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Chaque automne, depuis des années, je cueille des pommes au même verger. Un charmant endroit dans la Montérégie dirigé par un vieil homme. Tout ce qu'il y a de plus authentique. Pas de tour de calèche, de saucisses, de musique pop ou de mascotte. Juste nous, une échelle et les pommes. Comble de bonheur, les pommes sont bios. Un jour, l'homme m'a expliqué comment il cultivait ses pommes. Elles ne sont pas certifiées bios, car elles sont cultivées de façon expérimentale. Le vieil homme, un ancien professeur d'Université, à la fois enthomologue et agriculteur, discute de ses éminents collègues avec mon amoureux qui les connaît également. Chaque année, on revient les joues rouges et un sac plein de pommes, un peu bossées, mais uniques au monde.
L'année dernière, l'homme m'annonce une terrible nouvelle. Il vient de vendre son verger à un contracteur qui rasera les arbres expérimentaux pour planter des condos. Je suis outrée, je suis tellement triste que personne ne prenne la relève du chercheur-agriculteur.
Cette année, c'est le coeur gros que je passe devant la vieille maison de pierre et les condos en construction. Heureusement, je trouve un endroit bio. Je m'arrête en espérant y faire de l'auto-cueillette. La dame m'explique qu'il n'y a aucun verger bio au Québec qui permet l'auto-cueillette. Je la corrige en répondant: «il n'y en a plus». La dame comprend que je lui parle du vieil homme. C'est alors que j'apprends avec stupéfaction que je me suis fait mentir pendant des années. Les pommes piquées n'ont jamais été ni bios, ni expérimentales. L'homme n'a jamais été ni professeur, ni enthomologue. Il n'a jamais connu les éminents chercheurs dont il parlait avec mon amoureux. Je me suis fait mentir par un vieil homme édenté que je me plaisais à appeler Docteur. Un homme qui s'inventait une vie. J'ai ri de toute cette aventure en me disant que la prochaine fois, je laverais consciencieusement mes pommes bios ou non.
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