À quand remonte votre dernière partie de cartes? C’est loin…
À quoi bon sortir les cartes quand on a Illico sur demande? Bien raison.
Mais vous vous privez d’un paquet de fun. Preuve à l’appui, voici un résumé de ma
soirée d’hier, où je me suis éclatée en apprenant les rudiments du 500. Je vous arrête tout de suite. Non, nous n’étions pas tous nus.
J’étais assise à table avec Jules et Mariette, mes
parents. Déjà, la surprise que je leur
ai fait en leur demandant de me montrer à jouer au 500. Quelque chose… «T’as jamais appris à jouer au 500?» Pour eux, c’était comme si tout le monde
apprenait à jouer au 500 en sortant du ventre de leur mère. Un peu
plus et ils me renvoyaient à l’hôpital en disant qu’il y avait une erreur. Si vous voulez vivre l'équivalent, dites à un
enfant que vous ne savez pas ce qu’est un ordinateur.
Je ne sais pas trop ce qui m’a pris de leur demander
ça. Je pensais à une éventuelle crise du
verglas, la fin du monde, passer le temps, avoir l’air cool si autour d’une
table à cartes, un beau gars me demande : «Une petite partie 500, Val?»
Jules : Tu choisis un atout, cœur, trèfle, pique,
carreau. Ou tu peux jouer sans
atout.
Mariette : Tu peux prendre, exemple, sept avec cœur en
atout, ou huit sans atout, ou trèfle ou pique en atout.
Moi : Est-ce qu’on peut prendre 6 sans atout?
Jules : Oui, mais c’est pas fort. D’habitude on y va pour 7 ou 8 sinon on
passe. C’est la personne qui prend des
risques qui prend la mise.
Moi : C’est quoi la mise?
Jules : Les cartes au milieu.
Mariette : Une fois que tu as pris la mise, tu
commences tes levées.
Moi : C’est quoi une levée?
Cette fois-ci, mon père n’a même pas répondu. Il pensait que je le niaisais. C’est vrai que j’aurais pu, c’est mon
genre.
Mariette : Ça se joue en équipe. Des fois, tu appelles une carte à ton
partenaire et il doit te la donner.
Sinon c’est fâchant.
Jules : Et mettons que j’ai pris 8 sans atout et que je
mets un Valet de pique sur la table, si Mariette a un As, faudrait qu’elle le
sorte, pour qu’on garde la main. Mais si
je suis en atout de cœur, ce n’est pas la même affaire. Faudrait juste qu’elle mette n’importe quel
cœur.
Mariette : Ou un valet de carreau, c’est un bar en
atout de cœur.
Je me cogne la tête sur la table en riant nerveusement. Je ne comprends rien. Ça fait longtemps que j’ai aussi peu compris
quelque chose. Dire que grand-maman joue à ça tous le jeudi…
Je relève la tête. J’ai
10 cartes devant moi. On joue une partie
ouverte.
Moi : Qu’est-ce que je peux faire avec ces cartes là?
Jules : Rien.
Mariette : Elle pourrait prendre 7 sans atout.
Jules : Regarde mon jeu, si elle prend 7 sans atout,
c’est sûr que je vais la planter.
Mariette : Oui mais, mettons qu’elle le sait pas. Elle dirait 7 sans atout.
Jules : Oui.
Moi : Fac, je dis 7 sans atout?
Jules : Tu peux.
Moi, je dis 7 pique en atout.
Mariette : Moi je passe.
Jules : Je prends la mise.
Ainsi s’en est suivie une heure de pur plaisir et de
réflexion. Une belle leçon de vie. Parfois, il faut juste laisser aller les
choses. Accepter. Accepter de ne pas tout comprendre, accepter
de perdre à tous les coups sans savoir
pourquoi, accepter que le Valet soit plus fort que l’As en atout. Quand la fin du monde sera à nos
portes, quand le verglas nous paralysera
et quand le beau gars va me demander : «une petite partie de 500,
Val?», je saurais quoi faire. Me cogner la tête sur la table en riant
nerveusement.