempiternelles références à Star Wars et à la pornographie que Smith affectionne, aux répliques crues (je ne compte pas le nombre de « fuck » qu'on y entend...) et aux hilarantes scènes de tournage de Star Whores où les acteurs, dont Jason Mewes qui joue un rôle pas très loin de Jay, se lancent des répliques idiotes sur un ton ridicule propre à plusieurs pornstars. Come on, ne me dites pas que vous n'avez jamais regardé de films porno de votre vie! « Seth et moi en avons vu assez pour remplir deux vies! » m'a confié Kevin Smith cet après-midi.

Sur l'utilisation du mot « fuck » à répétition, Elizabeth Banks m'a révélé ceci : « Je jure comme un camionneur, alors pour moi, je n'avais aucun problème à dire ce mot aussi souvent. Kevin et son entourage parlent ainsi, c'est donc normal que ses personnages en fassent autant. »

À propos de la controverse autour de l'affiche (voir blogue de Kevin Laforest), Smith a eu cette réponse : « Je ne comprends pas cela. Il n'y pas de nudité, ni de vulgarité. Tous deux ont une expression amusante. On peut faire des affiches très dures, violentes où l'on voit des corps mutilés comme celle des films Saw sans que ça fasse de problème, mais dès qu'il est question de sexe, rien ne va plus... »

P.-S.:Avis au pornophiles, Traci Lords y tient un rôle...


9 septembre 2008, 1:34
TIFF 2008 : les 400 coups de Falardeau

 

D'emblée, je dois vous avouer que, malgré le fait que j'ai trippé à fond sur La Moitié gauche du frigo et Congorama, je n'ai pas eu le coup de foudre pour C'est pas moi, je le jure! de Philippe Falardeau... Et pourtant, plus j'y pense, plus j'aime ce film. « It grows on me », comme disent les Chinois.

N'ayant lu qu'un seul des deux romans de Bruno Hébert, je ne peux juger pleinement de la qualité d'adaptation, quoique durant le film, je revivais avec bonheur certains passages du roman C'est pas moi, je le jure! (l'autre roman étant Alice court avec René).

S'étant approprié de façon personnelle les romans de Hébert (atténuant la folie du garçon, par exemple) Falardeau signe un film familial rempli d'émotions, de finesse et d'esprit qui ne joue pas du tout la carte de la nostalgie des années 60. Un passage fort réussi du cinéma d'auteur au cinéma populaire.

Côté casting, secondé par la lumineuse Suzanne Clément et le touchant Daniel Brière, le jeune Antoine L'Écuyer, petit-fils du grand Guy L'Écuyer, est une véritable révélation avec son regard allumé et son bagou à la Jean-Pierre Léaud gamin. Et dire que les enfants-acteurs ont souvent le don de me taper sur les nerfs...


9 septembre 2008, 12:51
TIFF 2008 : l'avocat de la diablesse

Dans La Fille de Monaco, Fabrice Luchini, qui y joue un avocat un peu coincé, en pince pour une greluche qui souhaite devenir célèbre (Louise Bourgouin), au grand dam du garde du corps de ce dernier (Roschdy Zem). Sur un mode beaucoup moins grave que Nettoyage à sec et moins noir qu'Entre ses mains, la réalisatrice Anne Fontaine continue d'exploiter le thème des obscurs objets de désir : « C'est du pervers léger! » m'a dit en entrevue celle qui est tout de même plus à l'aise dans le drame que dans la comédie. Bien que n'égalant pas ceux-ci, on pense à L'Ange bleu de von Sternberg et à la Lulu de Pabst tant la relation entre le maître et sa maîtresse devient malsaine et qu'on y prend un plaisir coupable.


9 septembre 2008, 12:21
TIFF 2008 : la partie pour le tout ou le tout pour la partie

Je mêle souvent les figures de style que sont la métonymie et la synecdoque. Pourquoi vous parler de rhétorique à cette heure de la nuit? Bah, tout simplement pour « ploguer » cet étonnant film de Charlie Kaufman, Synecdoche, New York et, du coup, un autre de mes flashback cannois :

Mettant en vedette le toujours splendide Philip Seymour Hoffman, au côté d'une prestigieuse distribution féminine incluant Catherine Keener, Michelle Williams, Jennifer Jason Leigh, Samantha Morton, Emily Watson et Diane Wiest, cette comédie dramatique douce-amère et délicieusement absurde raconte la vie sentimentale difficile d'un dramaturge qui, après avoir reçu une bourse, entreprend d'écrire l'oeuvre de sa vie.

Plus le récit avancera, plus la réalité et la fiction seront indissociables l'une de l'autre à tel point que les personnages se dédoubleront ou entreront en fusion et que les frontières spatio-temporelles s'embrouilleront. Si on a parfois envie de demander grâce à Kaufman de jouer autant avec nos méninges, en mulipliant les détails insolites et les revirements inattendus, rien ne empêchera de goûter pleinement cette quête initiatique au cours de laquelle un homme apprendra à accepter son sort afin de mieux embrasser ce que lui réserve l'avenir.

Bien qu'un certain agacement puisse survenir après l'amusement et les surprises que provoquent la première partie, le dernier quart d'heure s'avère un moment d'anthologie fort émouvant où le héros met enfin le point final à son oeuvre colossale (vous ai-je dit qu'il ira jusqu'à construire New York dans un vieux théâtre?). Pour paraphraser Dany Turcotte à propos de Jean Leloup, j'aimerais bien gagner un voyage dans la tête de Charlie Kaufman...


9 septembre 2008, 12:11
TIFF 2008 : Che pour quand?

Désolée pour le jeu de mots poche, mais yé tard pis chus fatiguée. Tout ceci pour dire que je me demande si le film de Steven Sorderberg qui a mérité le prix d'interprétation masculine à Benicio del Toro à Cannes sortira un jour sur nos écrans... Un autre flashback de mai :

D'emblée, je dois dire que je suis comme le commun des mortels, c'est-à-dire que je connais par coeur le beau visage ténébreux du Che, sûrement aussi iconique que celui de Marilyn Monroe, mais que je suis loin de connaître sa vie dans ses moindres détails. Ayant déjà vu le très beau Diarios de motocicleta de Walter Salles sur la jeunesse d'Ernesto Guevara, incarné par Gael Garcia Bernal, je croyais partir avec une longueur d'avance... Toutefois, les deux volets formant Che sont si denses, si riches que bien qu'ayant la conviction de m'être couchée moins niaiseuse hier soir, je suis encore sous l'impression que bien des subtilités m'échappent. Mais n'est-ce pas là la marque des grands films?


9 septembre 2008, 12:03
TIFF 2008 : Blindness revu et corrigé

 

Je ne suis pas allée revoir Blindness de Fernando Meirelles au TIFF, mais je me promets de le revoir puisque j'ai appris d'Annie Tremblay d'Alliance Atlantis que plusieurs changements avaient été apportés au film, dont plusieurs passages narrés par Danny Glover ayant été coupés au montage sonore. Super, ça me permettra de lire le roman de José Saramago d'ici là. Flashback cannois :

Accueilli par de tièdes applaudissements, quelques huées et sifflets, Blindness n'a certes pas plu à tout le monde. Et en discutant avec quelques confrères, j'ai bien vu que je n'étais pas la seule à ne pas avoir été complètement conquise. Certes, je me suis passionnée pour l'histoire. En voyant ces cruelles images de ville dévastée où errent des enfants en quête de nourriture, je me suis même rappelé Le Voyage d'Anna Bloom de Paul Auster, roman qui m'avait fait ressentir le même sentiment de découragement, d'inquiétude et d'oppression.

Plus encore que le récit, l'esthétique du film m'a assez plu. A plusieurs reprises, la caméra adopte le point de vue des aveugles, les personnages se fondent alors dans une lumière blanche ou apparaissent hors focus. Même certains cadrages semblent avoir été composés par des aveugles alors que les personnages dialoguant ensemble se retrouvent presque entièrement hors-champ, laissant au spectateur le « plaisir » de contempler le vide. Côté direction artistique, rien à reprocher puisque la saleté et le désordre des lieux où sont confinés les malades paraissent bien réels. Quant aux interprètes, particulièrement Moore et Glover, ils jouent leur partition sans fausse note; Bernal donne même l'impression de s'être amusé comme un fou à jouer les salopards.

Alors que la junte militaire permet à peine à l'aide internationale de venir en aide aux habitants du Myanmar ou que l'on se rappelle l'indifférence du gouvernement Bush lors des ravages produits par l'ouragan Katrina, l'allégorie sociale qu'est Blindness sonne douloureusement juste et toujours d'actualité. Serait-ce parce que le miroir que Meirelles nous tend est si peu flatteur que l'on accueille si difficilement Blindess? Sans doute un film qu'il faudra revoir...

P.-S.: Parlant de Gael, celui-ci m'a posé un lapin cet après-midi... Sans doute qu'il est jaloux de mon escapade avec Brad.


8 septembre 2008, 11:52
TIFF 2008 : Ça va faire du bruit!

Ado, j'ai trippé sur U2. En voyant U2 3D, je suis retournée momentanément en adolescence. Sachant que Davis Guggenheim (An Inconvenient Truth) avait réalisé un documentaire sur la guitare électrique mettant en vedette Jimmy Page (Led Zeppelin), The Edge (U2) et Jack White (The White Stripes), j'étais impatiente de voir It Might Get Loud.

Portraits croisés de ces trois grands guitaristes, ce documentaire plaira sans doute autant aux musiciens qu'aux amateurs de rock. Porté par les confidences de trois « guitar heroes », qui se livrent avec franchise et humour, It Might Get Loud m'a donné envie de me lever de ma chaise comme dans un vrai show lorsque tous trois ont joué des extraits de I Will Follow et de Whole Lotta Love.

Lors de la conférence de presse, animée par George Strombolopoulos (The Hour), l'imperturbable The Edge, assis entre le cabotin Jack White et l'aristocratique Jimmy Page, a lancé : « Ce qu'on voit dans le film, ce sont trois individus partageant une même passion et qui ont développé de l'affection les uns pour les autres à la fin. Qui sait ce qui se passera par la suite... »

« C'est incroyable, on sent vraiment une grande complicité entre ces trois-là », confiait l'actrice Elizabeth Shue, qui s'était faufilée dans la salle incognito, à la journaliste à ma droite.


8 septembre 2008, 11:32
TIFF 2008 : Mon coup de foudre!

Mon coup de foudre, je l'ai eu non pour Brad mais bien pour un film français, Séraphine de Martin Provost, lequel raconte le triste destin de la peintre Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis. Incarnée par l'extraordinaire Yolande Moreau, Séraphine fut découverte par hasard par le collectionneur et découvreur du douanier Rousseau Wilhelm Uhde (Ulrich Tukur, solide) alors qu'elle était femme de ménage peu avant la Première Guerre mondiale. Malheureusement, l'Histoire joua contre Séraphine qui ne connut pas la gloire qu'elle aurait mérité.

Magnifique film au rythme contemplatif, aux mouvements de caméras très discrets donnant lieu à de superbes paysages et natures mortes, Séraphine permet à Yolande Moreau de rencontrer le plus beau et plus grand rôle de sa vie. « C'est comme si Séraphine nous avait accompagnés durant le tournage, nous avons vraiment été touchés par la grâce », me confiait le réalisateur en entrevue. Grâce : on ne pouvait choisir meilleur mot pour décrire Séraphine.


8 septembre 2008, 11:10
TIFF 2008 : La Princesse Anne

Découverte dans The Princess Diaries en 2001, celle qui possède la grâce d'Audrey Hepburn et le sourire de Julia Roberts, Anne Hathaway, incarne avec beaucoup d'aplomb une toxicomane qui revient chez elle à l'occasion du mariage de sa sœur aînée. À la table ronde, Jonathan Demme ne cessait de s'extasier du talent et de la personnalité de la jeune actrice, qui, embarrassée, a quitté la pièce quelques instants avant le réalisateur de Rachel Getting Married: «Anne est dans le moment présent! Anne est dans la création! Elle a ce don de s'investir dans chaque scène! Elle est extrêmement brillante! Elle a le cœur aussi grand que je croyais! J'aime son allure, elle est unique!»

Entre nous, le film m'a à moitié ravie  D'une part, j'ai été séduite par les dialogues de Jenny Lumet, fille de Sidney, lors des confrontations familiales - et il y en a énormément au sein de cette famille dysfonctionnelle laquelle rappelle celle de Desplechin dans Un conte de Noël - , d'autre part, je n'en pouvais plus des scènes de toasts aux mariés, de l'envahissante musique jouée au mariage, bref, du côté home movie de la chose.


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