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Je suis allée au bureau des passeports la semaine dernière. Je m'étais équipée en conséquence : livres, magazines, jus, barre tendre et ipod. J'avais vu aux nouvelles les files d'attentes interminables de pauvres gens, les yeux vides et le ventre creux. Mais était-ce au complexe Guy-Favreau ou en Europe de l'Est? M'en rappelle pu.
Lorsque je me présente au 8e étage, ça augure bien. J'ai tous les papiers nécessaires et il n'y a qu'une heure trente d'attente. Je vais donc m'asseoir entre une famille roumaine et une professeure de science physique. J'ai su que la famille était roumaine parce que le bébé de la famille, la petite Catherina, faisait fondre le coeur toute ma rangée avec ses grands yeux noirs et que la dame de l'autre côté corrigeait des examens en soupirant doucement. La constatation est surprenante : je connais ces gens plus que mes voisins.
J'ai aussi laissé de côté mon ipod. J'avais envie d'entendre les conversations autour de moi. Et je suis arrivée à la conclusion suivante : lorsqu'on attend, on ne doit pas parler d'attente. J-A-M-A-I-S. Comparez son numéro avec le voisin, calculer le nombre de gens qui passent à l'heure, évaluer à quelle heure ce sera notre tour, consulter sa montre, compter le nombre de minutes qui se sont écoulées depuis notre arrivée. C'est insupportable! Ça ne fait qu'empirer la situation! Il y avait un couple en diagonale qui tergiversait sur le rythme auquel les gens étaient appelés. Ils élaboraient des théories. Leur meilleure : ça avançait moins vite depuis qu'ils étaient arrivés. J'avais le goût de leur crier : « C'est normal! Vous parlez juste de ça! Changez de sujet et ça va passer plus vite! »
J'ai mis de la musique dans mes oreilles. Je n'en pouvais plus. J'étais trop consciente d'être assise dans une salle d'attente.
Après deux heures, A184 s'est affiché sur le tableau. J'étais contente de me lever, j'étais engourdie. Mais je n'ai pas eu l'impression de perdre mon avant-midi.
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