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Cinémaniaque
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May 2007 - Messages
31 mai 2007, 6:17
Cannes 2007 : Bref retour sur les derniers jours 2
Nuit blanche
 
Lumière silencieuse

Je savais que je ne pourrais voir au complet celui qui a dû partager le Prix du jury avec le film d'animation Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud puisque je devais quitter avant la fin, mais comme son précédent film, Batalla en le cielo, m'avait littéralement envoûtée, j'ai quand même voulu jeter un coup d'oeil à Lumière silencieuse de Carlos Reygadas. Hélas, serait-ce ma courte de nuit de trois heures ou le fait que je me sois quelque peu ennuyée durant la projection du film de Schnabel, toujours est-il que j'ai perdu la bataille contre le sommeil devant ce drame d'une grande beauté plastique abordant l'adultère chez les mennonites du Nord du Mexique. C'est tout juste si j'ai eu le temps de savourer les magnifiques paysages et la mise en scène attentive au mode de vie austère de ces chrétiens anabaptistes. Je ne m'en fais pas trop, car je suis persuadée que je verrai ce film lors de la prochaine édition de Festivalissimo.

L'Iran se dévoile


Persepolis
 
Portée par un remarquable trio vocal, Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve et Danielle Darrieux, cette irrésistible adaptation de la bédé de Marjane Satrapi raconte avec un savant mélange de gravité et de légèreté les tribulations d'une jeune Iranienne rebelle. D'un graphisme simple, voire rudimentaire, mais néanmoins très expressif et d'une belle fluidité, Persepolis saura même plaire aux cinéphiles n'aimant pas l'animation tant le récit, incluant passages tantôt poétiques (ah cette grand-mère fleurant bon le jasmin !), tantôt comiques (ouille ce Eye of the Tiger que fausse joyeusement l'héroïne !), s'avère captivant de la première à la dernière image. Si j'avais eu le temps, je me serais précipitée à la FNAC pour me procurer les quatre tomes de Persepolis !
31 mai 2007, 5:10
Cannes 2007 : Bref retour sur les derniers jours

Les critiques promises il y a plusieurs jours (dur, dur de revenir de Cannes)...

Cinéma, cinémas

Chacun son cinéma (hors compétition), film célébrant les 60 ans du vénérable festival, ne s'est pas avéré le clou des festivités, mais le joyeux À 8944 km de Cannes de Walter Salles, où deux larrons chantent les louanges du festival, a tout de même fait crouler la salle de rire, tandis qu'Anna d'Alejandro Gonzalez Inarritu, portrait d'une cinéphile aveugle, a ému le public. J'ai aussi bien aimé l'irrésistible Diario di uno spettatore de Nanni Moretti, toujours aussi égocentrique et un tantinet hystérique, de même que le rigolo One Fine Day de Takeshi Kitano où un pauvre fermier voit sa séance de cinéma prendre fin abruptement.

Pour sa part, David Cronenberg illustre avec une bonne dose d'humour macabre l'avenir des salles de cinéma dans At the Suicide of the Last Jew in the World in the Last Cinema in the World. Également, comment ne pas sourire devant Josh Brolin, revêtu de son costume de cow-boy, qui hésite entre aller voir Les Climats et La Règle du jeu dans World Cinema des frères Coen ? J'allais presque oublier de mentionner le jouissif OccupationsLars Von Trier décide d'en finir avec un insupportable voisin trop bavard.

« Allons tous bouffer ! » s'est écrié Roman Polanski à la conférence de presse qui suivait la projection de ce film, outré des questions sans intérêt de certains journalistes. Comment le blâmer ? Si vous entendiez les questions à la con que les artistes se font poser lors des tables rondes. Cela dit, son Cinéma érotique était plutôt facile.

Le prix du 60e anniversaire

 
Paranoid Park

Bien que Gus Van Sant n'ait pu répéter avec Paranoid Park l'exploit de 2003, où il avait récolté la Palme d'or et le prix de la mise en scène pour Elephant, n'empêche qu'il a charmé avec raison le jury. Qualifié de « lovely » par Stephen Frears, ce drame d'un adolescent coupable de la mort accidentelle d'un gardien de sécurité (scène saisissante semblant tout droit sortir d'un film d'horreur) n'est peut-être pas porté par le même souffle poétique qu'Elephant ou Last Days, mais avec ses superbes prises de vue de skaters, rappellant celles de Dogtown and Z-Boys de Stacy Peralta, son atmosphère hypnotique et la structure subtilement éclatée de son récit, Paranoid Park lui aura permis de repartir avec le prix du 60e anniversaire. Dans mon livre à moi, comme dirait l'autre, ça aurait bien mérité aussi bien le prix de la mise en scène.

Jolie Angelina


A Mighty Heart
 

La bien-nommée Angelina Jolie a fait vibrer le Palais lors de son arrivée à conférence de presse (avec Brad Pitt, producteur du film), mais malgré son jeu, pourtant très prenant, dans le film de Michael Winterbottom (The Road to Guantanamo), la star ne m'a pas entièrement convaincue de la pertinence et la nécessité d'un tel film.

Adaptation du livre de Marianne Pearl, A Mighty Heart : the Brave Life and Death of my Husband Danny Pearl, A Mighty Heart raconte à l'aide d'une réalisation nerveuse l'horrible sort du journaliste Daniel Pearl (Dan Futterman), dont on apprit la mort par décapitation aux mains d'extrémistes pakistanais le 23 janvier 2002, du point de vue de sa femme (Jolie, frisettes et accent français à l'appui), elle aussi journaliste, sans réellement apporter un nouvel éclairage sur les événements.

S'il s'avère convaincant lors des passages à caractère politique, Winterbottom se révèle un peu lourd lors des flash-back à caractère romantique. Demeure cependant la douleur palpable d'une femme courageuse qui n'a jamais cessé de se battre. Au fond, vaut peut-être mieux se rabattre sur le bouquin.

Le battement d'aile du papillon

 
Le Scaphandre et le Papillon

« I must be a cold-hearted bitch (Je dois être une chienne au coeur de pierre) » que j'ai lancé en haussant les épaules à mes confrères américains, tous étonnés que je n'aie pas versé la moindre larme durant la projection du film de Julian Schnabel, Le Scaphandre et le Papillon, d'après le récit autobiographique de Jean-Dominique Bauby, ex-rédac'chef de Elle, qui fut atteint du locked-in syndrome à la suite d'un AVC.

Récipiendaire du Prix de la mise en scène, bien que pressenti par plusieurs de mes confrères pour la Palme d'Or, ce film porté par l'excellent Mathieu Amalric adopte la majeure partie du temps le point de vue de Bauby, qui ne voyait plus que de l'oeil gauche, avec lequel il dicta à coup de battements de paupière son livre, paru en 1997, quelques jours avant sa mort.

En résulte par moments, notamment lors de la scène d'ouverture, de fort belles images texturées, presque abstraites, qui traduisent parfaitement les états d'âme de cet homme, dandy plutôt antipathique, prisonnier de son corps. Toutefois, ce choix de mise en scène se révèle assez lourd à la longue - plus subtile cependant que ces flashes où l'on voit Amalric coincé dans un scaphandre en suspens dans l'océan.

En fait, si je n'ai pas été touchée autant que mes confrères, c'est que j'avais trop souvent l'impression que Schnabel avait davantage tenté de démontrer la laborieuse façon avec laquelle Bauby avait réussi à écrire son livre, grâce à la patience d'ange de son assistante qui nota le tout et de l'orthophoniste (Marie-Josée Croze, dont le sourire bienveillant illumine l'écran à chacune de ses apparitions) qui lui apprit comment communiquer, plutôt que de démystifier le sentiment d'enfermement dont il fut le premier à pouvoir témoigner. Au risque de me répéter, vaut peut-être mieux se rabattre sur le livre.


31 mai 2007, 12:00
Mr. Brooks
Il y a longtemps qu'on attendait que Kevin Costner délaisse ses rôles d'hommes irréprochables pour enfin endosser celui d'un dangereux psychopathe. Hélas, ce n'est pas avec Mr. Brooks de Bruce A. Evans que ses fans, s'il en reste, seront bien sustentés. Homme d'affaires modèle le jour, Mr. Brooks (Costner, inconstant), épaulé par sa conscience (William Hurt, caricatural), est un tueur en série insatiable la nuit. Photographié en pleine action par un jeune paumé (Dane Cook, peu convaincant), Brooks est contraint de le prendre comme apprenti meurtrier. Se lancera à leurs trousses Barbie, détective incarnée par une Demi Moore incapable d'émotions tant ses traits sont figés par le Botox. Plutôt bien réalisé, l'ensemble souffre d'un scénario dénué de psychologie qui s'enfonce au fur et à mesure dans l'invraisemblable pour aboutir dans le grand-guignolesque. Risible.


29 mai 2007, 5:37
Cannes 2007 : Retour sur le palmarès


Marc Labrèche et Sylvie Léonard dans L'Âge des ténèbres.

Voici en primeur le texte devant paraître dans nos pages jeudi :

Le 60e Festival de Cannes s'est terminé dimanche dernier avec la montée des marches de l'équipe de L'Âge des ténèbres. Retour sur le palmarès.

Les médias du monde entier ont beau abreuver le public de clichés de stars, le Festival de Cannes est plus qu'un rendez-vous glamour à l'américaine, c'est d'abord et avant tout une célébration du septième art qui fait la part belle aux oeuvres des quatre coins du monde. Si les membres du jury se montraient réticents à juger les films, ces derniers, Stephen Frears en tête, ont fait preuve d'une belle générosité et ont permis à des artistes quasi inconnus de sortir de l'ombre.

Pour la première fois de son histoire, la Palme d'or a échu à un film roumain, le puissant 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu, qui traite, dans un style près de celui des frères Dardenne, de l'avortement avant la chute de Ceausescu. Pressenti par plusieurs pour la Palme d'or, Julian Schnabel a dû se contenter du Prix de la mise en scène pour Le Scaphandre et le Papillon où l'excellent Mathieu Amalric incarne le journaliste Jean-Dominique Bauby, qui fut atteint du locked-in syndrome à la suite d'un AVC. Bien que lourd par moments, le film, qui adopte en majeure partie le point de vue de Bauby, traduit parfaitement les états d'âme d'un homme prisonnier de son corps.

Pour sa part, Fatih Akin a remporté le Prix du scénario pour De l'autre côté, récit émouvant sur la filiation et le sentiment d'appartenance, dont la structure rappelle Inarritu, en moins complexe mais plus plausible, où deux familles, l'une allemande, l'autre turque, verront leurs destins fatalement liés. Le jury a aussi jeté son dévolu sur le récit d'un vieil homme et d'une femme devant apprivoiser la perte d'un être cher, La Forêt de Mogari de Naomi Kawase, lauréate de la Caméra d'or en 1997 pour Susaku, en lui décernant le Grand Prix.

Le Prix du jury a été remis ex æquo au film d'animation Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, lequel raconte avec un irrésistible mélange de gravité et de légèreté les tribulations d'une jeune Iranienne rebelle, et à Lumière silencieuse de Carlos Reygadas, drame d'une grande beauté plastique abordant l'adultère chez les mennonites du Nord du Mexique.

Grâce à son souffle lyrique et à sa structure subtilement éclatée, Paranoid Park de Gus Van Sant a reçu le Prix du 60e anniversaire, tandis que l'acteur Konstantin Lavronenko (Le Bannissement d'Andreï Zviaguintsev) et l'actrice Jeon Do-yeon (Secret Sunshine de Lee Chang-dong) ont ému le jury.

Enfin, accueilli par un froid silence de la part des critiques, L'Âge des ténèbres de Denys Arcand, peinture pessimiste mâtinée d'une forte dose d'humour noir de notre société, portée par un Marc Labrèche au sommet de son art mais dont le propos est malheureusement noyé dans une suite de saynètes oniriques d'un intérêt inégal, a séduit le public cannois lors de la soirée de clôture. Au bout du compte, Arcand ne nous aura pas fait honte.


27 mai 2007, 9:52
Cannes 2007: Le palmarès

Palme d'Or : 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu

Grand Prix : La Forêt de Mogari de Naomi Kawase

Prix du Jury ex aequo : Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et Lumière Silencieuse de Carlos Reygadas

Prix de la mise en scène : Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel

Prix du scénario : De l'autre côté de Fatih Akin

Prix du 60e anniversaire : Paranoid Park de Gus Van Sant

Prix d'interprétation masculine : Konstantin Lavronenko (Le Bannissement d'Andreï Zviaguintsev)

Prix d'interprétation féminine : Jeon Do-yeon (Secret Sunshine de Lee Chang-dong)

Palme d'Or du court-métrage : Ver Llover d'Elisa Miller

Caméra d'Or : Meduzot d'Etgar Keret et Shira Geffen

P.-S.: Pour moi, il est 3 h du matin, alors je vais me coucher. Je commenterai lorsque je me serai remise du décalage horaire.


27 mai 2007, 5:33
Cannes 2007 : Mon palmarès


Anamaria Marinca dans 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu.

En attendant que Stephen Frears et ses sbires rendent leurs décisions, voici mes prédictions, lesquelles sont à prendre à la légère.

Palme d'Or : 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu

Grand prix du jury : Alexandra d'Alexander Sokourov

Prix de la mise en scène : Paranoid Park de Gus Van Sant

Prix du scénario : De l'autre côté de Fatih Akin

Prix d'interprétation masculine : Javier Bardem (No Country for Old Men)

Prix d'interprétation féminine : Anamaria Marinca (4 mois, 3 semaines et 2 jours)

Avis à ceux qui ont le câble : la cérémonie de clôture sera diffusée ce soir sur les ondes de TV5.

P.-S. : Je dois filer à l'aéroport ; je vous reviens plus tard avec le vrai palmarès, des critiques que je n'ai pas eu le temps de retranscrire, dont celle du film d'Arcand, de même qu'un compte rendu de la triste conférence de presse de L'Âge des ténèbres.


25 mai 2007, 6:28
Cannes 2007 : Blue jeans sur la plage 2


Arcand et Labrèche lors du tournage de L'Âge des ténèbres.

Suite des propos recueillis au 5 à 7 de L'Âge des ténèbres.

Ça ressemblait drôlement à une version définitive ce qu'on a vu ce matin.

Denys Arcand : «Oui, c'est la bonne, ça changera pas, c'est la version que j'aime et j'en suis heureux. Je n'ai pas retravaillé le montage pour Cannes ; ce qui a pris le plus de temps, c'est le CGI, les effets spéciaux d'Hybride - la gang qui a fait 300 ! Par exemple, la scène où Diane Kruger disparaît dans la douche a nécessité ce genre d'effets spéciaux. Il y avait une légende sur le plateau, on disait que j'allais réaliser Nitro 2. On s'imaginait la bande annonce : «If you liked The Barbarian Invasions, you will love Nitro 2

Dans les scènes de fantasmes de Jean-Marc, vous touchez à plusieurs genres ; est-ce l'influence de Pascale Marcotte, dont vous avez découvert son court Shopping extrême à SPASM, qui en est à l'origine ?

DA : «J'adore Shopping extrême ! C'est drôle que vous me parliez de Pascale parce qu'au début je la voulais comme second unit director afin qu'elle réalise la séquence médiévale. Faute de budget, il fallait donner l'impression de faire un film à 20M$ avec 8M$, c'est le directeur photo André Turpin qui s'est chargé de tourner en partie cette séquence. Dans Gina, il y avait des poursuites en auto, mais grâce aux scènes oniriques de L'Âge des ténèbres, j'ai exploré plusieurs types de cinéma qui sont loin du mien. C'était très agréable et jouissif à faire, mais je ne ferais pas tout un film comme ça.»

C'est votre film le plus alarmant mais le plus drôle.

DA : «Oui, il est situé dans un futur rapproché, demain. un petit demain. Combien de morts ont fait les épidémies à St-Hyacinthe ? On est cool avec ça, je trouve.»

C'est aussi le dernier de la trilogie.

DA : «Oui, it's over ! Ensuite, je vais faire mon dernier film. Ce sera un film bâti sur le souvenir ; j'ai les premières et dernières images en tête. Je vais partir de la biographie qu'a écrite Réal LaRochelle. Il y a encore beaucoup à faire, mais le film est en chemin.»

*

Denys Arcand a révélé tout à l'heure qu'il était déçu que son film ne soit pas en compétition, car vous auriez eu de bonnes chances de gagner le prix d'interprétation.

Marc Labrèche : «Y est fiiiiiiiiiin ! Quel homme civilisé, raffiné. Sans blague, tous les prix sont contestables. Moi, qui ne passe pas tous mes étés à Cannes comme vous, je remarque qu'ici il y a autant d'avis qu'il y a de monde et qu'on échange sans hargne sur le cinéma.»

Vous qui jouez des scènes déchirantes avec Françoise Gratton, qui interprète votre mère, et des scènes ludiques à la Kill Bill, aviez-vous l'impression d'avoir la chance de jouer plus d'un rôle à la fois ou dans plus d'un film ?

ML : «Oui, tout ça à la fois. Dans ma tête, faire un film avec cet état d'esprit libre et festif après Les Invasions barbares, c'est courageux. Denys n'a pas cédé sous la pression de répéter l'exploit des Invasions et a tourné un film très différent. Il a fait preuve de beaucoup de courage en l'écrivant et encore plus en le tournant, et toujours avec une grande sincérité.»

En parlant du discours de Bernard de Clervaux, Arcand a avancé que nous nous dirigions vers un nouveau Moyen Âge, êtes-vous d'accord avec sa théorie ?

ML : «C'est une vision d'artiste que je comprends très bien. Pour moi, L'Âge des ténèbres traite avant tout de la solitude, de l'incommunicabilité. Il existe de plus en plus de gadgets qui nous permettent de communiquer les uns avec les autres et de sauver du temps, et pourtant, nous nous retrouvons de plus en plus seul et nous manquons de plus en plus de temps. La fin du film n'apporte ni solutions, ni réponses. Moi-même, j'ignore ce à quoi ressemblera l'avenir de Jean-Marc.»

Sur ce, bonne montée des marches dimanche !

ML : «Merci, je vais tenter de ne pas m'enfarger dans ma robe !»


25 mai 2007, 6:22
Cannes 2007 : Blue jeans sur la plage 1


Caroline Néron dans L'Âge des ténèbres.

Ce vendredi se tenait, dans une ambiance plutôt conviviale, le 5 à 7 de L'Âge des ténèbres sur la terrasse du Pavillon Kodak, lequel donne sur la mer. André Robitaille, Macha Grenon, Didier Lucien, Jean-René Ouellet, Caroline Néron, Sylvie Léonard, Denise Robert, Marc Labrèche et Denys Arcand étaient notamment de la partie. J'ai eu la chance de pouvoir m'entretenir brièvement avec quelques uns d'entre eux. Voici leurs propos.

Pour un acteur, est-ce un fantasme d'aller à Cannes ?

Jean-René Ouellet : «Disons que c'est plus un rêve qu'un fantasme. Pour l'instant, ça va, on vient à peine d'arriver et on est encore sur le décalage horaire. Je crois que je serai plus nerveux dimanche pour la montée des marches.»

De la trilogie, L'Âge des ténèbres est sans doute le plus drôle, mais également le plus pessimiste.

JRO : «Je n'ai pas encore vu le film, alors je ne peux pas en juger. Je connais Denys, sa démarche sociale, historique, donc je n'ai pas été surpris par les sujets qu'il y aborde. C'est d'abord l'humour noir que j'ai remarqué dans le scénario. Pour moi, c'est une histoire universelle qui passe par un filtre québécois.»

Un constat de désintégration, comme le dit un personnage.

JRO : «Oui, c'est à propos de la désintégration qui existe, de l'individualisme et de la solitude.»

Votre personnage apparaît d'abord en string avant de revêtir sa bure, comment Arcand vous a-t-il convaincu d'endosser ce rôle ?

JRO : «Denys est venu me chercher en m'annonçant qu'il avait écrit ce rôle pour moi et qu'il s'agissait de saint Bernard de Clairvaux, qui prêcha la deuxième croisade. D'ailleurs, le long monologue sur les musulmans que je récite dans la scène du week-end médiéval, et qui donne une dimension historique au tout, sonne encore d'actualité. J'ai fait des recherches sur saint Bernard, mais j'ai aussi voulu donner à cet homme, qui est policier, une modernité, une contemporanéité. Beckett a dit "On naît tous fous, certains le demeurent". Aujourd'hui, les gens sont de plus en plus seuls et c'est pour ça que certains se réfugient dans la religion, le fanatisme. et les fantasmes.»

*

C'est votre première fois au Festival de Cannes ?

Caroline Néron : «La deuxième fois à Cannes, la première fois au festival.»

C'était un rêve pour vous ?

CN : «Pas vraiment. En fait, j'y ai seulement pensé lorsque je me suis retrouvée à jouer dans un film d'Arcand. C'est complètement fou d'être ici, on perd la notion du temps, mais en même temps, il faut savoir profiter du moment.»

Vous jouez la patronne de Jean-Marc Leblanc (Marc Labrèche), une femme autoritaire. C'est un rôle qui vous emballait ?

CN : «Oui, pour moi, c'était un cadeau ! Je joue une femme dure, frustrée, mal dans sa peau, qui se nourrit du malheur des autres. Ce n'est pas le genre de proposition qu'on me fait souvent ! J'aime jouer ce genre de personnage parce que c'est vraiment une composition. En plus, j'aimais beaucoup l'humour de Denys.»

Dans les fantasmes de Jean-Marc, elle devient une sorte d'esclave sexuelle. Pour vous, c'était une autre facette du personnage ou un tout autre personnage ?

CN : «En fait, je me suis demandé jusqu'où Jean-Marc voudrait qu'elle aille dans ses fantasmes. On a tous quelqu'un à qui on aimerait faire passer un mauvais quart d'heure. Alors je me suis dit "Laisse-toi donc aller !"»

Vous étiez impressionnée de travailler avec un réalisateur qui a reçu un oscar ?

CN : «Denys a un côté très relax qui nous met en confiance. C'est quelqu'un de très amical, d'humain, de cultivé qui a plein d'anecdotes à raconter. Des fois, je me demandais s'il allait regretter de m'avoir choisie.»

Êtes-vous d'accord avec la vision noire que propose le film ?

CN : «Nous sommes dans une grande période de changement, les femmes sont encore plus indépendantes qu'avant, mais pourtant personne ne semble heureux. C'est comme s'il n'y avait plus de passion. Ça ne m'étonnerait pas qu'à la fin du film, il y en aura qui vont se dire « J'lâche ma job ! » ou « J'lâche ma femme !».


24 mai 2007, 5:35
Cannes 2007 : Enfin L'Âge des ténèbres !


Marc Labrèche dans L'Âge des ténèbres.
M'enfin, en principe, je dois voir le film de Denys Arcand mettant en vedette Marc Labrèche demain matin, mais comme on le présente à la Bazin, l'une des plus petites salles du Palais, et que j'ai un badge bleu, ce n'est pas sûr que je puisse le voir. Au pis aller, je me reprendrai samedi où il sera présenté deux fois. et d'ici là, quelques rats de plus auront quitté le navire. Eh oui, déjà, quelques journalistes, distributeurs, stars et tutti quanti ont quitté la Côte d'Azur afin de retrouver un rythme de vie plus « normal ». Petit potin : il paraît que lors de la présentation de L'Âge des ténèbres au Marché du film, les gens ont applaudi à la fin, chose qui arrive très rarement.
24 mai 2007, 11:49
Cannes 2007 : George ! Brad ! Matt !


Le suave trio d'Ocean's Thirteen.
Question : D'après vous, qui est le plus sympa des trois : George Clooney, Brad Pitt ou Matt Damon ? Réponse : C'est George Clooney ; des trois, c'est le seul qui a bien voulu signer quelques autographes à la sortie de la conférence de presse d'Ocean's Thirteen. Quant à Brad Pitt, il s'est retourné et nous a regardé timidement quelques secondes, tandis que Matt Damon est passé très rapidement devant nous. Steven Soderbergh et Don Cheadle ont également pris le temps de bavarder avec les journalistes groupies et de leur griffonner leur nom. Mesdames, allez-vous me croire si je vous dis que George est encore plus beau en personne ?
24 mai 2007, 11:26
Cannes 2007 : La mission de Scorsese


Martin Scorsese sur le plateau de The Departed.

C'est mardi qu'entouré notamment des réalisateurs Wong Kar Wai, Walter Salles, Alejandro Gonzales Inarritu, Stephen Frears, Fatih Akin, Souleymane Cissé et Aberrahmane Sissako, que Martin Scorsese lançait officiellement la World Cinema Foundation dans le but de préserver et restaurer les films négligés du patrimoine cinématographique international.

D'expliquer Scorsese, qui avait mis sur pied en 1990 avec les Lucas, Spielbert, Kubrick, etc. la Cinema Foundation aux Etats-Unis : « Les films négligés couvrent une large catégorie, car plusieurs films n'existent pas sur DVD ni tout autre support. En tant que réalisateurs, nous avons décidé de sensibiliser les studios au patrimoine cinématographique. En Amérique, 90 pour cent des films muets ont disparu. Nous souhaitons tous que les réalisateurs se mobilisent afin de préserver la cinématographie mondiale en trouvant des fonds.»

Scorsese poursuit : « Les films étrangers nous ouvrent aux autres cultures. J'ai beaucoup plus appris sur l'Inde en regardant des films indiens qu'en regardant des films sur l'Inde. J'espère que cette fondation amènera une meilleure compréhension des cultures. »

À propos du lancement à Cannes, Scorsese avoue : « Lancer cette fondation à Cannes était un projet que nous avions depuis des années, c'est donc un rêve qui se réalise enfin. »

Fier d'être de la partie, Walter Salles confie : « C'est un honneur d'être membre de cette fondation avec de grands cinéastes comme Martin Scorsese. Pour moi, un pays sans cinéma ni histoire du cinéma, c'est comme une maison sans miroirs. La préservation des films est donc primordiale, car le cinéma est un merveilleux instrument pour découvrir les cultures et préserver la mémoire du monde. »

De conclure Fatih Akin : « Il n'y a pas que de vieux films qui doivent être restaurés ; je pense notamment à The Innocents, film allemand des années 1990 qui doit absolument l'être. Nous avons tous la responsabilité de cette mémoire. »


22 mai 2007, 6:09
Cannes 2007 : Les bonus de Quentin


Kurt Russell dans Death Proof.

Curieux de savoir ce que Quentin Tarrantino réservait au public cannois dans la version allongée de Death Proof? Voici ce qu'il a révélé ce midi à la conférence de presse : «Ce à quoi les Américains n'ont pas eu droit, c'est la scène de lap dance. En la tournant, je savais très bien que j'allais la couper dans la version américaine et j'ai eu un plaisir pervers à torturer le public, car on annonçait quand même la scène dans le film. Lorsque on arrivait enfin à cette scène, ça coupait ; c'était cool de les entendre et crier sacrer contre moi. J'ai également ajouté les segments noir et blanc où Kurt Russell espionne les filles dans la deuxième partie. Aussi, comme Le Boulevard de la mort (en français dans le texte) était destiné à passer après le film de Rodriguez, j'avais préféré couper dans les dialogues entre filles, lesquels préparent le public à mieux les connaître.»

Tarrantino a ensuite été invité à parler du genre Grindhouse : «Je ne crois pas qu'on ait besoin d'être amateur de films Grindhouse pour apprécier le genre, mais évidemment, si on connaît les références, on a encore plus de plaisir à le voir. Je ne veux pas dire que mon film est meilleur que les films de cette époque, mais disons que j'ai tenté de transcender le genre.»

Quant au choix du slasher, il s'est expliqué ainsi : «Je voulais faire un slasher, mais je craignais de rester trop collé aux codes du genre. J'ai donc opté pour la structure du slasher, mais j'ai remplacé le couteau, la hache ou la machette par une automobile. En fait, Death Proof, c'est le troisième acte où la survivor girl donne une raclée au boogie man. sauf qu'elles sont trois !»

P.-S. : Assez sur Death Proof, je vous reviens plus tard avec des propos de Martin Scorsese et des critiques de films que je n'ai pas encore le temps de partager avec vous.


21 mai 2007, 8:12
Cannes 2007 : Bing Bang rentre-dedans !


Death Proof de et avec Quentin Tarrantino.
Question : Trouvez-vous que Death Proof de Quentin Tarrantino a sa place au Festival de Cannes ? Pour ma part, je trouve qu'avec ses pitounes fatales, son Kurt Russell ringard à souhait et ses cascades poursuites spectaculaires, cet hommage solidement ficelé aux films de série B fait figure de gros joujou sanglant insignifiant dans ce contexte. Si Tarrantino n'avait jamais gagné de Palme d'or, je ne pense pas que ce film se serait retrouvé en compétition. Pas sûre non plus que le jury va embarquer autant que le public (qui a particulièrement aimé le premier accident plus tôt ce soir).
20 mai 2007, 7:33
Cannes 2007 : 10 minutes de pure féerie


L'éblouissante Nicole Kidman dans The Golden Compass.
Ce dimanche soir, au Cinéma Olympia, sur la toujours chic rue d'Antibes, le réalisateur Chris Weitz est venu présenter 10 minutes du premier volet de la trilogie basée sur les romans fantastique de Philip Pullman, The Golden Compass. Mettant en vedette Nicole Kidman, Daniel Craig et Eva Green, ce film aux effets spéciaux époustouflants raconte les tribulations d'une fillette (la nouvelle venue Dakota Blue Richards) dans un monde parallèle peuplé de sorcières où l'âme des gens prend la forme d'un animal. La gamine en moi (vous savez, celle qui n'a pas envie de se retaper le film de Hou Hsiao Hsien) a bien hâte de voir ce film dont la sortie est prévue pour décembre 2007.
20 mai 2007, 7:32
Cannes 2007 : Derrière les barreaux


Souffle (Soom) de Kim Ki-duk.
Ouin, ben si j'avais su que j'allais m'ennuyer autant durant la projection de Souffle (Soom) de Kim Ki-duk (Printemps, été, automne, hiver et printemps), je serais allée faire du shoping rue d'Antibes. Je blague ; en fait, j'aurais tenté de rattraper mon retard à cause des mes problèmes de connexion Internet (d'où la mise à jour pas toujours quotidienne du blogue). Peu après avoir découvert que son mari la trompait, une jeune femme (hystérique Jung-woo Ha) s'engage corps et âme dans une liaison torride avec un condamné à mort suicidaire (le séduisant Chang Cheng, vu dans Three Times de Hou Hsiao Hsien et bientôt dans Soie de François Girard). Pendant que le mari démontre de plus en plus de jalousie, la belle multiplie les mises en scène kitsch pour distraire son prince. S'ensuivent ainsi des scènes de crises conjugales agaçantes entrecoupées de séances de lipsync pathétiques sur fond de tapisseries arborant tour à tour les quatre saisons - tiens, tiens, ça ne vous rappelle pas un thème cher à l'auteur ? Reste que les amants s'embrassent à en perdre le souffle et que l'ensemble est racheté par la très belle scène finale entre le prisonnier et ses partenaires de cellule. Moi qui aime bien ce cinéaste, j'aurais donc voulu embarquer dans son trip cet après-midi là.
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