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May 2008 - Messages
26 mai 2008, 4:50
Cannes 2008: Message de Denis Villeneuve

Bon, je suis en vacances, mais comme Denis Villeneuve, lauréat du Grand Prix Canal + pour son fabuleux court métrage Next Floor à la Semaine de la critique, a eu la gentillesse de m'envoyer ce petit mot que je lui avais demandé à peine revenu à Montréal, j'ai décidé de sortir de ma grotte (hommage à Danny Lennon) et vous partager sa joie:

« Je suis heureux pour le court métrage en général. Le fait d'être le seul Québécois cette année à Cannes a beaucoup attiré l'attention sur cette forme cinématographique peu aimée des distributeurs. Je suis heureux aussi pour mon équipe, nous avons eu un accueil costaud sur la Croisette. C'est un prix donné à un film tourné dans une totale liberté de création. C'est bon signe pour tout le monde. »


26 mai 2008, 10:07
Cannes 2008: Palmarès

Ouf! Qu'est-ce que je me suis plantée dans mes prédictions cette année! M'en fous, j'aime les surprises. En primeur, voici le texte qui paraîtra dans nos pages ce jeudi...

Le 61e Festival de Cannes s'est terminé par le couronnement d'un film illustrant la France multiculturelle, Entre les murs de Laurent Cantet.

Dans son discours à la cérémonie de clôture, animée par le désinvolte Edouard Baer (« It's a bonne franquette soirée » a-t-il annoncé), le président du jury Sean Penn a fait allusion au film de clôture de Barry Levinson, What Just Happened. Dans cette comédie satirique, Robert de Niro incarne un producteur de films devant convaincre un réalisateur de modifier la scène finale d'un film mettant en vedette Penn afin d'ouvrir le Festival de Cannes. « « Que vient-il donc d'arriver? » demanderez-vous lorsque vous aurez appris le nom des gagnants », a lancé Penn. De très belles surprises, aurions-nous envie de lui répondre.

Favori dans la course au Prix Un certain regard, remis à Tulpan de Sergei Dvortsevoy, Hunger de Steve McQueen est reparti avec la Caméra d'or. Côté court, Megatron de Marian Crisan a remporté la Palme d'or et l'on ne pourrait passser sous silence le Grand Prix Canal + remis au fabuleux Next Floor de Denis Villeneuve à la Semaine de la critique.

Le Prix du scénario a été attribué à Luc et Jean-Pierre Dardenne, pour Le Silence de Lorna, où à travers un remarquable portrait de femme les frangins belges doublement palmés illustrent une histoire d'immigration sombre, complexe et prenante.

Si le nom de Martina Gusman, qui incarne une jeune femme enceinte accusée de meurtre dans Leonora de Pablo Trapero courait sur bien des lèvres, le Prix d'interprétation féminine a été remis à Sandra Corveloni, qui interprète avec crédibilité une femme enceinte élevant difficilement ses quatre fils dans Linha de passe de Walter Salles et Daniela Thomas.

Face à Mathieu Amalric (Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin), à Philip Seymour Hoffman, splendide dans la comédie dramatique douce-amère délicieusement absurde et insolite qu'est Synecdoche, New York de Charlie Kaufman, et à l'incroyable Toni Servillo en Giulio Andreotti dans Il Divo de Paolo Sorrentino, Benicio del Toro avait beaucoup de compétition. En pleine possession de son personnage dans Che, ambitieux diptyque relatant la vie d'Ernesto Guevara de Steven Soderbergh, l'acteur a vu ses annèes de recherches récompensées par ce Prix d'interprétation masculine hautement mérité.

Parlant de Il Divo de Sorrentino, c'est ce biopic politique explosif fort d'un montage musclé, de plans recherchés, d'une ambiance de film d'épouvante, d'une bande sonore farfelue et de répliques assassines qui a reçu le Prix du Jury.

Le Prix de la mise en scène échoit à Üç Maymun (Les Trois singes) de Nuri Bilge Ceylan dont le portrait d'une famille dysfonctionnelle hantée par la mort d'un fils bénéficie de la grande plasticité des plans aux cadrages soignés. Si les apparitions de spectres ont fait rire chez Philippe Garrel (La Frontière de l'aube, magnifiquement photographié, maladroitement raconté) et chez Wim Wenders (le poseur et esthétisant The Palermo Shooting), chez le réalisateur d'Uzak, elles émeuvent...

Le jury a remis le Prix spécial du 61e Festival de Cannes à celle qui incarne parfaitement une mère dénaturée dans Un conte de Noël, Catherine Deneuve, qui partage cet honneur avec Clint Eastwood, réalisateur de The Exchange.

En attribuant son Grand Prix à Gomorra, le jury a salué cette fascinante et réaliste (mais non sans quelques faiblesses) plongée dans la maffia de Matteo Garrone et le courage de l'auteur Robert Saviano, qui ne peut plus se déplacer sans ses gardes du corps depuis la publication de son livre.

Enfin, coiffant Waltz with Bashir d'Ari Folman et 21 ans après Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, la Palme d'or a été remise à un film français: Entre les murs de Laurent Cantet. Inspiré du roman éponyme de l'enseignant François Bégaudeau, cette vivante et désarmante incursion dans une école secondaire met en vedette Bégaudeau lui-même en compagnie de jeunes acteurs non professionnels, tous d'un naturel sidérant. Réunie sur scène, la distribution multiethnique d'Entre les murs formait un émouvant et magnifique portrait de famille. Une belle façon de clore cette grande célébration du 7e art.

Sur ce, je vous reviens le 2 juin.

Bisous de la Croisette,

Votre blogueuse fatiguée mais comblée


25 mai 2008, 11:10
Cannes 2008: Mes prédictions

En attendant le palmarès, je me suis amusée à faire le mien...

Palme d'Or : Waltz with Bashir d'Ari Folman

Grand Prix : Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin

Prix du Jury : Entre les murs de Laurent Cantet

Prix de la mise en scène : Il Divo de Paolo Sorrentino

Prix du scénario : Synechdoche, New York de Charlie Kaufman

Prix d'interprétation masculine et Prix d'interprétation fémine: La distribution d'Entre les murs de Laurent Cantet.


25 mai 2008, 11:02
Cannes 2008: Coup de foudre pour Cantet


Qu'est-ce que la Compétition s'est bien terminée! En sortant de la projection d'Entre les murs de Laurent Cantet, j'étais au comble du bonheur. Inspiré du roman éponyme de l'enseignant François Bégaudeau, Entre les murs est une fascinante incursion dans une école secondaire mettant en vedette Bégaudeau lui-même en compagnie de jeunes acteurs non professionnels, tous d'un naturel sidérant.

L'action se déroule durant l'année scolaire où le corps d'enseignants et les élèves connaîtront joies et misères. Principalement tourné dans la classe de Bégaudeau, Entre les murs s'avère un huis clos vivant, stimulant et bouleversant qui illustre sans fard ni complaisance le système scolaire français et la réalité des jeunes issus de différentes origines. Ainsi, tel que le mentionnait Jeanne Balibar lors de la conférence de presse du jury, l'un d'eux, Wei, verra sa mère menacée d'être déportée, tandis que Suleymane se fera menacer par son père de retourner au Mali sous prétexte qu'il risque d'être expulsé de l'école.

Si la réalité qu'expose Cantet est propre à la France, nul doute qu'Entre les murs possède de telles qualités universelles qu'il touchera le coeur de bien des enseignants, de même que celui de leurs élèves. Un beau témoignage vivant tourné à la manière du cinéma direct dont la simplicité désarmante traduit parfaitement la complexité des rapports humains.


25 mai 2008, 10:54
Cannes 2008: Wim, arrête ton cinéma...

... et contente-toi de faire des clips! C'est ce que j'avais envie de crier durant la projection de Palermo Shooting de Wim Wenders, le has-been, ou comme me le disait hier soir le toujours nuancé Danny Lennon, le « could-have-been », qui nous a donné Paris, Texas et Les Ailes du désir. Qu'elle est loin cette époque!

Dans cette oeuvre dédiée à Antonioni et à Bergman, dédicace qui a fait beuglé la foule, un photographe (Campino, exécrable dès qu'il s'ouvre la trappe) s'étant rendu à Palerme pour une séance de photo avec la plus qu'enceinte Mila Jovovich (elle-même) découvre qu'un sinistre archer (Dennis Hopper, risible) veut sa peau. Jusqu'à ce qu'il rencontre une jolie restauratrice de fresques (Giovanna Mezzogiorno, qui ne semble pas trop comprendre ce qu'elle raconte)), notre homme croquera des clichés de Palerme en écoutant de la musique. Ce qui nous vaudra de très longues séquences assourdissantes où Campino aura l'air d'un chanteur rock ayant oublié les paroles de ses chansons en plein tournage d'un clip. L'avantage, c'est que durant ces moments, cet improbable croisement génétique entre Claude Legault et Sylvain Cossette ne dira mot...

Je vous épargne la conclusion, des plus prétentieuses et ridicules, où Hopper se moque de son personnage et se permet une critique de l'ère numérique. Je ne épargne aussi le grand embarras que j'ai resenti en voyant Lou Reed apparaître en spectre dans un bar au personage principal... Nous étions plusieurs à ne plus rien attendre de Wenders, mais je vous jure que nous avons été renversés devant ce bel objet pompeux pondu par un poseur de première. Quelle tristesse.


25 mai 2008, 10:30
Cannes 2008: Trois petits tours et puis s'en vont

Qu'est-ce que je regrette de ne pas avoir fait la sieste plutôt que d'être allée voir My Magic d'Eric Khoo hier après-midi (surtout que je dors en moyenne trois heures par nuit...).

Campé à Singapour, My Magic s'intéresse aux tribulations d'un alcoolique (Francis Bosco) largué par sa femme qui, pour subvenir aux besoins de son fils de 10 ans, renouera avec son ancien métier, celui de magicien (pas le genre à faire sortir des lapins de son chapeau, mais à cracher le feu, se rentrer des aiguilles dans la peau et à marcher sur des tessons de bouteille).

Tourné en neuf jours, le résultat est un mélo larmoyant, cruel, misérabiliste et hyper télégraphié où Khoo se complaît à montrer le magicien Bosco dans des situations peu flatteuses (par exemple, étendu ivre mort dans une flaque de vomi...). En tout cas, certains ont eu l'air d'avoir aimé et hier soir, Francis Bosco, qui semble plutôt sympa, a été reçu en héros au Petit Majestic où il a exécuté quelques tours de magie. J'espère qu'il ne sera pas trop triste de rentrer bredouille. Comme il est grand le mystère de la Sélection officielle...


24 mai 2008, 11:50
Cannes 2008: Prix oecuménique pour Egoyan

Cet après-midi, au cours d'une réception à la Plage des Palmes, Atom Egoyan a reçu le Prix oecuménique pour Adoration. Quant au jury de la FIPRESCI, il a remis ses prix à Delta de Kornel Mundruczo (Compétition), à Hunger de Steve McQueen (Un certain regard) et à Eldorado de Bouli Lanners.


24 mai 2008, 11:26
Cannes 2008: Coup de foudre pour Kaufman

Hier matin, la journée a vraiment bien commencé alors que je suis tombée sous le charme de la première réalisation du brillant scénariste Charlie Kaufman, Synecdoche, New York.

Mettant en vedette le toujours splendide Philip Seymour Hoffman, au côté d'une prestigieuse distribution féminine incluant Catherine Keener, Michelle Williams, Jennifer Jason Leigh, Samantha Morton, Emily Watson et Diane Wiest, cette comédie dramatique douce-amère et délicieusement absurde raconte la vie sentimentale difficile d'un dramaturge qui, après avoir reçu une bourse, entreprend d'écrire l'oeuvre de sa vie.

Plus le récit avancera, plus la réalité et la fiction seront indissociables l'une de l'autre à tel point que les personnages se dédoubleront ou entreront en fusion et que les frontières spatio-temporelles s'embrouilleront. Si on a parfois envie de demander grâce à Kaufman de jouer autant avec nos méninges, en multipliant les détails insolites et les revirements inattendus, rien ne empêchera de goûter pleinement cette quête initiatique au cours de laquelle un homme apprendra à accepter son sort afin de mieux embrasser ce que lui réserve l'avenir.

Bien qu'un certain agacement puisse survenir après l'amusement et les surprises que provoquent la première partie, le dernier quart d'heure s'avère un moment d'anthologie fort émouvant où le héros met enfin le point final à son oeuvre colossale (vous ai-je dit qu'il ira jusqu'à construire New York dans un vieux théâtre?). Pour paraphraser Dany Turcotte à propos de Jean Leloup, j'aimerais bien gagner un voyage dans la tête de Charlie Kaufman...


23 mai 2008, 7:10
Cannes 2008: Félicitations Denis Villeneuve!

C'est ce soir qu'avait lieu la soirée de clôture de la Semaine de la critique. Denis Villeneuve y a remporté le Prix Canal + pour son remarquable court métrage Next Floor. Je n'ai pas vu les autres courts métrages en compétition, mais vu la grande qualité de celui de Villeneuve, je ne suis pas trop surprise...


23 mai 2008, 9:20
Cannes 2008: Je me suis régalée!

Les films se suivent et ne se ressemblent pas. Ainsi, autant j'avais craqué pour La Nina Santa de Lucrecia Martel, j'avais détesté L'Ami de la famille de Paolo Sorrentino. Eh bien, cette année, le film de Martel, comme vous le savez déjà, m'a laissée de glace, tandis que j'ai été enchantée du nouveau Sorrentino, El Divo.

Heureusement que j'avais lu le dossier de presse avant de voir ce portrait du politicien Giulio Andreotti (incroyable Toni Servillo), parce que, n'étant pas férue de politique italienne comme Nanni Moretti, j'en aurais sûrement perdu des bouts tant on nous balance d'info à la gueule dès les premiers plans.

Sept fois Président du Conseil et 25 fois ministre, celui qui fut notamment surnommé le Joli Petit-Bossu a été accusé du meurtre du journaliste Mino Pecorelli et d'être de connivence avec la maffia. Malgré ces lourdes accusations, l'homme s'en est tiré et fait toujours de la politique active.

Fort d'un montage musclé, de plans recherchés, d'une ambiance insolite de film d'épouvante, d'une bande sonore farfelue et de répliques assassines, Il Divo emprunte à Tarantino, voir l'entrée en scène du cabinet Andreotti, et aux Sopranos, dans sa façon de dépeindre avec humour noir un milieu corrompu.

Evidemment, c'est un peu pervers comme manière d'illustrer un homme qui a l'air de tout sauf d'un ange, toutefois, si le personnage nous amuse beaucoup, rien ne nous le rend symptathique. En fait, je ne souhaiterais pour rien au monde le croiser une nuit dans une ruelle de Rome de crainte de plus jamais revoir le jour. Enfin, devant un film aussi explosif (je ne fais pas qu'allusion aux nombreux meurtres) et distrayant, ça donne envie de se plonger dans l'étude de la politique italienne.


23 mai 2008, 8:33
Cannes 2008: Bonjour l'ennui

Jusqu'à jeudi matin, le film que j'ai le plus détesté de la compétition était sans nul doute La Mujer sin cabeza de Lucrecia Martel. Cependant, depuis que j'ai vu La Frontière de l'aube de Philippe Garrel, j'aimerais mieux me taper trois fois de suite le film de Martel plutôt que de revoir, ne fut-ce qu'un quart d'heure, cet objet de de prétention salué par Libération.

Qu'est-ce que je me suis rasée pendant ce drame romantique aux accents surréalistes! Mettant en vedette Louis Garrel (fils du réalisateur), qui pose plus qu'il ne joue, et Laura Smet (fille de Johnny Haliday et de Nathalie Baye), l'une des plus piètres actrices que j'ai vues sur grand écran, La Frontière de l'aube raconte la liaison fatale entre un photographe et une star. Jusque-là, ça peut aller, bien que l'histoire est banale et les répliques, peu inspirées - notez qu'ils sont trois à avoir signé le scénario.

On ne sait pas trop quand ça se passe puisque Garrel, qui se croit encore à l'époque de la Nouvelle Vague (pour Les Amants réguliers, ça collait parfaitement au sujet, mais là, de grâce, on est en 2008!), a opté pour le noir et blanc (très belle photo signée Willy Lubtchansky, au demeurant) et gommé tous les éléments pouvant nous donné un indice sur l'époque. Jusque là, ça peut encore aller, le noir et blanc provoquant un charmant décalage avec la réalité.

Là où ça ne va plus, c'est lorsque que le récit bascule de façon risible dans le surnaturel. Et là, vous lisez les mots d'une fille qui a eu le coup de foudre pour Orphée de Cocteau lorsqu'elle était ado. C'est dire que j'aurais pu aimer ce glissement vers le conte romantique inspiré de Spirite de Théophile Gauthier, malheureusement, il m'a fait grincer des dents. Comme plusieurs des autres spectateurs, j'ai fini par éclater de rire chaque fois que Louis Garrel recevait la visite d'un spectre par-delà le miroir.

A une demi-heure de la fin, d'autres spectateurs, las devant la poésie soporifique de Garrel, ont applaudi à trois ou quatre reprises dans le vain espoir que le film se termine dès qu'une fermeture à l'iris débouchait sur un trop long noir. Eh oui, les scènes s'enchaînent de cette façon désuète, et lorsque ce n'est pas le cas, on nous balance un carton nous annonçant où et quand sommes-nous rendus.

Vraiment, je m'explique mal comment un tel film peut mériter sa place en compétition. Ce matin, un confrère français me disait qu'il serait temps que la France remportre la Palme d'or. Une chose est sûre, l'honneur n'ira pas à Garrel. Le Desplechin, peut-être? Certes, j'ai adoré, mais Rois et reine était supérieur à Un conte de Noël. J'ai bien hâte de voir ce que Laurent Cantet et son Entre les murs nous réservent...


22 mai 2008, 11:57
Cannes 2008: Che pour les nuls et les autres


Hier soir, pendant que les badauds hurlaient à la vue de Madonna au bras de Sharon Stone gravissant les marches du palais, je faisais la queue devant la salle Debussy, angoissée en réalisant qu'il y a avait plus de monde que d'habitude, craignant du coup de ne pas pouvoir entrer bien que je me sois présentée près d'une heure et demie avant la projection du dyptique de Steven Soderbergh sur la vie du Che.

D'emblée, je dois dire que je suis comme le commun des mortels, c'est-à-dire que je connais par coeur le beau visage ténébreux du Che, sûrement aussi iconique que celui de Marilyn Monroe, mais que je suis loin de connaître sa vie dans ses moindres détails. Ayant déjà vu le très beau Diarios de motocicleta de Walter Salles sur la jeunesse d'Ernesto Guevara, incarné par Gael Garcia Bernal, je croyais partir avec une longueur d'avance... Toutefois, les deux volets formant Che sont si denses, si riches que bien qu'ayant la conviction de m'être couchée moins niaiseuse hier soir, je suis encore sous l'impression que bien des subtilités m'échappent. Mais n'est-ce pas là la marque des grands films?

Dans la première partie, de loin la plus bavarde bien qu'on y retrouve plusieurs scènes de fusillades dans la jungle, Sorderbergh suit Guevara, défendu par un Benicio del Toro en pleine possession de son personnage, lors de son voyage à New York où il fut invité à s'adresser à l'ONU en 1964. Afin d'appuyer les théories du Che, le réalisateur entrecoupe ces scènes en noir et blanc par des séquences en couleurs de conversations de Guevara avec Fidel et Raul Castro (Demian Bichir et Rodrigo Santoro)lors d'un souper en 1955 et de Che et les barbudos réfugiés dans la Sierra Maestra en 1956 peu après avoir déclaré la guerre au dictateur Batista. Par moments trop didactique pour vraiment émouvoir, la première partie s'avère une leçon d'histoire bien vivante.

Dans la deuxième partie, dont la photo est tout aussi soignée, plus près du film de guerre que du cours d'histoire, Soderbergh illustre le combat du Che en Bolivie où il s'était rendu incognito afin de fomenter la Révolution Latino-américaine. Alors que la première partie présentait de constants aller-retour dans le temps, la seconde partie est racontée de façon linéaire. Bien que l'on sache la fin du Che très proche, l'on ne sent pas réellement de montée dramatique. C'est dans cette partie qu'apparaît Marc-André Grondin, incarnant l'auteur français Régis Debray, un proche de Fidel Castro, que j'aurais bien voulu voir dans plus de trois scènes. Fait à noter, qu'ils soient Américains (Matt Damon), Allemand (Franka Potente) ou Québécois (Grondin), les acteurs s'expriment en espagnol. Eh oui, un film américain où l'on ne parle pas l'anglais (ou si peu). Quant aux acteurs sud-américains, dont le Mexicain Bichir, la Colombienne Catalina Sandino Moreno et le Brésilien Santoro, ceux qui connaissent l'espagnol remarqueront qu'ils ont bien travaillé leur accent cubain. Un souci d'authenticité qui rehausse la grande crédibilité de l'ensemble.

Entre nous, je n'ai pas eu de coup de foudre pour cet ambitieux « crash course » sur Ernesto Guevara, mais n'empêche que les images du film hantent encore mon esprit en ce début de soirée.


21 mai 2008, 10:49
Cannes 2008: 4 h 28 avec le Che

C'est enfin ce soir que je vais voir le film de Steven Soderbergh sur la vie du Che avec Benicio del Toro dans le rôle-titre et... Marc-André Grondin dans la peau de Régis Debray. Au moment où j'attendrai fébrilement au pied des marches de la salle Debussy, Madonna gravira le tapis rouge. Reviendrai-je vivante???


21 mai 2008, 10:42
Cannes 2008: Martel mortellement plate

Hier soir, j'ai vu La Mujer sin Cabeza, l'un des films les plus plates que j'ai vus à Cannes depuis que j'y viens, soit depuis 2004. Quelques jours après avoir heurté quelque chose lors d'un moment de distraction au volant, une femme se persuade qu'elle a tué quelqu'un.

Dans la salle, ça cognait des clous et c'est un grand « bouh! » qui a accueilli le générique de fin. Une oeuvre ennuyeuse, nébuleuse et prétentieuse à fuir. « Pourquoi Lucrecia Martel nous a fait ça? » m'a lancé mon confrère du Devoir Martin Bilodeau, qui, comme moi, attendait impatiemment ce film.


21 mai 2008, 10:25
Cannes 2008: Eastwood, toujours jeune

The Exchange de Clint Eastwood raconte la véritable histoire de Christine Collins (Angelina Jolie), mère de famille monoparentale dont le fils fut kidnappé en 1928 dans un quartier de Los Angeles. Quelques mois après l'enlèvement, le LAPD lui ramena son fils. Sachant qu'il ne s'agissait pas de son fils, la jeune femme dut se battre pour faire entendre raison aux autorités. Les forces policières de Los Angeles, des plus corrompues, employèrent des moyens peu orthodoxes pour la faire taire. Heureusement, Christine put notamment compter sur un pasteur (John Malkovich) pour découvrir la tragique vérité.

Peu après le photocall, où le chic tailleur pantalon noir d'Angelina a ravi les paparazzi, Clint Eastwood a avoué se sentir encore jeune en faisant référence à la cérémonie hommage à Manoel de Oliveira, qui aura 100 ans le 12 décembre, à laquelle il assistait lundi après-midi. Si The Exchange n'est pas son meilleur film, il s'inscrit parfaitement dans l'impressionnante filmographie de l'inoubliable Dirty Harry. Eastwood, qui aura 78 ans le 31 mai, a certainement encore quelques belles années devant lui...

Propos tenus lors de la conférence de presse:

Angelina Jolie, sur les similarités entre A Mighty Heart et The Exchange: « J'étais consciente des similarités entre ces deux films. En tant que mère, le scénario de The Exchange me touchait et je n'ai pu oublier le récit après l'avoir lu. Je ne peux imaginer pire que la perte d'un enfant. L'époque me semblait aussi intéressante, Christine Collins n'avait pas la même liberté que Marianne Pearl. »

J. Michael Straczynski, scénariste, sur la véritable histoire de Christine Collins: « J'ai été journaliste pendant plusieurs années et j'avais déjà entendu parler de son histoire qui avait fait beaucoup de bruit à l'époque. J'ai pu facilement retrouver les archives et faire plusieurs années de recherches à son sujet. Tout était là, c'est 100% vrai. Le récit de cette femme est porté par une simple question: « Qu'est-il arrivé à mon fils? » »

Clint Eastwood, sur son coup de foudre pour le scénario: « C'est le producteur Brian Grazer qui m'a envoyé le scénario dont je me suis épris aussitôt. A toutes les deux ou trois décenies, on retrouve des cas de corruption dans la police et l'année 1928 en est un bel exemple. A l'époque, le fait d'élever son enfant seule était moins courant. Aidée du pasteur Briegleb, cette femme a fait montre de ténacité et n'a jamais cessé de se battre. Elle était une voix unique entre toutes. Il s'agit d'une belle étude de caractère. J'aime questionner les années 30, mais je ne choisis pas les scénarios selon l'époque qu'ils dépeignent, mais selon l'histoire qu'ils racontent et celle-ci me paraissait intéressante. »

Brian Grazer, producteur, sur le même sujet: « Je n'ai pas eu à convaincre Clint, d'ailleurs, il n'est pas le genre d'homme à convaincre. Il l'a lu, puis m'a appelé pour me dire oui. »

Clint Eastwood sur la fidélité au récit: « On a fait attention au scénario. On s'est fié aux coupures de journaux, on a tenté de confirmer les vrais éléments comme les rapports de médecins, les témoignages. On a omis certaines choses pour sauver du temps. »

Angelina Jolie, sur la construction du personnage: « Evidemment, j'ai essayé d'imaginer ma peine et ma frustration si un tel événement m'arrivait. Ayant perdu ma mère peu avant le tournage, je me suis aussi retrouvée à m'inspirer d'elle. Comme Christine, ma mère était douce et passive, mais lorqu'il était question de ses enfants, c'était une vraie lionne. Christine m'a donc permis de revisiter ma mère et ainsi mieux vivre mon deuil. »

Angelina Jolie, sur le fait de travailler avec Clint Eastwood: « C'est extraordinaire! Le premier jour sur le plateau, j'étais nerveuse. Clint, bouche-toi les oreilles parce que je vais sans doute te gêner. Je n'ai jamais rencontré de réalisateur aussi dévoué aux acteurs, aux techniciens, à tous. C'est un grand leader qui impose le respect parce qu'il est lui-même respectueux. »

Angelina Jolie, sur le changement de titre: « Le mot « changeling » n'a pas vraiment d'équivalent en français. Comme le titre français est L'Echange, le titre original anglais est donc devenu The Exchange. »


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