| |  Private paradise
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Quand j'entends des extraits de
Private Paradise, elle me semble loin cette époque où je me pâmais devant la photo de Jacques Villeneuve, torse nu, à la une du Paris Match. Jacques ne se contente plus d'être un pilote automobile, il est devenu un artiste autoproduit. En tant que Moquette Coquette, je devrais me réjouir du changement de carrière de mon idole de jeunesse. Malheureusement, Jacques a sorti de l'argent de sa poche pour faire un disque... poche. Ça démontre que de nos jours, être un sportif ou un millionnaire, ce n'est plus assez. Il faut être un artiste, de préférence une rock star.
Je n'ai pas envie d'ajouter ma voix à la multitude de critiques à l'endroit de l'ex-champion de F1: son manque d'assurance, sa voix chancelante, sa technique vocale approximative... Ok, Jacques, tu n'es pas un chanteur,
Don't quit your day job, passons à un autre appel. La sortie de
Private Paradise a cependant suscité chez-moi, en plus du dégoût, une réflexion. Jacques a répété plusieurs fois en entrevue qu'il avait fait son disque pour se faire plaisir. Combien de fois ai-je entendu ce genre de phrases: «Ce disque-là, c'est vraiment moi. Je l'ai fait pour moi. L'autre avant, c'était pas tout à fait moi, presque moi, mais pas moi moi»?
À l'origine, on n'était pas un artiste. On pratiquait des disciplines artistiques, non pas pour exalter son moi, mais pour entrer en relation avec les autres dans un esprit de partage. On peignait, on chantait, on dansait, on jouait de la musique. Peu à peu, une élite artistique s'est mise au service des nobles et des puissants, créant ainsi des jalousies et des divisions. Ça, ça te scrape un esprit de partage. Quand les patrons des artistes ont perdu la tête, celle des artistes s'est mise à gonfler. Il fallait bien utiliser de tous les trésors de flatterie qu'ils réservaient à leurs bienfaiteurs. Certains artistes sont devenus narcissiques. D'un côté, on veut produire seul, sans contrainte, pour se faire plaisir. De l'autre, on veut que tout le monde trouve ça génial. On veut être adulé dans ce qu'on a de plus égocentrique. Ça représente une régression, comme l'enfant qui, devant son oeuvre, cherche l'admiration de ses parents ébahis: «Regarde, maman, j'ai fait un beau caca!»
Je ne suis pas désabusée ou cynique par rapport à l'art. Je respecte l'intégrité de nombre d'artistes. Je suis même touchée par le courage de Jacques Villeneuve de présenter ses chansons au public. Ce à quoi je réagis, c'est le fait d'encourager les débordements narcissiques, la complicité des médias. Je ne suis pas dupe par rapport à un certain discours. Pour moi, l'expression «me faire plaisir» fait référence à me faire masser dans un spa, jouer au parchési ou gosser un bout de bois, pas quelque chose d'aussi complexe que d'inviter tous les médias pour un lancement de disque. Si le seul but de Jacques avait été d'avoir du plaisir à chanter, il aurait tout aussi bien pu donner un coup de fil à
mononcle Jacques pour qu'il invite toute la parenté dans le fond du rang pour chanter des chansons à répondre.