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Cinémaniaque
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May 2006 - Messages
29 mai 2006, 10:15
Juste pour rire
En surfant sur le net, j'ai découvert l'anti-palmarès établi par l'Associated Press:
CANNES (AP) - Parallèlement aux récompenses officielles de dimanche soir au 59e Festival de Cannes, voici "l'anti-palmarès" insolite et subjectif du service français de l'Associated Press, distinguant la totalité des 20 films en compétition: - Prix de l'espoir en un avenir meilleur: dans la dernière scène des LUMIERES DU FAUBOURG, la vendeuse de hot-dogs met sa main dans celle du veilleur de nuit, abandonné de tous. - Prix de l'avenir sans espoir: la réflexion désenchantée de la jeune Chinoise de PALAIS D'ETE, qui écrit dans son journal intime: "Plus sordide est ma vie, plus s'ouvrent les horizons". - Prix de l'avenir incertain: "C'est ainsi que finit le monde", prévient-on au début de SOUTHLAND TALES, qui affirme aussi qu'"il paraît que le futur sera plus futuriste que prévu". - Prix Big Brother de l'avenir déjà présent: les caméras de surveillance des rues de Glasgow à qui rien n'échappe, dans RED ROAD. - Prix du film à conseiller à votre pire ennemi: EN AVANT, JEUNESSE!, avec ses 2h34 de longs plans fixes, dialogues sans action, éclairage sombre, mise en scène minimaliste. - Prix de la vie difficile dans le Nord: FLANDRES, c'est triste et misérabiliste mais ça se finit sur une note optimiste. - Prix de la vie difficile dans Nord (ex-aequo): LA RAISON DU PLUS FAIBLE, c'est gai et sympathique mais ça se finit sur une note pessimiste. - Prix de la plus belle preuve d'amour entre frère et soeur: à la fin du LABYRINTHE DE PAN, la petite fille renonce à devenir princesse et préfère sauver son petit frère qui vient de naître. - Prix du plus cruel dilemme entre frères: dans LE VENT SE LEVE, un commandant de l'armée nord-irlandaise doit prendre la décision de faire exécuter son frère, ancien compagnon d'armes resté dans la lutte armée. - Prix des plus belles larmes: au tout début des CLIMATS, dans un long plan-séquence, le visage en gros plan de l'actrice Ebru Ceylan passe lentement du sourire aux larmes qui coulent doucement sur ses joues. Mention spéciale: les larmes discrètes de Gérard Depardieu et Cécile de France dans la scène d'adieu vers la fin de QUAND J'ETAIS CHANTEUR. - Prix de la plus belle scène de déception amoureuse: dans LE CAIMAN, Silvio Orlando, qui ne supporte pas la séparation avec sa femme, rentre chez eux et lacère en pleurant, à coups de ciseaux, un de ses pulls préférés, bleu clair, qu'il lui avait offert. - Prix de la plus belle scène de soutien aux handicapés: dans BABEL, une adolescente japonaise sourde arrive en boîte de nuit avec ses amis et le spectateur s'apprête à entendre le tube disco "September" d'Earth, Wind and Fire quand soudain le son s'arrête, l'image se plaçant du point de vue de la jeune fille, puis le son revient et l'on se retrouve dans la peau des autres copains, puis le son s'arrête à nouveau et l'on revient dans la situation de la jeune fille, puis le son revient, etc. -et malgré ce handicap, la jeune sourde sourit et danse et est heureuse d'être là. - Prix de la dignité humaine et de l'histoire vraie: dans INDIGENES, un capitaine veut appeler les combattants nord-africains de l'armée française "les indigènes" ou "les musulmans", mais un sergent pied-noir, proche de ses troupes, le lui déconseille. Comment les appeler, alors? Réponse du sergent: "Les hommes, mon capitaine. Les hommes". Mention spéciale à BUENOS AIRES, 1977, ou comment rester un homme quand la torture veut imposer de trahir les siens. - Prix du film qui vous ouvre l'appétit: MARIE-ANTOINETTE et ses innombrables macarons et pâtisseries (mais la reine dément avoir jamais dit "Qu'ils mangent de la brioche!") - Prix du film qui vous coupe l'appétit: FAST FOOD NATION et ses hamburgers douteux ("Il y a toujours eu de la merde dans la viande", affirme Bruce Willis). - Prix Quand-Je-Serai-Grand-Je-Ferai-Du-Cinéma: les décolletés, les robes moulantes, les talons hauts, les yeux, le sourire de Penélope Cruz dans "VOLVER". Mention spéciale aux créatures de rêve qui passent dans L'AMI DE LA FAMILLE, notamment la blonde et la black prenant un bain moussant dans la baignoire géante d'un fabricant de salles de bain. - Prix La-Vie-Continue: à la fin de CHARLIE, le petit garçon joue sur la plage avec son boomerang, qui revient toujours et qu'il relance, ni tout à fait différemment, ni tout à fait pareillement. AP

29 mai 2006, 10:05
Un jury généreux
J'adore les surprises et grâce au jury présidé par Wong Kar-wai, j'ai été royalement servie. Comme bon nombre de critiques, je voyais déjà la Palme d'or entre les mains d'Alejandro Gonzalez Inarritu (Babel) ou de Pedro Almodovar (Volver). et pourtant, c'est Ken Loach qui les a coiffés au poteau avec son puissant et dur drame de guerre, The Wind that Shakes the Barley. Il semble que la guerre ait particulièrement touché les membres du jury puisqu'ils ont remis leur Grand prix à Bruno Dumont qui illustre de façon crue la guerre et ses dommages collatéraux dans Flandres. Le jury a également salué Indigènes de Rachid Bouchareb en décernant le prix d'interprétation masculine à Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan, qui y incarnent des soldats maghrébins venus libérer la France lors de la Seconde Guerre mondiale. Le jury s'est aussi montré très généreux en couronnant les six fabuleuses actrices du tendre et touchant Volver d'Almodovar, Penelope Cruz, pressentie par plusieurs pour le prix d'interprétation féminine, Carmen Maura, Lola Duenas, Blanca Portillo, Yohana Cobo et Chus Lampreave. Pour sa part, le coloré cinéaste espagnol n'est pas reparti bredouille puisqu'il a remporté le prix, fort mérité, du meilleur scénario. Composé d'un volet mexicain émouvant et festif, d'un volet marocain haletant et révoltant et d'un volet japonais lyrique et sensuel, l'ambitieux Babel a permis à Alejandro Gonzalez Inarritu de rafler le prix de la mise en scène. Le prix du jury a échoué à Andrea Arnold pour son premier long métrage, le renversant et douloureux drame psychologique Red Road. Enfin, Corneliu Porumboiu a vu son 12 h 08 à l'est de Bucarest, comédie dramatique se voulant une relecture de la révolution de 1989, désigné meilleur premier toutes sections confondues (Sélection officielle, Semaine de la Critique, Quinzaine des Réalisateurs). La 60e édition du Festival de Cannes se déroulera du 16 au 27 mai 2007. J'en rêve déjà. Pas vous?
25 mai 2006, 9:02
2 h 34
2 h 34, c'est la durée de Juventude em marcha (En avant, jeunesse! ) de Pedro Costa dans lequel un ouvrier cap-verdien habitant un qartier pauvre de Lisbonne recueille les confidences des paumés du quartier dans une suite laborieuse de longs plans statiques pas toujours esthétiques. 2 h 34, ça peut passer très lentement. Après moins d'une demi-heure, quelques rires fusaient dans la salle, lesquels semblaient traduire un certain malaise face à ces longs monologues récités sur un ton geignard. Plus le film avançait, plus les spectateurs quittaient la salle. Me sentant toujours coupable d'avoir abandonné le film de Nicole Garcia à 40 minutes de la fin, je m'étais promis de regarder chaque film jusqu'au bout - ne serait-ce que par respect pour l'auteur. J'ai tenu ma promesse et bien que je reconnaisse une certaine part de poésie dans cet exercice pas si loin du documentaire, les protagonistes étant des habitants du quartier choisis par le réalisateur, je me suis demandé si certaines cinéastes se plaisaient à torturer lentement les cinéphiles. La projection s'est terminée dans une salle quasi déserte où se sont fait entendre quelques applaudissements discrets. C'est alors que le ronflement de ma voisine s'est arrêté.
25 mai 2006, 12:14
Congoramania!

Congorama

 
Histoire d'encourager mes chers compatriotes - et aussi parce que La Moitié gauche du frigo m'avait beaucoup plu - , j'ai fait un second saut du côté de la Quinzaine afin d'aller voir Congorama de Philippe Falardeau. Mon verdict? A l'instar du public, qui a chaudement applaudi le film, j'ai craqué pour la structure éclatée du récit, son humour subtil et intelligent de même que pour l'interprétation naturelle d'Olivier Gourmet - j'ignorais qu'il pouvait être aussi drôle celui-là! - et de Paul Ahmarani, qui jouent en parfait diapason.
25 mai 2006, 11:58
Vieux dégueulasse
 
L'Amico di famiglia

Si j'avais été membre du jury, j'aurais été bien embarrassée de remettre un prix d'interprétation masculine jusqu'à ce que je découvre Giacomo Rizzo, qui porte littéralement sur ses épaules ce film maniéré et tapageur qu'est L'Amico di famiglia de Paolo Sorrentino. Usurier septuagénaire repoussant et radin, Geremia (Rizzo) arnaque sans vergogne un couple qui prépare à marier sa séduisante fille avec qui l'horrible homme développera une relation inimaginable. S'appuyant sur le talent de Rizzo, Sorrentino use et abuse de situations grotesques et absurdes qui finissent pas lasser tant elles se révèlent parfois gratuites. Au suivant!
24 mai 2006, 8:08
Congorama séduit la France
Quatre jours après son arrivée à Cannes et avant même que la presse ait pu voir son film, Philippe Falardeau apprenait que UGC Ph allait distribuer Congarama en France. A quelques heures de l'entente officielle, le producteur Luc Déry affichait déjà un sourire flamboyant sur la terrasse du pavillon du Canada. De commenter le réalisateur de La Moitié gauche du frigo : « C'est sûrement l'effet C.R.A.Z.Y. ».
24 mai 2006, 8:07
Pretty in Pink
 
Marie Antoinette

J'aime beaucoup trop Sofia Coppola pour dire que Marie Antoinette, à ma connaissance l'un des films les plus hués jusqu'à maintenant, est une horreur. Comme bien du monde, la musique néo-romantique des années 80 entendue dans la bande annonce me faisait craindre le pire. Et pourtant, ce n'est pas d'entendre I Want Candy de Bow Wow Wow pendant que la dernière reine de France (mignonne Kirsten Dunst), ici dancing queen juchée sur ses Manolo, se délecte de pâtisseries qui m'a le plus dérangée. En fait, j'ai eu l'impression que ce n'était pas la divine réalisatrice de Lost in Translation qui signait l'adaptation de la biographie d'Antonia Frasier, mais bien John Hugues, celui qui réalisa tant de comédies pour ados dans les années 80. Ainsi, afin de raconter le destin de la tristement célèbre Autrichienne, Sofia Coppola a choisi de la raconter de façon moderne et féminine. En résulte un coming of age movie où Versailles remplace le high school dont la prom queen aurait été promue au trône de France. Un film semblable aux macarons qu'affectionnait Marie Antoinette: pastel, sucré et peu nutritif.
24 mai 2006, 8:05
P'tite vie, p'tite misère
J'avais bien hâte de voir le nouveau film de Lucas Belvaux, La Raison du plus faible, où un ex-détenu (Belvaux) entraîne trois hommes de la classe ouvrière à commettre un cambriolage - tiens, tiens, j'ai la curieuse impression d'avoir écrit ces mots il n'y a pas si longtemps. Drame social plein de tendresse virile et de tristesse discrète, La Raison du plus faible dénonce avec sincérité mais non sans maladresse le désarroi des moins nantis. Bel effort, mais pas assez pour me faire embarquer.
24 mai 2006, 7:40
Courts, courts, courts!
Mardi matin, tout de suite après la projection de Babel, j'ai couru du Grand Théâtre Lumière jusqu'à la salle Bunuel afin d'y voir cinq courts métrages d'autant de cinéastes de renom. Avoir su. The Water Diary de Jane Campion raconte les rêves d'une fillette dans un village privé de pluie. Mignon, sans plus. Faisant partie du long métrage 8, SIDA de Gaspar Noé nous force à soutenir le regard d'un sidéen qui raconte son triste sort pendant 17 minutes. Lourd. De François Ozon, Un lever de rideau est une adaptation au goût du jour mais précieuse d'Un incompris de Montherlant. Heureusement qu'il y avait mon cher Mathieu Amalric. . qui pourtant n'a pas su captiver mon intérêt dans le barbant et rigide Les Signes d'Eugène Green. Et enfin, pastichant sagement le film noir, Stanley's Girlfriend de Monte Hellman met en scène deux aspirants réalisateurs amoureux d'une femme fatale.
24 mai 2006, 7:11
Ma préférence à moi

Babel

 
« Enfin un film digne d'un festival!!! » ai-je pensé en me laissant envoûter par le magnifique Babel du brillant réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu, qui collabore de nouveau avec le génial scénariste Guillermo Arriaga (Amores Perros, 21 Grams). Fort de récits se répondant habilement les uns aux autres, Babel nous transporte au Maroc (Brad Pitt, Cate Blanchett), au Japon (Koji Yakusho, Rinko Kikuchi) et au Mexique (Adriana Barazza, Gael Garcia Bernal) où la vente d'une arme à feu changera le cours de la vie de plusieurs personnes. Un film lyrique et captivant qui démontre comment l'étroitesse d'esprit de l'homme peut détruire une vie. Si j'étais Wong Kar-wai, j'exigerais du jury de lui attribuer immédiatement la palme d'or de même que le prix d'interprétation féminine à l'émouvante Adriana Barazza. Lo siento, Pedro y Penélope.
24 mai 2006, 6:46
L'inhumanité
Grosse brute épaisse ne sachant avouer son amour à sa copine Barbe (fraîche Adelaide Leroux), Demester (convaincant Samuuel Boidin) s'engage avec ses copains dans l'armée. Alors que les gars sont à la guerre, la belle pète les plombs - ce à quoi je n'ai cru en aucun moment. Si la façon crue de Bruno Dumont (L'Humanité) de peindre la guerre et ses dommages collatéraux dans Flandres m'a bouleversée, son portrait qu'il fait des campagnards, plus près des bêtes que des êtres humains, m'a parue condescendante. De plus, le réalisateur a si peu à raconter qu'il aurait dû se contenter de signer un moyen métrage. Ben décevant.
24 mai 2006, 6:33
Un Canadien en Allemagne
Déçue par les films en compétition, je suis allée faire un tour du côté de la Quinzaine des réalisateurs où j'ai découvert le film allemand Summer '04 de Stefan Krohmer. Comparé par Variety à du Rohmer et à du Ozon, ce drame tout en langueur met en vedette l'excellente Martina Geddeck dans la peau d'une femme mal mariée qui aura bientôt le béguin pour son séduisant voisin joué avec justesse par Robert Seeliger, lui-même épris d'une gamine de 13 ans. Un film dont l'apparente perversité cache une vérité touchante. P.-S. : Lors du 5 à 7 donné par les organisateurs du Festival de Toronto au Pavillon du Canada, j'ai été étonnée d'apprendre que Robert Seeliger, beau bonhomme en passant, n'était pas Allemand, mais Canadien. Disons que j'étais un peu gênée de lui dire que je ne l'avais pas vu jouer dans la série Nikita au côté de Roy Dupuis.
24 mai 2006, 6:18
Roger and Me
Vous connaissez sans doute le critique américain Roger Ebert, celui qui popularisa avec son regretté confrère Gene Siskell l'expression « two thumbs up! ». Quelle ne fut pas ma surprise de le voir arriver près de moi lors d'une table ronde au resto de la plage du Carlton : « Can I sit here? » « As you wish. » Croyant que j'allais assister à une leçon de journalisme par un vieux routier, j'ai été très surprise de constater qu'il préférait mitrailler les vedettes avec son appareil photo plutôt que de les bombarder de questions.
24 mai 2006, 6:16
Exit Berlusconi!
 
Il Caimano

Drôle de film que celui de Nanni Moretti dont j'attendais impatiemment le brûlot politique tant annoncé. En fait, Il Caimano, film prétendument responsable de la défaite de Berlusconi, se plaît davantage à suivre les déboires sentimentaux d'un réalisateur de films psychotroniques plutôt que de s'attaquer à l'ex premier ministre d'Italie. Pas sûre que le réalisateur de La Chambre du fils décroche la palme d'or cette année.
24 mai 2006, 5:59
Les perdants magnifiques

Les Lumières du faubourg

 
Après avoir traité du chômage dans Au loin s'en vont les nuages et de l'itinérance dans L'Homme sans passé, Aki Kaurismäki termine sa trilogie des perdants avec Les Lumières du faubourg, dont le titre n'est pas sans rappeler Chaplin. Profitant qu'il est amoureux d'une blonde intrigante, des bandits entraînent un gagne-petit sans histoire dans un cambriolage dont il sera le seul coupable. Bien que l'on retrouve avec plaisir l'humour incisif frisant l'absurde du réalisateur finlandais, sa mise en scène dépouillée mais précise et l'interprétation décalée à souhait des comédiens, Les Lumières du Faubourge se révèle moins abouti que L'Homme sans passé.
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